‹ Léon Bloy (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

Un mot encore, lorsque tu fais une visite, étudie-toi un peu sur ce que tu dois dire, dis-le simplement et reste peu; à Paris, la vie est fort employée et ceux qui sont longs sont ennuyeux.

Ton ami et père,

Bloy.

A Paris, Léon Bloy s'était lié avec Georges Landry dont il partageait la chambre, rue Rousselet. Un libraire, auquel Léon Bloy avait affaire, lui fit remarquer Barbey d'Aurevilly qu'il ignorait et dont, par conséquent, il ne se savait pas le voisin.

C'est alors que Léon Bloy écrivit un article qu'il résolut de soumettre au maître.

Celui-ci accueillit le débutant avec son habituelle bonhomie et ce fut le commencement d'une amitié qui ne finira qu'avec la mort de Barbey.

En 1870, Léon Bloy s'engage dans le corps franc de Cathelineau.

Voici une lettre que lui écrivait alors sa mère, lettre aussi différente que possible de celle du père citée plus haut. Elle complétera les indications sur les origines et la jeunesse de Léon Bloy:

24 octobre 18/0.

Mon cher Léon,

Je m'empresse de t 'écrire, je voudrais que tu reçusses encore quelques lignes de moi, car j'ai besoin de te. dire tous les vœux de mon pauvre cœur et toutes les supplications qu'il adressera au Ciel pour que tu me reviennes. Ah! cher enfant, je veux aussi te bénir au moment où tu vas être exposé au danger; la bénédiction d'une pauvre mère est toujours suivie de celle de Dieu même; reçois-la donc, cette bénédiction. Que

Dieu sans cesse te couvre de sa protection, que la Sainte l ierge, notre bonne Mère, et tous les saints anges t'accompagnent et veillent sur toi. Mon cœur suit ma bénédiction, il me semble qu'il s'en va avec elle, mon pauvre enfant, je t'embrasse, puisse n'être point pour la dernière fois!

Que la volonté de Dieu soit faite et non la mienne!

Tu seras, je n'en doute pas, digne du choix qui est tombé sur toi de marcher en avant. Je suis aussi contente que toi que vous suiviez Cathelineau.

Adieu, mon cher fils, si nous ne devions plus nous revoir sur cette terre, nous nous rejoindrons bientôt là-Haut.

Ta mère,

M. Bloy.

Post-scriptum (de la main du père) :

Quoi qu'il puisse arriver, fais ton devoir et sois béni.

Bloy.

Avec ses souvenirs de la guerre, Léon Bloy écrira un de ses chefs-d'œuvre : Sueur de Sang.

Il supporta, du reste, mieux que qui que ce fût, les fatigues de la campagne. Lorsqu'il me parlait, plus tard, de la force prodigieuse qu'on lui attribuait, il me disait : <( C'est une légende, pour ne pas dire une plaisanterie ; mais j'ai été un marcheur infatigable. Pendant la retraite du Mans, j'ai porté un camarade qui ne pouvait plus se tenir debout. Et j'avais, en plus de cet avantage, cet autre de posséder un estomac exceptionnel. Je restais un jour entier sans manger et le lendemain je pouvais m'ofïrir un repas somptueux sans en être incommodé. »

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