‹ Léon FaucherChapitre 10 sur 60 · PRIVILËGB DK LA BANQUE DE BOA0EAUX · texte numérisé non relu

PRIVILËGB DK LA BANQUE DE BOA0EAUX

ajourne toutes les difficultés» on n'eo^ veut résoudre aucune*

Comment! tous nous dites que la discussion de principe est une discussion incidente; alors rayez toutes les discussions générales de cette enceinte; car, évidemment^ il n'y a pas de discussion générale qui ne porte sur quelque principe.

Au reste, ce débat est très-opportun. Nous ne demandons pas a^jourd'hui de décider que Torganisation des banques en France doit faire place à une banque unique, à une banque centrale. Non. Nous vous demandons de ne pas engager la ^ question par le Yote qu'on va émettre sur la banque de Bordeaux ; nous demandons que le privilège soit prorogé seulement de deux ans, pour donner le temps au Gouvernement de profiter de l'expérience, et de nous proposer une solution plus conforme à l'état des idées et des esprits.

Je comprends à la rigueur Targument de M. le Rapporteur; il dit : A quoi bon soulever cette discussion de principe? Les privilèges des banques n'expirent que dans deux ans : l'un n'expire qu'en 1855; tel autre ien 1860. Celte observation ne m'arrête pas.

Si TOUS voulez adopter un nouveau système, il faut bien commencer par poser Le principe : vous l'introduirez graduellemeut dans les faits ; vous Tintroduircz par la banque de Bordeaux en limitant & deux ans son privilège. Quand les privilèges de la banque de Rouen et des autres banques, qui expirent en 1855, viendront à terme, vous étendrez à ces banques la combinaison dont la banque de Bordeaux aura été le premier exemple.

H. le Rapporteur est logique, lui; mais je ne m'explique pas l'objecUon du ministère.

£t j'avoue que je m'étais attendu, dans une discussion de cette importance, à le voir, non pas présenter une objecUon

de forme, non pas élever mie question de délai, mais vous donner l'opinion du Gouvernement, qui doit être foite sur ce grand intérêt.

Il est impossible qu'on vous présente un projet de loi qui soulève les plus graves questions de crédit, qui touche à l'organisation entière des banques, sans que le Gouvernement ait une opinion arrêtée sur cette question. Si le Gouvernement a une opinion, il nous la doit; il ne peut pas s'abstenir ; il est tenu de s'expliquer. En refusant de le faire, il manquerait à son premier devoir.

Aftelre du 16 mai 1M8.

(Séance du 15 mai).

Le citoyen Léon Faucher. Dans ce qui s'est passé ici, il y a un fait qui est personnel à l'Assemblée, qui intéresse à un haut degré son pouvoir et sa dignité. C'est ce fait que je viens signaler, et dont je viens demander justice.

Vous avez vu le citoyen Barbes monter à cette tribune et vous proposer des décrets attentatoires à votre liberté et aux intérêts de la nation ; vous avez entendu dire à vos questeurs que le commandant de la force publique avait changé les ordres nécessaires qui avaient été pris pour protéger la liberté de vos délibérations. (Bruit.) Eh bienl je dis que l'Assemblée se manquerait à elle-même, si elle ne &isait justice des attentats commis dans son sein. (Oui! oui! — Appuyé !) Je demande donc la mise en accusation des citoyens Barbés et Gourtais. (Agitation en sens divers.— Non! non! pas de violences.)

ATfiLI£RS NATIONAUX. 109

Après une discussion très-vive le procureur de la Républi-que demande à l'Assemblée d*autoriser la poursuite des citoyens Barbés et Courtais» membres de TA^semblée nationale, et d'ordonner leur mise en arrestation.

L'autorisation est votée.

Des représentants préviennent TAssemblée que dans la capitale on la croit dissoute, que Paris est dans la plus grande inquiétude, que la garde nationale sous les armes est encore sans ordres, qu*il faut que des représentants fassent connaître dans les rues ce qui se passe, et que TAssemblée a cessé d*étre menacée....

Le crroYEN Léon Faucher. Il ne me parait pas nécessaire que les membres de l'Assemblée aillent se montrer dans Paris pour prouver que l'ordre est rétabli; il suffit que le pouvoir exécutif paraisse, il suffit qu'il affiche des proclamations, il suffit qu'il donne des ordres à tous les chefs de corps de répandre le bruit que l'Assemblée nationale est en sûreté, qu'elle a repris sa liberté, la plénitude de sa souveraineté, et qu'elle Texerce pour le bien du pays.

Je demande, afin que pareil événement ne puisse se reproduire, qu'on multiplie les précautions plutôt que de se n^ouver en défaut.

Pfo|«i de dèorat pour (nrrrir des ohantlers de tamuMement sur 1m ohemiiui de fer.

(Séance du 24 mai 18^8.)

I^ CITOYEN LÉON Faucher. J'ai l'honneur de proposer à l'Assemblée nationale le projet de décret suivant : « Art. l'\ Un crédit de 10 millions est accordé au Minisire

des travaux publics pour ouvrir d'urgence de nouveaux ateliers de terrassements sur le chemin de fer de Paris à Strasbourg, de Chartres à Rennes, d'Orléans à Bourges et du Centre.

« Art. 2. Les ouvriers des ateliers nationaux qui ne sont pas originaires de Paris seront dirigés sur les chantiers de terrassements ou recevront des feuilles de routes pour rentrer dans leurs foyers.»

En raison de Furgence, je demande à rAssemblée de m'autorîser à lui soumellrc demain les développements de ce projet de décret.

(Cette proposition est adoptée.)

At«Il«ni natlonaiiz.

(Séance du 27 mal 1848).

L*oidre du jour appelle les développements de la proposition du citoyen Léon Faucher, tendant à ouvrir un crédit de 10 millions de francs pour de nouveaux travaux de terrassements sur plusieurs chemins de fer.

Le citoyen Léon Faucher a la parole.

Le citoyen Léon Faucher. Citoyens représentants, la question dont je viens vous entretenir a déjà éveillé la sollicitude de l'Assemblée nationale^ Je crois consulter ses convenances, en me bornant à'dlre ce qui est nécessaire pour expliquer ma proposition.

Les ateliers nationaux formés au sein ou autour de la capitale, après avoir offert une ressource nécessaire aux travailleurs dans la suspension à peu près générale de l'indostrie et du commerce, en sont devenus la plaie. Ils présen-

ÀTBUnS MATIONAUX. lU

tetit aojoiird^hui le plus grand obstacle à la reprbe da travail.

Les ateliers nationaux épuisent les finances de rttat. Cent ▼mgt mille ouvriers à 1 fr. 50 c. par jour, entraînent une dépense de 180,000 francs par jour, de 4 millions 1/3 par mois et de 54 millions par année. G*est le budget de là ville de P&ris. C'est à 10 millions^rès les sommes déjè consacrées par PÉfat en 184S & Texécution des grandes lignes de chemins de fer.

On ne peut pas envisager sans douleur cette dépense énorme de forces et d'argent, quand on songe qu'elle est absolument improductive. Vous avez vu, citoyens, le Champ de Mars bouleversé pendant trois mois et transformé en un immense cloaque; je craindrais de ne pas vous parler avec le sérieux que demande le sujet, si je vous invitais à mettre ce qu'ont coûté de pareils travaux en regard de ce qu'ils rapportent. Les ouvriers eux-mêmes, il faut le dire à leur honneur, condamnent ce labeur ingrat, qui n'a pas même le mérite de déguiser l'aumAne : ils se trouvent humiliés de manger le pain de TËtat sans le gagner.

Non -seulement les ateliers nationaux n'accomplissent aucun travail utile, mais ils concourent à désorganiser les travaux de l'industrie privée. Tant qu'ils conserveront ce ca« rtctère, ils agiront, moins comme un rchige ouvert aux bras sans emploi, que comme une prime offerle à la paresse cl à l'inaction. Au moyen des ateliers nationaux, r&tat fait, contre son intention, concurrence à Findustrie libre. Tous les ouvriers qui, ne se rendant pas compte de la difficulté des circonstances, prétendent obtenir, en l'imposant aux entrepreneurs, une augmentation de salaire, désertent les fabriques en massa et vont s'enrôler dans les ateliers nationaux, où respéoe de demi^solde fournie par l'État leur permet d'attendre en toute sécurité que les entrepreneurs se voient dans

la nécessité de subir leurs exigences , quelles qu*elle8 soient.

Les ateliers de la capitale se vident ainsi, tous les ours, pour agrandir ce rassemblement confus. Après les nécessiteux, viennent s*y joindre ceux qui ont des moyens assurés d'existence. Le compagnonage fait appel, jusque dans les départements les plus reculés, aux oisifs de bonne volonté; et de là les trente ou quarante mille recrues qui ont grossi depuis peu la foule des ateliers nationaux.

C'est une immense grève qui menace d'absorber tout ce que le travail avait de vigueur et d'activité en France.

Il me parait impossible, citoyens, que celte situation se prolonge. La moitié de la population ne peut pas vivre ainsi aux dépens de l'autre moitié, sans lui rendre le plus léger service; et si TËtat a des sacrifices à faire, il ne faut pas qu'il les fasse pour désorganiser la production.

Outre ces inconvénients, les ateliers nationaux, en réunissant sur un même point un grand nombre d'ouvriers arrachés à leurs occupations naturelles, créent dans la so^ ciété un véritable désordre.

Si Ton vous disait, citoyens, qu'une armée de 120000 hommes campe aux portes de Paris, la présence d'une force aussi imposante vous ferait justement ombrage, et cependant la composition d'une armée nationale offre certaines garanties à la liberté : elle a des chefs reconnus, une discipline dont les règles sont posées par la loi, un drapeau auquel elle doit obéissance.

Une armée mdustrielle de 120 000 hommes qui n'a pas de chefs ou qui en a de secrets, est bien autrement dangereuse.

II y a là une foule accessible à toutes les excitations politiques, et les entrepreneurs de conspirations croient n'avoir qu'à se baisser pour y ramasser des complices. Si les ou-

ATBUERS NATIONAUX. 113

Yriers qui peuplent les ateliers nationaux n'ont pas fourni plus de recrues à Fémeule ; s'ils n'ont pas encore livré à l'ordre une bataille rangée ; si tout s'est passé jusqu'à présent en rassemblements déjà bien assez inquiétants, il faut en rendre grâce au bon esprit de cette population française qui, dans ses rangs les plus humbles comme dans les plus élevés, est trop éclairée et trop morale pour se prêter aisément aux suggestions de l'anarchie. (Très-bien f très-bien!)

Mais si les ateliers nationaux ne troublent pas précisément la société, très-certainement ils la corrompent.— Des milliers d'ouvriers, formés aux plus rudes travaux, s'habituent par degrés à ne rien faire; et de l'oisiveté au désordre il n'y a qu'un pas. L'atmosphère des clubs et des cabarets a bientôt remplacé la vie de famille. Encore quelques mois de ce régime, et nos ouvriers, que le travail doit faire vivre, que le travail ennoblit, descendraient au rang de prolétaires, en attendant qu'ils devinssent les prétoriens de la République.

Le Gouvernement et l'Assemblée nationale se sont déjà préoccupés de ce danger. En vous demandant un crédit de 3 millions pour subvenir aux dépenses des ateliers nationaux, 3 millions qui représentent à peine la provision de vingt jours, on vous avait proposé aussi d'employer un certain nombre d'ouvriers à la réparation des routes nationales. Vous avez accepté cet expédient partiel et temporaire ; mais les moyens sont-ils en rapport avec le but ?

Je n'hésite pas à le dire, citoyens; il faut dissoudre sans délai ce vaste rassemblement d'hommes; mais en licenciant les ateliers nationaux, il ne faut pas refuser aux ouvriers des moyens d'existence. On doit renvoyer à l'industrie privée tous ceux qui peuvent trouver place aujourd'hui dans ses cadres; on doit donner du travail, mais un travail productif à tous

les bras qui seraient [réellement sans emploi, en les dispersant sur divers points du territoire.

Le GouYemement exécute plusieurs grandes lignes de chemins de fer, qui sont destinées à relever la France de l'état d'indigence et d'infériorité dans lequel les gouvernements précédents Tavaient laissée par rapport au reste deFEurope. Ce sont les chemins de Paris à Strasbourg, de Paris à Rennes» de Tours à Nantes, d'Orléans à Bordeaux, et les deux ramifications dirigées de Vierzon vers le centre.

Pour ces diverses lignes, un crédit de 65 millions est porté au budget de 1848, crédit inférieur de 17 millions aux dépenses effectuées en 1846. Les derniers ministres delà monarchie, surpris par une crise financière que leurs prodigalités avaient préparée, ne trouvaient d'autre moyen d'en sortir ou de l'ajourner qu'en ralentissant des .'travaux qui avaient pourtant .un caractère d'urgence. Je ne propose pas de réta-^ blir ces 17 millions au crédit des chemins de fer; prenant en considération les embarras du Trésor, je ne viens pas vous provoquer à une dépense nouvelle. C'est la transformation d'une dépense improductive en une dépense productive que je me borne à vous demander.

Les dix millions que je propose d'appliquer à l'exécution des chemins de fer seraient absorbés, en [pure perte, par les ateliers nationaux. Les chemins de fer sont le vérita-*ble atelier national, le seul qui puisse produire. Le Gouvernement provisoire avait lui même songé, dans une de ses meilleures inspirations, à diriger de ce côté la masse flottante d'ouvriers qui encombrait la capitale; des ateliers de terrassement ouverts par M. Marie sur l'embranchement de Reims ont dégagé une ville qui était aux abois.

Dix millions représentent le salaire de 50 à 55,000 ouvriers pendant trois mois, à raison de vingt-cinq jours de travail par mois, et de 2 fr. 50 c. en moyenne par jour.

Sur chacune des lignes que j'indique, les études sont terminées, les terrains peuvent être occupés d'urgence, et les travaux peuvent immédiatement commencer. Aux abords de Paris, le raccordement des deux chemins de Versailles occuperait seul 1000 à 1500 ouvriers.Sur la ligne de Strasbourg, les travaux à exécuter entre Ch&lons etVitry demanderaient 4 à 5000 ouvriers ; il serait facile d'en employer un nombre égal entre Nancy et Bar-le-Duc, aux tranchées les plus profondes, et S ou 3,000 aux abords de Meaux. La ligne d'Orléans à Bordeaux offrirait du travail à 10 ou 12 000 ouvriers. J'en dirais autant du chemin de l'Ouest et de ceux du centre.

Vous le voyez, citoyens, ces ouvriers dont vous soudoyez ici l'inaction, transportés sur les chantiers de terrassement des grandes lignes, vous permettraient de doubler, avant un an, l'étendue des chemins de fer ouverts en France à la circulation. Vous atteindriez en 1849 les points de Vitry-le^ Français, Nogent-le-Rotrou, Saumur, Poitiers et Moulins. Vous auriez tiré un excellent parti d'une position désastreuse.

Je ne puis pas croire que le Gouvernement hésite ; en tout cas, c'est à l'Assemblée nationale de lui indiquer et, au besoin, de lui frayer la voie. Il y a péril pour vos finances, il y a danger pour l'ordre à prolonger, ne f&t-ce que d'un jour, la situation présente* Ne laissez pas s'étendre, je vous en supplie, cette lèpre du paupérisme qui vous dévore ; ne permettez pas que Ton transforme en lazzaroni les honnêtes et laborieux ouvriers de la capitale; et que, tous ceux qui ne trouveront pas de place dans les cadres de l'industrie libre soient du moins enrégimentés dans l'armée pacifique des travaux publics. (Très-bien 1 très-bien ! — Appuyé.)

L'Assemblée, après discussion, prend la proposition en considération et renvoyé au comité des Travailleurs.)

Atélian nationaux.

(Séance du 20 juin 1848.)

Le ctTOTEN Léon Faucher. Citoyens représentants, en vous proposant de voter le crédit qui vous est demandé par le Gouvernement pour les ateliers nationaux, votre commission a paru vouloir renvoyer à un autre temps l'examen des questions que ces ateliers soulèvent. Hais le dissentiment qui s'est élevé dans la séance d'hier entre le rapporteur et le ministre des travaux publics ne permet pas de l'ajourner. Je vous demande la permission d'y entrer dès à présent. Je traiterai la question en aussi peu de mots qu'il me sera possible, et j'éviterai, autant qu'il sera en moi, ce qu'il y a de brûlant dans ce débat.

Vous connaissez, messieurs, l'origine des ateliers nationaux ; vous savez comment, d'un cliiffre de 13 000 hommes qui en constituait le point de départ, ils sont arrivés i un nombre qui a été évalué à 120 000, et qui, d'après le dernier recensement, parait n'être que de 105 à 107 000. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'à côté de ce chiffre d'ouvriers réunis dans les ateliers nationaux, il y en a une armée d'un nombre à peu près égal qui frappe à la porte et demande à être admise. On n'évalue pas à moins de 50 ou 60000 le nombre des personnes qui demandent à s'enrôler dans les ateliers nationaux, et dont la situation mérite les mêmes égards que celle des personnes qui reçoivent déjà ce salaire des mains de l'État.

Messieurs, cette situation, c'est la misère qui envahit peu à peu toutes les classes de la société ; si vous n'y prenez garde, avant peu de temps, tout Paris y passera.

Un membre. Et la province I

Le crroTBN Léon Faucher. Il n'y aura bientôt plus un atelier ouvert, les boutiques se fermeront ensuite, et comme on me le fait observer, cette maladie, qui s'est déjà communiquée de Paris à la province, l'envahira tout entière. AFheure qu'il est, ouvriers déjà employés dans les ateliers nationaux, ouvriers qui demandent à y entrer, et de toutes les classes de la société, entendez-le bien, cela représente près de la moitié des électeurs de la capitale. Ainsi voilà près de la moitié de la société qui reçoit ou qui est à la veille de recevoir des secours de l'autre moitié.

Et maintenant à quoi servent ces secours, citoyens; vous le savez, ils ne créent pas un travail utile, ils concourent à suspendre la production.

J'ai pris des renseignements desquels il résulte qu'on n'a pas iftburnir dans les ateliers nationaux plus de 10 000 journées de travail par jour. Ainsi le travail que vous donnez, que vous croyez donner aux ouvriers employés dans ces ateliers, est une illusion ; sous le nom de travail, c'est une aumône.

Pour mon compte, je préfère, comme tout le monde, quand on doit assister le malheur, que l'assistance soit donnée sous forme de travail ; mais il ne faut pas se dissimuler que, dans l'état actuel, cela n'a pas lieu, cela n'est pas possible.

La conclusion de ceci, c'est que vous devez faire immédiatement, en attendanldes remèdes plus radicaux, ce que Ton a fait en Irlande, détruire les ateliers nationaux, et donner sous forjie d'aumône, car vous saurez au moins ce que vous donnez, ce qui est distribué aujourd'hui sous la forme d'un travail mensonger.

Une pareille solution serait purement transitoire, et il vous faut une solution déflnitive, il faut un dénoûment réel à cette situation qui vous ronge. C'est ce remède que je vous demande d'examiner.

D'une part la commission dit à M. le ministre des travaux

publics : « La dissolution des ateliers nationaux doit être sinon immédiate, au moins très-prochaine. » D'autre part le ministre répond : « Je ne puis pas renvoyer ces ouvriers sans trouver pour eux des moyens d'existence et de travail; je n*en ai pas ; le temps est nécessaire pour les préparer.

Permettez-moi d'examiner, messieurs, si le ministre des travaux publics, si le Gouvernement a ces moyens, que Ton ne paraît pas encore avoir trouvés, ou s'il faut les chercher ailleurs.

Je sais, citoyens, que l'on vient suspendre sur votre tête une éventualité que l'on représente comme très-favorable. On vous dit : Aussitôt que TAssemblée aura voté la reprise des chemins de fer au compte de l'Ëtat, les ouvriers des ateliers nationaux auront du travail. Je ne veux pas, quant à moi, entrer dans la discussion du projet de loi sur les chemits de fer, et, si je le puis, TAssemblée doit être bien convaincue que je m'abstiendrai; mais je veux détruire une illusion qui est celle-ci. On croit que les chemins de fer, dans lamainde l'État, fourniraient le moyen d'employer les ouvriers qui vivent inoccupés dans les ateliers nationaux. En effet, l'État, à cette heure, est chargé de l'exécution de la plupart des grandes lignes de chemins de fer. Sous ce rapport, du moins, sa situation ne changera pas; les moyens de travail qu'il aura dans huit jours, d'après votre vote, il les a dès aujourd'hui. Deux lignes de chemin de fer seulement sont restées en dehors des travaux exécutés par l'État.

Une voix à gauche. Ce n'est pas la question.

De toutes parts. Si ! si ! — Parlez !

Le citoyen Léon Faucher. Le chemin de Lyon, pour lequel je reconnais qu'une solution est nécessaire, et sur le* quel il faut accélérer le travail, et le chemin de fer du Nord où les travaux continuent et où l'État, en se substituant à une compagnie, ne changera rien à l'état des choses.

On dit, il est vrai, que TÉtat, se chargeant des chemins de fer, prendra à son compte Texéculion du matériel dont les compagnies vont avoir besoin pour exploiter les premières sections de leurs lignes. C'est là une erreur complète; le matériel des compagnies est commandé, il est déjà presque entièrement achevé, et sous ce rapport il n'y a rien à faire.

Renonçons donc à une illusion que Ton a trop cherché à répandre. Les chemins de fer, aux mains de TËtat, n'ajouteront presque rien aux moyens de travail dont l'État dispose.

Que l'Assemblée me permette maintenant de revenir sur un détail qui m'est plus personnel, depuis que l'Assemblée m'a tait l'honneur de couvrir mon initiative de la sienne. J*avais proposé à l'Assemblée d'augmenter le crédit des grandes lignes dont l'Ëtat est chargé, d'une somme de 10 millions destinée à étendre immédiatement les travaux de chemins de fer et à détourner des ateliers nationaux un très* grand nombre d'ouvriers.

Cette proposition, renvoyée à deux comités, a été de leur part l'objet d'un examen attentif; le rapport a été fait an bout de vingt jours. Pendant ces vingt jours M. le ministre des travaux publics a été invité à se rendre dans le sein des deux comités. Après avoir pf omis de s'y rendre, il ne s'y est pas rendu. Je serais désolé d'avoir à dire que M. Ip ministre des travaux publics n'a pas eu pour l'initiative de l'Assemblée les égards que cette initiative mérite. Pour mon compte, je rends pleine justice à ses intentions, et je crois que, dans cette occasion, s'il n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire, c'est qu'il a hésité entre les égards qu'il devait avoir pour l'Assemblée et ceux qu'il voulait avoir pour son collègue, le ministre des finances.

Le citoten Tr4lat, ministre des travaya publics. Vous vous trompez.

Le citoyen Léon Faucher. Quoi qu'il en soit, citoyens,

M. le ministre des travaux publics ?ous a promis tout récemment de détacher un certain nombre d'ouvriers des ateliers nationaux pour les envoyer sur les chantiers du chemin de fer de Tours à Nantes. D'autres travaux de canalisation et de routes emploieront un certain nombre de bras.

Ici je ne puis m'empécher de faire une réflexion. On nous a dit dans Texposé financier que le dernier Gouvernement avait dissipé, en les éparpillant sur des travaux de diverses natures, les ressources financières de l'État. Mais ne vient-on pas d'imiter ce système? Et lorsque M. le ministre des travaux publics, au lieu d'employer les crédits qu'il vous a demandés à pousser plus activement les travaux en cours d'exécution, en a entrepris de nouveaux, je ne puis m'empécher de faire un rapprochementet de dire que dans cette occasion le pouvoir exécutif de la République s'est conduit comme le pouvoir exécutif de la monarchie.

Un membre à Vextrême gauche. Les circonstances n'étaient pas les mêmes.

Le citoyen Léon Faucher. Je crois que si le Gouvernement emploie les ouvriers des ateliers nationaux aux travaux publics, en supposant même que l'on fasse tout ce que j'aurais voulu que l'on ftt, on ne détruira pas le mal, on n'y remédiera pas même d'une manière très-sensible.

J'ai cherché à analyser, autant qu'on peut le faire quand on ne remplit pas une position officielle et qu'on ne peut recevoir que des renseignements oflicieux, j'ai cherché à analyser les éléments dont se composent les ateliers nationaux. J'ai trouvé à peu près en nombre rond 40 à 50,000 ouvriers se rattachant à l'industrie du b&timent.

Eh bien, pour mon compte, je pense que ces ouvriers ne retrouveront de l'emploi que quand on aura ranimé une industrie qui est morte en ce moment. L'industrie des constructions, en temps ordinaire, employait au delà de ce nombre

d'ouvriers dans Paris et aux environs. Pourquoi ne le faitelle plus? Parce qu'il n'y a plus aujourd'hui ni conflance, ni crédit, ni travail industriel. Quel est; le moyen de ramener la confiance, avec la confiance le crédit et par le crédit le travail? L'Assemblée entière le sait : le premier de tous, celui qu'aucun ne supplée, c'est de rétablir l'ordre, et par l'ordre, messieurs, je n'entends pas seulement l'ordre dans la rue, j'entends l'ordre dans les idées. La première chose à répondra, c'est de faire disparaître de vos lois, de vos décrets tous ces mauvais principes qui y ont été introduits, ces atteintes à la propriété qui ont porté le trouble et l'effroi dans le pays. (Très-bien 1). Tant que vous ne ferez pas cela vous n'aurez rien fait. Tant que l'Ëtat n'aura pas payé ses dettes, tant qu'il n'aura pas rétabli son crédit, le crédit sera impossible pour les particuliers; et sans crédit point de travail.

On vous a dit tout récemment que M. le ministre des finances retenait en ce moment des fonds qui appartiennent à la ville de Paris.

Le crroTEN Duclbrc, minism des finances. Je demande la parole.

Le citoyen Léon Faucher. Eh bien, si la ville de Paris disposait de ces fonds, elle mettrait à exécution les projets que TOUS connaissez, et qui, à défaut de l'industrie privée, employeraient un très-grand nombre d'ouvriers.

Je déplore, sans en examiner la cause, que M. le ministre des finances ait cru devoir prendre cette résolution ; et je le conjure d'y renoncer le plus tôt possible; je le conjure de lever l'interdit qui pèse sur les fonds de la ville. Et quand je me souviens que dans une année calamiteuse, qui est encore bien près de nous, la ville de Paris a fait d'immenses et d'héroïques sacrifices pour nourrir un peuple réduit à la mendicité, je ne peux pas m'empècher de m'ètonner qu'une crise politique étant survenue, une crise qui a comblé la mesure.

m ASSEMBLËE GONSTmJANTB (1848).

on ne se h&te pas de rendre à la Tille les' ressources dont elle avait su faire un aussi bon emploi.

Tout lé monde sait d'ailleurs que lorsque FËtat ouïes com*" munes entreprennent de grands travaux, les travaux privés se raniment bientôt par contre-coup; de sorte qu*on pourvoit à la fois aux deux nécessités; on emploie un grand nombre de bras, et on rend à l'industrie privée le pouvoir d'en employer encore un plus grand nombre.

On vous proposera, je le sais, on vous a déjà -proposé plusieurs systèmes de primes pour relever l'industrie. Ces questions là sont à discuter; je ne crois pas pouvoir les trancher ici ; je ne les examinerai pas. Je me h&te de dire seulement que si l'on croit que l'État peut suppléer l'industrie privée, que l'Etat peut se faire l'entrepreneur universel du travail, qu'il peut remédier par lui-même ou par les ressources du budget à toutes les misères de la société, on rejette sur ses épaules un fardeau énorme et sous lequel il doit infailliblement succomber.

Le citoyen Flocon^ ministre du commerce. Nous le savons.

Le crroTEN Léon Faucher. La première chose à faire par TAssemblée et par le Gouvernement, car son initiative devrait ici précéder la nôtre, la première chose à faire c'est de rétablir le crédit. Tant que vous n'aurez pas fait cela, vous vous débattrez contre des nécessités invincibles. Alors non-seulement vous ne pourrez pas dissoudre les ateliers nationaux, mais vous verrez le niveau monter encore, et le vase débor^ dera. Vous avez cru arrêter les enrôlements, il s'en fait encore; vous avez cru rétablir le travail à la tâche, il n'existe pas.

Vous luttez contre des nécessités auxquelles vous ne pouvez pas résister, qui vous accablent, parce que vous prenez la situation par le mauvais bout; vous voulez que l'État fasse ce qu'il ne peut pas faire.

Eh bien, je vous le dis, que l'État donne l'exemple, car tout

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