CHAPITRE III
Le siège de Paris. — M. Léon Say organise le bataillon du chemin de fer du Nord. — Il pourvoit à Tinstallation et à Fentretien des réfugiés de Seine-et-Oise. — Sa vie à Paris pendant le siège. — Sa correspondance. — Le rationnement. — Le bombardement. — L'émeute du 21 janvier. — Derniers jours du siège. — M. Léon Say est chargé de négocier à Versailles le paiement de l'indemnité de guerre imposée à la Ville de Paris. — Les élections à l'Assemblée nationale.
Au moment de la déclaration de guerre, M. Léon Say était à Villers-sur-Mer. Il y resta jusqu'à l'approche de l'armée ennemie et rentra à Paris dans la dernière semaine d'août, le jour même où la population, trompée par une dépêche mensongère, célébrait avec un enthousiasme délirant la nouvelle d'une prétendue victoire. Il ne devait en sortir que cinq mois plus tard.
La compagnie du chemin de fer du Nord ayant décidé la création d'un bataillon recruté exclusivement parmi ses agents en âge de porter les armes, M. Léon Say fut chargé de l'organiser en qualité de major. Ce bataillon, incorporé dans la garde nationale sous le numéro 256, avait pour mission
de protéger les magasins et les gares de la compagnie, et surtout de veiller au service des incendies. Plus tard il fournit un contingent important aux compagnies de marche. Pendant les premières semaines du siège, M. Léon Say fut très absorbé par ses nouvelles fonctions. Ce n'était pas, en effet, une tâche aisée que de pourvoir à Téquipement, à l'approvisionnement et au casernement de 1500 hommes. Il en vint à bout néanmoins avec assez de rapidité, et il eut la satisfaction de recevoir, à plusieurs reprises, les félicitations de l'autorité militaire au sujet de l'excellente tenue et du bon esprit de son bataillon.
Ce premier point réglé, M. Léon Say dut venir en aide aux nombreux habitants de Seine-et-Oise réfugiés à Paris. On sait que beaucoup des habitants des communes suburbaines s'étaient repliés précipitamment sur la ville. De tous les incidents d'un siège si fécond en péripéties, l'entrée des populations rurales en a été un des plus poignants. C'était, en effet, un spectacle lamentable et pittoresque, que celui de ces milliers de pauvres gens, poussés par un souffle d'épouvante, se pressant éperdus aux portes de la capitale. Sur des charrettes, on avait empilé à la hâte quelques pièces du mobilier et des sacs de provisions. Derrière, marchait la famille pêle-mêle avec les animaux. Entrés dans Paris après une longue attente aux portes de l'octroi, ces malheureux erraient par la ville en quête d'un gite, et le soir ils campaient dans les
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dé Seine-et-Oise confiés à ses soins. Voici quelques fragments de cette correspondance.
Mardi, 13 septembre 1870.
€ ... Aujourd'hui on ne rentre plus à Paris après huit heures du soir; demain il faudra une permission spéciale pour pouvoir sortir. Le siège est donc commencé de fait...
» Ce matin grande revue; toutes les rues sont pleines d'hommes armés. Trochu a passé entre deux haies de troupes depuis la Bastille jusqu'aux Champs- Elysées. Il y a eu beaucoup de cris de : « Vive la République ! Vive la France ! Vive Trochu ! » C'est le cri de : Vive la République! qui dominait...
1» Ce matin des troupes ont été envoyées à Enghien, qui a été abandonné par tous ses habitants, et elles ont détruit tout ce qui restait de provisions, faisant couler le vin dans les rues... »
15 septembre 1870.
€ ... J'ai reçu ta lettre de mardi-mercredi. J'espère que tu auras encore celle-ci et je compte avoir encore une lettre demain matin. Je ferai comme toi; je mettrai des lettres à la poste dans l'espoir que quelquesunes arriveront...
» Voilà notre train de Chantilly à Senlis qui a
été pris. Les Prussiens seront à Chantilly dans une
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€ ... (Test b miiaitit feb qo'i ne nanqoe «ne lettre 4e toL Pcnt-^tre arriren-t-elle Jeniani par le Mans et Booeo. Id, toa joon le iii^iBe «specL Les Prossieos iDoodent la campagne. On les dit à Farmain, c'est-ènfire i iTsIe-Adani. On a pailé d*im combat à Jorisr, d*iine bataille imminente a Chitfllon...
» ... Notre coq» do Nord s^orsamse; j*en sois décidément rintendant; cda doit te rassorer. Coodie en est le général; fl y anra qoinze coïts hommes. Moi, j*as6urerai leor éqoipement et lenr nouiritore... »
Diinanrhe, IS septembre int.
«... Voilà les portes de Paris fermées. Je mets cette lettre dans la botte et je la livre aux hasards de la poste.
9 Tontes les lettres qo*on échange penrent être interceptées, saisies, pobliées. 11 faot donc faire attention.
» Dans an camp comme dans Faotre, si on laisse passer une lettre, ce ne sera sans donte qo*à la condition qu*on n*y donne que des nourelles de Camille. Borne-toi donc, si tu reçois cette lettre et
si tu peux y répondre, aux nouvelles de vos chères santés... »
21 septembre 1870.
« ... On dit qu'on fait partir un ballon aujourd*hui. Je risque ce billet. Nous sommes complètement investis et la poste a été si maladroite, qu'il n'y a rien d'oi^nisé, pour passer au travers des lignes ennemies...
» L'aspect de Paris est toujours le même; beaucoup de monde dans les rues jusqu'à neuf heures. Après celte heure-là, le désert. On fail fermer les cafés.
» L'espoir d'un arrangement s'est évanoui. On n'a plus rien à faire qu'à résister. Cette résistance serat-elle efficace? C*est ce qu'il est impossible de savoir. . . »
Jeudi, 22 septembre 1870.
«... Il parait que le ballon qu'on avait annoncé pour hier n'est pas parti. Je t'écris tous les jours. On dit que décidément on fera partir un ballon cette nuit.
» Ce matin le Journal officiel a annoncé l'échec de l'entrevue de Jules Favre et a déclaré qu'on se défendrait à outrance. Cela a fait un certain effet et la ville a l'air triste. Il y a très peu de monde dans les rues; les omnibus continuent néanmoins leur service; on voit aussi des fiacres, mais pas de voitures bour-
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29 septembre 1870.
c ... La poste a organisé des ballons avec des aéronautes et des ballons perdus. LUnvestissement est absolu et nous n'avons aucune nouvelle du dehors...
1» Depuis le 16, je n'ai aucune nouvelle de toi et nous sommes le 29. Cela fait treize jours! Quand cela cessera-t-il?...
» Nous avons Tidée d'imprimer sur papier pelure le journal, ou du moins les articles principaux du journal, pour les adresser aux rédacteurs de province. J'enverrai tous les jours un exemplaire à mon oncle pour vous, et pour qu'il le communique à un journal local...
» Tout le monde est triste, mais personne n'est découragé. Je suis sûr que vous nous croyez dans une bien plus mauvaise situation que notre situation réelle. On s'attend à un bombardement et à un assaut, mais je t'assure qu'on en a pris son parti. D'abord ce n'est pas si dangereux qu'on le pense, et, si cela devenait dangereux, ce serait comme un choléra, comme une peste. On peut en mourir, mais on peut s'en sauver. Ne te décourage pas : la vérité est que nous nous reverrons, et que nous serons ensemble pour de longues années encore.. »
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'^..^-^r^ 0',.v.rr^ og £^: pjcr I-» tr:cz«», par Lill^^ls de l/<ff:f.v^jt- Po'ir aipi^^ ces tnT«s r'?c:*v j'ai offert à M. tU/\^l^-A, le maire, «iî !• c?r cne famille en le pri^rit 4e la cUoWir. D ma eGToyé un Sué'Jois, sa U^nsfvf:^ leur (letite fille et sa iMjfme. Je ne les ai pas vij%^ raau ils ont m madame Jean, qui m'a dit : « Ce iK/nt de^ personnes très Lien, comme monsieur et m^idarne », Décidément ils ont de la chance s*ils nous re*in/îmhlent autant que cela... »
6 octobre 1S70.
«... ToujouTB le même calme; ou se croirait sur rOcéan. Ce qui est affreux, e*est Tabsencede nouvelles privées. Nous savons bien ce qui se passe en France, et encore! mais nous ne savons rien de ce qui se passe dans nos familles. Si c'était à recommencer, et que tu le voulusses bien, je te garderais avec moi. La première fois que nous nous trouverons dans une ville assiégée, nous resterons ensemble...
» J'ai été hier à l'Hôtel de Ville et je me suis trouvé au milieu de la manifestation Flourens.
» Sept i huit mille gardes nationaux en blouse, mais armés, sont arrivés avec le plus grand ordre, demandant à &ire des sorties, sauf à constituer la commune de Paris avant de sortir. Le gouvernement a répondu qu'il emploierait le courage des hommes, mais il a refusé de laisfl(^ constituer la commune. Les gardes nationaux se sont retirés en bon ordre et en criant : « Vive la République! et Vive la commune !... »
Vendredi, 1 octobre 1870.
c ... Gambetta nous a quittés pour aller en province ; il est parti ce matin en ballon, tout enveloppé de fourrure. Il avait Tair un peu inquiet de son sort...
» La vie n'est pas difficile du tout Je ne sais ce qui arrivera dans deux mois, mais pour le moment on