CHAPITRE III
mourir à ses pieds ; le bruit n'ose approcher. C'est un champ d'asile pour le penseur, c'est un cloitre du moyen âge. Le jour il n'y pénètre aucun cri du marchand cupide, la nuit son vaste parallélogramme le défend du passage des carrosses coureurs, emportant à leur perte le joueur et l'épouse. Il n'y a plus peutêtre qu'un asile dans Paris, abandonné maintenant du vice et où l'on ne saurait rencontrer ni tripots, ni courtisans, ni prostituées , ni princes : c'est le Palais-Royal.
Arnold arrêta là son logement; il y fut décidé par l'étrangeté des contrastes, et il se rappela encore , en remontant aux fastes romains , que cet enclos avait été consacré jadis par de pieux édifices. Le sol où passe la rue Vivienne porta autrefois des tombeaux. Au temps de Julien, les eaux minérales déjà descendues de Chaillot servaient là aux ablutions des funérailles.
Hem^eux donc d'avoir trouvé cette solitude sous les arceaux d'un Campo-Santo : pour l'été le feuillage des tilleuls , les gerbes élan-
cées d'une eau écumeuse et claire, Arnold •y consuma les premiers jours de son établissement à s'enivrer du spectacle de ce mouvement silencieux. Là la vie des.passagers, jele répète, ressemble à celles des ombres de l'Elysée antique. Là, une seule espèce d'habitant est tumultueuse : ce sont les mille oiseaux qui peuplent ce grand désert. Il les admira pendant de longues heures les moineaux du Palais-Royal ! 11 se plut à les voir s'ébattre au travers des arbustes et sur le sable doré des allées. Insoucians lazzaronis, ils pullulent là aussi nombreux que les éphémères dans un rayon de soleil. Il aima toute cette volière en émeute, pension d'écoliers criards, essaim murmurant d'abeilles, colonie de Bohémiens. — îls sont nés tous entre les colonnades de ce vieux palais, se disait-il. Ils sont maîtres des chapiteaux que Mercier, le lourd architecte , croyait n'avoir sculptés que pour Richelieu. Il les voyait à peine emplumés , demi-nus encore et la tète radiée d'une espèce d'auréole qui ressemble aux pistils