CHAPITRE VI
tement intact , avec un billet fort civil , et demanda si vu son âge il n'y aurait point d'indiscrétion à ce qu'elle allât elle-même un jour prochain s'informer de l'état du convalescent. Arnold ne répondit pas.
— Adieu , adieu , dit-il le surlendemain à Fontaine : tu ne m'es plus nécessaire ; je suis décidé à passer encore un mois dans ce village , tu manquerais à tes pratiques et je te ferais perdre ta place.
— Oh ! ma place , dit le prolétaire, elle est grande et large : au coin de deux rues passagères ! Je retrouverai toujours de quoi appuyer mes crochets contre le mur, soyez tranquille. Et puis notre poste, à nous autres, est respecté par les camarades : nous ne nous dégottons pas comme vos ministres. Me renvoyez-vous parce que je ne suis bon à rien et que je vous scie un peu? dam ! quand on n'est pas riche, on ne peut pas faire le bien.
— On peut touj ours faire le bien , mon brave ; c'est toi qui le prouve , dit Arnold. Que de choses ne sauraient se guérir pai* l'argent! e(
ces maux-là ne sont pas les moindres. Les meillem"es richesses sont dans le cœur , voistu. Toi, tu me donnes plus qu'un riche : un riche, en se débarrassant de son superflu en faveur d'un village incendié, par exemple, et qu'il n'a peut-être jamais vu, agit sans discernement, fait de la bienfaisance comme une machine h vapeur ; toi tu poses ta main sur la blessure d'un ami.
— Il est vrai , dit Fontaine, que la pelotte de lin qui a passé brin h brin entre les doigts de la bonne fermière a plus de valeur que dix écheveaux des manufactures.
Fontaine s'était dévoué à Arnold par suite d'un événement fort simple; mais de ceux qui lient à jamais un bon cœur à un autre. Il faut savoir que pendant un voyage du commissionnaire pour aller recueillir une petite succession fort douteuse, il avait été obligé de laisser sa mère infirme à Paris ; et la bonne femme, volée d'abord dans sa mansarde, puis tombée sérieusement malade, avait \u la misère approcher d'elle. Enfin ses meubles al-