JOSEPH STEVENS
Y songez-vous! s'écria F un de mes confrères à qui f avais communiqué l'intention oii fêtais de vous offrir ces mémoires quasi familiers ; est-ce que jamais on inscrivit au frontispice d'un ouvrage à soi le nom d'un artiste dont on ignore k le caractère & le visage. « Oui y » repliquai'je à mon interlocuteur, & je lui fournis aussitôt les motifs de ma détermination. Il s'inclina, nous nous saluâmes, & je cherchai dès lors les termes de la sorte d'épître que je vous sers ci-dessous à beaucoup plus tard que je ne l'eusse désiré. Si je n'ai pas, en effets l'honneur de vous connaître. Monsieur, je connais du moins vos œuvres & me rappelle encore le frisson à la fois amer k doux que /éprouvai
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devant certaines de vos toiles^ au Musée national de Bruxelles, qui figurent à côté de celles de Rubens, de Van Dyck, de Téniers & tutti quanti. Vous êtes un de ces rares & sévères ouvriers qui, sacrifiant leur vie entière à l'étude de quelques types spéciaux^ s'y bornent afin de mieux surprendre en eux une ligne, un point qui distingue leur structure à peu près semblable & mille traits établissant pourtant la singularité de leurs physionomies & la diversité de leurs mœurs. Or, vos pauvres chiens, en qui je retrouvai plusieurs des miens, s'enlèvent au milieu des dieux ^ des rois & des saints qui les environnent, & les vrais martyrs, les héros réels, les seuls grands, ce sont eux, ces petits, ces meurt'de-faim, ces gueux, ces va-nu-pieds, ces misérables à quatre pattes, eux à qui notre cher & noble Baudelaire avait aussi réservé depuis déjà longtemps une place. d^ honneur en ses impérissables poèmes. Autant pour rendre témoignage à votre talent de peintre animalier ^ sans rival, aujourd'hui, que pour honorer envous l'ami constamment fidèle à mon maître expiré, je vous dédie à votre insu ces pages
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de prose intime avec le secret espoir qu'elles vous toucheront la fibre, comme, en Belgique, vos tableaux me la touchèrent à moi-même, & si profondément, qu'elle vibre dès que je vous vois cité dans les colonnes des gazettes, en quelque catalogue ou parmi le texte des livres de critique, & sitôt qu'on parle de vous, en ma présence au Louvre, au Luxembourg, au Salon, ailleurs, partout enfin oîi forcément il est question des Jadin, des Barye, des Millet, des Corot, des Troyon, des Dupré, des Rousseau^ des Daubigny, des Courbet & de tous ceux de vos contemporains de France dont vous égalez ou dépassez la taille; car, on le sait de mieux en mieux chaque jour en tout lieu, vous nettes inférieur à personne, soit là-bas, chez vous; soit chez nous, ici,