‹ Léon BloyChapitre 21 sur 24 · OMNIA COOPERANTUR IN BONUM · texte numérisé non relu

OMNIA COOPERANTUR IN BONUM

Au milieu de la table, face à l'écrivain, il y avait un Christ surmonté d'une grosse couronne d'épines et, à côté du Christ, une statuette de Celle qui pleure achetée lors de son premier pèlerinage. Depuis le Mendiant ingrat jusqu'aux dernières lignes de son journal, tous les livres de Léon Bloy ont été écrits sur ce bureau et aussi les nombreuses lettres dont beaucoup, hélas! furent des demandes de secours. Ces dernières avaient les suscriptions chargées d'indications hautes et épaisses: Urgent, Très urgent, Très pressé!...

Sur les casiers, les livres étaient rangés dans un ordre parfait; des livres d'histoire surtout restaient à portée de la main : Schlumberger, Henry Houssaye, Norvins, Vandal, etc....

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Il répondait en h. paules : « V

avez peut-être raison.. irable I

Je vis quelque! rrer sous les meuble- un

roquet aux fermes fantastiques que Frédéric Brou avait voulu copier pour un modèle de gargouille. Bloy lui jetait de temps à autre un m ceau de sucre... sous son lit et s'amusait des contorsions de l'animal pour faire pénétrer bosses entre le bois du lit et le parquet.

De même qu'à l'atelier de la rue Cortot, les dimensions de la pièce obligeaient Bloy à des dépenses de charbon fréquentes et énormes. Huit mois de l'année, son poêle était rouge; il se char-

LÉON BLOY A MONTMARTRE 8l

geait lui-même de l'entretien du feu. « Le froid, disait-il, est mon plus grand ennemi ! »

Il combattait son plus grand ennemi avec une surveillance incessante, interrompait une lecture pour courir à sa caisse à charbon, revenait tenant d'une main la tringle et de l'autre une pelletée qui s'engouffrait. Et Léon Bloy regagnait son bureau en se frottant les mains d'un air satisfait.

Délivré, selon son expression, des vermines de la rue Cortot, il publia successivement l'Invendable et Le Sang du Pauvre.

Le premier est la suite du journal de l'auteur, journal où il y a de tout, depuis les simples billets adressés à des fournisseurs ou à des propriétaires tracassiers, jusqu'aux prières les plus nobles et les plus touchantes. On a remarqué avec raison que dans L'Invendable, Bloy parle fréquemment de ses lectures et que Napoléon et ses historiens l'attirent de plus en plus.

L'Invendable, édité au Mercure de France, partagea le demi-succès des précédents volumes du journal.

Les épreuves en étaient à peine corrigées quand Léon Bloy commença ce livre sur Y Argent dont il avait si souvent entretenu ses amis.

Nul autre ouvrage de l'auteur ne fut enlevé avec une plus vertigineuse rapidité. En deux mois, il fut écrit, corrigé et publié, je ne sais pourquoi, chez l'éditeur Juven.

Dans la Préface du Vieux de la Montagne, paru l'année suivante (1910) au Mercure de France, André Dupont a parlé longuement du Sang du Pauvre.

J'extrais ces lignes de la préface d'André Dupont :

« Pour écrire son nouveau livre, Bloy n'a eu

qu'à

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A l'heure OU il publiait Le '. il

avait encore des ennuis et des sot*

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il pouvait travailler avec tranquillité et il en profitait, car il aimait le travail.

Les villégiatures l'interrompaient, et il faut

• lire qu'à partir de 1908, moment ou parut L'Invendable, jusqu'en 1913, elles se multiplièrent. T.é"n Bloy Tient Créteil.

Le Tréport, Sainte-Mesme, ux, le Nouveau- Brigton, Binic, Taille- Petit :it-Piat. Et plus il villégiaturait, plus il d< illégiaturë

S'en aller ainsi vers l'inconnu lui était odieux. Tl se rendait plus volontiers chez un ami quand il savait que l'arrivée et le départ lui seraient adoucis, qu'il n'aurait pas à réclamer -a malle à un employé dont l'hostilité l'accablait de tris- 5SC et de dégoût. Il faut avoir vu Léon Bl

dans une gare, son bulletin de bagages à la main et disant d'une voix suppliante autant qu'inentendue: « Monsieur l'employé, voulez-vous me donner ma malle ? » pour comprendre le désarroi où un événement vulgaire pouvait jeter ce qu'il appelait si exactement son esprit enfantin.

Il se resaisissait devant son écritoire. Avec quel art il sut exprimer, non seulement sa souffrance, mais le ridicule de ce qui l'avait fait souffrir. Comme il savait réduire à des proportions infimes tout ce que son mépris lui faisait dédaigner.

Cela ne l'empêchait nullement de rester dans toutes les occasions vrai et respectueux et de faire ses efforts pour comprendre ce qui instinctivement ne lui convenait pas.

Ses relations avec la musique et les musiciens furent, à ce point de vue, étonnantes et concluantes.

Léon Bloy n'aimait pas la musique. Je ne parle pas de la musique religieuse qu'il goûtait avec la simplicité de son cœur de chrétien, ni des petites improvisations de sa fille Véronique qui, par leur candeur dans l'invention et l'expression, étaient bien du Léon Bloy.

Je veux dire la musique profane, celle de Beethoven et celle de Debussy.

J'ai montré l'attitude de Bloy écoutant son ami Vines. Encore s'agissait-il là de réunions tout intimes, chez lui, Léon Bloy, chez Jacques Maritain, ou chez moi.

Une autre fois, je le vis, non sans inquiétude, se rendre à une audition intégrale du Messie, de Haendel, donnée au Trocadéro.

La séance était organisée par Raughel et Borrel, deux amis de Bloy, que celui-ci aurait eu

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<»n qu'ils lui

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et nous pûm r pendant une :

Mon ami. me dit-il, j

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pleuré à divers pa applau

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Ire I [aendel i >utant la voix de crécelle d Villiers, quand il : I

L'entrée de M; I la Schula can-

torum, dans la cla 'jui

nsuivirent maître Vincent d'Ii.

entretinrent chez Léon bonnes dispo-

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Sa studi die nous :t, de temps à

antre. de Rica:

Vines, nous entendions aussi le vi Borrel. Enfin, Mme Brou rappelait à Léon Bloy l'époque de ses <:• en chantant d'une voix

charmante du Rollinat :

L'an: le

Bloy ne cachait pas sa joie de ces réuni musicales, dans sa maison de Montmartre, réunions qui se terminaient ordinairement par une lecture.

Assis devant son bureau. Bloy prenait un de ces petits cahiers à couverture grise où ses

œuvres, d'une écriture fine et serrée, sont renfermées dans leur ordre chronologique.

Il tenait le cahier à deux mains et l'approchait tout près de son visage. Il lisait d'une façon posée, avec une intonation très appropriée aux choses qu'il avait écrites. Sa prononciation était claire, mais particulière. Il revenait de son mieux à la vieille manière française, disant escayer pour escalier, coyer pour collier, Moyère pour Molière, etc....

Ces lectures eurent lieu aussi à Versailles où où il venait deux ou trois fois l'an, chez moi ou chez son filleul, Jacques Maritain.

J'allais l'attendre à la gare Rive-gauche. Il arrivait son bâton à la main, vêtu d'un complet gris-ardoise et coiffé d'un feutre mou; il mettait son lorgnon, me cherchant de loin.

Arrivé près de moi, il plaisantait. Il ironisait, en disant des lieux communs... exprès, et riait après les avoir dits : (( Il fait un vrai temps de printemps !» ou : (( J'ai à vous dire bien des choses! »

Je reprenais sur le même ton: « Vous avez fait un bon voyage? » Il riait encore. Puis, tout à coup: « Ça n'est pas de tout ça, faisait-il, nous allons chez vous; mais, d'abord, allons prendre un apéritif. »

Nous nous dirigions vers un café situé rue Royale, face à la rue de l'Orangerie, café médiocre et très fréquenté (i). Bloy s'installait, commandait un amer et sortait de sa poche un petit brûle-cigarettes dont il ne se servait que

(1) Bloy rirait beaucoup, s'il savait que son café est devenu le siège d'une société de Crédit.

qu'il int

m d'amertuj r très

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Chez moi, on lui préparai! un Ion

• facile. Il aimait qu un

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<< I !'es1 un plat bien franc.:

lui servait au — j v ,n m pomn

de terre frites a l'huile et sûL

II croquait les n IX d'ail fl

Méridional qu'il était.

Durant le r vent vers

la fenêtre, cherchant des yeux ses am arbres, dans le jardin voisin.

Deux ou tr je l'entraînai ire,

malgré -a répugnance pour tout ce qui était U.urbonien et p<>ur Versailles en particulier. Je me gardai bien de lui montrer le palais et les collections, mais ; ais que les Trian<»ns le

luiraient, comme les ruines séduisent les imaginations mélancoliques. Je le conduisis ainsi '• ■ certains coins solitaires du parc: 0 V lui

disais-je, tout n'est pas aftreux à Vèrsailk Il répondait : << Cet endroit est aimable, b aimable... étes-Y' ntent ':

Léon Bloy pourtant préférait ne pas sortir. éo 'iiter de la musique, ou nous lire des pages de ses livres.

Je lui demandai, un jour, de choisir parmi

contes, un de ceux qu'il avait le plus travaillés, au seul point de vue de la forme. Il prit sans hésiter une de ses Histoires désobligeantes : « La plus belle trouvaille de Caïn », puis, dans Sueur de Sang, « A la table des vainqueurs ».

Le soir, quand il quittait Versailles il s'en allait à la gare accompagné de tous ses amis, car il n'était pas rare qu'il donnât rendez-vous chez moi à Jacques Maritain ou qu'il se fît accompagner de Frédéric Brou.

Le lendemain ou le surlendemain, il m'écrivait pour me dire le plaisir qu'il avait eu.

Au mois de décembre 1909, je me trouvais à déjeuner chez Bloy, à Montmartre. Il y avait avec mof Vines et l'abbé Petit, un prêtre d'une haute intelligence et d'une rare érudition. Tous les trois, nous nous attendions à une lecture pour l'après-midi. Bloy avait sur son bureau un cahier ouvert à la première page.

Avant de commencer, il nous fit à peu près ce petit discours :

« Vous vous attendez à du Léon Bloy et ça

n'est pas du Léon Bloy que je vais vous lire

Vous savez, n'est-ce pas, combien j'aime Termier. Ce grand savant est un de mes plus fidèles amis, je lui ai dédié Celle qui pleure.

(( Peut-être ignorez-vous que Termier est poète et qu'il ne peut écrire, même en traitant un sujet scientifique, sans révéler une sensibilité d'artiste, très belle et très touchante.

« Mais, ce que vous ignorez certainement, c'est que sa fille, Jeanne Termier, est elle-même un vrai poète et qu'elle vient de me communiquer des vers admirables, que je veux préfacer, car ils seront bientôt publiés.

« Je vous avoue avoir éprouvé une surprise des

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un- :

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volume,

lument remarquable Da

voir '

Et Léon Bloy doua lut enf nier s refuges, pour nol

Il mettait une appli infinie à nuai

- d'un diarnu profond.

Oiielqu.es jours après, il me communiquait la préface très curieuse qu'il fit aux Dermeti refuges et les critâ nt analysé

poèmes ont ratifié pleinement I ges décer

par Léon Bloy a Jeanne 'Fermier.

Je dis (jr ce est curieuse, parce que

Léon Bloy y juge en profane, ne se prononce pas une seule quant à la valeur littéraire de Y

vrage. Peu de temps a] il exprimait ami Alfred Pouthier, l'auteur des Soliloques, s

•rance du la: poétique.

a Lorsqu'il m'est arrivé, dit-il. d'écrire Baudelaire. Verlaine ou Jeanne Termier. v avez dû admirer la vir j>eu ordinaire de

mes réticence- et combien j'excelle à ne rien exprimer du tout C'est bien simple, je ne sais pas !

<< Quand on me présente un poème, mon premier mouvement est de fuir dans la direction de mes puits, les puits de mon âme. si vous voulez !.... »

A ce propos, je lui dis : (( Avez-vous quelquefois écrit en vers ? »

— « Oui, me répondit-il, j'ai fait en ce genre des choses détestables. Corbière aurait dit que mes vers étaient alignés comme des soldats de plomb. Ça ne chantait pas du tout! »

Et il me raconta l'histoire singulière d'un poème qui lui avait été commandé pour une revue.

Le poème s'intitulait : La solitude de Dieu. Bloy écrivit une trentaine de vers environ qu'il détruisit presque aussitôt. Il m'affirma qu'il n'avait rien conservé de cet essai qui l'avait fait renoncer pour toujours à la versification.

La fin de l'année 1910 fut marquée chez Léon Bloy par l'arrivée de Peter Van der Meer, homme de lettres hollandais converti avec tous les siens au catholicisme par les livres de Bloy.

Celui-ci était ravi de ces abjurations qui venaient s'ajouter à tant d'autres qu'il avait également provoquées.

Quatre ans auparavant, c'avait été celle de Jacques Maritain, de sa jeune femme et de leur sœur Vera Oumansof. De tous les amis de Léon Bloy, Maritain fut un des plus chéris du maître. Un labeur constant et acharné le tenait éloigné plus qu'ils ne l'auraient voulu l'un et l'autre de nos réunions amicales où il ne me fut pas donné de le rencontrer souvent.

Jacques Maritain, plus que jamais attaché à sa besogne de philosophie et de professeur, est, d'ailleurs, récompensé de son travail. Très jeune et déjà très en vue, admiré et aimé de ses élèves, armé d'une doctrine sainte qu'il expose avec une clarté merveilleuse, il est de ceux auxquels leurs

rit obligés «!■

■ philosophie, vint plu

de s«,n (lier tilleul, Mont stupéfait h

tuant a Van der M novembre, dans le bureau de Bl pour la ut.

( 'était un grand garçon un Quoiqu'il n'éprouvât aucu français; mais il se contentait al

M]' l'un innocent qui

erait «1

Van der Meer a raconté un livre très passionnant, paru en 1917, d Crès, avec une introduction 'le Léon : Ce

livre n'est p ulement un récit de la c sion de l'auteur, il est plein de souvenirs et

avenirs de ses jeunes années sont ceux d'un artiste raffiné, presque voluptueux, que tacles de la nature et de la vie ne laissent janindifférent.

Ils font regretter de ne pas avoir la traduction des autres ouvra le Van der Meer. romans qui lui ont fait en Hollande une réputation d'écrivain.

Léon Bloy a publié, dans son journal, une lettre très belle où il raconte tous les détails de la conversion de Yan der Meer.

Ces a»iis. écrit-il. ne cessent de dire que leur conversion est mon t u du moi>is que

Toi irrésistiblement déterminée.

Ces: mme si ur me baisait

sur les lèvres t de son adorable Bouche. C'est

comme si ma mère, ma Dame de Compassion me prenait dans ses bras et me serrait sur son cœur... Je ne sais pas exprimer cela...

Voilà ce que je tenais à vous raconter. Et maintenant je ne sais plus que vous embrasser avec tendresse, en vous priant d' embrasser pour moi vos chères enfants.

Van der Meer partagea désormais, avec Jacques Maritain et leurs deux familles, ces fonctions de filleuls de Léon Bloy qu'ils ont conservées jusqu'aux derniers moments de leur parrain bien-aimé et qu'ils gardent encore aujourd'hui auprès de leur marraine.

Léon Bloy, avant de quitter Montmartre (il reçut son congé le 16 janvier 191 1), publia la suite de son journal et intitula ce nouveau volume Le Vieux de la Montagne.

Je me souviens d'avoir combattu de toutes mes forces ce titre que je trouvais utilisé antérieurement un trop grand nombre de fois; mais Bloy pensait à sa chère montagne de la Salette et ne voulut rien entendre.

Quant au livre lui-même, je le crois digne des précédents, et je veux ajouter ceci : Il contient la (( lettre à Letellier ».

Je n'ai jamais rencontré ce Letellier, dont j'ignore absolument tout, mais puisque c'est à lui que nous devons cette chose exquise, nous garderons le souvenir de Letellier pour l'Eternité.

Lisez cette merveille à la page 360 du Vieux de la Montagne.

Bloy fut désolé de quitter Montmartre. Je le vis quelques jours avant son départ. Nous fîmes encore le trajet de la rue de la Barre à la place

Dup "liant qu'il

Il (■: q heurt

r I k • ' t le i cscal

allèles .-m luiiicul.'i

i des rampe de fer pour installer un jeu de

■ i-iii*l Bloy, qui était • ur.

int heurter le bord de ion II se retourna

brusquement, >ant 9

bâton i. fit-il,

des Faç ms : i « va vous t; trique ! » Je vt n

gamins qu'on eut dit emprunt! un album roulbot, l'un effondn a planche au pi<

marches, l'autre juché en l'air et BI03 ix.

■nitîque et terrible, la canne haut

Tout dernièrement, j'eus la curi de

retourner rue de la Barre, ^le revoir ce que devint ce quartier depuis le départ de Léon I

J'ai travei non sans émotion, la place du Tertre et j'entrai dans la salle enfumée d'un petit café où Bloy me conduisit ent; je refis les parcours qui non ient familiers, la rue

Lepic, la rue Cortot Arrivé rue de la Barre, je n'ai tn»u\é que des démolitions et des ruii m

J'ai dû reconstituer avec me- - .venirs la petite porte de fer. la sonnette au son grêle, la cour pavée, le logis des canards, le vitrage de la salle à manger, la table modeste montée sur ses tréteaux et j'ai revu un instant mon vieil ami disant le Benedicite qu'il faisait suivre d'une autre prière apprise chez les Chartreux. Il articulait nettement d'une voix grave, très belle: H .... Edcnt paupe et sa tu ri.... »

Je \*ousi AsL/ou-a tyvt^-i '<hj izJjù c-tot**\ é~> —

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Lettre de Léon Bloy à René Martineau.

(( En aurai- je fait, des déménagements ! )) me disait Léon Bloy, lorsqu'il lui fallut quitter la rue de la Barre. « Et, avec tout cela, reprenait-il, je voudrais tout de même apercevoir le coin de cimetière où je reposerai ! ))

Le (( Mendiant ingrat » prophétisait, sans qu'il s'en doutât, cette fois. C'est à Bourg-la- Reine qu'il devait mourir.

J'ai dit combien Montmartre lui plaisait. Un mois après son départ de la Butte, il en écrivait encore amèrement à une amie de Tours :

«... J'ai souvent déménagé, mais jamais un arrachement n'a été aussi pénible. Nous avions pris V habitude très douce de vivre à l'ombre du Sacré-Cœur, immergés, plusieurs fois par jour, dans les ondes sonores de sa grande cloche. Nous étions dans une maison tranquille, toute à nous, loin des bruits de la rue, possesseurs sans partage d'un jardin aimable où je cultivais amoureusement quelques fleurs, où ma femme nourrissait quelques volatiles. Tout cela est fini. Plus d'oies, plus de canards, plus de poulailler, plus de chien, mais surtout, oh! surtout, plus de basilique! Nous voilà en un appartement bourgeois, grand et confortable peut-être, mais si banal! L'église,

■ I ; •V noh éloigtk

urmentent. Il y a

M< hebdomadaii

plu les qu'elk

m Bl< >y me prouva - m <:

raréfier en organisant mon itii admirable, me dit-il. Arriv la

-arc Montpan

tramv. VOUS DOUV4 -la-

Reine, a 2 heur n.

\ '< -Un repartirea a à

peu près dir fera renti 1

y heures. Il y a un petit ire,

je vous mettrai dans votre wagon... >» i

pas mine il avait dit jusqu'en juillet 1014.

où les moyens mmunication devinrent diffi-

ciles pour les rai que l'on -ait.

lernières ani la vie de Léon Bl

ne se signalèrent par aucun changement dans sa manière, si ce n'est qu'il s'acharna davantage encore au travail.

Le polémiste qu'il avait été n'existait plus. Et il ne prêtait aucune attention aux éloges qu'on lui décernait, lesquels devenaient sinon h m-

breux du moins plus fréquei

Léon Bloy qui. i; -llectionnait les

injures publiées sur son compte, et peu d'écrivains en auront été abreuvés comme lui. se désintéressait complètement des compliments et des admirations.

Il y a chez lui plusieurs cahiers de découpures qui ne sont que des invectives à son adresse : (( J'ai été très friand de ces ordures », disait-il quelquefois. Quant aux louanges, il les dédaignait et n'avait ainsi que très peu d'occasions de répondre ou de discuter.

Léon Bloy recevait souvent des brochures que quelques-uns d'entre ses amis se figuraient devoir l'intéresser. Il n'en retint que deux ou trois plus ou moins ridicules qu'il annota et ces critiques un peu spéciales ont paru dans son journal.

Les autres publications allaient au panier et Bloy accompagnait souvent son geste de cette phrase qui revient quelquefois dans ses écrits : « La vie est trop courte! »

Une fois pourtant, le titre de la brochure l'arrêta. C'était : Des périls de la Foi et de la Discipline dans l'Eglise de France à l'heure présente et l'auteur était Mgr Turinaz, évêque de Nancy et de Toul.

L'ouvrage avait cent pages. Léon Bloy se mit à le lire attentivement et prit sa plume dans l'intention de l'annoter.

Les idées qu'il rencontra n'étaient pas pour lui déplaire. Mgr Turinaz écrivait, en somme, contre le modernisme et les médiocres laïcs qui se mêlaient de l'introduire dans les feuilles catholiques les plus répandues. Bloy avait souvent indiqué son mépris des uns et des autres.

Malheureusement, Mgr Turinaz n'était guère écrivain, avait le tort d'ignorer Léon Bloy et apportait un soin excessif à écarter de ses phrases les images énergiques et les violences.

« Je n'obéis, écrivait-il, à aucun sentiment de

malveillance à l'égard des personnes » Son

oeuvre était, hélas ! le contraire d'un pamphlet.

I N la ' phi

mp de ,'ii scru

plaqi* irtout i na-

•I et <!< ' • •.•

A partir de la fatiguée par la d r du pi

dons trahissent fin

r. . Bloy écrit : « Quand je I

mentalité, tout m'abandonne un

homme fichu

Puis Bloy n continuellement l'air de 'lire à M;:r Turinaz : « J< mais ■ •■ rîer cela, vous n'enfc

rien à l'engueuL

Il est ju ire remarquer qu'aucune de

annotations ne s'adresse au de l'évêque,

mais aux auteurs i '

T. . s'explique: « Ce I nr.

écrit-il, a de la chance d'être tombé dam mains aussi peu cruelles que celles de Mgr Turinaz. Avec un autre, il aurait pu écoper d'une façon un peu plus sérieuse. >> Quelqr. 1rs

après, Bloy me donna la brochure à laquelle il avait ajouté l'envoi suivant:

<< Pardonnez-m^i. mon cher Martineau.

d'avoir souillé de mes annotations, parfois indécentes, cette brochure que j'avoue avoir lue sans aucun respect. Mais vous et passionné pour

moi que j'ai supposé, injurieusement peut-être, que cela ne vous déplairait pas.

Puis il me dit : (( Je sais que vous êtes un brin bibliophile, emportez ça! »

Depuis, j'ai fait cartonner la plaquette en violet-évêque et l'ai placée à la suite des œuvres de Léon Bloy. Elle ne constitue pas la moins curieuse de ses fantaisies; mais elle n'est pas aussi indécente ni aussi irrespectueuse que Bloy me le dit, quand on songe que rien de ses notes ne fut destiné à la publication.

On a parlé avec insistance des invectives de Bloy à l'égard du clergé catholique. Il faudrait, sur ce point, s'entendre et définir le mot invectives.

Bloy a quelquefois montré, avec une complaisance vengeresse, certains ridicules ou certains oublis, mais il n'a jamais poussé jusqu'à l'invective ses remarques sur les prêtres.

Je l'ai toujours vu respectueux dans les conversations qu'il avait avec eux — même quand ils n'étaient pas de ses amis — et il les recevait avec amabilité. A un vicaire de sa paroisse qui lui disait: (( Vous êtes un lion, toujours. Ne pourriez-vous, quelquefois, vous faire mouton? » il répondait: « Mais non, car alors, je me mangerais moi-même! »

Bloy a pratiqué l'invective vis-à-vis de ses confrères. Belluaires et Porchers et Je m'accuse en contiennent et de très violentes; mais son journal, et c'est là surtout qu'on a puisé pour lui faire le reproche que je viens de dire, n'est jamais dur que lorsque l'auteur reproduit exactement un fait tel qu'il s'est passé ou des paroles telles qu'elles furent prononcées, et peut-on dire que ce sont là des invectives ?

Et puis, est-il si paradoxal de soutenir, comme l'a fait M. Arbelet à propos de Stendhal,

que L<

«I mu- lont l'ind ri d'un

qu'on ir haïr, die n'avoir il

pour la tendi ii "a aimé les 1

I t oc oui donnerait phi poids à I vation de M. Arbelet, l'admirati Woy pour Le rouge ei le noir qu'il l de li vigour I qu'il pr< harfren Parme,

L'esprit du xvm' re» hez

■ndhal. h: \ pour d(

raires et philosophiqt n d'indivi-

dualisme n'était pas pour lui déplaii

II tradui noore n ce besoin haine pour cause de tendre--'-, quand il me disait:

... On va égorger l'agneau ou l'âne de la faï/ Je me précipite pour exterminer Allons boni voila qu'on m'acci manquer à

la charité

L'installation à 'a-Reine se ht

rapidement. Léon Bloy exprima, une fois de plus, son désir de tranquillité. Tous reçurent

une cane imprimée ainsi o >nçue :

(< Changement d'adress

(i M. et Mme Léon F U l'honneur à

informer, qu'à partir du 15 Mai 191 1. ils seront domicilies à Bourci-la-Rc \t place Condorcet.

(< On est prié de ne pas fi xger les visi-

teurs inutiles. 0

Quand je lui dis : Mais qu'entendez-vous par (( visiteurs inutiles » ? il répondit : « Ce sont ceux qui n'ont ni esprit ni argent! Il faut apporter l'un ou l'autre... ou les deux ! »

Jamais il ne dédaigna la plaisanterie et, en vieillissant, il plaisantait encore plus volontiers qu'autrefois.

On l'a accusé de scatologie. C'est la moins fausse et la moins bête des accusations portées contre lui, non pas qu'il ait été essentiellement scatologue et qu'il ait borné sa manière de plaisanter à ce genre unique, mais, il est certain qu'il manquait rarement l'occasion de s'exprimer sur ce sujet, alors même qu'il eut dû plutôt se contraindre.

Il y a, place Condorcet, \ Bourg-la-Reine, un buste médiocre de Condorcet qu'une Municipalité irrespectueuse a placé devant une vespasienne. Quand Bloy vit cela, il me dit: (( Dans quelques années, on construira une autre vespasienne semblable à celle-ci, à l'autre bout de la place... et ça sera mon buste qu'on mettra devant. »

Quoiqu'il fût indifférent et méprisant, il était aussi trop artiste pour ne pas être observateur. En réalité, rien n'échappait à son regard, là où il fréquentait. Les habitués du café Lecoq, place de la gare, ne se doutaient pas de l'intérêt que Bloy portait parfois à leurs agissements. L'hiver, nous passions une heure dans ce café, en attendant le départ de mon train. Bloy apportait un livre et me disait: « Ça, c'est pour quand vous serez parti... Ce café est très bien, mais n'a pas d'échiquier... ! » Il appelait le patron M. Coq : (( ... Vous ne voulez pas acheter un échiquier, Monsieur Coq? ))

L'été, on se tenait dans le jardin où il y avait

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