LA PIPE DE L'AMIRAL
Elle me fut donnée au jour de mon départ,
Cette pipe qui m'est si chère, Le jour que je montai sur le brick le Jean-Bart,
Le jour où je quittai ma mère.
J'avais dix ans alors, j'étais mousse, et, le soir, Quand des pleurs mouillèrent ma joue,
Que la terre fdait au loin, j'allai m'asseoir Pleurant et fumant, à sa proue.
Et tout ne fut bientôt, à mon œil qui tournait, L'eau, le ciel, la terre et la brume.
Près de moi, loin de moi, sous mon petit bonnet, Que jets de fumée et d'écume.
Au bout de quclfjiU'S mois, le fer et le gouih'on En grimpant du pont à la hune
Avaient tout déchiré, paletot, chapeau rond ; Mais ma pipe était déjà brune.
On devient homme et fort à la mer, je grandis ;
Mes bras semblaient couverts d'écaillés ; Et lorsque je serrais dans mes dix doigts raidis,
On eût cru sentir des tenailles.
A Malte je connus, car au débarquement Nous touchâmes quatre mois d'arrhes,
Majorcaine avec qui je fis du sentiment. Que j'aimais ses yeux baléares !
Je me croyais aimé. Rien ne m'allait au cœur,
Quand la nuit était embaumée.
Comme de marier sous l'oranger en fleur
L'amour du soir et la fumée.
C'est ce qui me perdit ; car ma belle abhorrait
Le tabac : elle était sauvage !...
Si bien qu'au bout d'un mois celle qui m'adorait
Aima le maître d'équipage.
Je ne la perçai pas avec un espadon, Comme un Corse que haine exalte ;
Je n'allai pas non plus lui demander pardon : En fumant je partis de Malte.
En fumant j'arrivai jusques au Sénégal.
Ma poche était fort maltraitée.
Dans ma bourse on voyait comme dans un cristal, Mais ma pipe était culottée.
22 LÉONGOZLAN
Oh ! n'allez pas chercher sous les eaux du Pérou
Les belles perles dans la nacre, Que les reines de France enchaînent à leur cou,
Que les rois portent à leur sacre.
Quelle perle eût valu cet objet de si peu,
Mais qui me traçait mon histoire, Cette pipe déjà qu'on voyait par le feu,
Et moitié blanche et moitié noire ?
C'est dans nos grands combats, toujours sur le Jean-Bart,
Quand la mer était enflammée.
Que la folle, voulant aussi prendre sa part,
Mêlait fumée avec fumée.
Pourtant h. Trafalgar un coup de mousqueton
Ne la blessa pas toute seule ; La balle m'emporta la moitié du menton.
Ma pipe devint brûle-gueule.
Le brûle-gueule, enfants, c'est le vieil amiral
Qu'on coupe en deux dans la bataille ; Dites, quel homme peut se croire son égal.
Eût-il deux cents pieds à sa taille?
Comme moi mutilée, elle et moi fûmes pris
Par le travers de l'Ile Zante.
Et mis dans un ponton où dix ans je pourris :
J'ai soixante ans, elle cinquante.
Et lorsquf j'ai revu Dunkerque, mon pays. Son fanal, ses maisons vilaines.
Tout était mort pour moi, ma grand'tante d'Aunis, Mon oncle, pécheur de baleines.
Seule elle m'est restée, et ce n'est pas sans mal !
Honneur à ma chère éclopée !
Je l'ai couchée auprès de mon lit d'amiral,
Entre ma croix et mon épée.
Faire des vers, décidément, c'était, chez notre jeune Marseillais, une passion malheureuse, mais l'auteur de ces jolis riens eut assez de bon sens pour comprendre qu'il n'y avait pas à persister. En se frottant un peu plus au monde, il voyait, d'ailleurs, que la prose non plus ne manque pas de noblesse, quand on s'entend à la mettre au point; elle avait un autre avantage, elle donnait le pain de chaque jour. Troisième motif, la presse d'alors, de plus en plus armée en guerre contre les Bourbons, battant en brèche ce qui restait de l'ancien régime, présentait un spectacle bien propre à plaire au rejeton d'une race proscrite, de la descendance de Jacob, profondément haïe des grands. Il se fît donc journaliste. Toujours guidépar Méry, il entra à VInflexible, journal d'avant- garde, mais pour n'y demeurer que peu de temps : six mois au plus; et c'était assez pour s'y faire la main. Au bout de ce stage, il entrait au Figai^o, l'implacable ennemi de la Restauration, cette tléchequodidienne qui fut pour la branche aînée ce que le taon de la déesse a été pour la vache lo. Et justement, comme
â4 LÉON GOZLAN
Jules Janin venait d'en sortir, il prit sa place et, dès le lendemain, l'occupa de manière à ne pas le faire regretter.
En ce moment même, j'ai sous les yeux les articles qu'il écrivait au jour le jour et comme en se jouant. En géne'ral, ce sont des satires en prose qui n'ont pas plus de cent lignes. Rien de plus vif ni de plus adorablement cruel. La Restauration, qu'il s'agit de ruiner dans ses hommes et dans ses choses, y est analysée comme par un labeur de microscopie ; elle y est mise à nu et critiquée avec tant de belle humeur que les plus indifférents ne peuvent s'empêcher de rire autant de ses caduques doctrines que de son personnel suranné. Sous ce rapport-là, sansdoiite, Paul-Louis Courier etBéranger avaient déjà préparé la voie, mais ils laissaient encore beaucoup à dire, et le nouveau journaliste avait alors trop de passion pour ne pas marcher sur la trace de ces deux devanciers. On le voyait donc, tous les matins, marier la blague parisienne à l'hyperbole marseillaise pour en faire un projectile acéré ; de même que l'on a fait autrefois, avec l'argent et l'airain des statues de la Grèce, ce qu'on a appelé le métal de Corinthe.
La révolution de Juillet éclate. Préparée par quinze ans de lutte, elle a été hâtée par l'aveuglement d'un vieux roi et de ses ministres. On sait que le Figaro y prit une très ^^rande part. Léon Gozlan a-l-il fait le coup de feu sur les barricades comme
plus d'un de ses collaborateurs? Nos informations sont muettes sur ce point et, tout bien examiné, on peut croire qu'il n'a e'te' qu'un des spectateurs du combat. Un fait plus certain, c'est qu'il a chanté la victoire, et il l'a chantée en vers, au moyen d'un quatrain d'une structure assez curieuse pour qu'on lui donne une place dans l'histoire. Voici ce couplet, pas trop lyrique, convenons-en; mais qui, malgré sa concision, raconte l'événement dans toute son étendue :
Trois jours d'héroïque furie Nous ont fait sauver la patrie ; Trois soleils dorant trois couleurs Ont détrôné trois rois en flétrissant trois fleurs.
1830. — Premières conséquences de la révolution de Juillet.
— Tribuns, utopistes, peintres, sculpteurs, poètes. — Le mouvement littéraire. - Les deuxCénacles. — Une sortie de Pétnis Borel, le lycanthrope. — Du rajeunissement de l'art et des formes de la pensée. — Première Nouvelle : Une Orgie de Byron. — La petite g-uerre du Figaro. — Sur Berryer. — // ?/ aura un royaliste à In Chambre. — Un drame romantique. — Marion Delorme. — Un coup de griffe à Victor Hugo. — Le Dey d'Alger h l'Opéra. — Contre les Parisiens et les Parisiennes. — L'esprit d'Hussein-Dey. — Don Pedro le^ et doua Maria à Meudon. — Une seconde soirée à l'Opéra. — Trois détrônés. — Les Tartufes de la démocratie. — Un croquis du Jeune Ehgible.
— Léon Gozlan manquait-il de cœur?
Entre autres choses, 1830 a eu pour effet de mûrir vite les jeunes têtes. Ce fut dès le lendemain de cette révolution que Paris vit se produire de bruyantes individualités avec une abondance inconnue jusqu'à cejour. On aurait dit que mille œufs d'aigle n'attendaient pour rompre leurs coquilles que la chute de la royauté. Les tribuns poussent de dessous les pavés; les poétesse multiplient; les peintres, les sculpteurs surgissent de toutes parts.
Il y a aussi toute une couvée d'utopistes, sauveurs non appelés, qui accourent, disent-ils, pour racheter le genre humain. En tête de ces rédempteurs sans mandat s'avancentlessaint-simoniens, la toque de velours sur la tète, vêtus d'une jaquette bleue, le tout agrémenté d'une ceinture mystique. Ils sont suivis de près par les disciples de Charles Fourier, ce prodigieux novateur qui ne craint pasde prendre le globe entre ses mains afin d'en corriger les défauts et d'en faire un paradis terrestre. Au milieu de ces ivresses, on voit même revenir l'ordre des Templiers, une franc-maçonnerie de moines-soldats qui se propose de reconquérir l'Orient au profit de la France. Cependant ce qui s'accentue plus qu'aucune autre spécialité, c'est l'expansion de la nouvelle école littéraire, triomphante depuis la première représentation (ïHernam, déjà divisée en deux guérillas : Les romantiques aux longs cheveux, et les Jeune-France aux barbes de bouc. Imaginez combien tout cela était coloré, vivant, plein de passion, et quel amusant Paris nous faisaient les uns et les autres !
Il y a deux cénacles et flans l'un d'eux, un soir, Pétrus Borel, le lycanthrope, s'écrie : « — Nous voulons qu'on écrive désormais comme se battaient les jeunes généraux de la République. Du mouvement ! de la couleur du sang ! au lieu d'encre! Pourquoi donc l'art serait sage? Est-ce que le ciel, la mer, la nature sont sages, dans l'acception
que les imbe'ciles donnent à ce mot? A bas l'antique : il est trop froid ! Nous ne tuerons pas les académiciens, comme font les habitants des îles Ce'lébes pour les vieillards ; mais nous les embaumerons. N'est-il pas temps que la jeunesse ait son tour? »
Léon Gozlan pensait alors comme ces téméraires.
« Ils ont raison, dit-il : la révolution de Juillet nous a émancipés : il faut que la littérature soit plus vivante. » Eugène Delacroix venait de tenir à peu près le même langage en fait de peinture. Ainsi, le journaliste ne se défendra point d'être avec les insoumis. Il écrira comme Lazare Hoche et Marceau se battaient, avec véhémence, sans calculer les coups. La première manifestation à laquelle il se livre est une Nouvelle pas plus grande que la main. Qui donc, de nos jours, se rappelle : Une orgie de Byron ? Là-dedans le conteur retrace quelques-unes des excentricités de l'illustre habitant de Newstead-Abbey. Entouré de ses amis de jeunesse et de débauche, ayant même, je crois, à ses côtés, l'ours fameux dont il avait fait son favori, Byron donne un festin dans le château de ses pères. Quand il arrive à la fin de son orgie, pour boire les vins de France, il se sert d'un crâne de femme artistement monté en coupe. — Est-ce que cette femme n'a pas été ta maîtresse, Byron? » demande l'un des convives; et c'est là-dessus, sur
une inconnue morte et pourtant pre'sente à celte fête, et c'est aussi un peu sur l'athéisme du grand poète anglais que repose cette étrange composition, véritable œuvre de jeune homme. — Si nous avons quelque peu appuyé sur ce détail, c'est pour montrer quel chemin rapide le petit Sémite de Marseille avait fait dans les hardiesses de l'art, depuis le poème un peu embourbé du Triomphe des Omnibus.
Il est bien entendu que le labeur du journaliste n'avait pas à souffrir de ces premières incursions dansle domaine du roman. Au contraire : pendant trois années encore, il gardera cette posture de franc-archer de la presse maligne dans laquelle il n'a jamais eu d'égal. On a comparé les articles du journal à la manne, qui, tous les matins, tombait dans le désert, nourriture céleste, mais qui ne valait plus rien aussitôt que le soleil était couché. Si quelques heures suffisent pour rendre insipide cette substance, que sera-ce donc que l'action d'un domisircle ? Pourtant, afin de ne rien passer sous silence de ce qui peut éclairer la figure dont je m'occupe, je ne puis me soustraire à l'obligation de donner ici un échantillon du savoir-faire de ce sarcastique improvisateur.
Au lendemain des Trois Jours, après que les 221 eurent fait le duc d'Orléans roi et récrépi la Charte, on procéda j\ l'élection d'une nouvelle Chambre des députés. Tous les noms qui sortiront alors de l'urne
étaient pour le nouvel état de choses, moins deux, peut-être ; c'est là ce que constate à sa manière le rédacteur du Figaro. Léon Gozlan y trouve occasion à^ échiner, sans le moindre ménagement, un adversaire politique, alors avocat célèbre, mais dont le temps et le talent ont fait depuis un des grands orateurs de notre pays. La critique, amère autant que spirituelle, commence avec le titre de l'article : Il y aura un royaliste à la Chambre.
Ce royaliste ? Eh ! c'est M. Berryer ! Je suis charmé qu'il ait été nommé ; c'est l'obole de la monarchie, la voix éteinte, isolée, de la sybille d'un autre âge. Après tout, les Carthaginois nous ont laissé des casques, les Numides des cotter^ de mailles, les Romains des tombeaux, les Egyptiens des momies. Les Bourbons nous laissent M. Berryer. A tout antique, respect !
11 serait cruel et ridicule de voir de l'opposition dans cette forteresse démantelée. Ne nous cachons point contre une résistance de respect et de souvenir. Donnez votre bras, le pan de votre habit, le coin de votre mouchoir de batiste à l'épagneul qui veut mordre. Il est bien gentil !
A l'étranger qui vient visiter Paris, nous dirons : « Vous avez vu le Louvre bâti par Perrault, le dôme des Invalides, l'éléphant en plâtre de la Bastille. Venez voir une autre merveille : c'est le royaliste ! » Et nous montrerons la place où se balance le saule-pleureur de la monarchie, le royaliste en chair, en os et en habit bleu, le seul et vrai royaliste venu d'Holy-Rood. Ce n'est pas là ! non, c'est plus loin ! Tenez, à côté de ce
maigre. — Tiens! c'est là le royaliste? — Oui, monsieur, c'est lui. Une curiosité historique, après tout !
Chemin faisant, il s'étonne. — Comment! celle antique monarchie s'appuyait depuis des siècles sur de grands noms historiques, sur les ducs, les marquis, les comtes, les barons! Elle avait comme étais des maréchaux, des cardinaux, des amiraux, mille nobles, mille châtelains, et, en définitive, voilà qu'elle n"a plus pour la défendre que la voix d'un avocat à la cour d'appel de Paris! Mais que voulez-vous? C'est qu'il y a une France nouvelle! C'est que ce vieux sol des Gaules se rajeunit tout à coup sous la baguette d'une fée qui s'appelle la Liberté! — De là, il revient à son analyse.
Et si vous me demandiez de quelle utilité peut être ce royaliste à un département qui a besoin de marctier avec les autres départements, altérés de lois municipales, de modifications d'impôts, de réformes libérales, constitutionnelles, peut-être républicaines, je ne saurais que répondre. A tout hasard je dirais pourtant ou que M. Rerryer ne sera rien, ou bien que, cédant à la contagion, il sera forcé de devenir ami des temps nouveaux, d'accepter le drapeau tricolore, et, qui sait? peut-être la République !
En fin de compte, j'ai dit le royaliste; mais, comme mon maître Charles Nodier, qui, en cherchant un homme heureux sans chemise, en trouva deux ; moi, en cherchant un royaliste à la Chambre, j'en ai rencontré deux. Cft autre, après M. Berryer, c'est M. de Charlrouse.
Railleur impitoyable, déjà touché par le scepti cisme du siècle, il ne s'en tiendra pas aux personnalités de la politique courante. Tout ce qui est en vue, il le met enjoué. Il vise aussi bien le ministre en exercice que l'apôtre des utopies. Il s'est moqué du Dey d'Alger, il fera la satire des nouvelles Ecoles, alors si bruyantes. On lui montre un poète qui vient d'être acclamé par la foule à cause de M arion De lorme, son nouyean drame, qui, après avoir été prohibé par la censure du roi Charles X, est joué triomphalement à la Porte-Saint-Martin. Il assiste à la première représentation et en sort courroucé. Lanouvelle Ecole, ses tendances seraient volontiers de ce côté-là, onlevoit assez à son style coloré et à ses allures pleines d'audace, mais pourtant ces jeunes gens à la barbe de bouc et aux longs cheveux font trop violence à la salle, aux loges, au parterre, à l'orchestre. Il y a un trop bruyant parti pris de faire de M. Victor Hugo un demi dieu d'emblée, et puis, ils montrent trople poing à ceux qui ne sont point de leur avis. Yoilà pourquoi il ne mêle pas sa voix à leur concert. Tout au contraire il serait contre eux, et il le dit comme il le pense. Il le dit, et il motive son opinion, très carrément.
Samedi, 13 août 1831. — Une heure du matin, et le spectacle finit à peine. Et quel spectacle ! D'abord faut-il parler de celui de la scène ou de celui de la salle? Ici, des feux croisés de claqueurs, des admirateurs désin-
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téressés au point de vous faire rendre gorge au moindre geste, au moindre signe de critique : on eût dit les assommeurs du 14 Juillet chargés d'une mission littéraire; et là-bas, sous des décors magnifiques, confié cl la chaleur d'àme de trois artistes destinés à mourir sous le poids de leurs rôles, on ne sait quel drame s'est joué; drame qui veut être profond, gai, historique, sérieux ; être Corneille, Beaumarchais, Molière, même Scarron, et qui ment à tous les siècles, à tous les sentiments de la civilisation, à toutes les combinaisons de l'art ; et qui pourtant marche accompagné d'une poésie tantôt large, tantôt vive, mais toujours lyrique. C'est la ballade qui se fait la grosse voix.
Le poète dramatique n'était pas dans Hcrnani; mais là il l'est moins encore. Le Castillan perçait quelquefois à travers ses crevés de velours ; mais Didier, héros de la pièce, est un type à peine de nos jours, tant il exprime une civilisation avancée ; Didier est un rêveur allemand, un métaphysicien qui n'existait pas plus à cette époque grossière, positive et brutale, que le langage obscur et naïf qu'on a mis dans sa bouche. Les vers de Malherbe sont plus purs que les alexandrins de M. Hugo.
Et n'y a-t-il point, après tout, quelque danger réel à renverser à plaisir les croyances historiques ; et dans mille accidents d'une vie connue et complète, à rechercher précisément ce qui en est le moins intime, le plus excetitriquo ? Que Socratc; ait dansé une fois dans sa vie ; que Charles Xll, qui- était très sobre, se soit enivré un jour de défaite ou de victoire; que Louis XI ait
chanté une romance profane, et que ce soit historique, faut-il pour cela, pour ces faits isolés, vrais mais non vraisemblables, sacrifier le type général, consacré, universel ? C'est ici le cas de Marion Delorme. Elle a pu sinr.èrement aimer une fois dans sa vie ; mais est-ce là l'instant qu'il fallait choisir? Et où est Marion, folle de son corps, misérable, riche, avec les Frondeurs, avec les poètes, avec les ducs, dinant, ne dînant pas, réduite à se faire passer pour morte, femme d'un lord, femme d'un brigand, femme d'un procureur fiscal, femme de tout le monde ? Ce sera une Marion, si vous le voulez ; ce sera la vôtre, mais non la Marion Delorme, la Marion du peuple, la Marion qui pleure, qui crie, qui veut qu'on la marie.
Une bouffée d'emportement contre un des grands poètes du jour devait vite passer; Léon Gozlan trouvait mieux de son goût d'autres sujets. Ce qui lui plaisait par dessus tout, c'était de s'occuper d'un Barbare qui venait d'arriver dans nos murs et dont la présence attirait volontiers toutes les lorgnettes des oisifs et des reporters. Nous voulons parler du Dey d'Alger, une très pâle copie du Jugurtha de Salluste. Il suffisait que ce vieil Hussein arrivât de la terre d'Afrique et qu'il fût tout à fait dissemblable à nous pour qu'il plût à l'épigrammatiste. On a deviné, du reste, que ce dernier allait se servir du vaincu pour mordillonner fortement le vainqueur.