‹ Léon SayChapitre 33 sur 83 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Grise gouvernemenlale. — Dissentiments entre le Maréchal de Mac Mahon et ses ministres. — Conseil des ministres du 28 janvier. — Démission du Maréchal. ~ Élection de M. Grévy. — Retraite de M. Dufaure. — Ministère Waddington. — Budget de 1880.

— Intrigues parlementaires. — Retraite de M. Waddington. — M. Léon Say refuse de faire partie de la nouvelle combinaison.

— Ministère de Freycinet. — M. Grévy signe les cinq décrets conférant le grand-cordon de la Légion d'honneur à M. Léon Say.

— Les décrets ne paraissent pas au Journal officiel,

L^année 1878 s'achevait comme elle avait commencé, c'esl-à-dire sous les auspices les plus favorables. Affranchi des soucis de la politique, assuré du lendemain, confiant dans un ministère dirigé par un homme d'Etat éminent, dont les solides qualités semblaient croître avec Tâge, le pays s'était remis au travail. Le succès de l'Exposition universelle avait dépassé toutes les espérances. Aucun point noir n'obscurcissait l'horizon. A l'extérieur et à l'intérieur, jamais le calme n'avait été si profond.

Cependant, au point de vue purement politique, les apparences étaient trompeuses. Le Maréchal de Mac Mahon, qui n'était resté au pouvoir qu'à son corps

défendant, suivait avec une impatience non dissimulée le mouvement de transformation du monde parlementaire. En acceptant le cabinet Dufaure il avait cru aller jusqu'à Textréme limite des concessions, et il était formellement résolu à ne pas faire un pas de plus dans cette voie. Avec un étonnement douloureux, il constatait qu'il n'était pas encore au bout des concessions. Il se rendait parfaitement compte que les politiciens de l'entourage de M. Gambetta, las d'espérer et d'attendre depuis si longtemps les portefeuilles promis, cherchaient par tous les moyens un prétexte pour provoquer une crise ministérielle et renverser M. Dufaure. Dans les couloirs et dans les conciliabules, déjà les intrigues se nouaient, ouvertement ou secrètement, pour préparer un ministère de gauche que présiderait M. Gambetta. C'était une guerre d'escarmouches de tous les jours. M. Dufaure était littéralement harcelé par une nuée d'ennemis dont les plus dangereux n'étaient pas les plus bruyants. Tantôt on réclamait la révocation en masse des magistrats suspects d'impartialité, tantôt on exigeait avec rage l'épuration des fonctionnaires coupables d'avoir refusé quelques faveurs administratives à dos agents électoraux influents, et il était aisé de prévoir que les convoitises de la Chambre ne s'arrêteraient pas là.

M. Léon Sav ne se faisait aucune illusion sur la gravité do la situation.

« Les jours du ministère paraissent comptés, écri-

vait-il le 18 janvier 1879*. Il y a on véritable acharnement à la Chambre contre M. Dafaure. Lie message a été accueilli avec une froideur mortelle et le parti semble être pris... Il n*y a pas d^idée politique dans ce mouvement; c'est la revanche contre les fonctionnaires et surtout contre les magistrats réactionnaires. Lie Sénat est, au contraire, absolument avec nous; mais ce n'est point assez, et nous ne pensons pas un seul instant à en appeler de la Chambre au Sénat.

> Roger du Nord a été inouï de mouvement dans Tafiaire de la présidence du Sénat. Les ennemis de Jules Simon et ceux de Duclerc persistant à donner l'exclusion à l'un et à l'autre, on a pris Martel comme candidat. Mais Martel a refusé. Il allait nous replonger dans le gâchis. Quand il a voulu prendre le train pour aller à Versailles en déclarant qu'il y allait pour décliner la candidature, son ami Roger du Nord a sauté sur lui. Ta bousculé, lui a fait redescendre l'escalier et l'a emballé dans un fiacre. Le train est parti avec les autres sénateurs, et Martel a été élu sans avoir pu retirer sa candidature...

> Si nous sommes battus, le Maréchal se retirera ou appellera Gambetta... »

Dès les premiers jours de décembre, le Maréchal, désorienté par l'attitude hostile de la Chambre et ébranlé par les conseils d'une partie de son entourage, avait résolu de déposer le pouvoir. Le résultat des

i. Lettre à M. Cheuvreux.

a40 LÉ05 SAT, SA VIE, SES ŒUVRES.

électîoDs sénatoriales, qui avaient été pour ses amis politiques, le confirma dans son Pour le mettre à exécution, il ne cherchait qu* texte : dans ces cas-là, Toccasion ne se fait j attendre. Son attitude avec les ministres qui, jo^fi-^ ee moment, avait été conGante et courtoise aubitement.

Dans la matinée du 25 décembre, le Maréchal arec M. Léon Say un entretien des plus vifs i proftf de certains receveurs généraux dont on demandait la «vocation. Loin d*étre convaincu par les raisons q»f lui donnait M. Léon Sav, le Maréchal s'écria brascément :

— Avec des mesures comme celles-là, votre Répoblique n'en a |>as pour deux mois. Les gouvememcot* forts n^a^ris^eut pas ainsi.

A quoi M. lAH>n Say répliqua :

— Il y a des gens qui appellent gouvernements forts, los jîi>awmements de coup d'État. Eh bien! le gouvernontont do Louis-Napoléon a mis à la porte de touto.H loH functions publiques ses adversaires politiques.

Le MatVi Iml avait fini par céder, mais on s'était sépan"^ Miu't ^uu^ iuipression pénible.

Le nm^^li. SvS janvier, l'éclat attendu se produisit

La ViMlU\ lo iii uèrul Gresley, minisire de la guerre,

-avait .HuuuMH i4u\ miaistres réunis chez M. Dufaure

sou rup(u»rl nur lo r\>ulemenl des commandants de

corps U cutuoo. Il concluait à mettre en disponibi-

lité, par mesure générale, les dix généraux qui commandaient un même corps d'armée depuis plus de trois ans. C'étaient les généraux Montaudon, Lartigue, Bourbaki, Bataille, du Barail, de Clincbamp, Douai, duc d'Aumale, Deligny et Cambriels. Lies cinq premiers devaient être remplacés par des nouveaux ; les cinq autres devaient être changés de commandement»

Le lendemain, le général Gresley donna lecture de son rapport au Conseil des ministres réuni à TÉlysée.

« Le Maréchal, écritM.Léon Say, Ta interrompu à chaque mot, disant qu'il y avait un nouveau bail fait pour trois ans, que l'échéance du nouveau bail était en septembre et qu*il ne ferait rien jusque-là. Il a dit que ce serait abandonner ses compagnons d'armes, qu'on voulait le déshonorer, qu'il voulait pouvoir encore leur donner la main, qu'il n'oserait plus embrasser ses enfants, qu'il donnait sa parole d'honneur qu'il ne ferait rien...

> Après de longues protestations, la séance a fini parce que personne ne donnait la réplique au Maréchal, et que nous nous étions dit les uns aux autres que nous devions nous entendre à nouveau. Nous n'avions articulé aucun nom, et la discussion était restée sur l'interprétation de la loi.

» Dans notre réunion fermée, nous avons résolu de maintenir notre opinion. H fat convenu que M. Dufaure irait seul, mercredi matin, à l'Elysée, porter notre résolution, et qu'il nous retrouverait en sortant an ministère de l'intérieur.

» L'entrevue du Maréchal et de M. Dufaureaété très courte et très cordiale. M. Dufaure a déclaré que le cabinet se refusait à défendre devant les Chambres l'opinion du Président de la République sur la loi. Le Maréchal a parlé alors de sa démission et a dit qu'il nous ferait connaître sa résolution jeudi — aujourd'hui — aune heure. Depuis, il n'y a eu aucun rapport entre le Maréchal et aucun des ministres. Seulement le colonel Robert, son chef de cabinet, nous a dit que le Maréchal était résolu à donner sa démission.

» Nous avons eu alors une conférence avec Martel et Grévy, et nous avons réglé tous les détails de la réu-

nion probable du congrès *... »

En effet, la résolution du Maréchal était irrévocable. Au sortir de la dernière entrevue avec M. Dufaure, il prit ses dispositions et dicta un projet de message dans lequel il exposait, en termes émus, les raisons qui l'empêchaient de frapper de vieux compagnons d'armes qui pouvaient encore rendre d'utiles services au pays. Il lut avec attention le texte de sa déclaration et en corrigea quelques termes. Mais, au moment de signer, il se ravisa et se contenta de notifier sa démission en quelques mots. Deux jours après, le congrès, réuni à Versailles, nommait M. Jules Grévy Président de la République.

M. Dufaure crut devoir suivre le Maréchal dans sa retraite. Lui aussi, il n'attendait qu'une occasion de

quitter de^ limTUiuiâ^ viTZ eivil:: *fœçcr>fî5. ^ui? )H>ur

tioB. U evar iu*il Trj:^- r^i-njrif çix- î* Chamhre ne le «ecoBclerai: la* loarf «a ZLis^:-!!; rc^w^ f**r devoir, il était reni* li 4«:a piiffCii-- Le drjort du Hjink^hal lui fourni* J i»Bîat&:a i:-toi--e; îi la sii<it avec un ompres- Bemflin pre^nuf^ j»:y^'^ix-

« Cet -ei.îtel>ïi: M- Dufaure, écrit M, L^n Sav. esl conuD^' in. 7':*ii*:3i retiré dans l'e^u depuis qu'il n'csl phu& niiixkcnî-- Tjâ cru qu'Q allait mVmbrasser à la &ce de imO¥ <Mc^iïU>Yens, comme dit M, Pradhomme^ ^BBiiâ li'jm Zrjos sommes rencontrés tout à Thouiv au Sénat. E *'e^ fait jouer hier au soir une ^>nato de Vocarl }tar sa CHe et Sauzay, et il a dit à Sauxay : « U nj a q^e ôecx états : avocat ou artiste^ »

La crise ministérielle qui suivit le dé}VKtt de IL Ihiféure fat très courte, etM. Waddiujjrlon^ quta\;!(it 40De|»lé «3e constituer un ministère, ne rencontra {^uouih^ dffîculté sérieuse. En apparence, peu de cUo.^e ^^^U cfaaasé, puisque le chef du nouveau cahiuol ^^p^M^ tesait au même groupe politique (juc vHf>n p^^stsvvx wear. et que les républicains modérés conli«^ viunt à être représentés au minisièro par M. \*\^\\\\ Sk^Vv vj^iv cédant aux instances réitérées de M. \V*^\l*U»^^U^u avait repris le portefeuille des linancoî*, Mu^, ou réalité, le changement était profoml. I)*hIu>ihI Io ooniro çauche cessait d'être dirigeant, il n'élnil pln«(iuo toléré, et une nouvelle école politiqun onirail 011 Hc^no.

€ Tout a roulé sur la nécessité (U) fairo do la place à la

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.îniu-m*. ♦Ï-- r^iin X- Iaul St' j» 4 iprrj*r. vvtlà pour 4*> i#*r-*uniH?»- . — *rf5iir -tt. ain^nUia ut iflLÛstîe, Toili vwir *** 'nurt»»*. 1*»* i#erf»ïaii*ef ^*iiii: "T^ îÂea. On ne yK\x Truir-*fT ri*n. ih hih^o. nu^ 1* li:y«r, Fcnr et L^»»r».. *i, '•* X *s* DiK l/*iî»fr^ itf tair |ai» ce que c'est XXV UL larf a* amurn*^ : nuu* h hh naqifîj*' que dans

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» M.. \yvi,hXTt iViLn iiraji'iM ot ôiiiiiier à U grâce la faciJ;ê c ■.•it-r r.ef |»eiitef ar"'**-*»:tire&- Cela «qnÎTalait à amnistier ceiix ce; ^uJ^iil mi:ût*f, mais sans dire le iD^tl. Xdu* fcT jîif àeciû' , ii:ti: sairf i#ejii>cc»T]p d'hésitations, 6e clr*- ie mo; SLits faire iLtrf cbose. Nous pen- M»ns qu'au j»:»iLî ûf Tut mctr^I \ •TïjKisiîion que nous ferarextrême ranclie coj:irerL ] aSiiire du bon côté... •

M- Lècm Sev êxaî: ot*^ae a îc* -ler son concours le {•lus entier à M. VaâJllnrîon. nvec lequel il avait loujcaiTfe marctié d"accc»rd su i*-s questions politiques. Né.fcnmc'lns, il Subordonna 5<»n enîiw an ministère aux concLtjcins Suivantes ;

« Je CTûis ûevc»ir vous dlre^ écrivait-il le 3 février !STî* aM. Waûiinrîon, qu'il me serait impossible c *^^^ dans un cal»inet qui ne prendrait pas dans son

programme les points suivants comme base de sa politique économique : 1* le gouremement défendrait le tarif généra] qui est en ce moment soumis aux Chambres; 2* le tarif général serait considéré comme un maximum ; 3* le svstème des traités de commerce serait défendu par le gouTemement contre ceux qui Tattaqueraient, et on chercherait à obtenir par des traités un régime analogue au régime conventionnel en vigueur. »

Ces conditions ayant été acceptées sans hésitation, M. Léon Say resta au ministère, et se mit à préparer le budgetde 1880,qui,selonlapromesse faite, était déposé i la Chambre dans les premiers jours de la session.

Rédigé avec une extrême sobriété et sous une forme succincte, ce projet de budget n'est rien moins qu'une des pages les plus saisissantes de notre histoire financière. A elle seule, elle suffirait i assurer la gloire d*un homme d*Etat.

Toutes les prévisions de M. Léon Say se trouvaient confirmées d'une façon éclatante. Les impôts étaient rentrés avec bLcSiié, et le Lflan de l'exercice précédent se soldait avec des plus-values considérables. Pour Tannée 18S4), M. Léon Say s'était attaché à s'assurer les ressources nécessaires an d^velopf^ement des services publics et i l'exécution des lois dont Fapplicatioo se poursuivait, telles que les lois sur Toivanisation de l'armée et sur les pen*ions des militaires et des instituteurs. Rien n'était laissé au hasanl. La dotation de Tamortissement était augmentée en même temps qu'on

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"V^ir i:;e^ tuw mt* 'i.-^-»* Tit^«ir» -•^£niru*ia i»* la -beo^, ri^tju"!*^ %j*:(iiLuir.--t iiv!*mirutt*»i* >jiir Ia <r:)i

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M- I>oci r^^^. Soa rucorL T.tnî4Lje cûiîl-roMïTrc et fclUn -i^ L*n»T"-*- II o^ «iit •:!*?« ci II ijû iîre, «i

fcrian^iêre pîis Contante n'aTait été exposée arec pî j5 4e riiT^ecr scien^irlqac et plus de modestie.

Ce hr^'lq^L prépfiré aT<^ tant de soin, oe donna lies à la Chambre qu*à une dîâcussioo sommaire ei érjmriée. Uniquement absorbée par des questions électorales, exclusirement préoccupée d'obtenir des nominations on des révocations de fonctionnaires, la Chambre cororoeni^ait visiblement à se désintéresser des qnestions d'affaires. Elle n'en était pas encore arrivée i asseoir définitivement le r^ime des douzièmes provisoires, comme elle devait le faire plos tard, mais déjà les rares députés qui assistaient aux

séances consacrées à la discussion du budget ne prêtaient qu'une oreille distraite aux explications du ministre des finances. Néanmoins, M. Léon Say répondant pour la forme à quelques critiques superficielles, faites à son budget par des députés notoirement incompétents en matière de finances, crut devoir profiler de l'occasion pour exposer à grands traits notre situation financière. Il s'attacha surtout à établir le relevé des dépenses depuis 1869, et à faire la part dans chacune d'elles des événements de 1870-1871. Il constatait que nous avions un milliard de dépenses de plus qu'en 1869, et il donnait à espérer que ce chiffre ne serait pas dépassé.

Ses prévisions ne se sont malheureusement pas réalisées. Vingt ans après, malgré les économies résultant de conversions successives, et la diminution considérable de l'annuité affectée à la garantie d'intérêts des compagnies de chemins de fer, le contribuable paie 1 milliard 700 millions de plus qu'en 1869. Au Sénat la discussion du budget ne donna lieu à aucun incident, pas plus d'ailleurs que les projets de loi relatifs à l'approbation de la convention monétaire et à la fabrication des monnaies, qui fournirent l'occasion à M- Léon Say d'exposer avec sa clarté et sa sûreté de méthode habituelles ses idées sur ces sujets techniques.

Cependant le ministère Waddington était depuis plus d'une année aux affaires. Cela ne pouvait durer. A la Chambre les impatients s'agitaient et les compétitions ministérielles faisaient rage- Disloqué par le départ

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