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CHAPITRE III

séjourner son corps, l'asile où fleuriraient ses idées, toute la riche colonie de ses rêves et de ses espérances. Il y a des Parisiens qui ne soupçonnent jamais la marche du soleil , l'amitié ou l'hostilité de la température par rapport avec leur demeure. Ceux-là, tristes et maussades comme le nord , ne font aucune différence entre son aspect si vieux, si froid et les douces haleines du midi , les caresses du levant, les splendides adieux du soir. Ceux-là vieillissent sans instinct de la chaleur et du jour; ils mourront sans avoir soupçonné quel point de l'horizon les abrite ou les attaque , tandis qu'au fond de leur cave l'inerte végétal, plus sensible et plus intelligent qu'eux, se traîne pour aller à travers les fissures d'une porte saisir un peu de lumière et respirer l'air pur.

Arnold partit donc pour se chercher une patrie nouvelle. Mais où établir ses pénates ? où trouver cette terre, contraste et diversion complète avec ses habitudes passées? où découvrir un lieu enfin qui le cachât à son pro-

pre souvenir? Vous qui ne connaissez de Paris que ses aspects d'apparat, sa physionomie banale , ses palais , ses quais , ses boulevarts fréquentés ; qui n'avez abordé des rayons de cette ville que ceux qui touchent à la Madeleine ou au Gymnase, qui ne hantez de ses mille quatre-vingt-quatorze rues que les rues de Richelieu, Saint-Honoré, le quartier d'Athènes et la Chaussée-d'Antin , suivez Arnold dans quelques unes de ses excursions et allez voir, sous des aspects inattendus, une autre et incohérente cité dont vous vivez plus loin que des murs de Vienne ou de Moscou. Descendez avec nous , par exemple, de la barrière d'Enfer au jardin dit du roi, et voyez se dresser en amphithéâtre une colline ardue où Sainte-Geneviève a deux fois plus de hauteur que ne lui en suppose un naturel du quartier Montmartre. Là, au fond d'un vallon menacé par Bicétre , attristé par la Salpétrière, se traine un ruisseau qui donne à la fois le travail et la mort à tout un cloaque moral et physique, appelé le faubourg Saint-

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Marceau. Là, l'exploitation du pauvre par l'industriel abrutit votre espèce , courbe la taille de l'homme, supprime l'enfance, éteint la joie, fait avorter l'ame et la pense'e. Là, faute du pain qui bii suffise, l'apprenti de six ans boit l'eau-de-vie pour trouver des forces. Là , sous le lit bourbeux de la Bièvre , sont creusées des catacombes; car Paris repose sur le vide. Ses dédales les plus habités , ses plus grands édifices , construits aux dépens de leur base, sont suspendus sur des abîmes. De l'Observatoire où Arago interroge le ciel, on peut descendre sous un enfer de coquillages marins , attestant la présence de l'océan, jusqu'à trois fois. Là sont confondus des débris de crabes, des dents d'esquales, des troncs de palmiers à l'état de silex , les grands ossemens du tapir , de la gazelle , de la sarigue, quelques fragmens d'animaux propres aux seules régions de l'Amérique; et parmi le plâtre de vos carrières , des myriades de crânes humains. Que savez-vous du gisement de cette Baby-

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lone? Vos mesquines passions ne s'agitent que de l'Opéra à la porte Maillot ; vos vœux sont bornés au nord par la rue Saint-Martin, au midi par la Bourse. Vous ignorez jusqu'au nom des coteaux qui vous abritent contre l'hiver et les positions militaires où l'ennemi pourrait être arrêté. Votre gouvernement seul , qui ne craint qu'une chose : le peuple , étudie les buttes non détruites encore , comme l'ont été celles des Moulins, de Saint- Roch, le Monceau Saint-Gervais, le labyrinthe du Jardin des Plantes , et où la tradition établit des forts détachés; mais vous, le nom de vos fortifications naturelles vous est inconnu. Qui visite jamais les barrières de Fontarabie , les Trois-Couronnes , le Télégraphe , Franklin , la Cunette et ce site désolé de Croullebarbe , où médita Fieschi : Fieschi , père des lois de septembre , un criminel si utile et* si profitablement exploité par la politique d'Intimidation, plate parodie de la Terreur.

Arnold, de la Glacière aux Gobelins, es-

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