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lement inauguré à Paris pouvait être compromis pour longtemps. II n'en fut rien. La veille de la séance, c'est-à-dire le 3 août 1871, M. Léon Say reçut la visite de ceux des membres du conseil qui professaient les opinions les plus avancées. Ils venaient lui déclarer que leur intention était de le seconder dans l'adminislration de Paris, et d'écarter les questions politiques pour s'occuper d'affaires. Cependant, ils prétendaient faire rentrer dans les affaires municipales deux questions qui préoccupaient alors les esprits : l'état de siège et la détention d'un nombre considérable de citoyens. Suivant eux, l'état de siège entretenait la défiance; la détention prolongée de beaucoup d'ouvriers paralysait le travail des ateliers, et empêchait les fabricants de Paris d'accepter des commandes. Quoiqu'ils considérassent ces questions comme municipales, les nouveaux élus prévenaient le chef de l'administration, qu'ils ne les traiteraient pas en séance du conseil, afin de ne pas provoquer de débats irritants et ne pas avoir l'air de sortir de leurs attributions légales; mais ils demandaient que M. Léon Say appelât l'attention du gouvernement sur la gravité de la situation. Enfin, ils assurèrent qu'ils procéderaient de la même manière toutes les fois qu'une question politique se mêlerait à une question municipale. M. Léon Say les remercia de leur démarche et leur promit de transmettre leurs vues au gouvernement.
L'engagement pris fut tenu. Tout le temps que
LÉON SAY, SA VIE, SES ŒUVRES, «on Say a rempli les fonctions de préfet, la poli- : a été bannie de la salle omcielle des séances. L nomination du président était une grosse affaire, heureusement, le choix du conseil se porta sur un me appartenant aux idées libérales et modérées : ^autrain. ■ Je ne connaissais pas M. Vautrain, 'ait M. Léon Say ', mais pendant tout le temps je suis resté avec lui j'ai pu constater l'heureuse ence qu'il a eue sur les affaires de Paris, grâce à >Qnaissance des affaires, h. la droiture de ses opis, à la modération et à la fermeté de son carac-
rant de réunir le conseil, M. Léon Say avait dû éder à la reconstitution de toutes les mairies. ^s la prise de Paris sur l'insurrection de la Come, l'autorité militaire avait établi des maires proires dans les différentes mairies. C'étaient, en ■rai, des officiers de la garde nationale qui étaient rés à la suite de l'armée. Ces choix improvisés aieot pas tous été heureux ; il fallait en faire de litifs, et s'inquiéter de la capacité et de l'honorabide ceux qui seraient désignés au président de la ublique. En temps ordinaire, ces fonctions honoriis sont très recherchées, et le gouvernement n'a
i. Lron Say s'i-tait proposé d'écrire l'histoire île sod passage ï ■feclure de la Seine sous le lilre : • Dii-huil mois à la préfecle la ^ine •. Il n'a pas donné suile â son projet. Deux cbaph s«ulemenl ont été ébauchés. Leur lecture fait regretter que ra^e commencé n'ait pas eu de suite. C'est dans ces notes que
avons retrouré la plupart des détails que nous donnons sur
pwiie de sa ne.
LÉON SAY, SA VIE, SES (EUVRES. 16a
guère que l'embarras du choix parmi des candidats également recommandables. Mais il n'en allait pas de même au lendemain du rétablissement de l'ordre, alors que le soin de reconstituer leurs affaires privées, compromises par une effroyable crise de près d'une année.absorbaitnaturellement les hommes qui auraient été capables de reconstituer les affaires municipales. Il fallut donc parlementer, découvrir et gagner des candidats. Ce ne fut pas toujours facile, mais M, Léon Say s'y employa particulièrement; il parvint à constituer un corps de maires et d'adjoints très respectables, et les affaires purent reprendre leur cours.
Toutefois, ces préoccupations n'étaient que secondaires en comparaison des préoccupations financières. La situation budgétaire de ia ville de Paris était lamentable. En prenant possession de la préfecture, H. Léon Say n'avait trouvé que des dettes et pas d'argent. En face d'échéances impérieuses, montant à 84 millions de francs, il ne disposait que de quelques centaines de mille francs, et en outre il fallait procéder à la restauration et à la consolidation de plus de deux cents édifices publics ou privés qui menaçaient ruine. Enlin la misère était extrême. Il fallait pourvoir à la subsistance de milliers de familles, en attendant que leurs chefs eussent retrouvé du travail. Au moment de quitter Versailles, M. Léon Say avait bien obtenu du gouvernement la promesse d'un secours éventuel de 25 millions, mais on ne lui avait délivré qu'un acompte de 1 100 000 francs pour opérer la réouverture des
lôù LEUX SAY, SA VIE, SES ŒUYBE5.
(Kirtes et la démolitioD des barricades. Le leodeiniia. uiM somme de 1 500 000 francs avait été mÎM- à si disposition pour continuer des distributions de secoars aux indigents.
On sait que les secours aux indigents ne sont donnés à Paris que par l'intermédiaire des bareanx de bienfaisance, dont la direction appartient à l'Assistance publique. Mais dès les premiers jours de l'insufrection, les maires et les adjoints nommés par la Commune avaient puisé à pleines mains dans les caisses, sans contr6le et sans justiti cation des dépenses. De plus, les mairies étaient chaînées de payer leur solde aux gardes nationaux. L'humanité et la politique commandaient de ne pas cesser brusquement la distribution des secours, jusqu'au moment où les ateliers s'ouvriraicot. Il y avait encore des provisions dans certains magasins publics, on retrouva quelque aident dans les caisses des mairies et, avec les 1 EiOO 000 francs envoyés de Versailles, on put suffire, tant bien que mal, pendant quelque temps, aux besoins les plus pressants.
Néanmoins, il fallut bientôt mettre un terme à des libéralités qui eussent épuisé toutes les ressources, et qui maintenaient un certain nombre d'hommes en dehors des ateliers. L'habitude de travailler s'était perdue pendant les deux Hiègcs, et il était dangereux d'encourngor l'oisiveté. M, Léon Say adressa une circulaire aux maires pour leur prescrire d'apporter la plus grande circunHpecliun dans la distribution des , secours.
* ... Les secours, même réJuîls aiuc boDS de pÙD, disait-il, soulèveot mie double question. La reprise du travail doit faire cesser la distribolion, et le maintieD de la distributioD est ooe entrave à la reprise du travail. Pour briser ce cercle videux, votre ligue de conduite est toute tracée. Vous devez vous efforcer, d'abord, de faire comprendre à vos administrés que le but qu'ils doivent chercher à atteindre, est de gagner leur vie par le travail, là ou le travail est possible. Vous aurez ensuite à apprécier si les demandes de la population assistée proviennent d*an besoin véritable, ou si elles ne sont pas, dans certains cas, la conséquence d'un défaut de force morale, ou, en un mot, si c'est le travail on la volonté de travailler qui manque. Il faut qu'on rentre le plus tôt possible dans les conditions ordinaires de la vie sociale, qui sont l'activité et le souci du travail honnête. C'est en vous mettant à ce point de ^nie, que vous arriverez graduellement à la suppression des secours sous forme de bons de pain, jusqu'à ce que vous ayez atteint cette classe d'indigents, dont vous devez faire passer le soin aux bureaux de bienfaisance...
> Quand il se produira des occasions de travail pour ceux qui profitent, habituellement de vos secours, poussez-les à s'olfrir, et ne les maintenez dans votre clientèle d'assistés qu'après avoir bien constaté qu'ils ne peuvent pas trouver dans un travail régulier les moyens de subsister... • En même temps, M. Léon Say prenait les mesures
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■ -.r^'isv, la banque Rothschild l'.ii trmployé des sommes K Pîrb. le 10 février 1811, asv que la contribution de fsaiiv. C'était une ressource 'S ioal la moitié avait été l'ont l'autre moitié allait eot où OD en avait le plus rvoi^aoïsés fournirent quelle ^ehet «le paiement des .vifrt au Luxembourg. C'était s \oîe (le la reprise des paieetaîl d'autant plus important, ' d'ouvrir les guichets de <ie la souscription de l'emke démarche pressante de Iv riiitèrieurcoasentitàuDe t>Oi> francs. Le versement se
fit le 26 juin, et la Ville se disposa à payer à bureau ouvert les boDs échus de la caisse des travaux. Mais il fallait faire de même pour les bons de la caisse municipale dont le monlaat s'élevait à 63 millions de francs.
' C'est alors que M. Léon Say fut aroeué à faire sa première opération financière. Il demanda aux banquiers de Paris de prendre à l'escompte pour trois mois des bons s'élcvaot à une valeur de 41 raillions, le reste devant être fourni par les renouvellements de la clientèle. Les banquiers accueillirent ces ouvertures et un traité intervint à la date du 10 juillet : les conditions I en étaient un intérêt de 6 p. 100 et une commission! d'un demi pour cent. Ces conditions étaient dures ;l mais il était difficile d'en obtenir de meilleures au\ moment où l'emprunt de l'État venait d'être décidé, ' et quand le Trésor olTrait 6 p. 100 d'intérêt aux capitalistes pour l'anticipation des versements.
■ Une seule chose, écrivait M. Léon Say, me paraît f&cheuse et je ne m'y suis résigné qu'avec peine ; c'est celle par laquelle une préférence était accordée aux banquiers souscripteurs de nouveaux bons, pour le moment où s'ouvrirait la souscription à l'emprunt municipal projeté. Il est toujours mauvais, dans ces sortes d'affaires, de faire à l'avance, et à un certain groupe de personnes, une situation qui n'est pas celle de tout le monde, parce qu'il peut en résulter des spéculations anticipées qui nuisent à l'opération générale. Toutefois l'afTaire que je conclus était bonne en
soi; elle me permettait d'appeler le public au remboursement des bons; ce que je fis tout de suite. •
La confiance revint comme par enchantement, elle revint si vite que ta Ville eut plutôt trop que pas assez de fonds, et qu'un certain nombre de porteurs de bons furent désappointés de ne pouvoir pas renouveler ceux qu'ils possédaient. Les paiements étaient donc repris à tous les guichets, et le crédit de la ville était replacé sur une base solide, quand le conseil municipal fut appelé à discuter la proposition d*un emprunt muoiripal.
Les préliminaires de Topération avaient été exlrémemeat laborieux, car rien n'avait été plus difGcile que d'établir une situation llnancière en l'absence de documents écrits, el repeudaot il est à remarquer que les dispositions avaient été si bien prises, que rien a'esl \euu depuis déiiieuUr les chiffres que M. Léon Say avait pivH-s «u prvmier moment. Il avait commencé [-ar divi$4T U liquidation en trois parties. La première c>.>uipr\-ti»îl I» liquidation du budget ordinaire en t'our»: il y «vnîl dv>» ressources manquantes et des de|-enï«:i' Uv'UvelW; dVù un déficit certain. La s«coude o.>m[irvn4i: U ri;uîi:.i:;v'u du budget extraordinaire: il y avilit vit^s Ofvrxtt>.kDs à terminer, des dommages aux ï>i;:;oe* w,:r.;c;i>aux à réparer, et la ressource étiit n^.U-, La tn.;:>;t"cv.e comprenait la liquidation des Jettes- et- vo;:;;-,iï' jvur le budget extraordinaire, la resstmrve aV\u^A;: [M>, M. Léon Say projeta de Etaianicer k del-A-U a-j iroy«.'a >1 une JeKe Qotlaate,
LÉON SAY, SA VIE, SES ŒUVRES. i71
aGo de De consolider plus tard que ce qu'il était absolument nécessaire de consolider. Puis il chercha la ressource du budget extraordinaire dans l'abandon de la consolidation de la dette du crédit foncier, c'est-àdire, comme nous le verrons tout Jl l'beare, dans les versements restant à faire sur l'emprunt municipal de 1869.Enfln,il demandait à un emprunt nouveautés fonds nécessaires à la liquidation des dettes dont l'échéance tombait en 1811 et ^S'l2. Il ajoutait à ce qu'on pouvait appeler le budget de l'emprunt la dotation de quelques travaux urgents, qu'il avait été impossible de comprendre dans le budget. En même temps, il préparait pour 1812 un budget régulier, dont l'équilibre devait être obtenu à l'aide de nouveaux impôts. On prévoyait 3S0 millions pour l'emprunt et 60 millions pour la dette Ûottante. Malgré l'incertitude dans laquelle on devait être naturellement au mois de juillet 18*71, puisqu'on n'avait que des documents très imparfaits, l'avenir ne devait démentir aucun de ces chiffres ; deux ans après, les dettes dont le remboursement avait été prévu se trouvaient éteintes, et la dette flottante n'était encore montée qu'au chiffre de 18 millions de francs, dont 10 millions avaient été négociés à la Banque de France.
La première partie de cette liquidation était la plus incertaine, car le dciicit du budget en cours était très difficile à déterminer. Le dernier budget régulièrement voté avait été celui de 1810, qui se présentait avec des ressources évaluées à 172 905 405 francs, et
172 LÉON SAY, SA VIB, SES (EUVHES.
des dépenses prévues pour 162 439 940 francs. Ce budget avait été par décret appliqué à 1871, et devenait par conséquent la base du budget rectiOcatif qu'il s'agissait de dresser. Mais les données en étaient singulièrement bouleversées; les impôts élaient loin de promcltre des résultais approchant de ceux qui avaient élé prévus eu 1870, et de nouveaux chapitres de dépenses devaient élrc ouverts, pour parer aui effroyables nécessités causées par une longue et double guerre. Il fallut donc procéder par approximations : sur ce point encore, les événements se chaînèrent do prouver la justesse des prévisions.
Le succès de l'emprunt soulagea M. Léon Say d'un grand poids, et lui permit de se consacrer avec une enlière liberté d'esprit, à l'œuvre de réoi^nination matérielle et morale de la grande cité. L'année 1871 s'écoula ainsi au milieu d'un labeur incessant, auquel vinrent s'ajouter de pénibles préoccupations politiques. Avec l'année 1872, sui^t une (.■implication inattendue. L'Assemblée nationale venait d'aborder te grand débat sur le régime économique. On sait avec quelle ardeur M. Thiers s'était pro-
I nonce en faveur d'un droit d'entrée sur les matières premières nécessaires à l'industrie. Fidèle à ses Iradi-
' lions de famille et à ses convictions, M. Léon Say prit wivertement le parti contraire. Il était d'autant plus
'r^flu à combattre les idées de M. Thiers, qu'étant
4yrunét:-t les cirvonslances, il était manifeste que la Vruux ne pourrait faire face aux chairs exception-
nelles de la guerre, qu'en créant des ressources nouvelles par l'extension de son commerce extérieur. Mais le préfet de la Seine ne pouvait combattre à la tribune un projet présenté par le gouvernement et soutenu énergiquement par le chef de l'Etat. Désireux de reprendre toute sa liberté d'action, M. Léon Say remit sa démission de préfet à M. Casimir-Perier, ministre do l'intérieur, qui ne l'accepta pas el en référa à M. Thiers. ■ Il ne pouvait guère faire autrement, dit celui-ci; on n'est pas impunément le pe(it-01s du Libre-échange. Mais envoyez-le-moi el je me charge de le ramener à de meilleurs sentiments. ■ M. Léon Say sortit de son entrevue avec M. Thiers, charmé de la bonne grâce spirituelle de son interlocuteur, mais plus décidé que jamais à combattre le droit d'entrée sur les matières premières. M. Casimir- Perier revint à la chaîne.
■ J'ignore, mon cher ami, lui écrivait-il le 9 février, où vous en êtes avec vous-même, et je veux faire encore un effort pour tâcher de vous détourner de ce que je regarde comme une résolution funeste. Je suis incapable, vous le savez, de conseiller à qui que ce soit une conduite que je ne tiendrais pas si j'étais à sa place; or les termes dans lesquels s'est renfermé le Président sont exactement ceux que j'ai acceptés, lorsqu'entrant au ministère de l'intérieur, j'ai eu à faire réserve de mes opinions et de mes votes comme rapporteur du budget. Soyez certain que si vous vous retirez, on cherchera à votre retraite de
-. -Z. 3Sd ŒUVRES.