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CHAPITRE VI

Arnold allait s'écrier, la voix lui manqua. La simplicité de ces mots , la douce , mais assez faible émotion de l'accent , tout le maintien naïf de la visiteuse ne frappait pas moins l'artiste que les plus miraculeux objets dont son imagination s'était jadis entourée.

— C'est moi ! reprit l'apparition : c'est Eve, c'est la menteuse qui vous avait reconnu l'autre jour au premier coup d'œil.

Arnold demeura éperdu.

— Je vous étonne , dit-elle : plus d'une chose vous paraît étrange qui est la plus simple du monde. Ici par exemple si je viens vous chercher, c'est afin d'éviter tous les regards. Qu'y a-t-il de bizarre à vous rencontrer là , si j'ai fait d'avance épier vos démarches et suivre en secret tous vos pas ? Instruite que ces vieilles pierres sont le terme assez habituel de vos courses nocturnes, n'est-il pas sage d'y venir ? et de vous rencontrer précisément dans ce désert , si le premier intérêt de mon avenir est que nos entrevues soient secrètes? Écoutez, vous ne

rêvez pas ; non , vous n'êtes point la proie d'une fascination nouvelle ou des souvenirs de votre impressionnable enfance : car je vous devine et vous connais. Vous savez si j'ai entendu et compris tous les secrets , les trésors, les infirmités de votre esprit fantasque, dès notre premier entretien. Dieu peut-être nous avait faits 4'un pour l'autre! Vous apprendrez quelque jour si ma prédilection pour vous n'avait pas devancé l'âge de la raison... et de l'amour, ajouta-t-elle bien bas.

Arnold étendit les bras pour la saisir et l'attirer sur son cœur. Cette fois il osait croire en elle.

— J'ai été touchée de votre lettre , ami. Je vous en apporte la réponse. Puis reculant un peu, avec modestie: Que faut- il avouer? que j'ai été odieuse en vous renvoyant l'autre jour? je le confesse.

Arnold sentit rouler dans ses yeux une larme.

— Mais si vous saviez ! Il fallait à tout prix m'afîranchir d'une personne que je n'oserais

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