CHAPITRE VI. 2U
je m'étais assise trop près d'elle. Je résolus d'obtenir les respects de cette société, de faire ce qu'il fallait pour être honorée par ce monde.
— Cette maison serait la plus agréable de Paris, répétait près de moi avec obsession un vieux émigré , si d'Hacmon avait un fils et était marié.
Ma mère, au moindre dérangement de ma santé , à la plus légère pâleur empreinte sur mes joues, redoublait de tendresse et de petits soins pour moi. Etais-je malade? je m'étonnais toujours de la trouver joyeuse : elle appelait alors le comte à mes côtés , et elle avait l'air de nous interroger l'un et l'autre.
— Comme il t'aime ! me disait-elle aussitôt qu'il s'était éloigné un peu. Quel homme probe et loyal ! un ami sûr ! ce serait une consolation pour moi, si Dieu me rappelait à lui , que de te laisser, mon enfant, dans ses dignes mains ! Je fais dire des messes et j'accomplis moi-même une neuvaine, pour que
tout succède selon ses désirs. Sois-lui dévouée, il est tout à toi.
Quand on invoquait ma protection pour user du prétendu crédit attribué aux pairs de France, on ajoutait :
— Le comte de Scanderberg n'a rien a vous refuser.
Je conçus l'émulation de devenir un jour loyalement sa femme ; mais si j'employais ma coquetterie innocente et ce peu qui m'a été donné de grâce pour en suggérer la pensée au magistrat sexagénaire, il me glissait d'équivoques paroles, hasardait quelques caresses et m'offrait tout, pour l'avenir, depuis des livrées magnifiques et les diamans de Marie- Antoinette, jusqu'à ma présentation à la cour. Une fois, il parla de me signer je ne sais quel écrit et quel engagement : ma mère à qui il se confia en parut fort touchée ; et le lendemain m'étant trouvée mal de dépit parce qu'une robe nouvelle n'arrivait pas assez tôt pour l'heure du spectacle, la baronne me dit à l'oreille : — Seriez-vous enceinte?