CHAIRE D'ÉCONOMIE POLITIQUE
tré par ses actes qu'il voulait respecter, et qu'il a respecté en effet l'inamovibilité de la magistrature; je ne comprendrais pas qu'il eût été dans son intention, mais, dans tous lescas, il n'eût pas été dans son droit, de traiter les professeurs autrement. (Très-bien 1) Pour aller droit au fait, je ne crois pas que le ministre compétent ou plutôt le président de la commission des hautes études qui a écrit le rapport, que M. le ministre derinstruction publique n'a fait qu'homologuer, ait pris cette mesure exorbitante en vue de cinq chaires et des cinq professeurs qu'elle a frappés ; pour dire toute ma pensée, je crois que c'est en vue d'un seul professeur et d'une seule chaire,la chaire d'économie politique.
Je trouve dans le rapport qui a précédé la mesure et qui la motive, ceci : « que l'économie politique est un recueil de systèmes disputés, qu'elle n'a pas le droit de prétendre au nom de science. » Et c'est au nom de ces motifs qu'on supprime la chahre et qu'on destitue le professeur. Je me permettrai de trouver cela exorbitant. Je trouve étonnant qu'on dise à une science qui a produit en France des hommes comme Turgot et J. B. Say; qui a été inaugurée par Adam Smith, qui compte d'illustres autorités à l'heure qu'il est, je m'étonne qu'on puisse dire que cette science n'est pas une science, et en tout cas, je ne comprends pas, quand on a l'honneur d'être à la tète d'une administration, qu'on s'ingère à fixer ou à ne pas fixer les principes de la science, je ne comprends pas qu^on ait ce droit-là. (Très-bien 1}
Dans les siècles qui nous ont précédés, im grand homme qui a le droit de porter ce nom, devant lequel nous nous inclinons tous, Bacon est venu renouveler la science; mais en renouvelant la science, il n'a pas prétendu détruire celle qui eiistait Voilà pourtant ce qu'on a imaginé de fàîre; on est venu inaugurer une prétendue science nouvelle, et en inaugurant cette prétendue science nouvelle, qui n'était
pas autre chose que l'esprit de secte, on a détruit l'enseignement de l'économie politique; mais en guise de consolation j l'on a affecté de nous en donner la monnaie. (C'est vrai.) On a réduit l'économie politique à ce rôle d'en faire une servante des faits, au lieu de la reconnaître pour ce qu'elle est, une science de principe. On nous a dit que ce serait un recueil de phénomènes, on en a fait une fausse description des faits, on l'a distribuée en statistique de l'agriculture, en statistique du commerce, en statistique des finances. Voilà les conséquences qu'on a créées.
Dans un rapport subséquent on se défend , il est vrai, d'avoir détruit la chaire d'économie politique; et savez-vous comment on a expliqué cette mesure? On a promis de con* sacrer quinze leçons à expliquer l'économie politique; on a promis de consacrer une leçon à Turgot, une leçon à Smith, une leçon à Jean-Baptiste Say; enfin, dans ces quinze leçons on a voulu nous fournir un programme que plusieurs années suffiraient à peine à remplir. En posant cette règle on a institué une chaire spéciale, pour enseigner les faits relatifs à l'agriculture, avec une année devant le professeur; autant est réservé à l'enseignement des faits relatifs au commerce. On fait tout pour les détails et on ne fait rien pour les principes. C'est dans la préface de la chaire destinée aux finances qu'on relègue l'enseignement de l'économie politique. Quant à moi, je ne crois pas qu'aucun homme qui se soit jamais mêlé de science puisse approuver une pareille manière d'agir; je trouve qu'il n'est pas de la dignité du Gouvernement ni de sa compétence de venir dire que telle science n'a pas le droit d'exister et que telle autre science a le droit d'exister. N'est-ce pas une prétention étrange que celle de fi xer des bornesà l'esprit humain ? (Uou vement en sens divers. ) Je pense donc que ce qu'on a fait, on n'avait pas le droit de le faire. Je pense que ce qu'on a détruit on n'avait pas le
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droit de le détruire. Dans mon opinion, les chaires qu'on a voulu supprimer existent de droit, et les professeurs qu'on a destitués ne le sont pas légitimement; et je viens demander à TAssemblée de porter au crédit du Collège de France les 15 000 fr. qui sont destinés au payement des professeurs de ces chaires pendant le reste de l'année 1848, afin que M. le ministre de Finstruction pubHque ait la liberté de rétablir les choses dans Tétat. (Approbation sur plusieurs bancs.)
(Séance du 14 novembre.)
Le CITOYEN LÉON Faucher, de sa place. Je demande à H. le ministre de Tinstruction publique s*il admet qu*un professeur au Collège de France puisse être destitué sans jugement.... Par amendementjeproposede rétablir les 15 000 fr. (Li discussion continue.)
Le citoyen Président. Je mets aux voix l'amendement de M. Léon Faucher qui consiste à ramener le crédit à son premier chiffre, c'est-à-dire à 180 044 fr.
(Ce chiffre est mis aux voix et adopté.) — En conséquence de ce vote les chaires ont été maintenues.
Avant de passer à l'année 1849, nous devons au lecteur une ex-
SlicatioQ sur romission de quatre questions importantes traitées par [. Léon Faucher, qui auraient dû prendre place en 1848.
Proposition pour Pétablmement dM comptoirs d'esœmpte (11 et 12 juillet) ;
napport sur la proposition Pougeard, tendant à remplacer Vimpôt de 45 cent.^ Vimpôt hypothécaire et sur les successions par V emprunt forcé (29 août) ;
Discours contre la fixation des heures de travail (31 août et 4 sept.);
JHscours sur le crédit foncier (10 octobre).
Elles ont déià été publiées chez M. Guillaumin, dans les Mélanges d'éconùmie politique et finances^ à la suite du travail contre le système de Ijmis BÏanc.
Le discours de M. Léon Faucher sur les coalitions^ prononcé le 3 janvier 1849, a également été publié dans les Mélanges.
150 lUNIBTÈRE DE L'INTËRIBUR (1849).
LÉOK FAUCHER MINISTBE DE L'IRTËRIEUR.
CSfarealalra aux Prètots mar l'aMOOlation de la Solidarité rApublIcaina. (10 janvier 1849.)
Monsieur le Préfet,
Une société politique Tient de se fonner sous le titre de : Solidarité répiiblicaine , association powr le développement des droits et des intérêts de la démocratie.
Le comité central de cette société a ses bureaux provisoires à Paris.
Le but des fondateurs est de constituer une association entre des citoyens de tous les départements et de nos possessions d*outre-mer.
Cette association aurait des comités ou succursales dans les départements, arrondissements et cantons : ces comités correspondraient entre eux, et seraient tantôt directement, tantôt indirectement en rapport avec le comité central siégeant à Paris.
Les sociétaires tiendraient des réunions; l'association disposerait de fonds ; elle créerait des journaux, etc. Son organisation administrative serait conçue sur l'échelle la plus large.
En un mot, une telle association, si elle parvenait à se réa«* liser, constituerait comme un État dans TËtat, et il serait à craindre que, soumise à une influence hostile, elle ne devint un jour une force puissante dont l'existence serait pour l'administration régulière une menace et un danger.
Or, monsieur le Préfet, la loi n*a point autorisé de semblables sociétés à se former. S'il en était autrement , les partis ennemis de la République ne manqueraient pas de
GmCOLAIRB. — SOLIDARITÉ RÉPUBLICAINE. 151
s*organiser sur un semblable plan, et le pays serait exposé à une agitation perpétuelle.
Dans une société dont l'organisation politique repose, du sommet à la base , sur l'élection par le suffrage universel, les droits et les intérêts de tous sont suffisamment mis à couvert, et une association telle que la Solidariti républicaine, créée dans un but avoué de défiance, serait une atteinte & la loi et un péril pour Tordre.
Le décret du 28 juillet 1848 interdit aux clubs le droit de correspondre entre eux et de s'affilier : l'association dont il s'agit tomberait donc directement sous le coup de la loi.
Le même décret interdit aux réunions politiques non pu~ bliques de se former sans la permission de l'autorité , et l'autorité ne tolérera jamais l'existence d'une association conçue sur de pareilles bases.
La Solidarité républicaine , illégale comme centre d'affiliation entre les clubs, prohibée comme réunion politique non publique, ne pourrait être qu'une société secrète, et alors ses membres seraient passibles des peines portées par le décret du 28 juillet 1848.
Durant la période qui a précédé l'élection du président de la République, l'autorité n*a point cru nécessaire d'user des pouvoirs que la loi lui attribue pour interdire cette association ; mais vous avez vu, par le compte rendu des séances de l'Assemblée nationale, que le ministre de Tintérieur a fait * fermer, dès le 12 décembre, le local où les membres de la Solidarité républicaine se proposaient de tenir leurs réunions. Cette décision a obtenu l'approbation de l'Assemblée.
J'ai lieu de croire que l'association dont il s*agit ne se tient pas pour dissoute, et qu'elle cherche à créer des centres d'affiliation dans les départements. Veuillez vous bien pénétrer des considérations qui précèdent, et, si les circonstances l'exigent, prenez des mesures pour que la Solidarité républi-
caine ne puisse établir des comités , des réuDions ou des ventes secrètes dans le déparlement que vous administrez. Concertez-vous à cet égard , s'il y a lieu, avec l'autorité judiciaire, à qui il appartient d'exercer des poursuites contre les délinquants.
Je compte sur votre vigilance et sur votre fermeté.
CiroiilAir» aux PrétoU abMinU nna oongA.
(25 janvier 18^9.)
Plusieurs préfets ont cru pouvoir quitter leur poste sans l'autorisation des ministres, pour se rendre à Paris.
Je ne puis pas tolérer celte déserlion, même momentanée, d'un devoir qui est rendu plus impérieux par les circonstances. Je vous préviens donc que tout préfet ou sous-préfet qui s'absenterait sans congé sera considéré, à l'avenir, comme démissionnaire (1).
Rapport aa Prteident de la Rèpubliiiae sur la Garde mobUe. (25 janvier 1849.)
Monsieur le Président, Le lendemain de la révolution, et au milieu des barricades, le Gouvernement provisoire, par un arrêté en date du 25 février , créa un corps de garde nationale mobile qui devait ouvrir un refuge à l'ardeur des combattants et appeler k
(1) Dans la situation du pays, et après une crise qui a pu d'abord affaiblir l'autorité du pouvoir ^ je considère comme mon premier devoir de