Séance du 27 octobre
venons d'examiner permettent seulement de construire une statue régulière. Il faut maintenant animer la statue. Ce qui anime un budget, c'est « une idée financière » ; il doit être l'expression d'une doctrine. Le ministre des finances se méprend sur son rdie, s'il pense n'avoir qu'à rechercher, au moyen de combinaisons plus ou moins habiles de chiffres, une balance exacte. S'il ne doit jamais être un prestidigitateur, il ne doit pas davantage être un simple calculateur. Il est, en matière financière, l'organe de la politique du cabinet. Autrement son budget — qu'on l'appelle sans ambage « budget d'expédients », ou plus galamment € budget d'attente » — n'est qu'une œuvre sans caractère et sans physionomie. Aussi, pour que l'idée mère du budget fût mieux comprise et mieux mise en relief, M. Léon Say aurait-il voulu qu'avant de nommer la Commission du budget la Chambre entière discutât la philosophie du projet qui lui était soumis, après avoir entendu le ministre.
« Il serait utile, disait-il, que la Chambre pût, pour ainsi dire, se former en comité général pour se faire une idée précise de la politique financière renfermée dans le projet du ministre, et pour y donner, s'il y a lieu, son assentiment. Lorsque la discussion générale aurait été suffisante, complète même, chacun de nous pourrait se retirer dans son bureau pour procéder à la nomination des commissaires, et là, dans le bureau, on examinerait plus particulièrement les questions de détail que les membres de la Chambre
désireraient voir traiter dans la Commission du budget ". »
Malheureusement, il ne fut pas donné suite par la Chambre à cette suggestion.
En se plaçant dans Tordre de considérations qui précède, on distingue divers types de budgets. D'abord le budget < américain », qui fait surtout appel pour s'équilibrer aux droits de douane, et constitue ainsi une richesse de trésorerie considérable. Il est séduisant et dangereux. L'élévation des taxes douanières est un accroissement des charges de la consommation, qui se resserre en conséquence. Elle enlève également toute élasticité aux taxes intérieures qui sont pourtant pour les gros budgets une ressource indispensable. Et puis, dans cette politique < américaine », dans ce protectionnisme aigu, il y a « comme une explosion d'intérêts individuels incompatible avec la grandeur des sentiments qui doivent exister dans un pays comme le nôtre* ».
Le budget < radical » se signale par d'autres particularités. Il est inspiré de cette idée que l'impôt est un bien. L'impôt, dans cette doctrine, a pour mission sociale de corriger les inégalités dans la répartition des richesses. C'est un instrument de nivellement ou plutôt d'abaissement.
Reste enfin le troisième budget, le budget « républicain tout court », ou < républicain libéral ».