CHAPITRE III
casanier comme un parisien, il mourra sur la paroisse Saint-Roch sans avoir été même aux Tuileries. Hélas! quand son aile s'allanguira, quand il se sentira vieillard, le moineau s'enfoncera sous sa retraite de pierre. Elle fut son berceau. Lui-même y avait fait son premier nid avec quelques chiffons de la modiste et le jabot déchiré du joueur, ramassé près de l'ancien n^ 113; mais il se résignera sans plainte et il mourra sans souffrance, car il est entouré comme Jacob d'une nombreuse famille, et il ne craint pas, celui-là, que l'empire du Palais-Royal échappe à sa postérité.
Cette diversion fut trop rapide , et sa futilité s'épuisa sur elle-même. Au bout de trois jours, le poids de son mal accabla tout entier le cœur du peintre. Il est des idées où l'on peut se reposer, mais comme une tête sur le billot de l'exécuteur. Quand , dès l'aurore , Arnold sentait faillir son courage :
— Puisses-tu être moins malheureuse que moi! disait-il. — Que celte journée lui soit légère !
S'il avait pu savoir au moins où était sa retraite ! Il semble que la séparation soit plus amère quand on ignore jusqu'au lieu habité par la personne qu'on aime. On voudrait deviner sa maison, quel objet frappe ses yeux au réveil. On dépense pour imaginer ces détails autant d'efforts qu'il en faudrait pour créer un poëme. Il semble qu'on lui serait moins étranger si on pouvait se représenter son asile, la voir rêvant sur un fauteuil, écrivant peut-être pour vous devant son âtre recueilli. Amis désunis par l'absence, donnez-vous cette réciproque consolation , cette géographie du foyer. L'ame , sœur de la vôtre , saisira avec joie ces renseignemens : il n'en est point de futiles quand ils aident à se retrouver. Arnold, pendant la journée, existait bien encore; car il avait le soleil, le fleuve, les eftéts d'architecture et d'ombre à admirer; mais le soir ! Il redoutait le soir et les ténèbres. Un démon rôdait dans toutes ses nuits, et lui criait : Tu es seul ! Tu es seul, et la vie c'est l'intimité.
— Si elle ne doit jamais voir ce que je fais,