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Alfred Vallette vint à Bourg-Ia-Reine prendre possession du manuscrit
l.e médecin conseilla à Mme Bl cher une maison avec jardin. Les VÎllégiatUJ étaient impossibles au pauvre malade qu'était désormais Léon Bloy et le grand air lui était indispensable. Il y avait justement à louer, à Bourg-la-Reine. la maison jadis habitée par Charles Péguy. Mme Bloy l'arrêta immédiatement.
L'habitation n'était pas très confortable ou plutôt n'avait qu'une pièce la salle à mander, qui fût spacieuse pour qu'on y put causer à l'aise. Encore Bloy n'y avait-il point sous la main son bureau et, par conséquent, son journal, ses manuscrits ou autres merveilles qu'il communiquait si affectueusement et avec tant d'à-propos.
Mais, autour de cette habitation, il y avait un jardin splendide, très vaste, où de vieux arbres formaient de beaux ombrages. L'été, on y dressait la table et on y servait le dîner.
Bloy en était joyeux, mais sa santé ne s'améliora pas.
Toute l'année 1916, les catastrophes terribles se succédèrent dans son entourage.
Au mois de mars, André Dupont, soldat au 4e zouaves, était tué à l'ennemi. Puis, c'étaient Philippe Raoux, capitaine d'artillerie, et enfin Jean Boussac, qui tombaient également au champ d'honneur. Tous les trois étaient des plus intimes amis de Léon Bloy. Il fut bouleversé lorsque ces nouvelles épouvantables lui parvinrent: Dans le Bulletin des écrivains (numéro d'avril 19 16 , il terminait l'article que M. Divoire lui avait demandé pour André Dupont par ces mots : « ... Je suis malade depuis des mois, malade certainement de toutes les horreurs qui nous sont présentées depuis bientôt deux ans et ce dernier coup n'était pas ce qu'il fallait pour me guérir. » Il est certain que la guerre hâta sa fin et que sa douleur physique se compliqua d'une amertume infinie et d'une grande pitié.
Quelque chose qui ressemblait aux secousses morales du Désespéré ou du Mendiant ingrat envahit le vieil écrivain, sans que sa confiance dans les promesses sacrées en fut pour cela ébranlée.
La douleur lui arracha un dernier cri de haine contre les ennemis de sa Patrie, en même temps qu'un acte de foi, et c'est d'une main que la mort faisait déjà trembler qu'il écrivit un des plus beaux livres qu'il ait écrits.
Les Méditations d'un solitaire en içiô peuvent supporter la comparaison avec Le Salut par les Juifs et La Femme pauvre ou Sueur de Sang, c'est-à-dire avec ce que Léon Bloy a fait de plus beau et de plus saisissant.
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celle qui convenait à Léon Bloy, qu'à peine s i livre publié, il en commença un autre d'une forme Identique mais celui-ci moins vibrant que celui-là
Le titre Dans les Té \ indique bien la
manière dont l'ouvrage fut composé et réalisé. Les forces de Bloy diminuaient de plus en plus.
Jusqu'au jour ou elles vinrent à lui manquer tout à fait, il continua de travailler, de réc ter les âmes en leur parlant du mystère.
Le 6 avril 191 7. il écrivait à Georges Jouhert. un ami venu à lui tout récemment :
Mon cher ami,
C'est un malade qui vous écrit... difficilement. Les deux derniers mois ont été très durs et aujourd'hui encore le retard du printemps me fait beaucoup souffrir. Ma plus grondé peine en ces jours saints est de ne pouvoir suivre les grands offices.
Je me suis traîné à réalise hier et ce matin
pour en revenir accablé. Telles sont les nouvelles que vous me demandez. Je pense beaucoup à la mort avec le regret de n'avoir pas mieux vécu.
Que Dieu vous bénisse pour le bien que vous me faites. J'ai reçu avec plaisir vos photographies. Votre amie est fort gracieuse et je ne peux que vous féliciter de tout mon cœur, en demandant qu'il plaise à Dieu de vous donner ce qu'il a promis par ses anges aux hommes de bonne volonté: la paix sur la terre.
Pour ce qui est du bonheur, lequel consiste cependant — selon mes vues — à endurer pour Dieu les pires tourments, je n'ose pas en parler, tellement ce que j'entrevois est terrible
Ces derniers mots nous montrent qu'il était toujours prophète. On voudra peut-être réunir un peu plus tard tout ce qu'il avait annoncé, toutes les prophéties éparses çà et là dans son œuvre.
Les événements que nous venons de subir rendent plus impressionnantes encore certaines de ses prédictions. A ne consulter que l'Epopée byzantine, parue en 1906, on trouve (page 21 de la 2e édition) :
« ... Il n'y a pas dans toute l'histoire un épisode plus bouleversant que la prise et le sac de Thessalonique par le renégat Léon le Tripolitain... En quelques heures, la cité fameuse devint un charnier brûlant. Le Tripolitain emmenait vingt-deux mille jeunes gens des deux sexes à la plus effroyable servitude, traitement réservé à la foule de nos délicieuses chrétiennes que le Bazar de la Charité n'a pas suffisamment éclairées... »
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[917, il me «lit. sachant que je ne reviendra qu'au mois d'octobre: << reut-être me revem vous? >> 11 voyait venir la mort avec beaucoup de calme, sans rien changer à sa manière d'être, parlant de son livre, de ses projets, tout o-mme autrefois, plaisantant volontiers, écoutant avec émotion les récits de ceux de ses amis qui étaient soldats.
Dans la salle à manger ou dans son jardin, il se tenait de longs instants sur sa chaise, les mains croisées sur ses genoux croisés.
A l'heure du goûter, il essayait de prendre un peu de pain et de vin, selon son habitude. Il choisissait sur la table des croûtons de pain grillé qu'il jetait à un gros vieux chien silencieux que M. Paul Léautaud avait donné à Léon Bloy depuis que celui-ci habitait la maison au grand jardin.
Bloy s'était pris d'affection pour ce gros chien et lui donnait tous les noms en or qui lui venaient
à l'esprit: Hector, Agénor, Antenor, Victor ou, par abréviation, Tor.
Les visites chez Léon Bloy étaient relativement peu nombreuses. Pierre Van der Meer fut un des plus assidus de ces derniers mois.
Le peintre graveur Henri Boutet, que Bloy avait connu à La Plume, vers 1890, habitait Bourg-la-Reine et voisinait avec son vieux camarade.
Un autre peintre, celui-ci très jeune, Charles Bisson, vint souvent, à cette époque, chez Bloy qui l'estimait et se sentait compris de cet artiste enthousiaste et profondément chrétien.
Enfin, Henri de Groux reprit, lui aussi, le chemin de la maison de Léon Bloy et la dernière visite de celui-ci à Paris fut pour se rendre à l'exposition que son ami avait installée rue La Boëtie.
Mon absence se prolongea tout l'été et pendant ce temps je ne reçus aucune lettre de Bloy. J'en conclus à une aggravation de son mal. Je ne me trompais pas. Revenu à Versailles le 26 octobre 191 7, je recevais le lendemain un mot de Mme Bloy:
Cher René, Votre ami est très malade. J'espérais toujours du mieux. Voyant que ses forces déclinent rapidement, je vous préviens pour que vous ne soyez pas bouleversés, si Dieu prenait, d'ici peu, son vieux serviteur fatigué....
Je courus aussitôt à Bourg-la-Reine où je me rencontrai avec Alfred Vallette qui avait été, comme moi, prévenu.