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15 octobre 1870.
c ... Depuis une quinzaine de jours, un gros ballon qui prend des paquets de journaux est en partance. J*y ai mis une première collection de journaux et comme son départ était retardé, j*ai ajouté des paquets supplémentaires. On dit qu*il part décidément demain matin ; j'y ajoute encore deux journaux et j'y joins cette lettre.
» Le journal, comme tu pourras le voir, situ reçois mes paquets, est très nourri. La rédaction est très en train.
» Tous les soirs à dix heures, il y a réimion des rédacteurs au journal. On ne fait plus d'édition dans le jour, parce que la poste est arrêtée ; il n'y a qu'une édition qui se fait dans la nuit. Tâche de faire courir les journaux que je t'envoie, afin qu'on voie en province que nous résistons au parti anarchique et que nous sommes très soutenus par le public.
» Lemoinne a fait de très bons articles ; ce pauvre Lemoinne est comme moi, il ne peut pas se consoler d'être sans nouvelles. Sa femme et ses filles sont à Étretat... »
Samedi, 22 octobre 1870.
«... J'ai bien peur que nos lettres ne fassent le tour par la Belgique. Ce matin, j'ai vu passer sur nos têtes un ballon qui prenait le chemin du nord. Si vous pouviez profiter de ce vent du sud pour nous envoyer
des ballons, quel bonheur ce serait ! L^absence de tes lettres forme ma seule privation ; mais c*est une privation insupportable...
» J'ai assisté hier, vendredi, du haut de l'arc-detriomphe, à un combat derrière le Mont-Valérien, entre la Jonchère et Buzenval. Tout ce que je voyais, c'était des nuages noirs qui se formaient en l'air et qui restaient suspendus comme des ballons. Il paraît que c'étaient des bombes éclatant en Tair. On dit que le combat nous a été favorable; mais les effets ne sont pas aisés à voir. Les Prussiens sont toujours à Meudon, à Sèvres et sinon dans le village, du moins dans le parc de Saint-Cloud...
» Voilà Pasdeloup qui reprend les concerts populaires. Comme on ne sait que faire et qu'on ne peut plus aller au bois de Boulogne et au bois de Yincennes, il y aura un monde fou... »
24 octobre 1870, 36* jour du siège.
c... Depuis les tentatives avortées du parti Blanqui, le calme politique est absolu. Il semble même que l'on s'habitue au siège, et que la population reprend sa manière de vivre. La garde nationale, depuis qu'on donne un franc cinquante aux gardes, est un atelier national comme un autre. On fait pour trente sous d'exercice dans sa journée comme on aurait fait pour trente sous d'autre chose.
» Ce qui est étrange, c'est la sécurité absolue de la
population. Depuis qu*on sait que nous ne serons pas pris de vive force, la sérénité est devenue extrême, et on attend avec une patience inouïe que Tarmée du dehors arrive de Boui^s ou de Metz...
» Pendant que j'étais i la commission des réfugiés de Seine-et-Oise, il est venu un monsieur d'Enghien qui voulait absolument savoir où s'était réfugié le percepteur d'Enghien, parce qu'il voulait, selon son habitude, lui payer ses impôts en octobre... »
Lundi, 31 octobre 1870.
«... J'ai de tes nouvelles du 15 octobre par une lettre de ta sœur à ta tante Edouard.
» De toutes les combinaisons, la seule qui ait réussi est celle de madame Edouard. Elle avait écrit à ta sœur et à toi d'envoyer une réponse à un homme expédié de Senlis par M. de Caix de Saint-Aimour. Hier, pendant la bataille du Bourget, l'homme a passé ; il a essuyé deux coups de fusil ; il s'est jeté à l'eau et il a pu atteindre nos postes sain et sauf. Il avait des lettres et des paquets de journaux...
» Les nouvelles que nous avons apprises hier soir sont bien mauvaises. Thiers a apporté la nouvelle de la capitulation de Bazaine; il croyait que Paris le savait, tandis qu'au contraire on s'imaginait ici que Bazaine était plus solide que jamais.
» Que va-t-il se passer quand la nouvelle sera officiellement connue?...
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» Uû*r ^fûrb^ «irn-^ Arar»>. inii? q:iî ni^ paraît af^^^rj-pr.*-, fixe les êl^tivus du conseil municipal i aojo'-jH'faui m^me à midi. C^est aksanle; commeot ÎMir^ poar >*enteD*lre d'ici mi«li?-..
» Je doutais de Tarrivée exacte des ballons. La lettre de ta sœur m*a rassuré. Elle reçoit les Débals sur papier pelure ; tu les reçois donc aussi.
» Tu peux voir que la vie ici est tranquille et très sûre, et que les agitations inséparables de notre situation sont choses auxquelles on peut se faire facilement. La double chance d^avoir eu de tes nouvelles du 15 et du 26 m'a tout réconforté. Tu ne peux te figurer à quel point j'étais abattu de ne pas savoir ce que vous deveniez... »
2 novembre 1870.
«... Les choses sont toujours dans la confusion. Le gouvernement a le dessus évidemment dans Topinion, et la population est très décidée à s'opposer à la faction Flourens-Blanqui. Maïs il a beaucoup de mollesse, et il ne sait pas s'appuyer sur celte volonté de la population. Je ne sais pas ce qui en sortira...
» On va demain procéder au vote d'un plébiscite; c'était bien la peine de s'insurger contre le système plébiscitaire ! Je suis obligé de m'occuper des réfugiés de Seine-et-Oise à ce sujet. Ils voteront sur la question de la conservation du gouvernement, et ils voteront dans les locaux où nous avons établi les bureaux de secours pour les nécessiteux.
» Je suis obligé d'être là toute la journée pour certifier la qualité des personnes qui se présentent. Je ne sais pas comment tout cela va pouvoir s'oiçaniser,
car il est difficile d*organiser en vingt-quatre heures des urnes, des bulletins et le reste... »
4 novembre 1870.
€... Je ne t'ai pas écrit hier, 3 novembre; c'est la première fois que cela ra'arrive. Depuis le matin jusqu'à la nuit, j'ai été pris par le scrutin...
» Somme toute, le plébiscite a été bon. 400 000 oui et 60 000 non. On n'a encore donné que les votes civils.
» Tout cela est bien étrange; mais nous en verrons bien d'autres. Les événements des quatre derniers jours ont rompu la monotonie des quarante premiers jours de siège. On ne cesse de se raconter des histoires sur des épisodes de la fameuse nuit. Cela ressemble à s'y méprendre à un roman d'Alexandre Dumas. Flourens a escamoté le gouvernement comme d'Artagnan avait escamoté Louis XIY.
» J'étais là quand Ratisbonne a appris à neuf heures du soir, au club de la Porte-Saint-Martin, que le gouvernement était emprisonné, gardé à vue. Il y eut une véritable stupeur. Je crois t'avoir dit que, vers les quatre heures du matin, j'ai appris à des gardes nationaux, qui étaient là depuis six heures du soir, que le gouvernement avait été arrêté, puis délivré... »
8 novembre 1870.
€... La vie de blocus a recommencé après une semaine assez agitée à l'intérieur.
» Kaspect des rues a repris son assiette habituelle. On rencontre beaucoup de monde dans les rues, et les boutiques sont ouvertes pour que les boutiquiers aient un endroit éclairé pour se tenir, car les affaires sont toujours nulles. Ce qu'il y a de plus étrange, c*est Tisolement et Tignorance absolue de ce qui se passe en province.
» Il y a des bruits sur Fanarchie des départements, sur les procédés bizarres de Gambetta, mais on ne sait rien. On ne sait pas non plus ce qui en est de la reddition de Bazaine...
» Ce matin YOfficiel contient une circulaire de Jules Favre sur le refus de Farmistice, circulaire qui selon moi n*a pas le sens commun. Ce sont des mots. U dénonce la barbarie de la Prusse à I*Europe.
» Ce qu'il faut, c'est reconnaître qu'on est battu, et s'en remettre aux neutres pour ébaucher les conditions d'une paix définitive. C'est là un sentiment qui gagne beaucoup de terrain ici, mais je ne crois pas néanmoins qu'U se fasse rien avant une nouvelle action militaire dans laquelle on emploiera les plus jeunes de la garde nationale.
» Nous sommes encore séparés pour longtemps. J'ai été ravitaillé par les nouvelles de la lettre de madame 0... du 26 octobre; mais depuis je n'ai rien, et je n'ai pas eu une seule ligne de ta propre main ; cela me désespère...
» Je ne sais rien, absolument rien de Stors. Le bruit s'est répandu que le vallon dans lequel est la
route de Beaumoot i la Croix-Verte aurait beaucoup souffert; mais ce sont des bruits dont il o^est pas possible de retrourer la source... »
li DOTembre 1S7t.
«... Je suis toujours très occupé de nos réfugiés; ils sont très malheureux...
» L*Hôtel de Ville nous donne pour rien du pain; le reste, nous Tachetons de notre argent. Hibert m*a donné cinq cents francs, et je pense avoir, des autres habitants de TIsIe-Adam, quelques sommes. Si la somme dont je resterai à découvert est trop grosse, je demanderai à mon oncle d'y entrer pour quelque chose. Les malheureux ont besoin de chaussures, matelas, couvertures, vêtements, bois. Je demandais à une femme de Méry ce dont elle avait besoin ; elle m'a répondu : • Je n'ai rien i vous demander parce que j'ai besoin » de tout ; mais ce qui est le plus pressé ce sont des » vêlements chauds pour mes six enfants. > Us sont tous venus en robes de toile, en pantalons et en blouses de toile, alors qu'il faisait chaud, et comptaient n'être absents du pays que quinze jours... »
Lundi, 14 noTembre 1870.
«... Les jours se suivent et se ressemblent. Toujours l'isolement et toujours le calme le plus grand. On ne sait rien de ce qui se passe en province; il n'entre ni
lettres, ni journal; nous vivons comme dans une cave. Depuis quelques jours, on dit aux avant-postes que la province constitue un gouvernement. Elle aurait bien raison. Cela est ridicule et dangereux pour un pays d avoir un gouvernement enfermé avec lequel il ne peut pas communiquer.
» On prétend que ce gouvernement négocie avec la Prusse. Nous n'en savons rien. Trochu fait une grande proclamation dont le sens m'échappe, pour stimuler les courages. Il aurait bien mieux fait de convoquer une assemblée et de demander le passage pour les députés de Paris, afin qu'ils aillent rejoindre ceux de province.
» Ma grande préoccupation est toujours la commission des réfugiés. J'y ai passé la journée d'hier avec Barthélémy Saint-Hilaire. Il croit beaucoup en M. Thiers, et le considère comme le futur président de la République. A moins que vous n'ayez fait autre chose que ce que nous croyons, je pense que Saint- Hilaire a raison...
» L'Ambigu donne des représentations tous les soirs, un drame, je crois. L'Opéra a des concerts le soir. Les artistes se sont formés en société comme ceux du Conservatoire. Cela devenait urgent pour les choristes, qu'on ne payait plus depuis que la subvention avait été supprimée. Il y a aussi des représentations de jour au Français; tout cela entremêlé de concerts çà et là, pour les victimes de Chàteaudun. On
se refait une petite vie naturelle comme on peut.