‹ Léon BloyChapitre 22 sur 24 · KM · texte numérisé non relu

KM

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et des chî '.eues et enfin vous me verrez, moi,

avec mon ami Martineau. et peut-être aussi m filleul Pierre

Je retrouvai là, de temps à autre, ceux qui fréquentaient autrefois avec nous la place d'Anvers : André Dupont. Léon Bonhomme. Alfred Pouthier.

Ricardo Vines vint quelquefois au café Lecoq. Il arrivait par le train, venant de M Palaiseau, et racontait son déjeuner chez le peintre Odilon Redon.

Quand il voulait dire des à-peu-près. Bloy. le devinant à l'avance, criait : « Mauvais, il e-t très mauvais!... "»

Je ne parlerai pas des nombreuses villégiatures de Léon Bloy ; il a relaté tout cela dans son journal. Pour moi. je ne lui fis qu'une seule visite, en dehors de son habitation ordinaire.

J'allai le voir à Saint-Piat. en 1912.

Saint-Piat est une bourgade à quelques lieues de Chartres, avec une halte sur la ligne Paris- Brest. Le village est sans intérêt. Bloy habitait là où commence la route de Chartres, assez jolie à cet endroit, grâce à la rivière et aux arbres qui la bordent.

Malgré le peu de confort de son logis, Bloy ne se déplut pas à Saint-Piat. C'est de son premier séjour dans ce trou de campagne que date sa correspondance avec Aurélien Coulanges, alors directeur des Marches de Provence, une petite revue qui promettait, interrompue par la guerre.

Après quelques lettres, s'élabora le projet qui aboutit, grâce à l'activité de Coulanges, d'un numéro spécial consacré à Léon Bloy. (Voir dans Le Pèlerin de l'Absolu, le compte rendu de cette publication.)

On trouvera dans le même volume le récit d'une autre villégiature, dans le Périgord, récit trop bref, à mon avis. Léon Bloy m'a dit son émotion en revoyant le Fenétreau, ce faubourg de Périgueux, où il était né et où il retourna si souvent tant que vécurent ses parents, ce Fenétreau où il conduisit Georges Landry, dont il dessinait les vieux saules, au bord de l'Isle et qu'il retrouva complètement changé: (( La nuit des embellissements modernes est tombée sur toutes ces choses lumineuses », écrit-il magnifiquement.

Tout le temps que durèrent ces villégiatures, Léon Bloy travaillait et il n'espérait une prompte rentrée à Bourg-la-Reine que pour travailler davantage. Il fut extrêmement encouragé par la réimpression de plusieurs de ses livres. Le Déses-

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gement s'était produit très doucement. Bl lui-même finissait par en avoir la - Mme BI03 en était le principal auteur.

Après avoir donné à son mari l'admira* sans bornes dont il était avide, elle lui orgar. le foyer indispensable à l'artiste qui a autant besoin que les autres h< >mmes d'une rade sûre, n'ayant rien à attendre du dehors, sinon des désillusions.

Si la souffrance d'un artiste de l'envergure de Léon Bloy se mesure à la gTandeur de son œuvre, on peut dire que toute sa vie il eut besoin d'être consolé.

La tache de Mme Bloy ne demandait pas seulement beaucoup de tendresse, elle nécessitait

une grande intelligence. La femme de Léon Bloy avait plus qu'aucune autre femme cette intelligence supérieure qu'il fallait pour le rôle complexe qu'elle devait remplir et elle l'eut au point d'ajouter quelquefois à l'œuvre du Maître et à son génie.

Bloy le savait, le disait, citant maintes fois celle qu'il appelait sa collaboratrice.

Car, s'il y eut de par le monde beaucoup de mendiants qui, de leur vivant, ne furent jamais taxés d'ingratitude, on s'est aperçu souvent que leur reconnaissance ne s'est jamais manifestée pour les êtres auxquels ils devaient le plus.

Léon Bloy, lui, n'oublia personne, pas même ceux qui l'ont aimé et si la postérité sait vraiment son métier de postérité, elle conservera à Mme Bloy la place que Léon Bloy lui avait donnée.

Le premier volume publié par Bloy, après son arrivée à Bourg-la-Reine, fut cette Vie de Mélanie, bergère de la Salette, écrite par ellemême, dont un prêtre lui avait communiqué le manuscrit.

Pour Léon Bloy, qui avait toujours proclamé la sainteté de Mélanie, la lecture de ces pages avait été la plus douce des révélations. Le livre parut en 191 2, au « Mercure de France ».

Mme Rachilde publia, à ce propos, un article plein d'enthousiasme dans <( Paris- Journal ». Cet article» intitulé L'Ecole du Silence, causa à Bloy une joie énorme. Il m'envoya par la poste le numéro du « Paris-Journal » et, peu de temps après, il me disait, pleurant presque : (( Ce qui m'a bouleversé dans l'article de Rachilde, c'est que ce n'est pas mon introduction, mon style à moi qui l'a émue, c'est la vie de Mélanie, le récit de la sainte! »

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de ceux qui n'achetèrent et- livre que jxnir y cl cher ce qu'un historien ordinaire pouvait écrire sur un tel sujet, je comprends davantage leur stupéfaction. Et pourtant

Quoi d'étonnant à ce qu'un trouveur d'énigi soit allé vers cet incompréhensible empereur qui avait si souvent séduit les ver de

l'expliquer, sans le raconter, mais armé cependant d'une documentation que les meilleurs critiques d'histoire n'ont pa^ discutée.

Ed. Barthélémy au Mercure et Guy de Cagnac dans V Autorité, ont publié, le premier surtout, des pages plus que suffisantes pour que le public fut averti de 1 importance de l'œuvre de Bloy. Rien n'y fit On ne voulut rien entendre. Les uns voulaient du Hugi ». les autres voulaient du Stendhal, il s'en trouva pour dire à l'auteur

de L'Ame de Napoléon: « Alors, vous êtes bonapartiste ». Léon Bloy répondait : (( Ça, c'est décourageant! »

Et après son livre sur Napoléon, il chercha une diversion à ses études d'histoire, en écrivant une seconde série de l'Exégèse des Lieux Communs. Quelques-uns d'entre ses meilleurs amis lui conseillèrent cette nouvelle tentative à laquelle il se livra, malgré l'insuccès de la première épreuve.

L'auteur et ses amis furent satisfaits du résultat, proclamant la supériorité de cette seconde série sur la première. J'avoue n'avoir pu partager leur contentement. C'est, selon moi, dans le premier livre que se trouvent les pages les plus puissantes et les plus colorées.

Quand Bloy m'interrogeait là-dessus, je lui disais ma pensée et il répliquait aussitôt: (( C'est parce que la première série vous fut dédiée que vous parlez de la sorte ! »

Je dois ajouter que, sans être un succès, ce qui d'ailleurs ne prouverait rien, le second volume des Lieux Communs se vendit mieux que le premier.

Cela tenait surtout à la réputation grandissante de Léon Bloy. Non seulement on commençait de réimprimer ses livres, mais des libraires venaient le trouver, essayant d'obtenir de lui des inédits ou quelque article oublié.

Ainsi Bloy confia à M. Laquerrière, pour sa collection des curiosités littéraires, tous ses articles sur Huysmans, dont l'éditeur de Belluaires et Porchers n'avait pas voulu, les trouvant trop violents. Cela forma une brochure intitulée : Sur la tombe de Huysmans.

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Je regrette seulement que Bloy ait de

diminuer » m éloge, s'accusât s'être trompé, quant à deux romans d'une exceptionnelle valeur, qu'il avait été le ; r à

comprendre comme il fallait. Il faut plus encore la défection de J.-K. Huysmans, qui, en ne nommant pas Léon Bloy lors d'une enqi: essentielle et influente, détermina la ruptun

Quelques semaines après la publication de sa plaquette. Bloy avait commencé un nouveau volume de son journal. Le Peler in de l'Absolu. lorsque la guerre éclata.

La famille Bloy était à Saint-Piat depuis le 8 juillet. J'étais moi-même é de Versailles

depuis la même époque. N01 -ans nou-

velles les uns des autres jusqu'au 10 août où je reçus la lettre suivante :

Méi v nt-Piat.

Cher ami.

Je vous en prie. écrives-moi si vous t

rivant encore. Dans notre solitude profonde de laquelle nous ne pouvons sortir, faute d'ar-

gent, nous ne savons rien, sinon le peu que des fragments de journaux nous apprennent. Mais nous voyons que les événements sont énormes, inouïs. C'est l'échéance probable du grand Terme. Parfaitement isolés et sans ressources, menacés de périr de misère, sauf miracle, nous voudrions au moins savoir quelque chose de nos amis.

Ayant reçu mon livre (Le Pèlerin de l'Absolu) extrêmement tard, je n'ai pu le distribuer qu'à très peu. Anne-Marie a dû en recevoir un exemplaire et Madeleine un autre. Sont-ils arrivés?

Impossible de vous envoyer votre exemplaire hollande venu trop tard, impossible de contenter Elisabeth et beaucoup d'autres.

On est passablement malheureux.

D'après ce que nous croyons voir, Guillaume semble mal embarqué. Ses moustaches sont en péril. Si mes vœux étaient comblés, ce crétin sinistre finirait dans un amas d'excréments.

Ecrivez-moi, pour l'amour de Dieu.

Je répondis aussitôt et, le 8 septembre, une autre lettre de Bloy m'apprenait que lui et les siens avaient quitté Saint-Piat pour aller à Rennes où ils séjournèrent pendant tout le mois de septembre.

Revenus à Saint-Piat, ils en furent chassés par le froid le 17 octobre et réintégrèrent Bourgla-Reine.

Nous pûmes nous voir peu de temps après. Je trouvai Bloy au travail: « J'ai commencé, me dit-il, un livre sur Jeanne d'Arc et l'Allemagne; c'est ma manière de combattre; je préférerais l'autre. J'aimerais cela, mais je n'ai plus de forces! ))

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En juin ig atteinte du ma] don! il d< deux ani dont il devait mourir '

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bras de Van '1er M ;té.

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Van der Meer.

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ne voulut rien prendre, alluma une cigarette, mais il fumait visiblement laisir.

Dans l'après-midi, il se remit peu put

rejoindre -a maison à la tin du jour avions été tou> impression râleur

-"ii extrême abattement II dut 1er

assez souvent le lit. se prn mmunion

quotidienne, écouter

suivre un régime et tout cela s'ajoutant aux inquiétudes causées par la guerre, il vieillit b< coup. Sa faiblesse augmenta.

Son livre. Jeanne et V Allemagne, avait

paru le 8 Mai précédent La vente était nulle ou à peu près. Jeanne d'Are et l'Alleme. . quel-

que ressemblance avec L'Ame de Xapcdénn. On y sent le même procédé cfhv aion, après une

documentation très complète, procédé incompris pour l'un comme pour l'autre de ces deux livres.

Un admirable article d'Edmond Barthélémy, paru dans le Mereure du l" juillet, vint réconforter Léon Bloy. L'article ayant été cité par Léon Bloy dans son Journal, je ne veux pas recommencer en le citant tout entier, mais il me faut en extraire ces quelques ligr.'

(( ... 77 résulte de là une lecture bien émou-

vante et si claire. Si claire. Comme tous les livres de Léon Bloy> d'ailleurs. Les événements ont seulement confirmé l'écrivain dans ses façons de sentir et de s'exprimer. Mais il fut toujours, dans ses autres ouvrages, ce que nous le voyons dans celui-ci. Il eut toujours, à défaut d'extraordinaires événements comme aujourd'hui, des raisons à lui, ces événements de son âme. L'intensité de l'émotion a, chez lui, toujours emporté aussi irrésistiblement la netteté de l'expression. Bloy est un voyant du monde moral. Emotion et forme, l'une dans sa profondeur, l'autre dans sa lucidité, annonçant l'énergie sans pareille de son intuition, de ce qu'il faut appeler son sens pratique de l'Invisible, qui est la seule réalité...

Dans cette sphère de l'Invisible, je m'arrêterai seulement à ce qui est sentiment, vie du cœur. Ah! c'est ici, dirai- je, qu'il est si délicieux d'entendre Bloy s'exprimer avec cette clarté. J'ai toujours pensé que l'auteur de La Femme pauvre, dans tout ce qu'il a écrit, s'adresse avant tout à nos cœurs. Les femmes sont les meilleurs juges en ceci et j'en ai vu, j'ai vu des mères de famille, que ses livres attiraient. Cet écrivain qui ne flatte pas les femmes, leur inspire confiance. Elles sont averties d'une loyauté qui est en lui, elles sentent la rectitude et l'autorité qui est dans sa pensée. Elles sentent qu'il y a une douceur en lui à laquelle on peut se fier....

M. Edmond Barthélémy a tout à fait raison et il est assez curieux de remarquer, après les lignes qui précèdent, qu'antérieurement aux arti-

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