‹ Léon SayChapitre 8 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les origines de la famille Say. — Séjour de Louis Say à Genève.

— Jean-Élienne Say. — Son mariage et son installation à Lyon.

— Revers de fortune. — 11 se fixe à Paris. — J.-B. Say. — Son séjour en Angleterre avec son frère Horace. — Ses premières études d'économie politique. — Sa correspondance avec son fils Horace. — Mort de J.-B. Say. — Horace Say. — Ses travaux. — Son intérieur. — Naissance de Léon Say. — Ses premières années.

Jean-Baptiste-Léon Say est né à Paris le 6 juin 1826, dans la maison de la rue Poissonnière qui portait et porte encore le numéro 35. Il était le petit-fils de Jean-Baptiste Say, Tillustre économiste, et le second Bis d'Horace Say, négociant, et de Anne-Victorine Cheuvreux.

La famille Say, originaire de Nîmes, appartenait à la religion réformée. A la fin du xvi* siècle nous trouvons trace d'un David Say, maistre couturier à Nîmes, s^

t LKON SAY. SA VIE, SES ŒUVRES.

qui vK' sa feiuine. Jeaone Dumas, eut six enfants, dont Ttihi^. Kobert. né en !6i4, exerça la profession de »im jH^iv et eut s^l eofeints. Il est vraisemblable que Uv'< ÏMN dottt mm* venons de parler tenaient un état s\H ial lutemusliaire entre les artisans et les bourgeois. Anw Sv^nuiel Say, le cinquième fils de Robert, la f;;^uùUv^ oouuneuoe à fiiire tî^re dans le monde. Samuel 5iVlè\e d uu tvhelou : il prend rang parmi les marclu^u\U de sv^e. et dîiûs les actes tle Tétat civil il est uu<^Utu' de * tHHin::tHns ». Tu de ses frères, Louis, né eu tO^U^v e\er>:Aii b pn^R^ssion de marchand drapier. AUeuU (SAC U r\^>vH*tion de Tédit de Nantes, il dut qvùttec le ^v^l iwtcil et chercher un asile à l'étranger : vl î^e vvudil i iiou\^\e. Ses débuts dans celle ville durent ^Uu^ ddliv ile^x Cv^r les prvnluits de U maison de comu^e^xv vikiu loatKV \vustituAÎeut Tunique ressource du uvoo ii^v. IVul w quVa ji\ait pu sauver de valeurs et vl v*t Kt^ jMwiv u\ IcuaU vKuis une ci^rbeille qui n'était U^ Iv^uule ui ^iMiule.

lU\u luilnt.itit de GenoxCs Louis Say se maria avec Mv^ne Kv^uv*^^ i\t\\i:uv cxMtîme lui. dvmt il eut trois IvU, e^ U t\»Uvî>i une uxvtis^ut de drajH^rie qu'il céda i son tiU Jv\uu ue eu lO'.h^ S il ne sVuriohil jva>, Jean Say l^^niul À rviiv\uv\\ * Il ù^urtùssait de la sen^? à toutes len uuÎMMts ivluteu^e>i des ina\>> c:rwn voisins, écrit J. tt. SvtN d>iu^ le I «\nuior et l uu^ue chapitre de ses Ms **<,' Vs^ \ uv^uunuxeul à U Chartreuse de Ripaille,

lits l\>u,s au $ >,. .; l>-v ji\w ".c .rwi „^>..vr 3^.^*3; : •

dont les moines Finvitaient quelquefois. Huguenot et ricaneur, il mangeait leur dîner, gagnait leur argent, se moquait d'eux et resta leur ami; ce qui fait honneur à son caractère. » Son frère aîné, François, d'humeur plus grave et ne se sentant pas de goût pour les affaires, se fixa à Londres comme ministre du saint Évangile. « Il laissa une jolie fortune, écrit J.-B. Say, qui devint la proie d'une gouvernante et de quelques entours, tellement que lorsque mon grand-père se rendit à Londres pour recueillir cet héritage de son frère, il ne recueillit que la mortifîcation de voir clairement qu'il lui était échappé. »

Bien que résidant à Genève par la force des choses, la famille Say n'avait pas quitté la France sans esprit de retour. En attendant que ses affaires lui permissent d'y rentrer, Jean Say envoya son fils Jean- Etienne, né en 1739, à Lyon pour compléter son éducation et y apprendre le commerce. Il entra comme commis dans la maison de M. Castanet, né à Nîmes,

Baptiste Say a eu en 1818 la pensée d'écrire ses Mémoires, Il avait alors cinquante et un ans. 11 a préparé un cahier de papier, a rempli 18 pages et s'est arrêté. Il ne s'y est jamais remis; je ne sais pour quelle raison. D'au très soins l'auront occupé sans doute; il aura mieux aimé parler de la science à laquelle il avait consacré sa vie, que de faire son propre portrait. A cette époque, on n'avait pas encore le goût de s'analyser. Les Mémoires finissent au titre du chapitre 11 et l'autobiographie ne dépasse pas la vingtième année de l'auteur. • Ces quelques feuillets jaunis par le temps, je les ai portés à l'Académie des sciences morales et politiques, et je les ai communiqués à mes confrères. La lecture leur en a plu, à cause de la grâce et de la finesse du style. Les lecteurs du Journal des Débais y auront aussi peut-être de l'agrément, et je leur livre avec confiance les vieilles pages écrites par mon grand-père, dans la ]>ensée qu'ils n'y trouveront rien qui ne fasse aimer celui dont j'ai» l'honneur de descendre et dont je porte le nom. »

Bien que Gastanet occupât un rang très honorable dans la hiérarchie commerciale de Lvon, son état de fortune n'était pas en rapport avec sa situation sociale. Jean-Baptiste Say attribue cette anomalie « à ce que M. Gastanet était dépourvu de celte médiocrité d'esprit qui parait nécessaire pour s'enrichir dans le commerce ». Et il ajoute : < Mon grand-père portait ses vues plus loin. Il étudiait peut-être plus les résultats généraux du commerce que ses résultats prochains; plutôt ses principes, sa législation et les usages des différents peuples, que le parti qu'il en pouvait tirer. Dans les débats qui s'élevaient entre les négociants de la ville il était souvent pris pour arbitre, et les tribunaux lui renvoyaient la décision des cas difficiles. Dans une ville où le commerce est si étendu et si actif, l'attention qu'il donnait aux affaires des autres nuisait un peu au succès des siennes... »

Non, en vérité, ce n'était pas un commerçant; c'était ce qu'on appelait de son temps un philosophe et ce qu'on appelle aujourd'hui un économiste. Economiste, il l'était sans le savoir, cet idéologue qui, au lieu de s'absorber dans la patiente et minutieuse

cet événement. Mais les actes de Tétat civil ne mentionnent pas le numéro, et nos recherches à ce sujet n'ont abouti qu'à des probabilités. 11 se peut que la maison Gastanet ait disparu par suite des expropriations nécessitées par le prolongement de la rue Impériale, aujourd'hui rue de la République. Dans ses Mémoires, J.-B. Say raconte que ses parents habitaient quai Saint-Clair, et que toute sa vie il a conservé l'impression de l'admirable panorama qu'il avait devant les yeux. 11 est donc vraisemblable qu'après la naissance des enfants, le logis de la rue Pizay étant devenu trop exigu, le ménage Say se transporta au quai Saint-Clair.

$ Lr.5 5JLT, SA VIE, SES ŒUVRES.

rechercha -iâ rtia^ [«assait son temps à méditer sur les princifies des causes générales, et à essayer de résoudre les grands problèmes spéculatifs de la production et de rechange. Nous retrouverons plus loin chez ses descendants directs les traits distinctifs de ce caractère désintéressé. Nous verrons qu'il est le véritable ancêtre intellectuel de cette dvnastie économique des Say, qui a fourni à la science trois générations d'hommes marqués à son empreinte.

Si les affaires commerciales de Castanet n'étaient j^s hriUantes, celles de son gendre n'étaient guère jVuîi jvrosjH^res. Après une période relativement Vcn UM*. J.-È* Say éprouva des revers. Son com- ■*N<w vxv.vî<:ail à envoyer des soieries de Lyon à ' , . ^ -r . ^: :.'5 exf^édiail en Hollande, en Allemagne, ,xi : , .,- .• :<;u>« Turquie; mais il restait garant , . .^ ^ ;. -v 1 ac;tjt> Je U valeur des marchandises. ^ v^ . . . -\ remarque judicieusement J.-B. Say, Nt • . - . -t a r^'tîK > i;iii< TEurope et ses créanciers . t >^ vi-v- |.-tHqae< années peu favorables à .* ^ .- vvîs;.-*ït: 1 i»--> pertes considérables. Il ; ..^^w I ,.ai: :uiat payé, et il se vilcon- . ,. ,. v xr M-.i j.;.tii. » D'ailleurs tous les ,. ^ ... V N^ .. ', .. t iK ,v.î ..r-'> ojutre lui. Son beau- . .. . , . , : .: t .;. .* ù ^> conseils et de son

. . . N * -. ' * .0 i r:x* iM'Mie -le naralvsie. H V V.. , . x . . *t > .t i : jicîer. le désastre de .X v,^ :. • .' .;; iii. t honneur restait . ; i. V . :• imne on le savait

LÉOli BAT. £A T:e, ££* (EIVIlEf. T

iniègre, iaboneux^ rompe aux afiËEÛres — la suite* Ta biai proQTé — il oLûn: iuûi^mait des amoi^eiiients de ses créanciers, et ceux-ci d eureu: j*a5^ a se repentir de leur çéaérosilé, car quaîre azutees ne s Vtaieu: pas écaillées que. dou seulenieii: JeaD-fltiemie Say «^'acquittait de toutes ses oeti'^s persoinieiJ*'fu mais encore payait la part de ses as>c»cié^ et càiit-nah sa rt^faaliilitatioD complète.

ÂTaot d>n venir là, ieaxk-Eneinnr Say avait sui* de dures épreuves à sod arrrrée à Paris- Fresque sans ressources, et déjà chanré de fan.iiie, il s'étart oocujié de courtage de banque, métier analogue à celui de remisier. Ses qualités ne lard^^^reiit pas à le faire apprécier dans le moode de la iiiiance, el zijirès avoir été intéressé dans une charse darent de ciiange^ fl obtint une place d agent de cLanire en titre. Le sort de la famille paraissait assuré. Mais la mauvaise fortune n'avait pas seulement ^«orté un coup funeste à ses intérêts matériels; elle avait failli compromettre à jamais le déveloj»fiement inteUectuel du fils aîné Jean-Baptiste, en Tobligeant à interrompre brustpiement le cours de ses études. Dès Tàge de neuf ans, Jean-Baptiste avait été mis dans une pension que venaient d*établir près de Lyon, à EcuUy, un Italien nommé Giro et un abbé Gorali.

« Leur plan, écrit Jean-Baptiste Say, rejetait quel-

I ques-unes des pratiques suivies dans les collèges, et

en général, Tinstruction magistrale d'alors ; leur entre-

' pnse, en conséquence, eut des persécutions i essuyer

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LEOK SâY. sa vie, SES ŒUVRES. 9

pas parfaite. Ce qui prouTe cependant qu^elle n^était pas si défectueuse, c'est que Jean-Baptiste Say n'en a pas gardé un mauTais souvenir : les maîtres savaient se faire aimer de leurs élèves, puisque toute sa vie il a conservé pour eux un souvenir reconnaissant et attendri.

Le brusque départ de Lyon interrompit cette éducation. Pendant les premières années du séjour à Paris, il ne fut pas question de la reprendre. Dans rimpossibilité où il ^tait de pourvoir aux frais d'une instruction classique, Jean-Étienne se contenta de faire donner à son fils une éducation commerciale moins coûteuse et d'un avantage plus immédiat. S'il est vrai que rien ne soit plus funeste pour la culture intellectuelle qu'une éducation commencée d'après une certaine méthode, puis interrompue et ensuite reprise dans un sens tout différent, et que mieux vaudrait peut-être un manque presque absolu d'instruction, on voit quels risques courait le jeune Jean- Baptiste en s'engageant à contre-cœur dans cette voie nouvelle. Il dut se mettre aux affaires de banque, mais il est permis de supposer que ces nouvelles occupations ne l'absorbèrent pas uniquement.

Jean-Baptiste n'avait pas le sens pratique très développé, ou tout au moins il ne possédait pas les qualités indispensables pour réussir dans les affaires. La preuve en est dans le peu de succès qu'il obtint plus tard dans l'industrie. En dépit du soin, de l'ordre, de la conscience exacte et rigoureuse qu'il apporta dans

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^> \)f^xui*tT h^yjxxr en Angleterre eut sur le dérdoppriî>e/il jiii>rllei luel de Jean-Baptiste Say une influence ^/OfcidérdLle- Laissé à lui-même dans un milieu si différent de #:eliji dau?> lequel il avait été élevé, isolé, au $tioitih an début, par son i^orance de la langue, il se |/fit « ^lij'jier sérieusement et à réfléchir. Ces! à cette ^(M>^pie dé/:ihive de sa \ie qu'il sentit naître en lui cet efcprîf d'oliMfrvalion et cette faculté d'association AiiUé%, qtji M>rit les marques distinctives de son génie ^'U'MiiiUiut*. Tout devint pour lui matière à réflexion.

* ljit% moindres circonstances servent à notre édu-

cation, écrit-il. Un jour je vis entrer chez moi un couple de maçons avec des briques et du mortier. Je n'apercevais aucune réparation à faire; la maison était presque neuve; mais j'avais deux fenêtres à ma chambre ; le Parlement, ou plutôt le ministre venait de décréter l'impôt sur les portes et fenêtres ; et mon hôte ayant calculé qu'une fenêtre suffisait pour notre travail et notre toilette, il fit murer l'autre. Je réfléchis alors que j'aurais une jouissance de moins et que ma fenêtre murée ne rapporterait rien à la Trésorerie. C'est peut-être la première de mes réflexions sur l'économie politique. »

L'année suivante, en 1787, à son retour à Paris, il fut amené, par une circonstance fortuite, à réfléchir plus mûrement et avec plus de méthode sur les phénomènes économiques et leur répercussion sur le bien-être moral et matériel des peuples. Etant secrétaire de Clavières, le futur ministre, alors directeur d'une compagnie d'assurances, il remarqua que son patron lisait assidûment et avec attention un ouvrage anglais : c'était la Richesse des nations de A. Smith. Il en lut quelques chapitres. L'impression qu'il en ressentit fut si profonde que, dès que ses moyens le lui permirent, il écrivit à Londres pour se faire envoyer un exemplaire du célèbre traité, qu'il conserva précieusement toute sa vie. Ce fut une révélation. Dès lors sa voie était tracée et son esprit avait trouvé sa véritable orientation.

Nous n'avons pas l'intention de suivre pas à pas

Jean-Baptisfe Sav dans sa féconde et glorieuse carrière. Ce travail ne rentre pas dans le cadre de notre étude, et d'ailleurs il a été fait au moins en partie '. Mais, en restant dans les limites que nous nous sommes fixées, nous croyons devoir rechercher les affinités morales et intellectuelles qui relient Horace et LéoD Say à leur illustre aïeul.

A une époque où la théorie de l'atavisme et les questions de milieu occupent une place prépondérante, il est indispensable de remonter un peu dans le passé. U est curieux surtout de discerner la part que M. Léon Say peut revendiquer dans l'héritage paternel, de montrer qu'un homme d'une nature aussi élevée et d'une urbanité aussi exquise n'est pas éclos spontanément. Ses rares qualités d'esprit et de cœur sont, pour beaucoup, la résultante d'une longue sélection et d'une sorte d'incubation morale et intellectuelle. Il y a aussi un intérêt historique de premier ordre à étudier comment se sont fondées, par quelles transformations presque invisibles ont passé ces grandes familles de la bourgeoisie française, qui ont eu une influence si directe sur la société moderne et dont la famille Say était, sans contredit, un des types les plus achevés.

Laissant donc de côté les événements extérieurs de l'existence publique et scientifique de Jean-Baptiste Sav, nous allons pénétrer dans sa vie privée, jusissantes études de M.Baudrillartel

qu'ici peu connue. Notre tâche sera singulièrement facilitée par la faveur que nous a accordée madame Léon Say de puiser dans les archives de la famille.

Par un fortuit concours de circonstances, Jean- Baptiste Say, dont le temps était absorbé par mille occupations diverses, a beaucoup écrit de lettres, au moins pendant une période de sa vie, alors que son fils Horace séjournait en Amérique. Les autres lettres de famille sont peu nombreuses. La raison en est que Jean-Baptiste Say, tendrement attaché à son foyer *, s'absentait très rarement, et encore, le plus souvent, sa femme Taccompagnait-elle dans ces déplacements nécessités impérieusement par les affaires *.

Ce qui frappe d'abord quand on pénètre dans Tintimité de Jean-Baptiste Say et de sa famille, c'est la parfaite possession de soi-même et la sereine égalité d'humeur des personnages. Tous sont merveilleusement équilibrés; chez eux, nulle trace de nervosité ni de sensiblerie. Nous nous trouvons en présence d'âmes fièrement trempées, qui se savent supérieures aux événements. Dieu sait cependant que les épreuves et les catastrophes ne les ont pas épargnées. Jean-Baptiste

1. Jean-Bapliste s'éUiit marié à Paris, en pleine Terreur, le 6 prairial de l*an I — 25 mai 1793 — avec mademoiselle Deloche.

2. En dehors des lettres de famille et de quelques correspondances échangées avec les personnages de son temps, J.-B. Say avait l'habitude de noter chaque jour les faits saillants de son existence et d'inscrire ses dépenses. Mais cette simple nomenclature, que n'accompagne aucune réflexion, n'a qu'un intérêt relatif au moins au point de vue qui nous occupe. Nous avons trouvé néanmoins quelques renseignements assez curieux au sujet du prix des choses au commencement de ce siècle, telles que gages des serviteurs, émoluments des médecins, prix des loyers, etc.

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la suite .ie* événements provo-

qués par la folle politique de Napoléon, les affaires périclitèrent; 1814 et 1815 leur portèrent le dernier coup. Jean-Baptiste Say avait lutté avec une indomptable énergie; à la fin il avait dû s'avouer vaincu, et rentrer à Paris pour chercher une situation. Toutes les tristesses l'assaillirent; son usine était réduite à l'inaction, son fils Horace était parti pour l'Amérique dans l'intention de ne plus être à charge à sa famille, et, pour comble, le spectacle des événements politiques et de la cynique explosion des convoitises débridées le navrèrent. Un moment il songea à s'expatrier et il s'en ouvrit à son fils Horace alors aux États-Unis. € Au lieu, lui écrit-il, de me coudoyer dans la foule pour arriver à quelque emploi qui me donnerait de quoi vivre avec peine, je tourne toujours mes regards vers l'exercice d'une industrie privée, et je ne tiens point du tout au séjour de la France, qui n'a rien qui me tente beaucoup à présent et où je vois qu'on sera mal gouverné. Les commerçants qui ont leurs capitaux sans cesse disponibles et réalisables s'en tireront encore. Ils sont cosmopolites par nature et une mauvaise administration n'a guère de prise sur eux, surtout quand elle est plus timide, plus faible que celle de Bonaparte. Ces pauvres Bourbons n'ont pour eux ni troupes ni argent. Les soldats n'ont pas encore crié une seule fois : « Vive le roi! » Les contribuables serrent tant qu'ils peuvent les cordons de leur bourse. Et le roi est entouré de loups dévorants. Recueille donc des notes et des avis sur les genres de commerce

Son courage soutient le nôtre, et tu peux te vanter d'avoir la famille la plus calme de Paris... »

Jean-Baptiste Say ne donna point de suite à ses projets d'expatriation. Avec le retour de la paix et de la liberté, il put reprendre sa plume et trouver dans le professorat des moyens d'existence. Mais les années 1814 et 1815 lui Jaissèrent une indélébile amertume. Partagé entre la haine que lui inspirait la criminelle ambition de Napoléon et le dégoût provoqué par les maladroites manifestations du parti ultra revenu aux affaires avec les Bourbons, atteint dans ses convictions et dans ses intérêts, il subit alors la crise la plus douloureuse de sa vie. Néanmoins, sauf quelques expressions un peu vives, mais que les circonstances justifient, contre la politique impériale, les nombreuses lettres datées de cette époque ne contiennent aucune trace de violence ou de colère contre les hommes. Il juge les personnages et apprécie les événements avec une clairvoyance que n'obscurcit presque jamais la passion. Ce n'est certes pas par indifférence, car nul ne souffre plus vivement que lui des malheurs publics et des palinodies de ses contemporains. Mais deux choses lui servent de refuge et de consolation : le culte désintéressé de la science et l'amour de son foyer.

Époux tendre et dévoué d'une femme au grand

cœur et aux vertus antiques, père affectueux et attentif

«^'enfants qui devaient charmer et embellir son exis-

Qce tourmentée, protecteur discret et éclairé, ami

18 LÉON BAY, SA T|E. SES 'irTlIS.

sAr et fidèle, il avait su créer aaloor 4!^ In sue atmoN(ihère d'afTection el de re^perl. a fabri des ora^'p» poliliqucs et des assauts inaltif.lirt ^^ I"»fTer- BÎté. Homme de famille dans ta pins n.>Ue »rr«ptioo du terme, acceptant tous tes devoiis et toutes les responsabilités de sa charge, il s'est déTOoè U<ale sa Tie au lionheur des siens.

Éducateur de premier ordre, il ne laissa à personne le soin de façonner le cœur et l'esprit de ses enfants. Non seulement il dirigeait de très près leurs traraoi, mais encore cet homme d'un aspect un j^o srave se môlait avec une bonne grâce charmante à leurs amosements. Un détail donnera l'idée, et de sa s»Ilicilade paternelle, el de son étonnante ouverture d'e^t,

L'n moment, comme c'était la mode alors dans toutes les classes de la société, ses enfants el leurs jeunes camarades se passionnèrent pour les charades et les comédies qu'ils jouaient entre eux les jours de cong-é. J.-B. Say s'amusa à composer des pièces pour eux. Dans ses papiers nous avons retrouvé le scénario de vaudevilles el une comédie complètement achevée, écrite tout entière de sa main avec le soin minutieux qu'il mettait à toutes choses. Cette comédie de paravent, inlilulée Afonsieur Parenthèse, n'est certes pas un chef-d'œuvre, mais elle est gaie, bon enfant, et d'un comique très fin. Il avait aussi écrit une iiériu d'apologues : au moment de les mettre en vers « La Fonlainelui fit peur », comme il l'écrit en mai^ u riinnuscrit.

Toutes les lettres adressées à ses enfants respirent une tendresse infinie, avec quelque chose de ferme et de viril. Il leur fait peu de morale, mais, fidèle à son rôle d'éducateur, il ne laisse jamais passer Toccasfon de relever leurs fautes et de redresser leurs torts. Voici, par exemple, l'extrait d'une lettre écrite à son fils Horace, alors âgé de quatorze ans, qui donne un aperçu de sa méthode.

Auchy, 10 octobre 1808.

« J'ai été affligé d'apprendre, non par tes lettres, mais par celles de ta cousine et de ta tante, la perte de ta bourse. Je n'ai pas encore tant regretté la valeur de la somme — quoique je ne sois pas dans le cas de supporter gaîment aucune perte, puisque je ne possède encore que ce que je gagne journellement — que j'ai gémi de la nonchalance et de l'insouciance qui ont été cause de cette perte. Je ne te la reprocherai pas davantage pour ne pas augmenter les chagrins que tu en as éprouvés toi-même, mais je te ferai seulement remarquer deux torts que tu as eus dans cette affaire, afin qu'avec l'envie que tu as de te perfectionner en tous genres, tu puisses éviter des torts semblables par la suite.

» Le premier est l'imprudence d'avoir porté plusieurs jours de suite une aussi forte somme dans ta poche. C'est ce que je ne fais pas moi-même, quoique je sois plus raisonnable que toi. Il fallait se hâter de

20 LÉON SAY, SA VIE, SES ŒUVllES.

rembourser à ma cousine l'argent qu'elle t'avait prèle et le débarrasser du reste dans ton coffre, sur-lechamp, en rentrant et avant de le livrer à aucun amusement, à aucune occupation.

» Le second tort est de n'avoir pas confié cet accident de suile, aussitôt que tu t'en es aperçu, aux personnes qui s'intéressent le plus à toi : à tes parents, à ta tante qui m'a tenu lieu de mère et à toi de grand'maman. Ce défaut de confiance, cette conduite cachée refroidit nécessairement l'intérêt qu'on prend à toi. Elle prend sa source, je le présume, dans un fond de faiblesse morale, qui redoute une réprimande, qui en éloigne le moment sans y rien gagner que de rendre les reproches plus amers et plus durables. Oh! qu'il vaut bien mieux, coftime je te Tai dit une fois que tu étais trop jeune pour me comprendre, aller droit au danger qu'on redoute, l'affronter de bonne grâce, et s'en tirer le moins mal possible. Voilà le vrai courage. Tâche, mon bon, mon cher ami, de former ton caractère sur ce plan. C'est par l'exercice qu'on se forme aux qualités morales, de même qu'à l'adresse et même à la force

corporelles.

1, Puisque je suis sur le chapitre des conseils, je vais t'en donner encore un dont tu ne sentiras pas encore toute Timportance, mais qui te reviendra à l'esprit souvent et fortement à mesure que ta raison se formera et que tu acquerras de la connaissance des hommes. C'est qu'il est fâcheux, dangereux, -- --

ou au

moins très nuisible dans la vie de laisser voir à qui que ce soit le mépris qu'on fait de lui.

» Tu peux croire à ma véracité : j'ai connu personnellement plus de sept ou huit personnes, et de réputation plus de cent personnes, à qui cette disposition a coûté la vie; et quant aux personnes à qui elle a coûté le repos, dont elle a ruiné les ressources et contrarié le succès, le nombre en est incalculable. Les seuls ennemis que je me connaisse — et ils m'ont déjà fait du mal — ne me viennent que du mépris que j'ai senti pour leur caractère ou pour leur talent, et que je n'ai pas su cacher assez soigneusement. C'est par cette raison que toute espèce d'association, de coterie qui affecte la moindre supériorité sur les autres, attire infailliblement la haine. Cette haine est peu enracinée, peu dangereuse, dans une population de marmots; mais si l'amitié même entre marmots est un sentiment précieux, faut-il s'exposer à sentir et à inspirer le sentiment contraire?

» Je te dirai de plus que l'on découvre à mesure qu'on vit qu'il y a très peu de personnes et même de choses complètement méprisables ou haïssables. On aune prévention terrible contre de certaines gens; vient-on à les connaître mieux, et à les juger soimême d'un sens plus rassis et d'un esprit plus froid, l'on découvre que ce qui nous avait paru si pitoyable ne l'était pas sous tous les rapports. Une observation qui doit nous rendre bien modestes, c'est que la personne dont nous méprisons le plus les connaissances

H rin^tnivSù-a* s&it quelque chose que nous ne savons pas^ eî ^j-e cvl> •:.:;: n«>us méprisons le plus Tespril et W:;^ U>c:> rv->>L-i infùUiUeineot mieux que nous

» Fa:< I Ji; : V. :i:; ; - Ir ce q^^e je le dis là, et, à défaut c^ :. a evT-*^.f *' y ;c* rre. que U confiance dans mon e\:vsr*^^ve ^r*: It ; ..>:-:f>5e jv/iî [<fal y avoir dans mes >,;%.vts '/ec^rv:' r '. t rrc:--r "^a jv^^ U conduite là-dessus. Ka>n ^ JL V r*\:*-' ie v-'.c.':*..e à t.i. in«îépendante des ^^^v> Zv' Ta ,v. -':^, if r-> àr*->^ Xe sois pas seulement s, x^*-,-. - à . '».' .-' ; .t'. >. ■> scr^rtecr à toutes les s^^ :.'.*\ ,•■; x\.^ r x^'tr^-^ ^ v*::*?- Ii meilleure des s' »:■ v^ ,v \tn ' -:fc T*''i :•- :'^' -?e «iuLS dix ans et à

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lui envoya un livre qu'il venait de composer, intitulé : Considérations générales sur Vindustrie, Cette œuvre hâtivement faite déplut à J.-B. Say, qui s'en ouvrit à son frère avec une franchise qui va jusqu'à la sévérité. Voici sa lettre *.

Paris, 1827.

« J'ai reçu ton dernier ouvrage, et je te remercie de l'envoi. J'y ai trouvé beaucoup de bonnes choses, et toutes sont dictées par l'amour du bien et de l'humanité... Cependant je ne te cacherai pas que je suis fâché de cette nouvelle publication : je crois que tu aurais recueilli plus d'honneur en t'exerçant sur d'autres sujets. Je suis fâché, par exemple, que tu aies écrit sur la nature et l'usage des monnaies sans avoir lu les nombreux écrits que les Anglais ont fait paraître, dans ces dernières années, sur ce sujet où ils se sont instruits à leurs dépens, notamment, outre les brochures de Ricardo, celles de Th. Tooke, de Parnell et de A. Mushet. Tu aurais pu y suppléer en lisant les chapitres xxni et xxvi, livre I, de la cinquième édition de mon Traité. Tu aurais vu en même temps combien je me suis empressé de me corriger du

1. L'exemplaire envoyé à J.-B. Say a été conserré dans la famille. II est surchargé de notes, ce qui prouTe avec quelle conscience J.-B. Say l'avait lu et étudié.

Publiée par les soins d'Horace Say dans les Œuvres diverses de J.-B. Say, p. 54 i et suivantes. Paris, Guillaumin, 1848.

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moment que la vérité brille à mes yeux; mais il ne suffit pas de lire en courant, et ensuite de rouler sur ses propres idées. Il faut étudier profondément les bons auteurs, se pénétrer de leur sens, s'en rendre maître, et ne les combattre que lorsqu'on s'est convaincu qu'on a vu la portée de leur sens, et qu'on a trouvé, comme disait l'abbé Galiani, le Gîte du Paralogismu. Autrement on se fait plus de tort qu'à eux.

» Depuis trente-huit ans j'étudie l'économie poliliquo. c'csl-à-dire depuis le temps où j'étais secrétaire do Cluvii^ro, avant qu'il fût ministre : il avait un exempluin* do Smilh qu'il étudiait fréquemment; j'en lus quoiquos papes dont je fus frappé, et aussitôt que je lo puî*» j'on lis venir un exemplaire que j'ai encore. Uopvuïi 00 lomps, chaque fois que je me suis trouvé uno opinion ditïéronte de celle des auteurs d'un grand j^i^viuonU j^ù frt^mî de me tromper; j'ai remis mes iVHx.oH sv^r lo môUor. et j'ai presque toujours trouvé uuo j\^Ni^iî^ tort. Jo criMs que tu as lu trop légèrement, o<^o o\v^t li^v Ui:i^rtMwent que de ne lire que pour >^>^\\ov. ovm lo 5^005 intime d un auteur et ses motifs, OH.M^ vIo lov ^oulouunt |H>ur le critiquer, lorsqu'il

>é Ji ,^\ OU^ x^t\'y:v^ ^lo It m^nî^re dont tu parles de Syo^Uv V » nIo xv<a ouNt\^v do MAlihus où il ait complè- ^vo^ ui vxvv^^ ; tu ^^v auu< Ivu toH. la nature des v^^^x^i U^ vUmuuv vïu av.-o<tù ivqviuoU Ce n'est point U\ U^ \^x vhX uu xc l KoituvA^ a rxkon contre un vul-

gaire ignorant. Tout le monde croyait la terre immobile au centre de Tunivers ; mais ce monde n'était pas instruit. Quand les observations de Copernic, de Galilée, de Newton eurent fourni des preuves que la terre tournait autour du soleil, ceux qui les ont combattus ont donné la mesure de leur instruction : et ce qui pouvait leur arriver de plus heureux, c'est que leurs écrits fussent oubliés... »

La leçon était un peu dure; mais elle était si méritée et elle venait d'un cœur tellement sincère, que les rapports affectueux entre les deux frères n'en parurent pas altérés. D'ailleurs, il faut bien le dire, soit que les circonstances de la vie les aient séparés de bonne heure, soit que leur tournure d'esprit fût trop différente, J.-B. Say n'eut jamais pour son frère Louis la même tendresse que pour son frère Horace, l'aimable compagnon de Londres.

C'est qu'aussi c'était une nature charmante que celle de cet Horace qui, élève de l'École des Beaux- Arts et dispensé de la réquisition militaire, volait à la frontière au premier coup de canon, disant simplement à son père : < Il faut, dans les circonstances où nous sommes, que chaque famille fournisse son tribut. J'acquitte le nôtre. j> Sa première campagne lui donne le goût des armes. Il se présente à l'examen du concours de l'école du Génie de Metz, et dès le premier classement il obtient le numéro 1. A sa sortie de l'école, il est employé comme officier au blocus de

Luxembourg. Là, il se fait si bien apprécier de ses chefs qu'il est mandé à Paris pour Forganisation de rÉcole polytechnique, où il est chargé du cours des fortifications. Devenu collègue de Lagrange, de Honge et de BerthoUet, il suit leurs travaux avec une ardeur passionnée. Tout en approfondissant Tart des fortifications, il publie une série de mémoires sur les questions nouvelles de chimie, de physique et de météorologie, qui attirèrent sur lui l'attention du monde savant.

Mais les études scientifiques ne Tabsorbaient pas uniquement. Dévoré du désir de tout savoir et doué d'une grande ouverture d'esprit, — là encore nous retrouvons la trace de Castanet — il se reposait de ses labeurs scientifiques dans le culte de la littérature, de la philosophie et des arts. En analysant les œuvres de Locke et de Condillac, il avait été conduit, comme toutes les personnes qui se sont livrées à des études de ce genre, à des recherches fort étendues sur les langues, et il'avait jeté les fondements d'une grammaire philosophique dont les principes ingénieux et profonds ouvrirent des horizons nouveaux à une science encore à son enfance.

En même temps, il se délassait l'esprit en lisant € avec délices » les poètes anciens et modernes, et il publiait dans la Décade des allégories pleines de grâce et de fine ironie dans le genre des Troglodites de Montesquieu, dont le but était de faire sentir la fâcheuse influence des préjugés sur le sort de l'espèce

humaine. Esprit éminemment philosophique, il ne se perdait pas dans le détail; instinctivement il s'élevait à des considérations générales, et tournait toutes ses idées vers le but que se proposaient alors les disciples de l'école physiocratique : le bonheur des hommes et le perfectionnement de l'espèce.

Mais ce penseur, ce philosophe, ce lettré était avant tout un homme d'action. A peine l'expédition d'Egypte était-elle résolue, qu'il demanda et obtint la faveur d'en faire partie en qualité de capitaine du génie. Il venait d'épouser la fîUe du D** Delaroche. Son mariage avait eu lieu en novembre 1796. Devant Alexandrie il se signala par sa bouillante audace; un des premiers il monta à l'assaut et pénétra dans le cœur de la place. En récompense de cette action d'éclat, Bonaparte réleva, sur le champ de bataille, au grade de chef de bataillon. 11 avait alors vingt-sept ans.

Désigné pour faire partie de l'expédition de Syrie, il eut le bras droit fracassé à un des assauts infructueux — il y en eut treize — de Saint-Jean-d'Acre. La retraite est décidée-, et dès le lendemain, après un pansement sommaire, il dut se mettre en marche; quelques jours êprès il mourait de fatigue et d'épuisement.

La nouvelle de sa mort porta un coup affreux à Jean- Baptiste Say. < Pourquoi faut-il, écrit-il dans la Décade^ que des liens si forts puissent se rompre en si peu d'instants? Pourquoi le ciel, qui nous a donné l'amitié fraternelle, y a-t-il ajouté l'éternelle séparation? La Patrie, qui aurait pu employer si utilement mon

t^ LE05 SAT. SA TII. SES ŒUVIES.

frère (i%ns le< efD|-i »is riril*, a toqIo qu'il répandit scm S4ii^ dans les <x*mljiat< aTfr moins d'avantage pour file; j* ne la chéris pas moins pour cela, mais e!;»* n^ f-i-urait me •iemander un plus grand sacrilke *. »

Homce Say e>l m'-rt arant d'avoir donné ce qu*il derait d'nntT. D nVUit encore qu'une espérance. Tou5 fait cn:»îre que ce jt- une homme, si merreilleuse-

La l»r-.-*i ^f ;.i...^rft.7,.' . i.^ ;. <'r.if <; ^^;.ji? arûl élé foodée à Pariîw >c-tt> Is Tîrr>: r. .< . . -:ry il l- ÎL • par asr société de répat-.vj..rîs. . ;u^> /i::-t ^ -^'^^^J «* ^ >:<ir.r dovs rcleToos les Bi^n;5 •*> 0.rr-tî*>, A* :r.r i. A=i t\, Acicr>-I^T^. Le BrelOD, J.-ÏL Sviv. 7 ->. 1= Ij. J— .-^-i* ï ■ .';*:. t ,-*" a t<«:-j jciqu'à l'aji XHl. A et :ur t .■«:•: . r < .c '-: ry= ■. irr-r ci .- i.'^- i-ex iias U même forme, »*:> p.t> :: ■> 'r r: ; î <>, r.:, T**.r "i iVii? . * I^^^df pàilcêopkique • pAr ure >v.;;r .t fï-> :<■ .«.irtï •- Ea î'^iT, !e âoas-lilrc est s^ï i^i - *itf ' : i *. -T *' . t ' t T t j :Tt^ii\ 'jL'Ai nm i-t philosophique. A U r.a ,e /aj.--^ .^^ \ k ik^sÊe ^.>:»&rL; « smq UKir pour se fondre djin> .(f Mr-^CA. r Àr F'-u^-f-

La v".^- *: : r. ie *i r»v-^-V Tr.T— *:--t i?.f forme 43 toI urnes iiKï^. A .vs:> ;t> ;v.r:> .-? \ . ; .* ,ïv'.-^f -le «> t clames offre un xif irî.T V Ij Iv\-: :.' :.-r: .?? r. .^j -rtrt ir^ rcTue* el lesjouriMtu\ ht^Siv =:*:v rv> ^^; ?*; scr.; .. r i-r-? >;--i5- Chaque numéro CxM^îuT,; U-. Ar*.;:.f ie ro. :::.:: r-. n^fri^; ;-:erirjrc et extérieure, mu* r;,; il* ■ wtrvTv'. iif< -v— ^.<-<^ .:- iri-:> cr.:, ^ue >«r le» beaux- *r;:is c^ U*.-\'> r; «\i*i-.\ -; 1.-- v^:---:.f> rv-ij- 'î^s séances de la Conxt- ,::,n ^î ,i s <- ^ ^-> ;? - * -i^ L^ ,:,r-,ii îi Déemle a élé «US.M lo v''*^'-î"î^--* 'i*^ : • -'' -1 - >*.r\>- Pir.? quelques-uns de »i^< lui'v -rv^s. ; r ,.f .*T-*r-.^, --:>. r.tAr-.x-:-:; >cr îes embellissemon(>i »to rA-:s, ^t rvr-^.x:.,; ; •> cx*rx.î> Ct^ o;«rras libuTeaux. J.'U. S,i\ A .;o r^.*-;*?*. >i\ A-> .!f rrr .r*A: rt'i*:îearde la Décade. Il u'axaU |\a< %io >;v\-,A .>: c- v^:r> Oi* Ir-- .n^^nùe politique, il t^MtxAa un p^;» ^;,r î. .r> :.> > . - .<> Fi !>îi. C^iries Comte, qui êXyiM ojVM^ U î > A r!^*' :e J is. Svix. f. -d* le C^ns^w^ conçu à M» M j^rx^^ Mtr îo rx. "," p .\'\ c,- x ;*^--»:->, e>a:> d'une rédaction ^«Muwup m, ',**'* x.*r..x', Kr. •>..-, • ."- '.Vrate fut condamné à y i»Ov» lïMm V ^i\u«, r '0 «'î A *5> ;:v =::,:> .f 7r->->2 p^-ur dclit de presse. W *o wtwvi A >*;i ,r vviU^ ',v.tc ^: r»R^^* ifn AnçJirîem?. où il resta vlM\| «u*, V xow ïvlv^iïr en K,-A:îcy, ;, ;*-,• rlu cîemlre de l'Académie <to« *, u »u %'x m,^^^^,.^^ cî tv<;U-;,:e> ^u ; --> ur»i, sev-rv-uine perpétuel

ment doué, eût ajouté un éclat nouveau au nom qu'il portait. Il était bien du sang des Say, ce soldat philosophe, ce savant à Timagination vive, ce moraliste à l'esprit prompt et curieux. En lui nous retrouvons, à l'état de promesse, les mêmes qualités que chez ses frères et ses descendants, c'esl-à-dire cette ouverture d'esprit et cette passioo, quelquefois excessive, de tout savoir et de mener de front tant d'occupations disparates.

Si jamais homme semblait fait pour supporter avec sérénité les atteintes de la vieillesse, c'était bien J.-B. Say, et cependant il n'eut pas assez de toute sa philosophie, aidée d'une foi sincère, pour ne pas faiblir quand il sentit l'ombre éternelle s'étendre sur sa vie. Le sort, contraire pendant si longtemps, s'était enfin relâché de ses rigueurs. Entouré d'enfants attentifs et respectueux, débarrassé des soucis matériels, professeur écouté, écrivain célèbre dans tout le monde civilisé, J.-B. Say eut cependant un déclin mélancolique. La mort n'effrayait pas son âme stoïque, mais il ne pouvait se faire à l'idée de quitter le monde, alors que son esprit, toujours en éveil, s'attachait encore à tant de choses et entrevoyait tant d'horizons.

« Ah! que la vie est courte *, écrit-il à sa cousine. Ce n'est pas que je regrette de ne pas vivre, mais de ne pas savoir le dénouement de bien des choses de ce monde, qui vont tout de travers. Notre unique conso-

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