PRIMES AUX AUTEURS DRAMATIQUES
pour procurer à leurs auteurs une existence honorable, ne sont plus aujourd'hui pour eux qu'un honneur stérile; et il n'est pas rare de voir de jeunes écrivains, découragés dès leurs premiers pas, contraints de demander à des productions frivoles, pour ne rien dire de plus, des résultats moins glorieux, mais plus lucratifs.
Les retenir dans la voie de l'art sérieux, c'est leur rendre à la fois service à eux-mêmes, aux lettres et à la sociétés
L'Académie française, pénétrée de ces idées, a déjà deux fois, en 1845 et en 1850, consacré un prix spécial à l'œuvre dramatique qui réunissait le mieux, selon les prescriptions de son programme, l'intention morale à la poésie. Mais ce prix n'est pas l'objet d'une fondation permanente, et la libéralité de l'Académie est subordonnée à des conditions qui ne lui permettent pas de la renouveler souvent; et, d'ailleurs, elle n'admet au concours que les ouvrages en cinq actes et en vers.
Ces œuvres capitales doivent naturellement fixer aussi toute votre attention et mériter de votre part un généreux intérêt; mais vous penserez sans doute, monsieur le Président, qu'il serait possible et utile d'étendre ces encouragements à tous les ouvrages dramatiques qui, dans d'autres genres et dans d'autres proportions, seraient distingués, à divers titres, par la solidité du fondouparla pureté de la forme.
Aux auteurs dramatiques qui, entrant dans ces vues, auraient répondu avec succès à l'appel du Gouvernement, on pourrait offrir des primes qui seraient en même temps une récompense pour les uns, un encouragement pour les autres, et pour tous un puissant mobile.
Mon ministère dispose de ressources suffisantes pour réali* ser ce projet, que je médite depuis plusieurs mois.
D'une part, monsieur le Président, aux termes de l'article 18 du décret rendu le 27 avril 1850, relativement à l'or-
5d4 MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR (18b]).
ganisation de la Comédie-Française, une réserve sur la subvention de ce théâtre est annuellement prélevée pour leâ dépenses que le ministre de l'intérieur croirait utile d'autoriser, dam firaérét du thèdîrey en dehors ou en supplément des prévisions portées aux autres chapitres du budget.
La quotité de ce crédit a été fixée, pour cette année, à 25)000 fr., et l'on ne pourrait mieux faire» à Coup sftr, dans IHntérit du théâtre^ que d'en consacrer une partie à l'ericouragement des écrivains qu'il importe de rattacher h notre première scène française et à ses traditions de bon goût et de saine littérature.
D'autre part, en ce qui concerne les ouvrages représentés ailleurs qu'au Théfttre-Français, les primes pourraient être imputées sur le fonds d*encouragement aux beaux-arts.
Les primes que je me propose d'établir, si vous en approuvez la pensée, pourraient donc être ainsi fixées :
1"* Une prime de cinq mille francs pour l'ouvrage en cinq ou quatre actes, en vers ou en prose, représenté avec succès, pendant le cours de l'année, sur le Thé&tre-Français, et qui serait jugé avoir le mieux satisfait à toutes les conditions désirables d'un but honnête et d'une exécution brillante;
2"" Une prime de trois mille francs pour l'ouvrage en moins de quatre actes, en vers ou en prose, également représenté avec succès, pendant le cours de Tannée, sur le Théâtre-Français, et qui, dans des proportions diflérentes, serait jugé avoir rempli au plus haut degré les mêmes conditions ;
8* Une prime de cinq mille francs pour l'ouvrage en cinq ou en quatre actes, en vers ou en prose, représenté avec succès, à Paris, pendant le cours de Tannée, sur tout autre théâtre que le Théâtre-Français, ou même donné pour la première fois sur un théâtre des départements, et qui serait de nature à servir à l'enseignement des classes laborieuses
FRIMES ADX ÂOTfitJRS DRAMÂTlQUâS. 535
par la propagation dMdêes saihes et par le st)ectftelé de botià exemples;
4® Une prime de trois mille francs pour TouTrage en moins dé quatt*e dotes» en tei-s btl en prose, i*ëprësent0 atec ftueeès, pendant le cours de l^anhée» à Paris ou dans lés départemental sur quelque théâtre que ce soit autre que le Théâtre* Français, et qui^ dans totite espèce dé genres dans leidadrea même les plus restreints» aurait rempli ati plus batlt degtè des conditions analogues»
Une commission serait chargée de faire Texamen préa« lable des ouvrages qui auraient été préâentéâ au concourir et de soumettre au ministre de l'intérieur une liste des pièces sur lesquelles son choix se serait plus particulièrement porté.
En vous proposant d'accueillir et d*approuter les côilclusions de ce rapport» j'ai Thonneur de mettre sous vos yeux, monsieur le Président, le projet d'arrêté qui est destiné à les consacrer.
Veuillez agréer» monsieur le Président, Tbommage de mon respectueux dé? oaement«
U fnMsnt de rimérimri
LéoN f*AUCH£k.
Approuvé :
Le PrisiderU de la Rip^lique^ Louis-Nâpoléon Bonaparte.
AU IIOK DU PBUPLK FRANÇAIS.
Le miiiistre de rintflrietir arrêté t
Artigls PREMiEti. Utie t>rime de dnq mille francs pourra être ae^ cordée chaque année, à titre d'encouragement, à l'auteur d'un.mivràge dramatique ëtt einq ou en quatre actes, en vers ou êb prose,
représenté avec succès, pendant le cours de l'année, sur le Théâtre-Français, et qui sera jugé aycir le mieux satisfait à toutes les conditions désirables d'un but moral et d'une exécution brillante.
Art. 2. Une prime de trois mille francs pourra également être accordée, chaque année, à l'auteur d'un ouyrage en moins de quatre actes, en vers ou en prose» également représenté avec succès, pendant le cours de l'année, sur le Théâtre-Français, ^t qui, dans des proportions différentes, serait jugé avoir rempli au plus haut degré les mômes conditions.
Art. 3. La somme de huit mille francs, montant des deux primes ci-dessus, sera imputée sur le chapitre spécial ouvert chaque année au ministère de l'intérieur sur la subvention du Théâtre-Français, aux termes de Fart. 18 du décret du 27 avril 1850.
Art. 4. Une prime de cinq mille francs pourra être accordée, chaque année, à l'auteur d'un ouvrage en cinq ou en quatre actes, en vers ou en prose, représenté avec succès à Paris, pendant le cours de Tannée, sur tout autre théâtre que le Théâtre-Français, ou même donné pour la première fois sur un théâtre des départements, et qui serait de nature à servir à l'enseignement des classes laborieuses pour la propagation d'idées saines et le spectacle de bons exemples.
Art. 5. Une prime de trois mille francs pourra également être accordée, chaque année, à l'auteur de l'ouvrage en moins de quatre actes, en vers ou en prose, représenté avec succès pendant le cours de l'année, à Paris ou dans les départements, sur quelques théâtres que ce soit, autres que le Théâtre-Français, et qui, dans toute espèce de genre, dans les cadres même les plus restreints, aurait, au plus haut degré, rempli des conditions analogues.
Art. 6. La somme de huit mille francs, montant des deux primes ci-dessus, sera imputée sur le fonds spécial d'encouragement aux beaux-arts.
Art. 7. Une commission nommée par le ministre de l'intérieur sera chaigée de lui faire un rapport et de lui présenter une liste des ouvrages qui lui paraîtront remplir les conditions imposées.
Art. 8. Cette commission sera composée du directeur des beauxarts, de quatre membres de TAcadémie française et de quatre membres de la commission des théâtres désignés par le nunistre de l'intérieur.
Art. 9. Le ministre de l'intérieur choisira sur la liste qui lui sera présentée par la commission les auteurs auxquels il adjugera les prix.
Art. 10. Les ouvrages présentés au concours devront être déposés