‹ Léon Bloy (volume 2)Chapitre 15 sur 18 · VOYAGE EX DANEMARK · texte numérisé non relu

VOYAGE EX DANEMARK

Donc, nulle tristesse de ce côté-là, bien au contraire.

Si Paris était moins loin, ma joie serait parfaite. Ma femme me charge de t' envoyer son plus affectueux bonjour.

Léon Bloy s'était marié en mai 1890 et quelques mois après, il avait résolu avec Mme Bloy d'essayer de vivre en Danemark. Ils partirent au mois de février 1891. Leur séjour fut de huit mois; leur fille aînée Véronique Bloy est née à Bagsvœrd.

L'accueil qu'ils reçurent dans la famille Molbech facilita le premier contact de Léon Bloy avec le Danemark. Et pourtant la famille n'était alors composée que de trois personnes, Mme Molbech et ses filles.

Le fils s'était expatrié depuis plusieurs années et habitait l'Amérique. Léon Bloy ne devait le connaître que dix ans plus tard.

Quant au père, le poète Christian Molbech, il était mort peu de temps avant les fiançailles de sa fille avec Léon Bloy.

On ne peut que regretter l'absence des relations de celui-ci avec son beau-père qui parlait le français et en comprenait les beautés.

Christian Molbech avait été un homme d'un esprit vif, très ouvert et même assez mordant. Il est surtout célèbre en Danemark pour ses œuvres dramatiques dont la principale est Ambroise que l'on reprend de temps à autre à Copenhague et toujours avec succès. Ambroise est un drame ou plutôt une comédie-drame qui, à la lecture, fait songer à certaines pièces d'Alfred de Musset.

Des grotesques, comme chez le poète 6! On ne badine pas... vont et viennent sans se douter de

la lutte terrible que soutiennent à côté d'eux un jeune secrétaire-poète et la jeune fille qui s'est fait aimer de lui. Pièce rigoureusement honnête où il ne faut chercher ni les ambitions d'un Julien Sorel, ni les libertés du Chandelier.

Elle a été traduite en français et n'a jamais été jouée en France où elle aurait des chances d'être bien accueillie. Je préfère encore à Ambroise les poésies de Christian Molbech. Elles abondent en images fraîches, en croquis légers et en fines critiques. C'est un régal d'entendre Mme Bloy les traduire à livre ouvert en faisant valoir les passages qu'elle préfère.

La petite ville habitée par Léon Bloy, à son arrivée en Danemark, était, on l'a deviné d'après la lettre à Georges Landry, voisine de Copenhague et Bloy a tout à fait raison quand il dit de cette Finlande en miniature qu'elle est, en été, merveilleuse. Il put contempler la merveille dès le mois de mai et plus que jamais erra sous les arbres en récitant à haute voix du Juvénal qu'il étudiait passionnément à cette époque. Les paysans danois qui l'entendaient, l'avaient surnommé « le professeur de chant».

Sous les arbres, à cinquante mètres de l'habitation, il y avait une petite cabane à demi cachée par les branches où, dès que vinrent les beaux jours, Léon Bloy s'installa pour travailler et ce fut dans ce pavillon rustique qu'il écrivit les premiers chapitres de La Femme pauvre.

Le voisinage de Copenhague, on l'a vu, allait permettre à l'écrivain de devenir conférencier.

Léon Bloy s'y prépara, dès le lendemain de son arrivée et le mois suivant, le 20 mars, une séance préliminaire intitulée Les funérailles du naturalisme, fut donnée au Sprogforening.

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