‹ Léon SayChapitre 45 sur 83 · I. Économiste françaUy 21 terrier · texte numérisé non relu

I. Économiste françaUy 21 terrier

Say une éclatante compensation : le H février 1886 FAcadémie française l'appela à succéder à H. Edmond About.

En 1874, il avait été élu membre libre de l'Académie des sciences morales et politiques, et membre titulaire en 1880. Il attachait aux distinctions académiques une tout autre importance qu'aux fonctions politiques, même les plus élevées. Le vote de l'Académie française lui causa une satisfaction très vive, et il ne chercha pas à s'en défendre. Il fut reçu le 16 décembre 1886. Edmond About, qui succédait à Jules Sandeau, étant mort avant d*avoir été admis solennellement, à M. Léon Say incombait la double tâche de faire l'éloge de ses deux prédécesseurs, dont il n'avait connu personnellement que le second, et de parler de romans qui lui étaient peu familiers. Il s'acquitta de ce devoir avec beaucoup de bonne grâce et d'esprit, et chemin faisant il trouva moyen de plaider la cause de l'économie politique.

« Un des hommes qui ont été la gloire de cette Académie, disait-il, un grand citoyen dont j'ai eu l'insigne honneur d'être l'élève et sous l'autorité duquel j'ai traité les plus graves questions de finances publiques, a dit un jour que l'économie politique était l'autre nom de la littérature ennuyeuse. C'était une boutade bien injuste, d'autant plus impardonnable, que celui auquel elle est échappée a fait aussi à sa manière de l'économie politique, et qu'il n'a jamais ennuyé personne. Il prétendait que, pour

répondre i cette critique on lui citait toujours le même nom : celui de Frédéric Bastiat.

» Les économistes ne sont pourtant pas si pauvres... d'esprit qu'il affectait de le croire. Ils auraient eu, s'il leur avait fallu composer une liste d'écrivains de verve et de style, bien d'autres noms à y porter, tout en mettant celui de Bastiat en tète, sans compter Âbout, qui n'est certes pas à classer parmi les ennuyeux...

» Au surplus, j'admets que l'économie politique n'est pas faite pour amuser. Ce n'est pas là son objet; elle est une des sciences de la vie, et la vie n'est pas toujours amusante ; j e suis tout près à reconnaître qu' About est moins drôle quand il discute l'étalon monétaire que quand il écrit ses romans de haute fantaisie... »

M. Rousse répondit à M. Léon Say. c Des orateurs tels que vous, dit-il, sont les bienvenus partout où la clarté de la pensée, la vivacité de l'esprit et la parfaite justesse du langage sont considérés comme les dons les plus rares de l'éloquence. L'Académie française, en vous nommant, savait quel honneur lui feraient vos discours, et quel plaisir elle prendrait à les entendre. »

Dans son discours, M. Léon Say n'avait pu se défendre de laisser percer le sentiment de dégoût que commençait à lui inspirer l'abaissement de nos mœurs politiques. Avec une ironie charmante, M. Rousse fit une allusion discrète à ce passage.

€ Vous nous parliez tout à l'heure de grâces d'état^ dit le maître vénéré du barreau; il en est une que je vous souhaite sincèrement en vous accueillant parmi

ai.

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