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soir, il n*y aura plus de gaz dans les cafés, et ceux qui n auront pas d*éclairage spécial à Thuile, au pétrole ou à la bougie, devront fermer.
> Il y a jusqu'à neuf heures des marchands ambulants sur les trottoirs du boulevard ; après on ne rencontre plus un chat... »
22 novembre 1870.
€... Toujours sans nouvelles, et cependant il arrive bien des dépêches. Il est aussi arrivé quelques lettres, de vraies lettres de quatre pages dans le bag de M. Washburne, le ministre d'Amérique...
» On est absolument privé de communications avec la province; il n'est arrivé aucun journal français. Les seuls journaux qui passent sont des journaux anglais, parce qu'ils viennent dans des sacs diplomatiques. Il faut voir comme le public court après. Quand on sait qu'il y a un journal anglais à Paris, on organise des battues, comme s'il s'agissait de cerner un chevreuil dans un bois. Je ne suis pas des moins actifs à la battue, pour soutenir la réputation du journal...
» A chaque instant je me figure que je vais recevoir une dépêche ; mais on dit qu'il y a beaucoup de pigeons tués. Les dernières nouvelles, bien vagues, bien indirectes que j'ai eues de toi remontent au 26 octobre; il y aura un mois dans deux jours... »
iH Dov«inbre 1810.
«...Il y a dans ce tnomeot une grande émotion dans tout Paris, parce qu'une bataille est engagée du c6té de Choisy-le-Roi. Jusqu'à présent on est dans l'ignorance de ce qui se passe ; toutefois on sait que les Fraoçais avancent, que les Prussiens ont été obligés de reculer, et que nous occupons Choisy. On parle d'une charge de cavalerie très brillante ; je croîs que c'est le général Berlin qui commande la division de cavalerie qui est employée dans ces parages.
■ Devant cette attente tout le reste s'évanouit. Presque partout la garde nationale est de piquet ou consignée. Je crains un peu de désordre pour ce soir; mais un désordre peu dangereux...
* Si on ne nous cache rien, je suis porté à croire que nos opérations d'hier et d'aujourd'hui sont en bonne voie. La levée du siège de Paris serait indubitablement la paix; la paix, c'est-à-dire notre réunion.
■ Cela est fort triste de penser que tant de gens meurent au moment où je t'écris. 11 y a beaucoup de courage, de résolution. Y a-t-il aussi beaucoup de
ité et de prudence dans le commandement? C'est 0 J'ignore... >
Mercredi, 30 novembre 1R70.
. La journée d'hier a été émouvante; le combat igagé.
» Léon M... a été commandé par son ambulance. Dès le matin quatre cents voitures, avec leur escouade, ont été massées dans le Champ de Mars. Le docteur Chenu et Monseigneur Bauer à cheval les ont passées en revue.
> Les épisodes du combat et son résultat ne sont pas connus. L'affaire jusqu'à ce matin n*a pas été grosse. On a ramené une centaine de blessés...
» J*ai été dîner chez la baronne. A dix heures est arrivé le Times du 18. J*ai passé une partie de la nuit à le traduire. J*ai eu fini vers trois heures et demie. Vers deux heures la canonnade était très violente; cela a duré jusqu'à quatre heures et demie. Quand j*ai été rentré, j'ai vu de la fenêtre de mon cabinet Téclat des canons. A chaque coup c'était comme un éclair de chaleur à l'horizon dans le ciel, et puis, après, le bruit du canon.
» Le Times du 18 a fait connaître la note de la Russie et les appréciations anglaises. Cela fait énormément d'effet. J'espère qu'il en sortira du bien pour nous...
» Le bataillon du Nord a été envoyé hier en promenade militaire à Arcueil pendant le combat de l'Hay. Je lui avais envoyé un fourgon contenant du vin et de la viande. Ils ont été les mieux nourris de la journée... »
1" décembre.
c ... On se bat tout autour de nous. On dit que les opérations sont heureuses...
103 LBON SAY, SA VIS, SES lEUVRES.
> J'ai passé la nuit au Journal des Débats. Je m'occupe de le faire le mieux possible ; je voudrais Mcher de lui conserver au moins sa clientèle pari- Hieniie...
> J'ai eu la chance d'avoir et de faire paraître avant tout te monde la circulaire de lord Granville et le rapport de Thiers sur la rupture des négociations.
• A quatre heures du matin on a battu le rappel de ([uelques bataillons de marche...
■ Nos réfugiés de risie- Adam sont toujours très nombreux; tous les jours il en arrive de nouveaux qui, oyantépuiséleursressources.viennent se faire inscrire. Nous donnons en moyenne deux livres de pain par tête et par jour. J'ai acheté six cents kilos de riz et trois mille tablettes de potage. Je donne un sac de riz de temps en temps et des potages pour les enfants. J'ai donné des bons de vêtements sur l'ouvroir des Batîgnolles pour environ cent cinquante francs par semaine, et des bons de charbon pour cent francs. C'est d'ailleurs une dépense une fois faite que celle des vêlements et chaussures, et j'aurai bientôt couvert les plus nécessiteux et chaussé toutes les femmes et tous les enfants. J'ai soixante familles de plus de trois personnes en moyenne. Il y en a de très bien. Ainsi une femme de Persan a demandé qu'on tienne compte de la valeur des bons de pain, pour qu'elle puisse les rembourser quand elle rentrerait au pays.
■ Tout cela m'occupe beaucoup. Je suis aussi président du conseil de revision de Seine-et-Oise, pour
juger les réclamatioDS des personnes mobilisées comme gardes nationaux. Enfin, je suis content d*ètre occupé; cela remplit mon isolement... »
Samedi, 3 décembre 1870.
c... J*ai eu hier soir une grande joie. En sortant de chez madame de R... le portier m'arrête et me dit qu'un monsieur vient d'apporter une lettre. C'était une lettre de Jules dans laquelle il y avait une petite lettre de toi. C'est la lettre que tu as envoyée à Amiens pour Grimbert, et qui est datée du 23 octobre.
» Ce Grimbert est étonnant : il a fait deux fois ce que personne n'avait fait une fois. Les deux fois, il a pu entrer pendant une bataille. La première fois pendant la bataille du Bourget et hier pendant la bataille de Champigny. Il avait plus de deux mille lettres dans son sac et une foule de personnes en sont ravies...
» Et dire que je n'avais pas vu ton écriture depuis soixante-quinze jours! C'est ta lettre qui a appris à Paris qu'il y avait des ruines à Tlsle-Adam. Aucun réfugié n'avait pu savoir ce qui s'était passé là'-bas... »
7 décembre 1870.
«... J'ai appris vers les deux heures, et tout Paris a su à cinq heures hier que l'armée de la Loire avait eu un échec à Orléans. Quelques personnes croient
UKiirf SAY, SA VIE, SBS ŒUVRES.
c'est un désastre, mais le plus ^nnd nombre t à une affaire sans importance. Si c*est le désastre
u»t la vérité, cela découragera d'aataDi plas. u oQ saura quelque jour ce qui se passe et ce qui , passé. Hais il y a en ce moment si peu de léles iii^-froid, qu'on se fait une espèce de vérité surles lements qui ne ressemble gnère à la vraie vérité. Pendant quatre jours, on a cru à un grand succès i les batailles de Champigny et de ViUiers, et ndant ces batailles ont été livrées sous les yens de
l'aris. La retraite de Ducros même n'avait pas raincu...
On n'a pas entendu le canon de nos cAtés cette . On a fait appel aux particuliers pour recevoir
Le gaz a été supprimé dans les maisons et réduit I les rues. On n'allume guère qu'un bec sur trois i]uatre. Néanmoins quelques boutiques restées irtes, cafés, épiciers, etc., sont aussi claires qu'a- ; elles ont toutes des lampes au pétrole... >
Jeudi, <5 décembre 1810.
.. J'ai repris toutes mes habitudes, y compris celle le pouvoir me consoler d'être sans toi. Nous mes toujours sans nouvelles de la province, etsur personnes que l'on rencontre, neuf racontent que Prussiens n'ont plus qu'à lever le siège tant ils épuisés. Les gens raisonnables, les dixièmes, ne
LBO!l SAT, SA TIB, SES ŒCVRKS. i»^
disent rien, mais ne sont pas gais. Enfin, il faat sV faire...
» Si ta avais été ici, je Taorais bi^i occupée, f ai fiai par tronrer on oqibelinat, un bien paurre orphelinat. (Test nne bontiqne arec deox sœors de charité. Elles ne demandent pas mieux, les braves femmes, de garder des enflants, mais il faut leur trouTer des courertures et de la nourriture. Je leur ai donné soixante francs pour mes deux petites orphelines. J'ai peur d*en avoir d'autres... H y a une famille C... composée de trois femmes dont deux malades et trois enfants, tous les six dans une chambre moitié moins grande que la mienne. Je leur cherche un logement ; c'est très difficile à trouver, car je ne veux pas faire de réquisition.
» Les propriétaires de chiens ne savent comment faire pour les défendre contre Famour que le public a pour eux. Je n'ai pas encore mangé de chien et cela ne me ragoûte pas du tout; le seul plat nouveau que je retiendrai du si^;e, c'est le cheval mariné.
» Je te parle beaucoup de nourriture, et c'est tout simple. Je me rappelle avoir, en 1848, fait une enquête sur la situation des chiffonniers qui logeaient dans les garnis du quartier Mouffetard, et j'étais frappé de ce que leur unique conversation, leur unique objet de discussion, ou même de plaisanterie, était leur repas du jour et leur petit verre. Leur esprit ne se haussait à rien d'autre. On le comprend. Quand la nourriture vient toute seule, pour ainsi dire, on n'en a pas la tète
iT>:np«^ : t^ÊÎs. inant -lîle ^st mg âSxahî, elle devient i pc«ai:i*r» iib :i:iiEi»* ** iif!ù."ul:^* rt 1* sujet de ><ij>s W pmidt^tfs. C-tst pi)urri»i •:a n'a januis Uni m'j; in armrrJr-ir^ {iw bf^oia "mis moë...
■ Hier, m itiir. I âi^£ :rû« jotnMv dans les rues. <f fif^ •^al'. ivtA -a:uH'i .K fc» b««s is p«ftrole éUienl ipef. ï]»! se *eri.c cm {ans 'pifùjauf petite ville de
a... Ti>cjotirs lam^ciedioiie. tixijour^Uoièmetris- ^ïâ^. touj'.'urs le m<^e Eiorma. D y aura bataille ■ soir. Et p:ii*, après?
> J'ai lÎTré moa chenil de coupé. H parait que le iMiTemeuieot. lians cette aSaîre de U rêqoîsitioo des IwTaux de luse. a surtout p>.>ur but de donner à la lasse pauTTe U satisfaction de voir les riches aller i ied. Qu'on man^ tous les cbevaux si cela est néceaùre. c'est très bien, mais il aurait mieux ralo comlenrer par manïrer ceux qui o'aTaieot pas de valeur, 1 attendre au dernier uioment pour man^r ceux ai valeot quelque chose...
■ Le docteur Barthe se livre à la chasse aux rats; il réteod qu*un civet de rat est une excellente chose, lais il distingue entre le rat d'écurie et le rat d'égout. e rat d'écurie se nourrit de TaTOÎDe destinée aux iM^aux; c'est ce qu'on peut appeler un rat de graïoa, ïmme l'on dit d'un poulet. Le docteur prétend qu'un
civet de rat de grains est aussi bon qu*un civet de lapin de garenne. Ces expériences-là nre répugnent un peu ; j*aimerais mieux vivre de pain et de vin. Depuis quelques jours, le pain est moins beau. On laisse un peu de son dans la farine.
» Je m'occupe toujours de mes réfugiés. On vient d'accorder une paie de soixante-quinze centimes aux femmes de ceux qui sont gardes nationaux; seulement, par contre, on leur retire deux livres de pain. Il y a beaucoup de malades, la mortalité de la semaine dernière est montée à deux mille sept cents... »
Dimanche, 25 décembre 1870.
c... On a eu, à la suite deTaffaire assez mal conduite du Bourget, un grand nombre de journaux allemands. D'après la lecture de ces journaux, les Allemands se seraient rendus compte qu'il y avait en France de la résistance, résistance peu efficace jusqu^à présent, mais sérieuse. D'où l'on a conclu que la guerre pouvait, en se prolongeant, devenir très difficile pour les Allemands. Cela me semble vrai, mais tout dépend du siège de Paris. Je pense que l'effet moral de la chute de Paris rendrait la continuation de la guerre très difficile en province.
» Nous sommes, en ce moment, dans un calme absolu, surtout à cause du froid, qui est extrêmement vif, 8, 10 et H degrés au-dessous de zéro.
» On a reparlé d'agitation dans le parti extrême. Au
..H LBO!t SAT, SA VIE, SES ŒCTHES.
•^uraal un y attache plus d'importance que cela n'eD -vrrtte. à mon seDs. Je ne crois pas qn'nDe leolatiTe -Mu«elltf ait plus de succès que celle do 31 octobre ii^niier. Ce qui inquiète certains modérés, c'est que fnnrbu serait peu goûté, même par la garde natio- [t-iiv- bour^ir^ise. Il est si indécis, si phraseur, si en ■U'hors de l'action, qu'on n'a pas confiance en lui. Oti s« demande, d'après cela, si la garde nationale le Jtfeudraît contre une entreprise des rouges. Mais les ^vu-<i qui raisonnent comme cela oublient que c'était •.U-jÀ U- cas au 31 octobre, et d'ailleurs, en politique, yii s\H'CHpe beaucoup moins de soutenir quelqu'un iiue dt' tyfsisler à quelque autre...
* 1.» question des vivres devient difficile; il y a du (hùn cl du vin tant qu'on veut, mais la viande est rare; K-jt la|Hns n'ont pas monté, ils sont toujours à trentecinq francs la pièce. En général on supporte très bien U t'Itoso. Pour moi, moins je mange et mieux je me m>i'|t\ Je suis donc en dehors de la question. Ce sont Itvt tinfants qui souffrent le plus. En dehors du pain, it m'y a g;uère pour la danse des petits bourgeois que <,\v> la salade, des céleris-raves et de la viande une fois |>Hr noniaine. Ilva aussi le riz, mais, chose singulière, nda n'entre pas dans les habitudes.
■ Notre provision de papier du journal avance beauvtmp et à partir du i" janvier nous paraîtrons sur uiiP demi-feuille... ■
L£Lï SAT, SA t:£. i£s ff:ni.£S- ti^
fl est eiKXtf^t i2i.i*ùtfi£iU«k- i'tm wfttsn^iixr k- lenDe- —
naîre dans le* "i^ltsTh^inr, çià f«fnj: es it-I*i^rrft|iit sans fil îxàlenxreLiiLL*^ Des^ *e\|*f7Mftoef coi: recssi entre Berry et Saôm-IiN^LJi' e£ Z }»arLl: ri^'coî Tm essayer de se UKitre en ra'^Ktfl iTtc i:£ {«ctéii^ q^ a t*3ê eîai*!i i trente lîeoes de Parû^ Ai>c;:x: i*i^*-cci s'arrive j«ar œ firoid;les kalloitf> panem i>LJ>ïirs. AiTÎT-«^:-iis?.., »
€... On a eu qoel^yra-r^ frirnient* de jc«umaux a&^rlâix, et les Prussiens on! fût dire qoe ramitre -i^ Faiiherlhe avait été défaite dans le NorJ, tes 23 et 24 décembre. Mais cela est bien é^ ici ; on ne cn^t pis aux défaites, et on croit qne les Prussiens seront battus à force de nous faire éprouTer des défaites.
» J'ai bien peur que notre gouvernement ne se laisse acculer, sans avoir réfléchi un seul instant sur ce qu'il serait convenable de faire pour sauver Tavenir. fl y a dans le gouvernement de bien braves gens, mais il y en a de terriblement en dehors de la pratique des choses et de la vie réelle.
» Ici on est en général, dans le parti modéré, mal disposé pour Gambetta; je m'abstiens de le juger, car
ilO LÉON SAY, SA VIE, SES ŒUVRES.
nous ne connaissons pas tous les éléments de la question. Si c'est à lui qu*on doit la formation de ces armées nouvelles, il ne manque pas de mérite, car ce n*était pas une chose facile. Les Allemands disent qu'il y a scission entre Gambetta et les autres membres du gouvernement. Mais nous vivons ici comme dans la lune, et nous ne connaissons de la terre que très peu de chose... »
30 décembre 1870.
«... Nos pauvres réfugiés s'en vont les uns après les autres. Il y a une famille de Méry qui est très malheureuse. C'est une famille de deux sœurs mariées, avec trois enfants, et une grande sœur non mariée. Les deux femmes sont si faibles qu'elles peuvent à peine quitter le lit; des trois enfants, un, le plus petit, meurt d'une fièvre typhoïde en trois jours, et ce matin la sœur valide est prise de la fièvre typhoïde à son tour. De sorte que les trois femmes sont malades, et deux d'entre elles couchent sur le même matelas. Je viens d'envoyer un matelas et une couverture; mais je suis débordé.
» Un brave homme de l'Isle-Adam, qui s'appelle Valentin, m'a apporté quarante francs et s'est offert d'aller chercher les gens qui doivent s'intéresser à l'Isle- Adam. Une brave femme nommée Denaut, qui habite l'Isle-Adam, m'aide aussi. Je l'ai envoyée hier chez une de nos femmes, qu'il me semblait n'avoir pas vue depuis
LEON SâY, sa vie, SES ŒUVRES. 111
plusieurs jours. € Je suis arrivée à temps, m'a-l-elle dit; Tenfant est malade et la mère au lit avec la fièvre. » J*ai fait porter du bois, mais ce n'est pas facile d'avoir du bois ; on le pille un peu partout et bientôt il n*y aura plus de clôtures autour des terrains à bâtir. Mon marchand m*en a donné encore mille kilos pour mon bureau de secours, mais il s'est fait tirer l'oreille. On abat ce qui reste des Bois de Boulogne et de Yincennes : avec cela on aura du bois vert qui ne brûlera pas...
» Cette nuit je n'ai pas entendu la canonnade, sauf deux ou trois coups ce matin. L'évacuation du plateau d'Avron par nos troupes a fait mauvais effet, et encore ! Il y a des gens qui trouvent que cela nous permet de^ concentrer Ja défense. Les illusions sont grandes ; mais, dans l'ignorance de ce qui se passe en province, on ne peut pas trop affirmer que ce sont des illusions.
31 décembre 1870.
€... Cette année n'en finit pas; je voudrais qu'elle fût à bout et que l'autre aussi fût finie. Quel affreux jour de l'an! Penser que je ne t'ai pas, que je n'ai pas ma fillette ! Quelle différence avec l'autre jour de l'an! Tout cela est si affreusement triste qu'il ne faut pas penser du tout, et se laisser vivre au jour le jour. Le Tai vécu de Sieyès est toute ma doctrine ; que ce soit toute la tienne. Quand nous nous retrouverons, après avoir vécu, cela sera un si grand bonheur que nous supporterons tout le reste...
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LEiiS SAT. SA TIE, SES ŒUVESS. 113
conseil àe gooTemcmcnt, qui serait comme U Cou- Teotioo^ dont les membres du gouTememeat. plus ou moins diugés, sermieot le pouvoir exécutif. Ce qui donne du coq» à ce projet, c'est qu'on prête, non sans rmison, an gooremement Tidee de s'en aller en ballon, si les choses en Tenaient à toute extrémité. Comme en 1814 et 1813, on laisserait la ville entre les mains d'une municipalité. J'espère encore que les hommes raisonnjibles du gouTemement accentueront leur résistance à ce mouTement^ et en tout cas qu'ils ne se sauveront pas si le danger devient menaçant...
9 L'aspect des rues est toujours le même, avec moins de voitures et moins de boutiques ouvertes. Il y a eu quelques boutiques en bois sur les boulevards; mais elles ne font pas grandes affaires... »
Hercredi, 4 janvier 1871.
€ ... Hier, j'ai passé ma journée comme toutes mes
journées. Bureau de secours d'at>ord. Une femme a
son enfant malade. < Je ne sais pas sa maladie, mais
» il s'en va, il est déjà comme mort ; le médecin dit de
» le nourrir légèrement; un peu de poulet et de la
9 panade avec des œufs. » Imbécile de médecin! Il va
dire à cette malheureuse de donner du poulet et des
œufs à son enfant alors qu*un poulet coûte trente
francs et les œufs deux francs cinquante pièce, et
encore n'en a pas qui veut.
9 Ensuite conseil du bataillon, le fameux 256*. Co-
d/ffhv.f.i'î, !>: '/.r.-«vl. ii.-' i* ri "".a ii:aai«-i. sa. ^lotcii
• f,(.(iii il *•*. *îx ï.*uf** tr.:» 'p.irt*:;* T.>le chex IM, ifAnnstt'S. On « mt* un [*■*:; [-^-î^ï iuts U salJe à tnii'(e,»^r \i'i»r «hanflfcr p!<;* et brù'er ni<>ÎDs de eom- |(«f*tihl'^. I>r r>;ii derienl aa»i difCrUe à SToirqDe le i^iirttr. I>! «lififr *«! sutt5tanfîel. D'aboni bffiof ou f.Uirftii, if. '■hi^»\ n'appelle bœafmaÎDlenaDhoD ajoute k trMitf. M/iJ» l'henre. Après le bœuf, de la trompe ii'i-M\iiiiiiit. On «lirait de la langue de bœnf.
• \yri-n U: dîner je lis un article de moi sur les rnnin'D (|ti« tu recevras avec la /«/are, puis un rapport (|h m. Ht<in'i!l, ancien attaché à Berlin, qui prouve que tn tiinivf.rnfincnt impérial était aussi inepte qu'on ).((HV«ll !'■ ttiipposer, puisque, prévenu, il a agi comme n'II iki IV^IitU [las du tout. A dix heures je vais au Jiiuntttl ili'H l>àhaU et Je rentre à pied avec Molinari. •
6 janvier 1811,
« Ijm ]iri>miors obus prussiens ont fait leur entrée ilnim rntirion Pnris du côté du boulevard MontparimHNfl. r.(>ln H beaucoup amusé la population. Quels i|i'<Mt>N d<> t'oi'p!* "'^'^^ sommes!
• J'ni dliK^ hior chei les M... avec leur Gis Edgar. 1,»* bMVo (r«rv*"» V* * ravir. Il est toujours à Saint-
Denis avec ses mobiles du quartier Mouffetard et il est heureux comme un roi d'avoir froid et d'entendre ronQer les bombes. Voilà ce que c'est que d'être jeune. Tu as sans doute de la peine à comprendre cela, et pourtant c'est ainsi. Quant à Léon, il est monté en grade. De brancardier d'ambulance, il a passé courrier d'ambulance à cheval. Il a été à fond de train de Saint-Denis à Courbevoie. Aussi, à dîner, pouvait-il à peine s'asseoir. Décidément le siège est l'amusement des jeunes, sans compter que beaucoup de vieux s'en amusent aussi. Quels grands enfants que nos concitoyens!...
» La question du bois est toujours brûlante; néanmoins le temps s'adoucit, et j'espère un dégel sérieux... »
7 janTier 1871.
«... Le bombardement du sud de Paris ne cause presque pas de dommage; les bombes qui tombent aux environs du Luxembourg sont un objet de curiosité, et la foule se porte de ce côté...
» John Lemoinne, qui sort d'ici, me dit qu'il a été se promener hier, avec madame d'Alton ^t sa sœur, au Point-du-Jour. Ils sont descendus sur la berge de la Seine, à côté du viaduc sur lequel passe le chemin de fer de ceinture, et, pendant qu'ils étaient là, des obus ont passé par-dessus leurs têtes et sont tombés soit dans l'eau, soit dans dés terrains vagues. Les femmes.
tic LËON SA.Y, SA VIE. SBS ŒUVRES.
un peu émues, ont été enchantées d'avoir vii cela et d'avoir entendu le sifflement de crécelle des bombes en l'air. Lemoinne a uni par convenir que c'était une curiosité sans excuse...
■ Les pauvres réfugiés sont toujours bien malheureux... s
Mardi, lO janvier 1871.
■ ... En rentrant hier au soir du journal à minuit, j'ai eu une grande joie. J'ai trouvé chez Jean une enveloppe contenant une lettre, sur laquelle il y avait au crayon ce seul mot confidentiel, et, attaché avec une épingle, un petit morceau du Titnea découpé, contenant ta dépêche ou plutôt ton annonce du 8 décembre.
■ Me voilà donc ravitaillé ; 23 octobre, 8 et il novembre, et enfin 8 décembre...
> Le bombardement ne fait pas beaucoup plus d'etTet que jadis l'explosion du nitrate de potasse dans la boutique d'un droguiste. Dans les quartiers épargnés, qui forment la majorité, on lit les détails du bombardement comme s'il s'agissait de Valparaîso. On a été pourtant 1res attristé de ce que les enfants aient fourni le plus de victimes. Les pauvres enfants meurent de maladie; s'il faut y ajouter les bombes, c'est affreux...
> Les nouvelles politiques ont été prises ici très en beau, sauf la dissolution des conseils généraux, qui inquiète. Pour les nouvelles militaires, on les a corn-
prises comme ceci : les Prussiens sont perdus dans un délai plus ou moins long. Paris a-t-il des vivres pour attendre ce délai? Du reste il est probable que nous aurons pour les vivres la même surprise que pour bien des choses. On s'est trompé en moins; il y a plus qu'on ne croyait. Si nous avions un autre homme que Trochu, cela pourrait marcher. Mais je crois la tête de Trochu affaiblie. Je ne serais pas étonné que Picard et d'autres modérés du gouvernement n'en eussent par-dessus la tête, et on pourrait bien, avant peu, le mettre sous la remise. D'aiUeurs, tranquillité parfaite dans toute la ville. »
H janyier 1871.
€ J'ai été très occupé hier de mes réfugiés. Quelques-uns de ceux qui sont dans les quartiers bombardés voudraient trouver d'autres logements; je les aide tant que je peux, mais je ne veux pas faire de réquisitions '...
» Cette nuit, en rentrant du journal, j'ai vu des femmes fuyant avec des enfants dans les bras. Ce
1. M. Léon Say était, en eflTet, absolument contraire au droit de réquisition, comme le prouve Textrait suivant d*un article qu'il écrivait le 10 octobre, à propos d'un décret du gouvernement sur les rapports entre propriétaires et locataires. « Réquisition ne veut pas dire confiscation, et cependant requérir un logement sans indemniser le propriétaire, c'est confisquer certainement une valeur. Si le gouvernement veut loger la population pour rien, qu'il loue des maisons; il trouvera à coup sûr des propriétaires disposés à louer pour des prix très modiques la plupart des locaux vacants. Mais si, au lieu d'acheter ou de louer, il prend, on peut dire qu'il abuse. 11 n'est plus le droit, il est la force. •
,, ^iJS SAY, SA VIE, SES ŒUTBES.
,,, jm"""'' '* danger, c'est qu'on a le temps de se ,^,..-.- iC ^u'il y a beaucoup d'intervalle entre les ^ .jj^ V. rt» tombe presque toujours plusieurs a la vnîtiv .'^i'^- Bn somme très peu de blessés, maïs une j^v i-r-KiV irritation. Il est impossible que ce bom- »j-.tii:-.ul ue soit pas vu avec horreur en Europe,
. tji \io est toujours la même. Il y a un passade 1 ..<,»c(tes et on en vend beaucoup à quarante sous „v\v. l.» nourriture étant devenue précieuse, les j. ^'^ïliors on vendent. Un orfèvre dont la boutique est siV^vv À la droite de la Trinité, près de la rue de Lon- J);\vi, H p^le-mêle avec des boucles d'oreilles un peu i^■ bt'urro, des lapins, des œufs, des pâtés de cheval. Oit a vendu un lapin cinquante francs. Mais quand on ut»u^e (lu riz, des raves, de l'orge et un peu de cheval, xu» Irtmvo très bien à se nourrir. Un bon plat de si^, tVat do la salade de riz pas trop cuit, testé dur et «s.<itiisonné à l'huile et au vinaigre. Vous mangez là- Imh sans vous apercevoir que c'est agréable de manger. Après le siège, je me fais gourmand... »
ii janvier 1811.
« ... Il y a des difficultés de mouture pour le pain qui agitent un peu la population. Si nos Parisiens ont uno vie dure, nos pauvres réfugiés l'ont extrêmement difficile. I^ous allons tout à l'heure, Barthélémy Saint- Ililaire et moi, chez Magnin, au ministère du commerce, lui demander sept mille kilos de légumes secs.
que nous paierons, pour faire une distribution. J^espëre qu*il pourra nous les accorder. Cela n*est pas pour les miens, car je n*ai que deux cents personnes; je m*en tire comme je peux en dépensant beaucoup d*argent. Mais Maréchal, le délégué de Gonesse, en a trois mille cinq cents; Bugnet, le délégué de Lagny, en a huit mille. Les efforts particuliers sont nuls pour d*aussi gros chiffres...
» Vous avez sans doute en main le manifeste de Jules Favre et sa réponse à lord Granville... »
15 janvier 1871.
c ... J*ai passé hier une partie de ma journée à courir pour chercher des pois secs. J'ai été en demander au seul épicier qui en ait, qui est le ministre du commerce, et j*ai obtenu sept mille kilos de pois et trois cents de lard. La question des vivres devient difficile. Aujourd'hui pourtant j'ai trouvé un rôti que j'ai apporté chez Jules; mon rôti se composait de six alouettes que j'ai payées huit francs. Elles étaient très grasses et très bonnes...
» Cette nuit j'ai peu entendu le canon. Il résonne plus fort en ce moment. Il est très difficile de juger ce qui se passe par le bruit qu'on entend ici. Suivant le vent on ^ntend plus ou moins; mais c'est surtout quand le mont Valérien tire que nous entendons le plus. Les déménagements par suite de la crainte des obus continuent, ce qui occasionne des difficultés
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LÉOK SAT, SA TIB, SES ŒUVRES. Itt
pas. Ainsi madame Dnméril, sa fille, le petit enfant, passent la journée au Jardin des Plantes, y dînent et ne le quittent que la nuit pour aller coucher chez le firère de madame Duméril. On s'habitue à tout, même aux bombes. Ce qu*il y avait dimanche de gens, avec femmes et enfants, allant en promenade visiter les quartiers où tombent les bombes, c*est inouï...
» J*ai de nouvelles inscriptions de réfugiés; je croyais pourtant que c'était fini, mais il y a encore des gens qui ont lutté jusqu'à présent avec leurs petites ressources et celles de leurs amis, et qui ayant tout épuisé s'adressent à moi.
» Le plein dégel d'aujourd'hui va sans aucun doute amener des pigeons avec des nouvelles plus récentes. Il me semble qu'on devrait envoyer les dépèches les plus nouvelles et épuiser l'arriéré après. L'important est d'avoir des nouvelles fraîches.
9 On dit beaucoup que Jules Favre va partir pour Londres. On se dispute un peu là-dessus dans le gouvernement, à ce que je crois, et je ne serais pas étonné que la question de cabinet fût posée. Ou Trochu quittera le commandement, ou il consentira au départ de Jules Favre. On dit que les Prussiens veulent entraver ce départ; cela est possible. Je ne comprends pas, dans ce cas, que Thiers ne soit pas désigné.
» Le bruit a été répandu ici que Gambetta avait fait arrêter le prince de Joinville et Buffet... *
17 Janvier 1S1I.
... Le bombardement continue; les projectiles rancent un peu du cfité de l'ile Saint-Louis. Toute la i gauche est menacée, à l'exception du pâté compris re la rue Dauphine et la rue de Beaune, d'une part, ntre les rues Jacob, de Grenelle et le quai, d'autre t. Cela ne veut pas dire que tout le reste soit sous oup des bombes; mais il peut y avoir des projecs égarés. Il me semble qu'il n'y a pas de batteries sibles qui puissent menacer notre quartier. Jusqu'à sent les obus sont très innocents et l'habitude en
absolument prise. Cela ne suspend en aucune )n le peu de vie commerciale qui subsistait, et il it du monde de tous cfités, même dans les cdtés l'on reçoit des obus, absolument comme avant.
J'ai vu Washburne hier, qui m'a dit n'avoir pas \i le Timeg depuis le 30 décembre. Je crois que ce it pas vrai ; mais il veut laisser vieillir les nouvelles famille, de peur que, sous des formules de santé, ne cache des nouvelles politiques.
On dit beaucoup que Gambetta a fait reconduire >rince de Joinville à la frontière... >
,.. J'ai passé presque toute ma journée d'hier à commission des réfugiés, pour examiner les
mesures que nous avons à prendre par suite du déménagement des bombardés et du rationnement du pain. Ce rationnement est fondé sur le domicile et sur Tobligation pour les boulangers de ne délivrer le pain qu*aux porteurs de cartes de leur quartier. Maintenant, avec ces cartes, on ne pourra acheter — en payant avec de l'argent ou avec nos bons — que trois cents grammes de pain par tète et par jour. Ce sont nos campagnards qui en souffrent le plus, parce que d*abord ils sont habitués à manger beaucoup de pain, et ensuite parce que n'ayant absolument que du pain, ils en ont plus besoin que ceux qui peuvent se procurer autre chose. La santé de nos gens de Tlsle- Adam parait meilleure; le grand froid leur a fait beaucoup de mal. Aujourd'hui qu'il fait doux, ils souffrent moins tout naturellement.
9 L'esprit public paraît en train de se transformer; je ne sais pas trop ce que cela veut dire. On avait cru que la population verrait d'un mauvais œil le départ de Jules Favre pour la conférence ; c'est le contraire qui est vrai. On s'impatiente aujourd'hui de ce que le saufconduit n'arrive pas. Arrivera-t-il? Je n'en sais rien.
» On se demande ici combien de temps nous pourrons vivre encore ; et là-dessus le plus savant ne sait rien.
» A <^ôté des questions matérieUes, il y a les questions morales. Qu'on ait le temps ou non, il y a un vif désir d'une action militaire immédiate. C'est un grand danger, mais on sera obligé de le courir.
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20 janvier 1871.
«... La journée d'hier a fini comme toutes les journées de Trochu, c'est-à-dire mal. Il me paraît être incapable de modifier ses plans en cours d'exécution, et de continuer longtemps un mouvement. Sa tête s'emplit tout de suite, et il devient comme un somnambule. C'a été un des malheurs de notre situation d^avoir eu un chef si peu capable.
» Cette nuit on n'a pas entendu le canon. La première journée aura eu pour effet de suspendre le bombardement. Peut-être la journée d'aujourd'hui sera-t-elle meilleure. Les troupes ont été très sensiblement améliorées par les gardes nationaux des compagnies de marche. J'ai vu hier soir Jemmy qui revenait de la tranchée; son bataillon avait perdu quelques hommes; il n'a heureusement rien eu...
» J'ai passé la journée à faire avoir des cartes de boulangerie à mes réfugiés. Le rationnement s'établit avec assez de difficultés et bien des gens hier n'ont pu avoir de pain ; cela va se régulariser aujourd'hui, mais non sans beaucoup de peine. Il y a des arrondissements où l'on donne en sus aux porteurs de bons un grand verre de vin. Cela est du gaspillage; pour nous, nous tâcherons de remplacer le pain par du riz ou des pois secs... »
J3« 1115 SAT, fl. t:I, fis ErTLES.
|fat e'Xt^ i»'j**&5^- J**iLiLv <-r.: rei-trt- Se*- trtiiç*bêe5 àe Ca'iiUL. Sifi: ;».*ç:t m *• i i».-rLi.Lr5t ^.«u: t'* it-irjts, et
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Malheureusement il y en a des quantités dans cette situation. D*ici à deux jours le rationnement sera établi, mais il y aura eu quatre jours bien difOciles... » Après le dîner j'ai été au journal; on y était fort attristé de l'incurie de Trochu et des mauvaises nouvelles de Chanzy. Je suis rentré à minuit avec Molinari. Quel singulier peuple! Les échecs de Chanzy ne comptent plus, parce que c'est Bourbaki qui doit nous délivrer. L'échec de Trochu n'a pas fait tout l'effet qu'on aurait cru, toujours à cause de Bourbaki... »
22 janvier 1871.
«... Depuis l'échec de la sortie du 19, il y a dans la population une agitation très grande; agitation causée par l'échec d'abord, et ensuite par le rationnement. On exécute très sévèrement le décret de rationnement, et on ne peut acheter que trois cents grammes par tète sur la présentation d'une carte, valable chez un seul boulanger et disposée de manière à être pointée. Loin qu'il y ait de double emploi, c'est le contraire qui est vrai, car beaucoup de personnes ont négligé de se faire inscrire, et, n'ayant pas de cartes, ne peuvent pas avoir de pain. Les déménagements, rendus plus prompts par le bombardement, ont jeté encore du désordre dans tout cela, les déménagés ayant eu de la peine à faire changer leurs cartes, afin qu'elles fussent valables chez les boulangers de leur nouveau quartier. A cela il faut ajouter l'inquiétude qui a pris
» En même temps, les clubs se réunissaient, hier, samedi soir, 21, et s'envoyaient de l'Académie de médecine à la Villette, Belleville et Montmartre, des délégués pour organiser un mouvement pour aujourd'hui dimanche. Ce mouvement se fait pendant que je t'écris; mon sentiment est qu'il n'aboutira pas; le contraire pourrait être vrai, et il est possible qu'il y ait une petite bataille. S'il y a bataille, la Commune échouera ; clic ne réussirait que par faiblesse et transaction. Demain on entrera dans une nouvelle phase, et commencera un gouvernement de la défense ayant à décider si on entamera des négociations avant ou après un nouvel effort militaire. Je ne pense pas qu'il y ait de nouvel effort militaire. Les gens nerveux vont passer, ou sont en train de passer une mauvaise journée.
» Ce matin Lemoinne et Dufeuille sont venus à la maison et je les ai retenus à déjeuner; je leur ai donné du bœuf conservé, des pommes de terre et de la salade de riz avec un tout petit morceau de pain, du thé et du café — pas au lait. — Les restaurants ne donnent plus de pain. Chaque dîneur apporte son pain. Lemoinne avait son pain dans sa poche pourla journée. ■ Quelle situation étrange! Je crois que nous touchons au dénouement. On croit à un désastre do Chanzy, sans connaître bien les détails, et on ne croit plus aux grands succès de Bourbaki. Enfin l'esprit public se déprime... ■
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ments réuais. et sortir tle l'élise Emest Desmart'l el .\lfred Aîl'Iré; c'était l'enleiremeDl «les TÎrtiniPs de BiuenTal. Je vais à la mairie avec notre maire et Dotre adjoint- Ils me racontent la surprise de Mazas et la délivrance de Flourens, Il y arail beaucoup de «rroupes en face de la mairie pour lire Fonlre du jour de Clément Thomas sur l'affaire de Mazas. Ferdinand Duval de sa haute taille dépassait tout le monde. Les bataillons affluaient: îl y en arail dans la cour de l'Opéra el dans toutes les rues. On demandait jMiurquoi il n'y avait pas d'ordres.
> Je vais chez Alphonse : il ne savait trop rien. Nous retournons ensemble rue Drouot, où il y avait une réunion de maires de Seine-et-Marne. Les groupes étaient toujours privés d'informations. Nous prenons les boulevards; beaucoup de promeneurs, femmes et enfants. Nous arrivons au faubourg Saint-Honoré. Il y avait des bataillons et on continuait à battre le rappel. La pluie se met de la partie. Place Beauvau et à l'Elysée, où se trouve l'état-major de la ganle nationale, grande animation. Dans la me, je vois Charles Ferry. Il reçoit la nouvelle qu'on échange des coups de fusil à l'Hôtel de Ville. Picard passe; nous causons un instant; il est fort ému. Pelletan, Magnin, d'autres membres du gouvernement vont et viennent. Ils sont très affectés et disent que les ordres sont donnés. Picard retourne aux Finances, il m'emmène. Je le presse de faire savoir à la population la situation des vivres. Aux Finances il est entraîné par les gardes
LÉON SAr. SA VIE, SES ŒUVRES, [laux; je le perds. Je retourne place Beauvau, vais une commission des réfugiés. Je rencontre :ar(les nationaux de connaissance, entre autres ilontaires dont M. Gigot fait partie. On dit qu'on ï plus et que des bataillons nombreux se massent, tourne hôtel Beauvau; notre réunion a lieu, cinq heures et demie nous nous séparons. B rentre aux Finances avec Horace de Choiseul. entendons là un rapport très complet dont voici nclusion : ■ L'insurrection a échoué complètent, elle a eu la mine d'un complot; peu de perines y ont pris part. On compte sur la Iranquilpour la nuit... •
'oilà une afiairc intérieure terminée. Je supplie i-mbres du gouvernement de faire savoir la siluades vivres. Tant que les Parisiens se croiront ueurs sur toute la ligne et pourvus de vivres trois mois, ils n'auront pas le sentiment de ce faut faire.
le province on sait peu de chose; on croit, je ne iir quels indices, que Gambetta est pris ou mort; lf« membres du gouvernement sont muets à cet . J« |iense que ce bruit vient de ce qu'on ne lit m nom dans les dernières dépêches... »
, Otidttquole dernier ballon part ce soir. Je t'ai [>iir le premier; je veux t'écrire par le dernier.
9 La journée, qui était très incertaine, s'est passée dans un calme très grand. Il y a eu quelques groupes, peu de groupes, dans lesquels on discutait, mais sans violence et sans appel à l'insurrection. Au point de vue de la tranquillité intérieure, il me semble que le danger est passé. Il y a beaucoup de tristesse, de l'abattement, encore de l'illusion.
9 Si vous avez reçu le journal sur papier pelure, vous aurez vu un compte rendu très exact de ce qui se dit sur le boulevard...
9 J'ai passé la fin de la journée au ministère de l'intérieur, pour tâcher de régler le départ de nos réfugiés. Nous n'avons pu rien faire encore. Je crois qu'ils seront plus heureux, ou plutôt moins malheureux, chez eux qu'ici...
» Et dire qu'il y a plus de cent trente jours que nous ne nous sommes vus!... »
Dimanche, 29 janvier 1871.
€ ... Peut-être cette lettre te parviendra-t-elle encore par ballon, car on a de grandes difficultés à rétablir la poste. La convention qu'on appelle ici l'armistice, et que les Allemands vont appeler la capitulation, est très difficile à faire fonctionner dans ses détails. On ne sait pas encore qui pourra sortir, qui pourra rentrer. Enfin nous n'avons encore ni lettres ni journaux, et nous ignorons absolument ce qui se passe dans le reste de la France. Je m'imagine que la dictature de
tL..
. à.V VIS. ôES ŒUVRES.
-I ;" li iifuril'uDe très grande réac- L Hepiiiiiî'pie.
eat '-4 ici ai lairestement divisé en - -f Pnrij-'l J"un côté et ce qu'on (■ (S le L l'isp? cûlé. Je crois que le
lum ie i>;s«i5. mais comme il va 'isit-iiuh-T-i a>>mmer sur une liste, ■•^-r K-in* 'x^'i avancés. Deléctuze, ■( '•■■II— tr^ Bimqui passeront, r i':i i-iitfc: >yje le parti modéré • ae il j^^; je l'espère sans y f ■ (ntuiiiii, -i-e l'a^tation même, m — .i ••< f-ù qae je n'ai vu per- -■ i I . t ]>kt«a de violence...
'."féTrier 1871.
;> 'i'# Zf'-:is plusieurs pages ■ ■■•' f nous a imités. Les ;. T^io îv rares; celles de la i— -fr- Od dit que Parmain
.:N->.as sont accablantes.
, ;';. -~fr Paris; j'irai à Stors .:> i a:<i»J les services des .-. ;t<rv«s après celui des j '<a3eiit le chemin de fer .- > rs Toot à pied. Brcteuil, 11 Taîn Uaoc. U a retrouvé ■„.« i.'Àt. qui était morte. Il
a su que mon bureau avait secouru sa femme ; il m'a apporté son pain blanc. La banlieue a été tr^s émue ilu manque de pain à Paris: il est certain qu'il est difOcile d'aToir un pain plus noir et d'en man^r un plus mauvais. On craint qu'il ne manque tout à fait pour uo jour, dimanche ou lundi. Ce serait une souffrance très réelle, quoique cela ne constitue pas un jeûne absolu, DÎ universel. Dès mardi, même avant, on aura quelques quintaux de vraie farine. Dans nos moulins du Nord on meut de l'amidon, du véritable amidon de blanchisseuse : cela avec l'avoine, le riz, un teste de farine, fait le plus affreux mélange du monde. > On s'occupe beaucoup d'élections, mais on s'enteud peu. Aussi la liste la plus rouge a-t-elle beaucoup de chances de passer. U y a des gens qui mettent mon nom et celui d'Hector Boumiet; mais ni lui, ni moi, ni Lemoinne, ne passerons. Dans Seine^t-Oise, on met également mon nom sur des listes ; mais tu peux te rassurer, cela ne réussira pas. D'ailleurs je ne fais ni circulaires, ni bulletins... ■
Lundi, G février 1871.
< ... Je crains que les correspondances par Versailles ne soient encore moins sûres que ne l'étaient les correspondances par feu les ballons. Toujours est-îl que je n'ai reçu aucune autre lettre que celle du 30 décembre...
* Mes réfugiés m'ont mis sur les dents et les élections
■and mouvement électoral 1res confas, robablement une liste très avancée politique. Tu auras peut-être su que porté. Je n'ai aucune chance...
nés réfugiés s'en vont, je vais bientôt i. Je leur aurai sauvé la vie, du moins Ils vont s'en retourner. Il y en a que à Mériel; les autres, on n'en entendra
e Parisiens, une société d'admiration ne faut pas prendre trop au sérieux, té ni si admirables, ni si malheureux eu dans les classes pauvres une très cela est vrai ; mais on a soulagé cette en de Vatelier national, dit garde na-
> La seule circonstance remarquable est la t«Due de la population pendant le bombardement; même cela ne s'appHque-t-il qu'à des quartiers restreints, car, de notre côté, on ne se doutait même pas qu'on bombardait. L'éclat du canon était quelquefois moins vif qu'à l'origine du siège; ce qu'on a entendu le plus, ce sont nos canons et non pas ceux de l'ennemi... >
s février I8H.
S est très calme extérieurement; je ne sais se passe dans les esprits, mais rien ne se lu dehors qu'un fl&nage gigantesque dans
LEON SAY, SA VIE, SES ŒUVRES, ment il est moins ffluant. En somme, d'après <: Dous apprenons, Paris a été moins malhcureu la province; il ne s'est pas passé ici de ces fait ribles, comme on en raconte de la province ou banlieue.
» On dit que ce pauvre Jaubert, que tu connai est mort des suites des coups qu'il a reçus en v« défendre le curé de Coulooge. Dans la banlieui a eu des pillages inouïs, des déménagements org cyniquement.
■ Le gros Jean est venu me voir de Stors; i conduit avec présence d'esprit. C'est à lui qu'o d'avoir conservé le mobilier de Stors, On est avec des voitures pour l'enlever. Il entendait, c il comprenait l'allemand, ce que disaient les et eurs. Le blessé allemand soigné et sauvé pai et Beaudequio les a beaucoup aidés; c'est un homme. Toutes ces braves unités-là, chez eux c chez nous, font des totalités sans scrupule.
» Quant à nous, nous ne méritons pas toi éloges. Ce qu'il y a eu de beau, c'est la résig de la classe pauvre, qui a vécu d'un mauvaii tout sec et qui a perdu les petits enfants. Mais a pas eu autant do combats que Gambetta l'a dit faire du 19 n'a pas duré trois jours, mais un seu et n'a pas été une victoire. Les mobiles, c'est les gardes nationaux non mariés, se sont seul: battus personnellement, mais tout à fait sans dir et comme au hasard. Trochu, du haut du mont
- iize .^arps iln matia. tél%raphiait qu'il ne 15 . - -Il -H» cassait et ne dirigeait plus rien.
■ i -ne TV* srinde uritation contre Gam-
f «:•; tas âe» hallucinés, mais des gens
--—■*. I.e H'-mbre Jes gens de sang-froid
.:. " .11 ..^'n..ndeaêtèfoupendaQtdeuxmois;
-*■- iH '*^'i 1 peu. Cela D'empêché pas que
■ .JB- iviir it- très mauvaises élections. Ils iï,-i!r ' ~ mr-^aniis. Les coDservateurs auront
- .:i-n.L\. ■■t irest tout. Je t'ai dit que j'étais >,-!~. u,us '-■« o>3l pas sérieux. Comment tjf ,.> lummes tie ma nuance aient plus
• ». i,v, 1 eni-ure î On se divisera. Tel aimera k "^i-'-^::-. 'lu chemin de fer de l'Est, ou . . ■■ ;, ■( m milieu de tout cela Félix Pyat ,- ni-, f us- ftlix Pyat, j'exagère, je veux :•.' I,: i"ieit:','a'îuf de la liste de Félix Pyat. ^i,!> i ii'O?-' Umt e* qui me revient que vous ir; :u'S. iv a<.Kis et que vous soyez restés o-.i.i> •K'ii»>fi't^J. du 24 janvier au 5 février, [, '^<>i '.lâ^ (tendant ces jours difficiles.
■ -WIV.V >rev'o:up«tioD est de nous réunir. Les K x.»K ->si:« cv^mmodes et les trains autorisés «V-*-;. .tv. Maïs il est probable que les choses Aitt^r, i -v pt»int de vue là, d'ici à très peu
>, iH.'tt- -ne commission de trois membres ,,• i-a%^'--es détails à Versailles; j'en fais
M. Léon Say ne put profiter aussitôt qu'il l'espé' rait de sa liberté pour rejoindre sa famille. Ui devoir public le retiot à Paris. Chargé par le gou vernemeot de régler avec M. Alfred André, r%entdi la Banque, et M. Dutilleul, directeur au ministèn des finances, le paiement de la contribution di 200 millions imposée par les Prussiens à la ville di Paris, il dut rassembler les fonds nécessaires et si rendre plusieurs fois à Versailles . Voici le récit di ces voyages accidentés.
Jeudi, 9 février 1871.
«... J'ai été hier à Versailles par le chemin de fer par un train spécial. Jusqu'au pont d'Asnières riei qui soit changé; mais quand on traverse la Seine on aperçoit le pont de la route, à droite, dont les arche sont détruites, et plus loin un second pont dont il n reste plus que la moitié. C'est au pont d'Asnières qu sont les sentinelles prussiennes. Une foule de gen allant aux provisions traversent le pont et stationnen de ce côté, à une barrière en bois, faisant examine l'un après l'autre leur laissez-passer. Un courant d personnes rentrant dans Paris faisait également exa miner ses sauf-conduits. Ceux-là étaient chaînés d sacs et de paniers contenant des pommes de terre ( des légumes.
> Notre train continue à marcher. Du haut d Suresnes, le bois de Boulogne ne parait pas tro
142 htOJl SAT, SA VIE, SES ŒCVBES.
détruit; il forme encore une masse boisée. La partie abattue eut celle qui se trouve entre les fortincalions et le lac. Auprès de Saint-Cloud, l'aspect est des plus tristes; toutes les maisons que l'on voit sont sans toitures, sans planchers. II ne reste littéralement que les quatre murs. Plus loin, â Ville-d'Avray, on ne voit rien de particulier; les maisons sont remplies de soldats allemands. Au lieu d'entrer dans la gare de la rue Duplessis, on suit le viaduc qui rejoint la rive gauche et on va débarquer à la gare de Chartres, près de la porte de Bue.
> Versailles a son aspect habituel; les boutiques sont ouvertes. J'y ai vu des choses auxquelles mes yeux n'étaient plus habitués, des têtes de veau, par exemple; cela même me faisait envie. Après avoir eu une conversation de deux heures avec les commissaires allemands auxquels j'avais afTaire, je suis rentré à Paris.
» On a peu voté, dit-on; il y a beaucoup d'absten- ' lions. Quoique mon nom soit sur beaucoup de listes, tu n'as pas à craindre que je sois nommé... >
« Voilà le troisième jour que je vais à Versailles; j'irai encore demain et après-demain. C'est assez fatigant, car il faut, entre les deux voyages, discuter là-bas, rapporter à Paris la discussion de Versailles, et se préparer à la discussion du lendemain.
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> J*M i-\r <kvx t>i* for (ir-î2:a ie fr-r ti zut f:« par la roate en Toitmip. La ro^tt- «i T.:.::i:fy ç-^ «i seule pratic^l'ie «i riTiecLr- i« U Gnr; i^Arcsoe, le p«Mit de N<-ci!lT, la rc--'.*- le îcrt: i* 'n S*-:3e jusqu'à SainMîiloct!. l> nK-n:** de lloLirf-:-:t: «4
• Les mioes de Siiol-C'i'cd vue* da f^'r-T^iii J? fer De soot riea (■'■.•mf*«v,e« «ux reines d^ Ssirt-O -od vues de la roule: t-ctes le* mÛK'Os sont détn;:l#s. qoelques-aiies akM'IameDl. d'autres ro'^j^«5 en deox et laissant toît à on éta^e ourert des meul-les. «Tao- Ires enfin absdlnnK-Dl d^rtrailes. elois^^ns. j'.m'h^rt, et ne subsistant qne j>ar l^s quatre m'ors delout. Une seule maison est intacte, c'est une U-De mai>'>D en coostmctioD. â p-eo près acfaeTée, â roi-o-'t* â droite en montant. H est probat-te que le feu a été mis poor dissimnler les pillages. VîlIe-d'ATray qu'on trarerse ensuite ne paraît pas avoir soufTert. maïs les bois sont très abimés. Il J" a des aLatlîs considérables faits pi»bablemenl pour désaxer des batteries, ou pour voir Tenir.
> Nous avons croisé mi pbaéton conduisant des officiers prussiens, et Alfred André a reconnu une de ses Toitores qu'il avait laissées à Versailles chez sa mère...
• Tu dois penser qne je n'ai ^ère le temps de Mi^r aux électeurs. J'arrive à la qoeue en Seine-et- Oise et dans la Seine, sans être nommé nulle part. Je pense que cela ne te déplaît pas autrement. .Vussitôt