CHAPITRE VI. ,iOli
heureux , orgueilleux même de nous oiïrir cette hospitalité ; et son âge joint à la présence de ma mère , ne firent de son vaste hôtel, au fond du faubourg Saint-Honoré , qu'un convenable et agréable refuge pour moi. Je grandis là, sous ses yeux, et devins insensiblement l'objet des tendres soins du dignitaire ; ses attentions avaient commencé par être paternelles, elles devinrent galantes : il prévenait mes caprices et me couvrait de parures. J'entendais quelquefois ma mère lui dire après dîner : — • Quel dommage, Monsieur le comte, si un homme de votre mérite ne laissait pas une postérité ! Vous avez traversé l'empire et la restauration avec la même fidélité ; vous êtes placé par conséquent très haut dans l'estime du nouveau pouvoir, que vous reste-t-il à désirer pour l'avenir, si ce n'est de perpétuer ce nom et ces titres? Il vous faudrait un successeur.
— Je me marierais, répondait l'ex-jacooin, ex-tribun, ex-coryphée du sénat conservateur, et je chercherais surtout à m'allier à votre
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noble sang, si j'étais sûr d'obtenir ce que vous dites : un successeur de mes droits sur les bancs de la pairie. Ce serait une bien juste récompense de mon dévouement tout patriotique. Mais j'ai beaucoup de chances à courir! et que serait pour moi le mariage, auquel j'ai répugné dans ma jeunesse, si ce dédommagement n'était pas certain?
— Faites-vous assurer, disait la baronne en souriant.
— Oh ! ma première garantie pourrait être en vous, Madame. Et si vous étiez plus sûre de la docilité de votre enfant...
— Je crois franchement qu'elle vous aime, monsieur le Comte, assurait ma mère, et vous n'êtes pas à l'âge où les miracles sont néces-
saires
— Je ne crois qu'aux miracles accomplis, répondait le diplomate. Oh! alors! il n'y aurait point de sacrifice qui me coûtât, et mon propre intérêt vous répondrait, Baronne, du sort de votre famille, devenue la mienne.
Je ne sais pas ce que méditait alors ma