CHAPITRE III
de son o table , nul bourgeois de sa maison. Le jour passait là sans avoir su ni grandir ni décroître; les ruisseaux sont débordés,les buissons pleurent : que sont devenus les oiseaux ? Si l'on sort, la neige de la veille devenue sale et grise ne cède que pour creuser une petite fosse où le pied se noie. Là, l'atmosphère accable et la lumière manque ; toute vapeur rampe au lieu de s'élever, la lampe pétille et meurt, le sarment se tord et noircit dans l'âtre fumeux .
Arnold était si découragé de lui et des autres , si fatigué de cette province marâtre, immobile et arrêtée comme une ingrate horloge ; il était si désorienté , si privé d'avoir perdu l'objet de ses enthousiasmes fidèles : la nature, qu'il se forma en lui ou plutôt se décomposa deux êtres : l'un était antipathique à l'autre et le jugeait avec dégoût .
— Il faut nous séparer, se disait-il en parlant de lui-même. Cet étranger m'est insupportable : rien ne le contente ; il gêne ma route , il n'accomplit aucune des conditious
de la vie. Il n'a jamais ni faim ni soif. ïl y a dix jours qu'il n'a fait sa barbe. 11 faut le laisser dans cette auberge, et partir.
Et il partit.
Il retraversa à pied presque tous les chemins qui le séparaient de Paris , et n'observa rien , à travers la France apathique , que les nuages voyageurs comme lui, les arbres dépouillés , de brunes chaumières , et les sillons du laboureur qu'il entendait au loin en menant ses bœufs , chanter d'une voix haute et plaintive. Le long des ornières jaunes et profondes , il foula les feuilles odorantes du noyer ; puis il reprenait sa route en suivant pour tout guide ces bataillons de grues qui poussaient au nord leur vol angulaire. Pèlerins ailés , flotte aérienne , pensait-il , vous savez où vous allez , vous : le souffle de Dieu vous soutient, vous avez deux patries, vous ne serez jamais exilés, vous pouvez échapper au malheur.
Le soir, sous le manteau de la cheminée , dans une hôtellerie, il s'oubliait près du