‹ Leon drame en cinq actes et en proseChapitre 23 sur 52 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE, M“ DE LINIÈRES , le COMTE. Oui, madame, les choses se sont passées ainsi... ce jeune homme, perdant le souvenir de ce qu’il vous devait de reconnaissance... dccc qu’il doit de respect

au nom des d’Armaillé, s’est oublié jusqu’i provoquer mon neveu.

M me DE linières. Je sais, monsieur le comte, que Léon est très-vif, très-impatient... mais qu’il ait, saus aucune raison, provoqué monsieur votre neveu... cela me semble presque impossible... Etes-vous

LE MAGASIN TRÉATEAL.

bien sûr que M. le marquis n’a point ,

Ï iar son ton, par ses paroles, irrité ce jeune îoiniue, dont la susceptibilité aura été d'autant plus grande, que la blessure sera partie de plus liant?

LF, COMTE. Le marquis sait son monde...

c’est un gentilhomme très-poli.

M"” DE Mit 1ER ES. L'excès de la politesse touche de bien près à l’offense.

IE comte. Au point oit en sont les choses entre nous, je ne pense pas que vous puissiez me refuser la satisfaction que je suis venu vous demander.

M"' DE LINIÈRES. Si elle est juste.

LECOMTE. D’après l’éclat d’hier, le cartel qu’il a plu à ce monsieur d’adresser ce malin à mon neveu...

M”' DF. lin I ÈRES , effrayée . Un duel!..

LE COMTE. Qui n’a pas été accepté... qui ne pouvait pas l’étre... Ça ne doute de rien... {a s’imagine qu’un gentilhomme ira perdre son temps... (// hausse les rpaul s .) (A IM”* de Linières, sérieusement.) Vous ne pouvei plus garder cet insensélà chez vous.

M”" de linières. Vous dites, monsieur le comte?..

le comte. Il a l’audace d'aimer M 11 * de Courbon .

ni”' DE linières. Elle et lui ont été élevés ensemble... leur amitié est déjà bien vieille.

LE COMTE. Uendei-le à sa famille.

de linières. A sa famille!., il n’en a pas.

le comte Alors, envoyex-lc moi."

M"* DE LINIÈRES. A vous!..

LF. COMTE. Je le placerai dans un régiment... Je le fêtai passer aux colonies...

M"" DE linières. L’éloigner de moi ?

LE comte. .Mon neveu ne |ieut pas rester exposé aux insultes de ce monsieur que je ne connais pat... mais qui me parait passablement orgueilleux.

M"" DE LINIÈRES, soupirant, en regardant le comte. Ali ! oui , orgueilleux !..

le comte... Du reste, si vous vous y intéressez...

M— de linières. Beaucoup.

le comte. Un lui procurera un brevet de lieutenant.

K»' de linières. Mais, monsieur le comte, je n’ai pas dit... que je consentais à in'en séparer...

le comte. Il le faut, madame.

«*• de linières. Et c’est vous qui l’exigeriez ! . .

le comte. Je ne laisserai point à ce monsieur une liberté dont il pourrait a buser... rien n’est sacré pour ces. sortes

de gens... Le rang, la naissance ne leur imposent point... un malheur est bientût consommé!., malheur irréparable !.. qu'il est de mon devoir de prévenir... d'empêcher !..

M“" DE LINIÈRES , ai ec ironie amère. En vérité , monsieur le comte, quand il s’agirait d’un de vos fils...

le comte. C’est bien plus, c’est mon héritier, madame... Je donnerais ma vie pour la sienne !... un million pour être assuré que mon nom ne s’éteindra point avec lui!.. Vous ignorez l'anxiété d’un homme qui craint de voir l’avenir fermé à sa race, le nom qu’il a reçu de ses aïeux disparaître à jamais du nobiliaire de France... Ah! sans ce neveu... le seul, le dernier de noire maison... comment aurais-je pu supporter la pertede mes fils?

M" 1 * DE LINIERES. Eh bien! monsieur le comte, cette affection que vous portez i votre neveu... moi, je la ressens pour le jeune homme dont vous voulez que je me sépare!.. Je l’ai vu naître... ses paretia l’ont abandonné... moi, je l'ai recueilli, élevé... je l'ai attaché à tna personne, et j’ai eu pour lui les soins, 1 amitié... la faiblesse d'une mère... A tort ou à raison... j'ai fait de son bonheur l’occupation de toute ma vie... Veuve et maitresse de ma fortune... c’est à lui que je la destine.

le comte. Je ne m’étonne plus ..

M°" DE LINIÈRES, avec dignité. Il l'ii gnore.

le comte. Ce sont vos bontés qui l'ont perdu... qui lui ont inspiré cette ridicule vanité de traiter d’égal à égal avec nous.

M*" DE linières. Monsieur le comte...

Léon, j’en suis sûre, est bien moins coupable que vous ne pensez., il y a plus que de l’exagération dans les rapports de votre neveu... on voit si mal dans les choses qui nous blessent.. . Et puis, on n’est pas toujours juste envers celui que l’on regarde comme un rival... dangereux. Vous ne pouvez pas condamner Leon stms l’entendre... voyez-le.

le comte. Moi! me commettre!..

M”” DE LINIÈRES, insistant avec grâce.

Voyez-le. . écoutez-le, je vous eu prie...

qui sait, si en le voyant, vous n’éprouverez pas quelque pitié pour lui !.. si scs accens n'éveilleront pas en vous... quelque émotion, quelque sympathie, qui lui sera favorable. .. (En disant cela, elle, s’est rapprochée de la tahle et a pris la sonnette ; un dûmes tique parait.') Priez M. Léon de descendre ici.

(Le domestique parait.)

lio».

le comte. Tout ce qu’il pourra me | dire, ne me fera point changer de résolu- !

tion.

U"* DE LITIÈRES, avec honte. N’en avezvous donc jamais changé?..

tr, comte. A moins qu’il ne déclare positivement que son intention n’a point été d'offenser le marquis.

M'“* de litières, Il le déclarera.

LE comte. Qu’il désavoue le billet qu’il lui a écrit ce matin.

de litières. Nous essaierons de l’y faire consentir.

LE comte. Et qu'il s'engage, pour l’avenir, 1 respecter les droits de mon neveu.

*■' de lisières. L’époux choisi par Euphrasie n’aura jamais rien à redouter de Léon.

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