‹ LéoChapitre 7 sur 157 · CHAPITRE] I · texte numérisé non relu

CHAPITRE] I

(let effet inattendu lui rappela sur-le-champ les témérités de la palette du Sasso-Ferrato. Arnold, ébloui de cette richesse de tons , de cette crudité savante , en fut à peine distrait une seconde par la souple et élégante désinvolture de la jeune femme qui portait cette parure de pacha. Puis il vint à penser ensuite que cet appât des contrastes était , dans l'exécution de son art, un piège dangereux à tendre aux connaisseurs, et qu'il offrait plus de difficultés à dompter que de chances de succès durables.

Pendant cette réflexion, toute de métier, il avait ralenti son pas. Il s'était tenu plus éloigné des deux personnes qui cheminaient devant lui , et n'avait pu entendre l'une d'elles prononcer ce peu de mots rapides et animés :

— Décidément , je n'aurai besoin de personne. Je suis folle aussi bien de m'étre ainsi vêtue par la chaleur qui commence. Nelly, débarrassez-moi de cet odieux fardeau , reportez ce schall dans le boudoir, et puis vous reviendrez. Mais, non... non... vous dispo-

serez de la journée comme il vous plaira. Si on me demande , vous direz que ma mère me fera reconduire.

Pendant que cet ordre se donnait et s'exécutait presque à la fois, Arnold songeait que le Poussin , si économe des ressources de la palette , était cependant un des plus grands peintres français.

Quand il releva les yeux, l'objet qui les avait captivés vivement avait comme changé de décoration : l'absence du cachemire bigarré laissait descendre les simples et modestes plis d'une robe de toile couleur lilas, et il ne reconnut le luxe effacé de toute cette personne qu'à la blanche et onduleuse ampleur des plumes qui restaient au chapeau de paille. Puis à l'instant même la jeune femme y porta une main rapide, arracha 4'unique ornement qui formait maintenant disparate avec sa tenue nouvelle ; et par un geste enfantin elle fit voler cette blanche couronne au dessus du mur assez bas d'un jardin qu'elle côtoyait en marchant.

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