‹ LéoChapitre 99 sur 157 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lui, l'artiste lui-même, loin de son domicile et assez près du mien. C'était le long de la rue de Courcelles. Je fus intimidée de sa présence. Il ne me reconnut point et cependant il me remarqua. Je voulus l'éviter : lui aussi , je crois ; mais nous obéissions à la destinée aveugle qui nous était faite. Il m'aborda enfin sur la pirogue française... et vous savez le reste, Arnold.

— Oh indigne! s'écria le jeune homme, pourquoi n'être pas restée avec moi? Tu t'étais donnée librement : qu'y a-t-il de plus saint qu'un engagement volontaire? Pure alors, du moins encore pardonnable... 0 mon Dieu! pourquoi m'avoir envoyé cette créature adorable et maudite ? pourquoi avoir laissé approcher de mes lèvres ce calice de miel et d'absinthe ?

Il se prit à pleurer de rage sur des chances perdues , sur ce bonheur étouffé dans son germe.

Eve ne le comprenait pas.

— Mais Dieu lui-même , poursuivit-il , vous

ouvrait une voie au pardon ! l'amour pou-^ vait te réhabiliter. Le hasard, que dis-je, la providence vous présentait, Madame, l'amour comme un refuge, un brin de paille à sauver le naufragé : mais l'avez-vous jamais senti? vous eussiez fui toutes vos opulences pour adopter mon pauvre sort. 0 Dieu qu'on dit juste, c'est moi que vous avez puni! vous châtiez l'innocent. Je souffrais pendant que vous vous avilissiez , ingrate. Vous avez fait le crime, et c'est moi seul qui l'expie î

— Hélas! j'eus bien l'idée de me consacrer toute à vous; je pensai à quitter ce monde pour qui je m'étais perdue : mais auriez-vous voulu de moi ? savais-je si vous m'auriez pardonné? La fierté combattait l'entraînement. J'avais aussilaissé un billet.. En vous marquant ce mépris simulé afin de m'éviter de votre part des recherches, n'avais-je pas mérité un mépris véritable de votre part? Enfin je ne vous aimais pas encore. . comme. . .depuis je vous ai aimé. Et l'honneur, selon le monde..

-r- L'honneur qui ne vous restait plus!

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