‹ Léon SayChapitre 12 sur 83 · Paris, 28 novembre · texte numérisé non relu

Paris, 28 novembre

2. • Cest le 27, écrit-il à sa tante, que je débute dans la salle de l'Athénée. C'est une véritable salle de spectacle avec ses loges et un parterre. Je devrai faire appel à tous mes souvenirs de théâtre ; je compte sur ma grande habitude des planches. • M. Léon Say fait allusion au succès qu'il avait jadis obtenu en famille en jouant des comédies de paravent.

rhistoire de ma conférence est fort amusante. La direction de TAthénée m'avait demandé de parler. J'y ai consenti à la condition que ce serait sur le préfet de la Seine. On m*affiche sous ce titre : < Des embellissements de Paris », pour hier, jeudi. Je me prépare et j*attends en silence.

» Le mardi soir je reçois un billet du secrétaire général de Tinstruction publique, Charles Robert, par lequel billet on me demande de passer au ministère pour donner quelques explications au sujet de la conférence annoncée. Le mercredi matin, je me transporte au ministère, où je suis reçu de la façon la plus gracieuse par Charles Robert, qui est un homme fort aimable et que je connais depuis longtemps. J'expose mon programme. € Mais c'est de la politique, me dit-il. — Non, c'est de l'économie politique », lui dis-je à mon tour. Nous discutons quelque temps; puis il me congédie en me disant qu'il en parlerait au ministre, et qu'il espérait qu'on prendrait une décision favorable.

» Mais, pendant que j'étais au ministère, Duruy était au conseil des ministres ; il parle de ma conférence à ses collègues, et il m'écrit une lettre tout entière de sa main, qui court après moi de midi à deux heures. On me rattrape rue Laffitte et on me donne la lettre. J)ans cette lettre, Duruy me dit que le sujet que je veux traiter ne rentre pas dans l'ordre des sujets qu'autorise en général le ministère de l'instruction publique, qu'il a appris d'ailUeurs par le

ministre de Tintérieur que ce ministre avait Thonneur de me connaître, et il me demande de Yoir M. de La Valette dans la journée.

» Je me transporte au ministère de Tintérieur. La Valette me reçoit d*une façon charmante; il me fait redonner Tesquisse de mon programme et il s'écrie, comme Robert : < Mais c*est de la politique! » Il trouve que j'ai tort, au moment où on va discuter le droit de réunion, de vouloir faire un éclat. Celui de Girardin devrait m'apprendre combien il est inopportun de soulever certaines difQcultés. Somme toute^ il ne m'interdit pas; mais il me laisse entendre qu'il m'interdira. Je lui réponds que je ne tiens pas à faire un éclat; que je ne demande pas à être interdit par huissier; et que, s'il me dit qu'il m'interdira, je me tiendrai pour interdit; et, après plusieurs répliques, je me lève en lui disant que je m'en vais convaincu que je suis interdit. Ce à quoi il répond qu'il ne m'a pas dit cela; mais que, d'après ce qui a été dit au conseil le matin, il ne lui paraissait pas possible de m'autoriser.

» Dans ces circonstances j'étais fort embarrassé; je ne pouvais pas, tant à cause de mes relations avec La Valette, qu'à cause de l'Athénée, briser les vitres. Voici comment j'ai tourné la difficulté, afin qu'il fût bien établi que, si je ne parlais pas, c'est qu'on me l'avait interdit. J'écris à La Valette, le mercredi soir à neuf heures, d'accord avec le directeur de l'Athénée, que j'ai été trouver le directeur de l'Athénée et lui ai dit que je ne pouvais pas faire la conférence,.

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et comment la ville de Paris a-t-elle fait face aux charges qui lui étaient imposées par la loi de la guerre? Tel est le thème qu*il développa en deux conférences qui, dans leur cadre restreint, sont deux pages historiques de premier ordre. En les lisant, on est presque tenté de regretter que M. Léon Say n*ait pas persévéré dans la voie où il venait d*entrer, et que la politique Tait détourné de Thistoire. Il avait, en effet, la notion innée de Thistoire telle que la comprend Técole française moderne. Sans négliger les vues d*ensemble, il s^attache à pénétrer dans le détail et à faire revivre les moindres incidents du drame. Le tableau qu*il trace des allées et venues des soldats étrangers, leurs exigences sans cesse renouvelées, la résistance des pouvoirs publics improvisés déshabitués de s'administrer eux-mêmes, la lutte entre des vainqueurs enivrés de leurs victoires et les représentants d'une population désarmée, tout cela est d'une vérité poignante. C'est une étude très serrée et en même temps très fouillée. A côté des actes officiels, ordonnances royales, ordres de réquisitions, délibérations du conseil municipal, nous lisons les sommes dépensées pour la table des souverains alliés, pour les menus de leurs officiers subalternes, et jusqu'aux notes des loueurs de voitures.

Gomme on le voit, M. Léon Say s'était pénétré de son sujet, et quand trois ans après il présidait, en sa qualité de préfet de la Seine, à la liquidation bien autrement lourde de l'invasion et de la Commune, sa

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pensée a dû plus d^one fois se reporter à un passé dont son patriotisme ne lai permettait même pas, en 4868, d^entreroir le retour.

Ces deux conférences représentent, sons une forme très concentrée, une somme incroTable de trarail. Nons ayons retrouvé le dossier qoe M. Léon Say avait composé à cette occasion. Il contient plusieurs centaines de pièces copiées de sa main, ou copiées sur son indication. En outre M. Léon Say avait à sa disposition les nombreuses lettres dans lesquelles son grandpère J.-B. Say raconte jour par jour à son fils Horace, alors en Amérique, les douloureuses péripéties des deux invasions. C*est en feuiUetant ce volumineux dossier que Ton peut se rendre compte de la méthode de travail que M. Léon Say avait adoptée dès sa sortie du collège, et qu*il a suivie pendant toute sa carrière. Ses conférences, ses cours, ses articles, ses discours, il les préparait de longue main ; il recherchait et accumulait tous les documents qui, de près ou de loin, se rattachaient à son sujet et pouvaient, le cas échéant, lui fournir, soit un renseignement, soit un aliment. Il lisait et copiait beaucoup. Cette habitude de copier était, sans qu'il s'en doutât peut-être, un legs de son grand-père J.-B. Say, dans les papiers duquel on a retrouvé une foule de citations sur les sujets les plus divers, entièrement copiées de sa main.

Ce premier travail achevé, M. Léon Say procédait à une œuvre d'élimination. Il ne conservait qu'un dos-

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sier réduit, mais sur chaque matière il rédigeait une note qui y restait. Enfin, quand il avait médité longtemps sur son sujet et interrogé toutes les personnes capables de Féclairer, il écrivait les grandes divisions de son discours ou de sa conférence et, quand il parlait, il n'avait devant lui qu une demifeuille de papier, sur laquelle il oubliait souvent de jeter les yeux. Dès le début de sa carrière, il s*était imposé formellement la loi de ne jamais écrire son discours, et encore moins d'en apprendre par cœur les premières phrases. Au début, ce système lui causa de vives appréhensions, dont on retrouve la trace dans ses lettres intimes, mais il eut la volonté d'y persévérer et cette persévérance lui réussit.

Nous avons dit que la première conférence de M. Léon Say avait eu pour sujet les sociétés coopératives. Ce n'est pas par hasard qu'il s'était arrêté à ce sujet. Depuis plusieurs années, il suivait avec une extrême attention le mouvement coopératif, et il avait entrevu les conséquences que pouvait avoir ce mouvement bien dirigé.

< C'est dans le mouvement coopératif bien compris, disait-il dans sa conférence de 1866, impartialement jugé, sainement dirigé, que nous trouverons un jour un secours inattendu contre les doctrines fallacieuses du communisme autoritaire et du despotisme égalilaire. C'est un mouvement essentiellement libéral ; voilà la grande, la meilleure raison de l'aimer. Il faut l'aider, mais avec toute sorte de ménagements. Ce

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ft'e^ fo» en le prr>tt»s'^aat, ce a'e^ pas <& loi créant pomu TOI» (les béenfûtenr» et <&» patrfMH tfwt T»as p«Mrv^ex aer^if sa cause. Votre tàdie est btxit à la focs flm simple et plis liifôeiXe. Oa ae toos «iemaafc <|vie Totre sympathie',

9 H est *i^ iiu>ie anjonrriiiii «raccaUer la boar> ge*>«ie et «le la représenter rocnine' é^îîste et trent- • Uanie. Elle posâèiie pourtant une ?ran*ie forte, dont eDe ose, 0 est rrai, bien raremenL Elle pent qoiBil elle le reot fixer ropînion da pays, ma» c'est à une co&iitioo : c*e^ à la coo^iitioo de ne pas se tenir à récart des eranils sentiers battus par la foofe. Quand Q irerme dans la nialtitu«ie une OTui«ie t*I«fe, une idée de proerès et de jostice, le nMe de la bour?eoisie est d'approfondir cette idée, de Téludier. de la mûrir, d*en d«hraçer les cotés pratiques. On roit alors les masses, profitant de ces études, marcher plus sûres d'ellesmêmes dans les Toies du progrès raisonnable. Tous pOQTez donner des conseils; soyez sûrs qu*ils seront reçus arec égard ; mais traitez sur le pied d*égalité, et prenez garde de froisser la di«mité de ceux dont rbonnéfeté forme, pour ainsi dire, le seul patrimoine. Sarcz-Tous ce que tous demandent les ouvriers? C'est de Tenir à eux ; mais sans tous parer du titre de bienfaiteurs; et quand ils vous tendent la main, sachez comprendre que c*est pour serrer la vôtre et non pas pour obtenir une obole '. »

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