PRISON DE BELLE-ISLB
murs des prisons sont souvent un obstacle : un obstacle à la discipline, un obstacle à r^mélioration , un obstacle à la bonté, à refflcacité du régime. Les difficultés que rencontre l'administration sont des obstacles matériels ; elle peut en dégager sa conscience. Lorsqu'il plaira à l'Assemblée, ou aux Assemblées qui la suivront, de porter son attention sur le régime des prisons et de faire les dépenses nécessaires pour y introduire les améliorations que réclame la conscience publique, alors l'administration sera heureuse , et d'appeler l'Assemblée dans cette voie, et d'exécuter les ordres que la loi lui aura donnés.
On disait tout à l'heure que la vérité ne pouvait pas sortir de Bclle-Isle. Mon Dieu, l'Assemblée a pu s'en apercevoir, les exagérations en sortent tout au moins, et bien souvent, car il n'est pas de jour où les feuilles de l'opinion à laquelle appartient l'honorable M. Esquiros ne retentissent de plaintes presque toutes exagérées.
M. Esquiros ne veut pas que l'administration supérieure en croie les témoignages de ses agents. Cependant le choix que l'administration a fait est déjà pour elle une garantie, et j'ajoute que cette garantie n'est pas la seule. L'administration n'est pas, comme on l'a donné à entendre, une e^pèc e d'autocratie: elle admet le contrôle à plusieurs degrés; le contrôle y est régularisé, organisé et il fonctionne à toute heure. Le directeur de la prison de Belle-Isie est assujetti non-seulement aux lois générales qui règlent la matière, mais à un règlement spécial qu'il doit faire exécuter et observer lui-même; il est placé sous le contrôle du préfet du département qui examine ses actes et qui en informe le Gouvernement. De plus, d'intervalle en intervalle, souvent plusieurs fois par année, des inspecteurs envoyés par Tadministration centrale vont examiner la situation de la maison et lui en rendent compte*
Des lettres écrites par des détenus à des personnes qui n'appartiennent pas à l'administration active ; et qui ont passé sous mes yeux, attestent que ceux des détenus qui gémissent de ce penchant à la révolte qui est trop fréquent à Belle-Isle, reconnaissent eux-mêmes, non-seulement que le régime alimentaire est excellent» mais que, dans aucune des maisons par lesquelles ils ont passé, le régime n'a été aussi bon.
On vous a fait une peinture très-sombre du régime auquel avaient été soumis les détenus insubordonnés qu'il avait fallu mettre au cachot.
Nous n'avons pas choisi les lieux. Il est certain qu'il vaudrait mieux qu'il y eût à Belle-Isle des cellules de punition ; et je déclare ici que, si les ressources de mon budget me permettaient d'en établir (c'est d'ailleurs une étude que je fais en ce moment), j'en établirais sans recourir à l'Assemblée*
M. Jules Fayre. Dans le plus bref délai.
M. LE Ministre de l'intérieur. Si mon budget ne me le permet pas, comme c'est très-probable, je n'hésiterai pasàsaisîr l'Assemblée d'une demande qui me donne la possibilité de modifier l'état des lieux. (Très-bien ! très-bien!) Mais je fais remarquer à l'Assemblée que la prison de Belle-Isie, étant établie sur l'emplacement d'un camp, n'a d'autre lieu de punition que les casemates de la citadelle et du château Fouquet. C'est là qu'on a été obligé d'amener les détenus qui, par leur faute, s'étaient mis dans le cas de subir une punition.
Je ne ferai pas l'éloge des Cdjsemates; j'admets qu'il y ait des lieux de punition plus convenables ; mais je dirai que là il n'y en a pas d'autres.
J'ai lieu de croire que le directeur a fait ce qu'il était de son devoir de faire, afin d'atténuer les inconvénients qui pouvaient résulter du séjour dans les casemates.
Quant au régime ahmentaire, le règlement a prévu la mise
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en cellule ou au cachot ; mais, dit-on, il n'ordonne pas que le détenu puni vive de pain et d'eau. Je me borne à répondre qu'il est de règle, dans toutes les prisons, que la mise en cellule entraîne un changement dans le régime alimentaire, et que ce changement est ordinairement la mise au pain et à Teau, auxquels on ajoute une soupe le matin. En un mot, le régimealimentaireest, àBelle-Isley le même que celui auquel les détenus sont soumis dans toutes les prisons.
Je me hâte d'arriver au deuxième fait, qui nous touche plus directement, puisqu'il s'agit d'une émeute qui vient d'éclater.
Il est nécessaire, pom: que l'Assemblée aperçoive la moralité des faits d'après le rapport même du directeur ; il est nécessaire, dis-je, que l'Assemblée sache qu'il y a dans la prison de Belle-Isle des habitudes de destruction invétérées : elle n'apprendra pas sans étonnement que la destruction d'objets de peu de valeur en eux-mêmes, c'est-à-dire des gamelles en terre, des vases et des assiettes de porcelaine opaque, s'est montée en un mois à la somme exorbitante de 550 francs.
Le fait est constaté par le témoignage de l'inspecteur envoyé à Belle-Isle. Eh bien, les détenus ont voulu pousser ce genre de récréation plus loin.
L'administration (le génie militaire) avait établi dans les chambres un certain nombre de planches sur lesquelles les détenus déposaient leurs vêtements, et des tables qui leur servaient à prendre leurs repas et à écrire. Les détenus ont trouvé bon de détruire, pour se les approprier sous une autre forme, une partie de ces objets mobiliers. De là l'émeute qui vient d'avoir lieu. {Le ministre lit U rapport du directeur.)
Je vais faire étudier un projet, qui consiste d'abord à établir un quartier cellulaire séparé pour les détenus qui se conduisent habituellement le plus mal.
J'examinerai ensuite s'il n'y a pas lieu de diviser, dans les quartiers habités par les détenus les plus dociles, les chambres en cellules qui donnent à chacun la faculté de se replier sur lui-même, de cultiver les bonnes impulsions de son âme et de refouler, d*étoufler les mauvais sentiments. (Marques d'approbation à droite.) Tout ce que je pourrai faire ou proposer à l'Assemblée pour atteindre ce but^ soyez convaincus que je ne le négligerai pas un seul instant ; mais dans la situation il faut se résigner, toutes les fois que les détenus troubleront l'ordre, à voir cette émotion réprimée. Et alors, comme nons n'avons à notre disposition que des cachots que nous n'avons pas faits, n'élevez pas des plaintes (Approbations ironiques à gauche) si, par la faute des hommes qui iroublent l'ordre, ils se trouvent renfermés dans des lieux qui ne sont pas tout ce que nous voudrions qu'ils Aissent. (Marques d'approbation à droite.)
(Après une discussion violente, l'ordre du jour de la gauche est rejeté, l'ordre du jour pur et simple est adopté à une majorité de 428 voix contre 218.)
DlsouMion sur la TèrllloaUoii des pouvoire du g6n«ral Durriea, èla Beprtaamtant da peaple (Landes).
(Séance du 23 mai).
M. LÉON Faucher, Ministre de l'inlérieur. Messieurs, qu'il me soit permis de rétablir les faits ; ils ne sont pas venus & ma connaissance tout à fait tels que l'honorable rapporteur vient de les exposer.
J'ignore absolument, et je ne crois pas que mon honorable prédécesseur ait usé de Tinfluence du Gouvernement en faveur d'un des candidats qui se disputaient les suffrages
des électeurs. La conduite du Gouvernement, pendant que M. Vaïsse était au ministère de l'intérieur, me parait avoir été la même que celle du Gouvernement, depuis que j'ai rhonneur d'occuper ce portefeuille. Entre les deux candidats qui se présentaient à des titres différents, mais comme des amis de l'ordre, aux suffrages des électeurs, pas plus avant moi que depuis que j'ai l'honneur d'être ministre, le Gouvernement n'a voulu se prononcer. Dans ce débat, si je puis le dire, il est personnellement, complètement désintéressé : de quelque côté qu'eussent penché les suffrages des électeurs, du côté de M. Duclerc, ou du côté de M. le général Durrieu, le Gouvernement était certain de voir entrer dans cette Assemblée un appui de sa politique. (Murmures à gauche.)
Voix à gauche. Vous calomniez M. Duclerc.
M. SouBiES. Je demande la parole.
M* LE Ministre de l'intérieur. Mais précisément parce que deux candidats, à des titres différents, avec des opinions différentes, ou, au moins avec des origines diverses, se présentaient devant les électeurs, l'opinion publique pouvait hésiter. Elle hésitait en effet, et demandait des conseils au Gouvernement. (Rires ironiques à gauche.) J'ai cru devoir, à cette occasion, tracer nettement aux agents placés sous la direction du Gouvernement la ligne qu'ils devaient suivre.
J'ai écrit, à la date du 18 avril, à M. le préfet des Landes, une dépêche dont je vous demande la permission de vous donner leclure. La voici :
« Le moment paraît venu de vous expliquer comment j'entends dans l'épreuve électorale l'action du Gouvernement. Personnellement, je puis avoir des sympathies. Malgré la différence de nos opinions, j'estime le caractère et j'honore le courage de M. Duclerc; la nomination de M. le général
Durrieu serait peut-être plus conforme à la pensée du grand parti conservateur dont le général arbore résolument le drapeau. Mais, ni l'un ni l'autre candidat n'acceptant une solidarité quelconque avec les partis extrêmes, je pense que l'intérêt, comme le devoir du Gouvernement, est la neutralité.... »
A gaxAche. Il fallait persister.
M. LE Ministre de l'intérieur, continuant : < Je vous invite, monsieur le préfet, à prendre nettement cette attitude, qui est, à tous égards, la meilleure. Prescrivez à MM. les sous-préfets de Dax et de Saint *Sever de l'observer; ne craignez pas d'y rappeler tous les agents de l'administration qui s'en écarteraient par calcul ou par entraînement polilique. Qu'il soit bien établi que le Gouvernement n'a point de candidat; qu'entre deux prétendants à l'élection qui se présentent comme les défenseurs de l'ordre, il laisse aux électeurs le soin de faire leur choix, et qu'il ne combat, dans l'intérêt de la société, que les candidats des partis anarchiques.
< Voilà votre ligne de conduite clairement tracée. »
M. Amédée Bruts. Et ce que vous avez écrit par le télé* graphe?
M. Ministre de l'intérieur. Je n'ai pas besoin de vos interpellations ; je sais ce que j'ai à dire à l'Assemblée.
M. Amédée Bruts. Je sais bien qu'elles vous gênent.
M. LE Ministre de l'intérieur. Dans la dépêche subséquente du 21 avril, dans laquelle je confirme la précédente, j'ajoute ces mots :
< Il est un principe, seulement, que je vous engage à proclamer et à faire proclamer bien haut par vos subordonnés ; je veux parier de l'adhésion explicite que doit donner tout citoyen dévoué à la loi du 31 mai.... »
A gauche. Ah ! ah I
M. LE Ministre de l'intérieur. «.... Devant cette grande question» toute autre considération s'efface.... « {Voix à gauche. Bienl) « .... Tout candidat qui n'adopte pas pour drapeau une loi qui a sauvé la France (Exclamations ironiques à gauche).... En abandonnant la loi du 31 raai, on peut mériter les voix des socialistes qui attaquent tous les jours la société^ mais» à coup sûr, on n'est pas digne d'obtenir les suffrages des amis de l'ordre. »
Vous le voyez, messieurs, la ligne de conduite était clairement tracée* tracée dès l'origine, dès le premier jour; ce que le Gouvernement a dit la veille de l'élection, il l'avait dit un mois avant l'élection.
Maintenant, était-il nécessaire, indépendamment de l'opinion du Gouvernement, de donner cet avertissement aux fonctionnaires? Ne se passait-il donc rien dans les Landes qui éveillât la sollicitude du Gouvemementt Gomme on l'a dit tout à l'heure, n'y avait-il, en effet, aucune manœuvre dirigée contre la loi du 31 mai et contre le grand parti qui l'avait défendue?
Sous ce rapport, je demande la permission de vous lire seulement quelques lignes d'une dépêche de M. le préfet des Landes :
c Nul homme sérieux ne saurait ouvertement accuser le Gouvernement d'avoir pesé sur la conscience des électeurs. Jamais plus de liberté ne fut laissé à la manifestation du sentiment public. Il a répondu comme le Gouvernement devait Tespérer. On lui prêchait l'insurrection contre la loi ; on employait, pour arrêter son élan, les manœuvres les plus déloyales, les plus coupables, les menaces les plus violentes; à ceux qui allaient au scrutin, on faisait apparaître, en 1852, la punition par la guillotine... » (Vives exclamations à gauche.)
M. Duch6. C'est trop fort 1
Un membre à gauche. C'est écrit pour les besoins de la eause.
M. Sayatier-Laroche. Il faltaît saisir la justice !
M. Duché. A quoi servent donc vos tribunaux ?
M. LE Ministre de l'intérieur. On me dit qu'il fallait saisir la justice. Je réponds qu'elle est saisie, que plusieurs procès-verbaux ont été faits, et que des poursuites ont lieu.
Vùix à gauche. On a bien fait.
M. LE Ministre de l'intérieur (continuant sa lecture). « ... On s'adressait en outre à l'inertie naturelle des populations. Ces efforts n'ont pas partout été vains ; on a contraint un grand nombre d'électeurs qui se seraient associés au vœu exprimé par la majorité ; mais on n'a pas pu parvenir à fausser le sentiment public, et une majorité relativement considérable est venue apprendre que le pays voulait la loi et entendait la maintenir. »
Vous le voyez, messieurs, l'action de l'administration a été ce qu'elle devait être , elle n'est intervenue en faveur d'aucun candidat.
Un membre à gauche ironiquement. Au contraire!
M. le Ministre de l'intérieur. Elle a laissé à tous les électeurs la liberté qui leur appartient. Elle a déclaré son opinion , et sur quoi? Sur le respect dû à la loi; c'est son devoir de le proclamer. La dépêche qu'on incrimine n'a pas eu d'autre objet que de déclarer, la veille de l'élection, ce que l'administration avait déclaré dès l'origine. Quant à la publicité donnée à celte dépêche, on ne peut pas Tincriminer; elle était dans mon droit, elle était dans le droit de mes agents. Cependant ce n'est pas par moi qu'elle a été publiée, et si le préfet avait pris l'initiative de cette publicité, elle aurait eu lieu contre mes instructions; car au commencement de mai, j'ai rappelé aux préfets et aux sous-préfets que toute dépêche qui ne portait pas mention de la nécessité
de la publier devait rester confidentielle. En fait, la dépêche dont il est question n'était pas destinée à la publicité ; elle était la règle de Tadministration dans les conseils qu'on venait lui demander et qu'elle avait à donner ; elle n'était pas la règle des électeurs, auxquels je n'ai rien à dire. (Très* bien !)
Un dernier mot, messieurs.
Est-ce le Gouvernement qu'on a voulu attaquer à propos de l'élection des Landes? Je viens de montrer que l'attaque rravait pas le moindre fondement, ni même le moindre prétexte. .
Est-ce la loi? Alors il faut le faire plus ouvertement ; il ne faut pas venir choisir un incident pour déclarer qu'on proteste contre la loi; il faut saisir l'Assemblée d'une proposition, et alors l'Assemblée fera probablement ce qu'elle a déjà fait... (Interruption à gauche.) Elle donnera la majorité aux mêmes opinions, à ces opinions qu'elle a consacrées; elle repoussera celles qui l'attaquent. (Mouvement en seps divers.)
Quelques voix à droUe. Très-bien!
M. Jules Favre. C'est un peu froid, monsieur Iç ministre. (Rires approbatifs à gaqcbe.)
RéPONSE DU MTNfSTRE Â M. VICTOR LtPRANC.
M. LE Ministre de l'intérieur. L'orateur qui descend de celte tribune a déplacé, involontairement, j'aime ^ le croire, le terrain du débat. Il a transformé des conseils donnés par le ministre au préfet en des injonctions adressées aux électeurs. Il a de plus supposé que le Gouvernement, dans ses instructions, avait voulu faire pencher indirectement la balance vers l'un des candidats qui sollicitaient le suffrage des électeurs. Rien de tout cela n'est fondé.
Premièrement y je déclare ici que j'ignore encore, que je dois ignorer quelle est , à Tégard de la loi du 31 mai, l'opinion de l'honorable M. Duclerc; il ne Ta écrite nulle part. (Exclamations sur les bancs inférieurs de la gauche. — Lisez la circulaire!) Je l'ai lue sans y trouver une seule allusion à la loi du 31 mai ; et dans la conversation dont M. Duclerc m'a honoré, il ne m'en a pas dit le premier mot. (Nouveaux mouvements sur les mêmes bancs.) Je déclare que je l'ignore, ou que, si je le sais, je ne l'ai appris que par le discours de l'honorable M. Victor Lefranc.
M. SouBiES. Et la note du sous-préfet ?
M. LE Ministre de l'intérieur. Je n'aurais pas considéré comme étant de la dignité et de la loyauté du Gouvernement, qui recommandait la neutralité absolue à ses fonctionnaires, de manquer directement à cette neutralité. Le conseil s'adressait non pas certes aux hommes qui, ayant été en dissentiment avec nous sur la loi du 31 mai, croient que cette loi peut recevoir des modiâcations dans l'avenir; ils usent en cela du droit qu'a tout homme et qu'a toute opinion dans cette enceinte... (Réclamations à gauche) et ailleurs ; les conseils étaient donnés en présence d'atteintes directes portées à la loi, d'atteintes violentes, en présence d'hommes dont le langage était celui-ci : < Abstenez-vous aujourd'hui ; ne concourez pas aux actes du suffrage tant que la loi du 31 mai existera, parce qu'il viendra en 1852 une épreuve dans laquelle nous l'abolirons à coups de fusil. > (Murmures à gauche.)
Assurément, quand le moment de la discussion viendra, s'il doit venir ici, nous n'abandonnerons pas l'opinion que nous soutenons aujourd'hui; mais, en attendant que ce moment vienne, notre devoir impératif, notre devoir à l'égard de la loi est de la faire respecter (A droite. Très-bien ! trèsbien!), non-seulement de la faire respecter matériellement,
mais de ne pas permettre qu'on l'attaque de manière à en affaiblir l'autorité. (Nouvelle approbation.) Non, nous ne pouvons pas permettre qu'on proteste contre la loi. Ces protestations ne seraient pas tolérées à la tribune , elles ne doivent pas l'être dans le pays.
(M. de Girardin demandait un blâme contre le ministre. L'ordre du jour pur et simple est voté k la majorité de 372 voix contre 233.)
Projet de loi mur les olnbs «t antres réunions pabUiiaes, préoédé de reacposè des mottHs.
(Séance du 5 juin.)
M. UoN Faucher, Ministre de l'intérieur. Messieurs, la loi du 19 juin 1849, promulguée le 22 du même mois, autorise le Gouvernement, pendant un an, à interdire les clubs et autres réunions qui seraient de nature à compromettre ou troubler la tranquillité publique.
Par une loi rendue le 6 juin 1850, vous avez étendu jusqu'au 22 juin 1851 les effets de cette mesure législative; vous avez même voulu en fortifier les dispositions, afin que, sous aucun prétexte, il ne fût permis ni de les éluder ni de les enfreindre. Nous venons vous demander une nouvelle prolongation de ces lois, qui, malgré leur caractère transitoire, ont puissamment concouru à ramener et à maintenir Tordre dans le pays. (Bruit à gauche.) Les raisons qui déterminèrent le vote du 19 juin subsistent dans toute leur force, et les circonstances n'ont pas changé. L'agitation qui règne dans les esprits, Taudace que manifestent les anarchistes...
490 MINISTÈRE DE L'INTÉRIEDR (1851).
M. Brives. Oui, les bonapartistes!
M. BouRZAT. Les factieux sont à TÉlyséel
M. LE Président. Vous n*avez pas la parole.
M. LéoN Faucher continuant... Les projets de bouleversement social dans la confidence desquels ils ne craignent pas de mettre le public, tout jusqu'à la confiance, assurément très-mal fondée, qu'ils affectent de placer dans un avenir prochain, nous fait un devoir de ne pas désarmer la société des garanties qu'elle a réclamées au moment du danger, et qui demeurent nécessaires.
Les mesures extraordinaires se justifient surtout par l'usage que Ton en fait, et ce n'est qu'à force d'équité que l'exercice d'un pouvoir discrétionnaire devient légitime. Le Gouvernement usera des droits, que ces lois transitoires lui confèrent, avec autant de modération que de fermeté. (Interruption et rires ironiques à gauche.)
M. BouRZAT. Nous en avons pour garantie de beaux antécédents I
M. LE Ministre de l'intérieur. S'il les demande, c'est uniquement dans l'intérêt de l'ordre; les intérêts de parti ou de personnes n'y pourraient rien gagner. Nous voulons, messieurs, prévenir le retour des scandales dont le spectacle, toléré pendant six mois en 1848, avait failli démoraliser et avait certainement révolté la France. (Rumeurs à gauche.) Nous sommes convaincus qu'aucun gouvernement régulier n'est compatible avec le régime des clubs ; nous demandons à fermer ces écoles d'agitation et d'anarchie, pour n'avoir pas à réprimer l'émeute et l'insurrection armée. (Une voix à gauche.) Fermez la réunion de la rue de Rivoli.
M. le Ministre de l'intérieur. Il ne s'agit pas ici de gêner l'exercice du droit de réunion dans ce qu'il peut avoir de légitime et d'utile. Le Gouvernement , s'il allait jusque-là, dépasserait le but. En fait, les lois transitoires du 19 juin
PROJET DE LOI SUR I^S CLUBS. 4dl
1849 et dn 6 juin 1850 n'ont été appliquées que dans led circonstances exceptionnelles dans lesquelles la tranquillité publique se trouvait compromise ou menacée. Le Gouvernement a interdit un certain nombre de réunions qui se tenaient dans des cafés, dans des cabarets ou dans des lieux pareils, parce que Ton cherchait à les transformer en foyers de propagande anarchique. (Bruit à Textréme gauche.) Il a favorisé au contraire, et il a protégé, [au besoin, des réunions inoffensives et qui pouvaient avouer leur but. (Violente interruption.)
M. Bauoin. La société du Dix-Décembre.
M. LE Président, s'adressant à la gauche. Vous vous plaignez de ne pas entendre et vous interrompez sans cesse. Vous n*avez pas la parole , et si vous continuez je vous rappellerai à l'ordre. (Bruit. — Agitation.)
M. Lagrange se lève de son banc et interpelle vivement le ministre.
M. LE PRÉsmENT. M. Lagrange, je vous rappelle à Tordre. (Adroite, très-bien!)
Le Ministre reprenant. L'article 3 de la loi du 6 juin 1850 nous a prescrit de rendre compte à l'Assemblée de l'exécution que cette loi aurait reçue. Le Gouvernement s'empresse, avant l'expiration du délai qui lui est accordé» de mettre l'Assemblée en mesure d'apprécier les taïus. Il résulte du dépouillement des rapports que le ministre de l'intérieur a demandés aux préfets, que le nombre des réunions publiques que le Gouvernement a cru devoir interdire comme pré. entant des dangers pour la paix des rues, a été de 184, depuis le 19 juin 1850 jusqu'au l'ornai 185U
Les rapports dos préfets font, en outre, mention d'un assez grand nombre de cercles, sociétés, réunions ou banquets interdits par les autorités locales, et qui ne se trouvent pas compris dans l'ènumération que nous venons d'indi-
quer. La raison en est que, pour interdire valablement ces diverses réunions , il a fallu se placer sous Finvocation de lois spéciales, telles que la loi du 15 juillet 1849, dont le Gouvernement n'a pas à rendre compte. Celle du 6 juin 1850 ne concerne que les réunions publiques, les seules que l'autorité ne pouvait contenir dans de justes limites sans les pouvoirs extraordinaires que le législateur lui a transitoirement conférés.
Vous remarquerez, messieurs, que dans les cinq départements qui se trouvent placés sous l'empire de l'état de si^e, les réunions que l'on a cru devoir interdire ont été supprimées, non pas aux termes des lois du 19 juin 1849 et du 6 juin 1850, mais bien en vertu des pouvoirs dont l'article 9 delà loi du 9 août 18^9 arme l'autorité militaire, qui devient alors la gardienne responsable du repos public. Dès lors, les décisions rendues dans les limites d'un pouvoir exceptionnel ne se rattachent pas à l'exécution normale et régulière des lois dont nous vous demandons la prolongation.
Vous le voyez, messieurs, Tinfluence exercée sur les mœurs publiques par la loi du 6 juin a été hautement salutaire. Elle a prévenu la licence, sans rien enlever aux droits d'une liberté sagement réglée. (Rires ironiques à gauche.) Les alarmes et les scrupules qu'avaient pu concevoir quelques hommes de bonne foi, doivent céder aujourd'hui à l'évidence des résultats que nous avons l'honneur de vous exposer. Le moment viendra peut-être devons proposer une mesure définitive, qui consacre désormais sans appel l'opinion exprimée sur les clubs, dès la fin du siècle dernier, par le fondateur de Funion américaihe. {Une voix. Imitez-le en tout.— i4 droite. Washington a été réélu). Nous pensons que cette opinion, marquée au coin du bon sens et de l'expérience politique, est devenue, après la leçon des événements, celle de riramense majorité de la nation française. Mais nous