CHAPITRE I
— C'est un signal de rendez-vous , soupçonna Arnold, un gage donné pour le consentement de ce soir. Un sage a dit : Qui est-ce qui est plus léger que l'air ? une plume ; que la plume? une femme ; que la femme?., rien.
La légère inconnue , en effet , parut ne s'inquiéter nullement du sort que le vent réservait à son message : elle ne retourna seulement pas la tête pour s'assurer qu'il tombait au lieu où il devait être attendu ; et Arnold fut le seul à s'apercevoir que le candide panache, bien qu'ayant dépassé le mur, demeurait arrêté sur l'autre versant du chaperon, entre les tiges de quelques violiers jaunes qui commençaient à fleurir.
Sans protecteur donc maintenant sur la voie publique, en robe de toile et en chapeau uni, voilà la belle dame, tout à l'heure accompagnée , demeurée seule ; l'opulente citadine habitant un des riches hôtels voisins , transformée en grise tte.
— -Que peut être cette femme? pensa l'artiste. Est-ce une duchesse qui se déguise pour
18 LA PIROaUE.
aller porter dans quelque ménage obscur un double adultère ? Est-ce toujours la jeune épouse de Claude qui vole offrir ses tendresses aux muletiers de Rome? Ah! plutôt, si c'était une pauvi^e enfant , vendue par sa mère , entretenue par un lord , et qui pour aller , la malheureuse ! revoir son vieux père aux Invalides, sa sœur blanchisseuse, ou visiter furtivement son pauvre village de Vanvres , aurait dépouillé la livrée de la prostitution? J'irais lui offiir mon bras. Mais non , c'est une coiu'tisane effrontée; c'est sans doute une de ces filles blasées de luxe et perdues de caprices, qui ce soir au théâtre, sur le premier rang d'une loge de velours , dédaignera d'abaisser ses regards sur un parterre d'admirateurs, et qui désertant déjà le déjeûner d'un ambassadeur où elle n'a rien trouvé d'assez rare pour son goût et son appétit morts, va s'asseoir sur le tabouret d'une mansarde , devant le dé jeûner de son amant de cœur : un carabin , les mains rougies d'une récente autopsie; un rlaqueur de petit théâtre, un