CHAIRE D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Contre la sappreMion de la ohaira d'économie politique au GoUège de Franœ.
(Séance du 13 novembre 1848.)
Le crroTBN Léon Faucher. Citoyens représentants, une somme de 180 000 fr. est portée dans le budget rectifié au chapitre du Collège de France ; le comité des finances vous propose une réduction de 15000 fr.; je viens vous demander de rétablir le crédit primitif. En cela^ messieurs Je ne fais pointune proposition contraire aux vues du comité des finances, car le comité des finances a entendu réserver la question ; mais je crois qu'il s'est trompé dans la forme qu*il a adoptée, et je vous propose d'y substituer une autre forme qui est Tallocation entière du crédit.
Je dois vous dire d'abord l'importance de la question, car elle ne peut pas se mesurer par l'importance du chiffre.
Le Gouvernement provisoire, par décret du 7 avril, a prononcé la suppression de cinq chaires au Collège de France, et la destitution de cinq professeurs.
rose dire qu'en cela le Gouvernement provisoire, et je ne l'accuse pas, car je crois qu'il a signé le décret de confiance, je n'accuse pas même l'honorable M. Carnot, qui n'a eu peut-être autre chose à se reprocher, dans cette circonstance, que de n'avoir pas été assez ministre (Rires et murmures), a été au delà de son droit. Je désire faire remarquer à l'Assemblée nationale qu'aucun des régimes qui avaient précédé la République n'avait cru pouvoir se porter à un acte aussi eiorbitant, aussi en dehors de tout droit et de toute légalité.
Messieurs, la Restauration ne passe pas pour avoir traité l'enseignement avec une grande libéralité, ni avec de trèsgrands égards; et cependant quand la Restauration a jugé qu'un enseignement était dangereux à son principe, qu'a-
t-elle fait?Elle s'est bornée à suspendre le cours, elle a laissé subsister la chaire; elle a laissé le professeur en possession de son traitement; c'était un jugement en quelque sorte provisoire, dont il y avait appel; on pouvait en appeler du gouvernement mal éclairé. (Bruit.)
Après la Restauration , venons au gouvernement qui a été renversé en février.
Il y a ici, dans cette Assemblée, un professeur qui est le témoignage vivant des rigueurs intempestives du gouvernement déchu; c'est à l'honorable M. Quinet que je veuT faire allusion.
Son enseignement avait été jugé dangereux par le ministère qui est tombé devant la République. Qu'a-t-il fait cependant? A-t-il supprimé la chaire? Nullement, il s'est borné à suspendre le cours.
Un membre. Et pas le traitement.
La République a bien fait autre chose: elle a supprimé à la fois cinq cours, cinq chaires, et elle a destitué cinq professeurs. Le ministre qui a fait cela en avait«ille droit? Voilà ce que je conteste. (Interruptions.)Messieurs, jedéfendsunecause queje crois être celle de l'enseignement tout entier. J'ai une convie** tion très-forte, et cependant j'évite avec soin, j'évite à dessein tout ce qui pourrait blesser les personnes et les systèmes; je me borne à défendre la vérité toute nue; je ne comprends donc pas les interruptions dont je suis robjet. (Parlez ! parlez !) Messieurs, s'il y a un principe en matière d'enseignement^ c'est l'indépendance des professeurs. Gomment cette indépendance est-elle garantie? Elle est garantie par l'inamovibilité^ de la même manière que l'indépendance de la magistrature. Jusqu'à présent aucun pouvoir, quelle que fût l'opinion qu'il eût de son omnipotence, n'avait imaginé qu'il eût le droit, en présence des statuts qui ont établi l'Université, qui marquent les limites de chacun, de porter atteinte à l'inamovibilité des professeurs. J'ajoute que le Gouvernement provisoire a mon-