TRANSFERT DE GHEF-LIEU
qui lui est soumis. En principe, je pense que les déplacements d'intérêts sont toujours regrettables. Dans un temps de révolution, ces sacrifices sont particulièrement douloureux, et il ne faut les commander que devant une nécessité doublement évidente. C'est cette nécessité que j'ai cherché à reconnaître et que je crois avoir reconnue; je vous demande la permission de vous communiquer mes impressions sur celte grave difficulté.
Supposons que le département do la Loire n'ait pas été institué, réglé par la loi de l'an Ji, que nous en fussions à déterminer sa circonscription administrative en présence des faits actuels. Je le demande à tout homme de bonne foi, où placerions-nous le chef-lieu administratif? Où établirionsnous la préfecture? Je ne crois pas que la question puisse soulever le moindre doute dans cette Assemblée. (Interrup* tion.) Vous avez tous répondu : C'est à Saint-Ëtienne! (Non! noni — Si! sii)
Je disais que pour des observateurs attentifs, connaissant les faits, cela ne pouvait pas faire question; mais vous insistez, je vais chercher à le démontrer. Évidemment le chef-lieu et la préfecture, c'est-à-dire le centre administratif, doivent être établis 1& où se trouve le centre naturel des intérêts. Quand l'administration ne se contente pas de planter son drapeau là où les intérêts ont déjà planté le leur, quand elle fait autre chose que d'en constater l'influence et d'imprimer le sceau de son autorité sur les faits, elle se trompe.
Je prends donc les faits comme ils sont, et je dis : Où trouverez-vous ailleurs, dans le département, un plus grand faisceau de population, d'activité et d'intérêts? Évidemment nulle part; aucune ville du déparlement ne peut entrer en comparaison; d'un côté, vous avez un groupe de 7000 habitants; de l'autre, un groupe de 60 000. (Réclamations diverses.)
SaiDt-Etienne est géographiquement le centre du département; Saint-Ëtienne est au faite de la chatne, sur les deux versants du Rhône et de la Loire : c*est le nœud de toutes les communications. Les principales routes y aboutissent : c*est le point de départ de deux chemins de fer qui mettent cette ville en communication avec les deux bassins du Rhône et de la Loire. Saint*Ëtienne est, de plus, le centre réel des intérêts; vous avez là, en effet, une immense fabrication, la rubanerie française, qui distribue ses produits dans les deux mondes. Saint-Ëtienne est le centre de ce bassin houiller qui est le plus riche du pays; Saint*Ëtienne présente en même temps un grand développement de l'industrie métallurgique. Ce n'est pas seulement, comme Lyon, un grand foyer d'où rayonne une puissante industrie; c'est un foyer d'où rayonnent plusieurs industries également vivantes et puissantes dans le pays.
On a cherché à établir une différence d'intérêts entre la population de cette ville et le reste du département. On a dit : c Là est l'intérêt industriel, dans les autres arrondissements se trouve l'intérêt agricole. Vous allez sacrifier l'intérêt agricole à l'inlérôl industriel. » Eh bien, c'est cet antagonisme d'Intérêts que je nie de la manière la plus formelle, non-seulement avec Texpérience du département de la Loire, mais avec l'expérience de la France entière et de tous les pays industriels. Je ne puis être contredit par personne quand je dirai queles grands centres de production sont aussi de grands centres de consommation. Mais si Saint-Ëtienne n'existait pas avec le développement de population, d'activité et de prospérité qu'il vient d'atteindre de nos jours, le département de la Loire devrait l'inventer, si c'était possible. (Rires.)
Qu'est-ce donc, messieurs, que Saint-Ëtienne, sinon le grand marché de tous les produits agricoles du département? Que voulez-vous que consomme cette population industrielle qui vil