PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE BORDEAUX
grands établissements, les banques départementales, qui possèdent le pririlége d'émission dans un certain rayon, borné à nn département on à une seule ville. La Banque de France ne suit d'autre règle dans ses opérations que la prudence des hommes qui la dirigent ; les banques départementales sont soumises à des réglés diverses ; souvent mêtne elles ne tiennent aucun compte dés t*èglës qui président à leur organisation et ne se font pas scrupule de les enfreindre. La Banque de Bordeaux^ dont on vous propose de renouveler le privilège, est précisément un exemple de ce dédain systématique pour les principes établis. G*est sur cette absence, ou, ce qui revient au même, sur cette diversité des règles que j'appelle toute Tattention de la Chambre.
On a dit que la nature avait horreur du vide; il serait font aussi vrai de dire que le crédit a horreur du désordre. Voyez, en effet, quand les hommes n'ont pas étdbli de règles, la règle peu à peu se fait; là où ils n*ont pas voulu subordonner les établissements les uns aux autres, une sorte de hiérarchie s'établit par la force des choses.
Ainsi, quoique nous ayons un système qui paraisse comporter concurremment l'existence d'une banque centrale se ramifiant vers les divers points du territoire, et des banques départementales, sans lien comme sans contrôle, le monopole à côlé de la liberté , nous voyons peu à peu les faits graviter vers l'établissement d'une banque unique. Ces banques départementales, que l'on avait voulu isoler les unes des autres, finissent par prendre leur point d'appui à la Banque de France. Au lieu de se borner à Tescompte du papier de la place qu'elles représentent et sur laquelle elles ont le privilège d'émettre leurs billets , elles en sont venues à négocier le papier sur Paris, et, par ce moyen, elles ont avec la Banque de France, soit directement, soit indirectement, des rapports très*suivis. Eïi 1847 , l'escompte du pa-
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pier sur Paris par les banques départementales s^est élevé à 206 mSlions, c'est-à-dire à quelque chose comme le quart de leurs opérations. Quand les banques départementales ont besoin de se procurer des espèces, elles négocient ce papier au comptoir de la Banque le plus voisin ou encore à des banquiers parisiens, qui vont eux-mêmes puiser les espèces dans le grand réservoir, dans les caisses de la Banque de France*
Vous le voyez donc, c'est la Banque de France, surtout dans les moments difficiles, qui devient le point d'appui des établissements locaux. Les banques départementales se trou* vent ainsi transformées en comptoirs de la Banque de France^ avec cette différence qu'elles ne donnent aucune garantie à la Banque elle-même ni au public. La Banque de France n'a aucun contrôle sur leurs opérations; elle est forcée, pour ainsi dire, par la raison d*État, par un motif de salut public, de venir à leur secours quand celles-ci périclitent , parce qu'elle sait, parce que tout le monde sait qu'il y a une solidarité étroite entre les établissements de crédit, et que la ruine d'un seul serait un danger pour tous les autres. Ainsi, la banque unique, ou pour mieux dire la banque centrale, est bien près de se trouver en France un fait accompli. Ne vous en étonnez pas, messieurs, cela dérive de la nature des choses.
La Banque de France est établie à Paris. Quand vous instituez une banque à Paris, quand vous lui donnez le privilège des émissions dans la capitale, vous n'avez pas besoin de la nommer Banque de France; par cela seul qu'elle siège à Paris, au centre des opérations, dans la ville qui reçoit et distribue les espèces, dans la ville qui fournit à elle seule le quart des exportations du pays, dans la ville qui paye à elle seule le dixième des impôts, dans la ville qui est le véritable et presque l'unique marché des capitaux en France, dans la