‹ Léon FaucherChapitre 42 sur 60 · LE NOUVEAU MINISTÈRE DEVANT L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU MINISTÈRE DEVANT L'ASSEMBLÉE

M. Sainte-Beuve. Si, au contraire, dans l'avenir des peuples, le pouvoir parlementaire doit être la forme par laquelle s'exprime la liberté polilique, nous devons continuera siéger dans cette enceinte, à y occuper les places les plus glorieuses qu'il soit donné à un citoyen d'occuper dans un pays libre. Je désirerais pour vous et pour moi de pouvoir m'y asseoir avec dignité et avec honneur. Messieurs, je ne le puis pas, lorsque je vois adresser à l'Assemblée un défi, une bravade : la question est la même qu'au 18 janvier.

Nous n'avons qu'une conduite k tenir, elle est simple. En conséquence, messieurs :

L'orateur tire lentement un papier de sa poche.... (On rit.)

H. Denjoy. G'estle même ordre du jour qu'au 18 janvier.

M. Sainte-Beuve. J'ai l'honneur de proposer à l'Assemblée la résolution suivante :

« L'Assemblée persiste dans sa résolution du 18 janvier, qui est ainsi conçue :

« L'Assemblée déclare qu'elle n'a pas confiance dans le ministère, et passe à l'ordre du jour. » (Rumeurs.)

À gauche. Très- bien! très-bien!

M. BissETTE. La question préalable! (Bruit.)

M. Léon Faucher, ministre de l'intérieur. Le Gouvernement a de la peine, messieurs, à s'expliquer la proposition de l'honorable M. Sainte-Beuve. II y a deux manières de procéder à l'égard d'un ministère qui se présente pour la première fois devant une Assemblée délibérante. (Exclamations, rires ironiques à gauche.) On peut l'interpeller pour connailre sa pensée. Le cabinet a été au-devant de ces interpellations, et vous a exposé la politique qu'il se propose de suivre. On peut, sur l'exposé qu'il a fait de cette politique, déclarer qu'on ne l'approuve pas et lui en demander compte. Est-ce la ligne de conduite dans laquelle s'est placé l'honorable préopinant T Pas le moins du monde. II n'attaque en

458 MINISTÈRE DE L'INTÉRIEOR (1851).

rien, il ne contredit en tieti les principes que nous avons eu Thoniieur de vous soumettre. J'ai bien crû entendre que, sous la fdrtne que nous leur atiôns donnée, il supposait une pensée dlflSrenle de celle que nous avoùs voulu produire; mais je lui demande la permission de déclarer, à mon tour, que nous n^avons donné le droit à personne de croire que nous apportions ici une pensée qui n^est pas la nôtre, et que nous décorions d'une forme mensongère les principes que nous avons l'honneur de présenter devant vous.

On afaitappel à des souvenirs irritants ; on s'est efforcé de ranimer une irritation à laquelle, pour notre part, nous ne voulons plus croire, et à laquelle, assurément, nous entendons ne donner aucun aliment ni même aucun prétexte. (Approbation à droite.)

On vous a parlé de je ne sais quelle fantasmagorie de coup d'Élat, et on a fait entrevoir ici, ou peu s'en faut, les approches de je ne sais quel 18 brumaire....

M. MoNET. Personne ne le craint dans cette enceinte.

M. Léon Faucher, ministre de l'intérieur. J*en demande pardon à l'honorable orateur, dans les temps où nous vivons et dans le lieu où nous sommes, de pareils rapprochements n'ont rien de sérieux. Cette Assemblée est dans la plénitude de sa puissance ; elle a droit au respect de tout le monde, et elle obtient ce respect ; et quant à nous, j'espère qu'on voudra bien se souvenir que si nous sommes quelque chose dans cette Assemblée, si les membres qui m'écoutent nous ont fait quelquefois l'honneur de nous investir de leur confiance, si nous sommes en ce moment les organes du pouvoir exécutif, c'est apparemment parce que la tribune nous a permis de nous élever jusque-là. Messieurs, s'il pouvait entrer dans notre pensée de porter la moindre atteinte à cette puissance parlementaire dont nous sommes une humble émanation, cette tribune s'écrouleiait plutôt pour nous en-

Page 1