‹ LéoChapitre 85 sur 157 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de l'insolite colère de sa fille , avait eu beau dire :

— Monsieur, il faut excuser une enfant! Ce sera quelque malentendu. C'est une enfant gâtée. Elle est comme ça ! Que voulez-vous ? Elle vous adressera certainement des excuses. . .

Elle ne savait pas se rendre compte à ellemême de l'issue d'une entrevue si simple et si peu faite , selon elle , pour irriter la bile d'une future duchesse.

Quand le portefeuille de dessins arriva fort malencontreusement après le départ de son maître, la vieille mère, abandonnée à sa curiosité oisive, l'examina. Mais ce qui la frappa le plus, ce ne fut pas quelques paysages qui auraient dû toucher ses souvenirs et raviver en elle certaines images du passé. Il y a des yeux si peu organisés pour les arts qu'ils ne comprendront jamais la vérité d'une copie de la nature. L'intelligence des lignes et du modelé leur a été refusée comme un sens. Ceuxlà prendront infailliblement, dans un portrait, l'ombre du nez pour une prise de tabac, et à

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propos d'un oreiller figuré sur un lit, demanderont ce que fait là ce tonneau ? C'est une question qu'on nous a faite à nous-même , devant un tableau du Poussin : le Testament d'Eudamidas.

Ce qui attira d'abord les yeux de la positive baronne fut le nom du peintre , frappé sur la basane de la couverture en lettres d'or : Arnold Fermer.

— Mais je connais des Ferrier! se dit-elle. Il y en avait dans notre province ; c'était une famille pauvre à la vérité, mais mon fils aîné a dû être en pension avec un Ferrier. Je crois qu'on m'a parlé même d'un camarade de ce nom, qui aurait retiré un jour de la Loire mon étourdi de Théodore. Et je n'étais pas là! Si c'était un compatriote? Si cet Arnold n'était pas tout-à-fait un étranger pour nous ? Enfin elle ne sut que penser quand elle reconnut dans ce portefeuille plusieurs esquisses du portrait de sa fille : elles étaient toutes frappantes de ressemblance.

Elle fil rendre le portefeuille, non complè-

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