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gues, mais qu*i] ne changerait pas leurs votes. En dehors même de l'influence gouvernementale, deux causes devaient fatalement provoquer la défaite de la politique libérale. D'une part, les électeurs ruraux, qui constituent la majorité, n'auraient jamais pardonné à un député nommé par eux de voter contre des mesures destinées, disait-on, à profiter largement à l'agriculture, et, d'autre part, le monde parlementaire voyait avant tout dans les mesures proposées le moyen de grossir le budget des recettes, — c'est-à-dire le moyen de consacrer quelques dizaines de millions de plus par an à des dépenses purement électorales, telles que des chemins de fer d'intérêt local et des créations de fonctionnaires qui, à un moment donné, se transformaient en agents auprès des électeurs. Évidemment, la lutte n'était pas égale.
Néanmoins M. Léon Say se disposa à la bataille comme si le succès en était possible. Il voulait au moins sauver l'honneur de l'école dont il était le chef incontesté. Pendant plusieurs mois, il se consacra presque exclusivement à l'étude des matériaux et des innombrables statistiques qui devaient servir de base à la discussion. Ne laissant rien au hasard, il contrôla avec le plus grand soin les arguments mis en avant par les défenseurs et les adversaires de la loi projetée. Il ouvrit une enquête particulière, il recueillit une foule de témoignages et se donna la peine de contrôler rigoureusement les dépositions des intéressés.
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as nécessaire, pourquoi faire, sans y être contraint, me loi d*impôt sur la consommation du pain?
» Est-ce que M. le ministre des flnances nous a demandé un impôt nouveau? Et quand on discutait la question de savoir s'il fallait créer des impôts nouveaux pour équilibrer le budget, est-ce qu'on n'a pas dit qu'on ne voulait pas en créer? Eh bien, c'est un impôt nouveau que vous allez créer : c'est un impôt d'équilibre, pas autre chose. »
C'était la vérité même, et l'avenir a prouvé que, sans cette ressource douanière, jamais on n'aurait pu arriver à équilibrer, même pour la forme, un budget chroniquement en déficit.
Passant ensuite à l'examen des théories protectionnistes, M. Léon Say démontrait en ces termes l'impossibilité d'une protection étendue à tous :
« On semble croire que l'égalité dans le système de protection est quelque chose de pratique, de possible. Quant à moi, je considère qu'entre l'égalité et la protection, il y a une impossibilité absolue d'accord; c'est une contradiction, une idée utopique, et je vais vous en donner les raisons. La protection est une faveur; or la faveur donnée à tout le monde n'est plus une faveur; si vous faites une faveur à l'un, une faveur à l'autre, une faveur à tout le monde, vous avez dépensé beaucoup d'argent en frais d'organisation de cette faveur, et vous n'avez rien fait pour personne. Mais je dirai plus : vous ne pouvez pas organiser cette faveur universelle, cela vous est impos-
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1^ droit de trois francs fut donc Toté; mais, comme
l'avait bien prévu M. Léon Say, ce n'était qu'une première étape dans la voie des aggravations fiscales, et il dut reprendre de nouveau la lutte, lorsqu'en 1894 le gouvernement proposa une nouvelle augmentation de droits sur les blés étrangers.
Cette fois, M. Léon Say se trouvait en présence non plus seulement des protectionnistes de l'école de M. Pouyer-Quertier et de M. Méline, mais aussi des socialistes qui, pour prévenir la cherté du pain, ne proposaient rien moins que l'intervention obligatoire de l'État. Ils demandaient, comme la chose la plus naturelle du monde, que l'Etat fût l'unique acquéreur de la quantité de blé produite, et qu'il fût seul chargé de revendre ce blé aux consommateurs à des prix fixés par lui. En un mot, ces ennemis-nés de l'accaparement par les particuliers ne rougissaient pas d'organiser l'accaparement légal des céréales, et de donner à l'État le pouvoir de faire a son gré la hausse ou la baisse des prix.
Répondant à M. Jaurès, qui avait demandé la suppression du commerce libre des grains, M. Léon Say s'exprimait ainsi ' :
€ Vous prohibez le blé, vous qui appartenez à une démocratie pour laquelle nous avons toujours réclamé le bon marché des denrées de première nécessité. Nous autres, qui aimons la démocratie et qui, nous pouvons le dire, en avons souvent donné des preuves ;
1. Discours pronoDcé à la Chambre des députés le 19 février 189i.
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Et M. Léon Say montrait que, dans cette branche du commerce des blés comme partout, seule la concurrence pouvait niveler et abaisser les prix.
Interrompu par un député socialiste qui, brutalement, reprochait aux libre-échangistes de n'avoir pas amélioré la condition du peuple, M. Léon Say saisit l'occasion d'afflrmer une fois de plus en termes saisissants la doctrine économique.
€ Le libre-échange, dit-il, n'est point une panacée sociale ; il vous demande simplement d'ôter les obstacles et de laisser à l'humanité le soin de grandir par son initiative, par le développement de son intelligence et de sa richesse. Le libre-échange permet aux nations de s'enrichir, voilà ce que je crois fermement...
» La protection avait la prétention d'amener une hausse des salaires, et d'être aussi favorable aux ouvriers qu'aux producteurs et aux patrons. Eh bien, cet engagement que la protection avait pris, elle y a failli; tandis que la liberté du commerce n'a pas failli à ses promesses parce qu'elle n'a pas d'autre prétention que de dire : à salaire égal, nous vous rendrons la vie plus facile; à salaire égal, vous aurez une existence plus lai^e, vous pourrez vous donner des satisfactions auxquelles vous ne sauriez prétendre sous le régime de la protection...
» Je n'abandonnerai aucune de mes idées, je combattrai les lois de protection. Ace propos, je vous rappellerai une parole qui a été prononcée dans une salle voisine. Le 6 septembre 1870, je rencontrai M. Pouyer- Quertier. Il me dit :
» — Mon cher Say, il n'y a plus de protectionnistes, ni de libre-échangistes, il n'y a plus que des Français!
» Eh bien, lorsque vous nous attaquez, vous attaquez la société française et les principes qui la font vivre. Quand vous vous en prenez, je ne dirai pas i ce qui est l'objet de notre culte, mais à ce qui est la raison même, nous serons, M. Méline et moi, alliés Tun à l'autre pour vous empêcher de réussir. Je combattrai les lois de protection de M. Méline, mais il sera avec moi et je serai avec lui pour combattre l'anarchie... »
Nous avons tenu à reproduire intégralement cet éloquent passage, parce que mieux que toutes les affirmations il montre avec quelle hauteur de vue M. Léon Say envisageait les questions économiques. Souvent on l'a accusé de tout sacrifier au libreéchange. Ses adversaires lui en ont fait un crime, et de maladroits amis lui en ont fait une gloire. Certes, le petit-fils de J.-B. Say n'a jamais faibli dans sa croyance au libre-échange. Mais il y avait quelque chose qu'il plaçait plus haut que la liberté commerciale, c'était l'affirmation des principes éternels sur lesquels repose la civilisation. Quand ces principes étaient en péril, il n'hésitait pas un instant à faire taire ses préférences, et à s'allier avec ses adversaires économiques pour la défense de la société menacée.
Le récit de la lutte contre les lois céréales nous a entraîné un peu loin. Il nous faut maintenant revenir en arrière, et suivre M. Léon Say dans sa campagne contre la politique douanière que le gouvernement
avait inaugurée en 1891 , et dont les droits sur les blés n'avaient été que le prélude. Cette fois, il ne s*agissait plus seulement de protéger les producteurs de céréales, mais de modifier de fond en comble tout notre système économique. Au régime des traités de commerce succédait le régime des tarifs variables plus ou moins élevés, avec une base minima et une limite maxima.
Dès le début de la campagne, les chefs du protectionnisme avaient proclamé bien haut qu'ils n'étaient pas des doctrinaires, et que pour eux il n'y avait pas de principes en économie politique, mais seulement des intérêts. M. Léon Say devait commencer par montrer la fausseté de ce sophisme.
c Je sais bien, disait-il, que beaucoup de gens ne tiennent pas aux principes des autres, parce qu'ils n'en ont pas. On croit toujours que les principes n'ont pas de valeur pour les autres, quand on n'en a pas soi-même... Mais il y a cependant à se demander si des hommes politiques comme vous l'êtes peuvent se passer de principes. Je pense, quant à moi, vous fournir la preuve du contraire. Ceux-là mêmes qui s'élèvent le plus contre les principes en ont, sans le savoir peut-être, mais enfin ils en ont. M. Méline est asservi à ses dogmes. Vous avez donc des principes, vous ne voulez pas l'avouer, et vous avez peut-être vos raisons pour cela; mais, enfin, vous en avez; seulement ils sont mauvais '. »