‹ Léon SayChapitre 9 sur 83 · Extrait d'une lettre inédite. 17 octobre · texte numérisé non relu

Extrait d'une lettre inédite. 17 octobre

30 LEO?î SAT, SA VIK, SES ŒUVRES.

lation , car c'en est ane grande, c'est d'avoir fait ce qu'on poorait pour ses proches et pour tous les hommes...

» Horace me semble plos gai qu'il n'était, sa femme et ses enfants vont hien, Anna parait se plaire dans notre société ; mais hélas ! notre société se réduit à hien peu de monde, passé notre famille. Nous vieillissons; quand vient neuf heures du soir, je ne suis plus hon qu'à me jeter au lit et je n'y dors pas toute la nuit. Nos enfants font bonne contenance pour nous, et je n'ai pas de termes pour exprimer comment ils s'en tirent bien. La société qui me manque est celle des personnes à peu près de mon âge; mais par la môme raison que je suis incapable d'aller ils sont incapables de venir. 11 n'y a que vous, cousine, qui resterez active jusqu'au dernier moment; et ce qui est admirable, active pour plaire et pour faire du bien. Que le ciel vous conserve! »

Une dernière et suprême douleur lui était réservée. Sa femme bien-aimée, la compagne dévouée des bons et des mauvais jours, succomba au commencement de 1830. Ce fut un coup terrible dont nous trouvons un écho attendri dans la lettre suivante adressée à sa cousine Rath :

Paris, 30 janvier 1830.

« C'est vous, chère amie, qui plus que personne pouvez apprécier l'étendue de la perte que j'ai faite. Voilà une intimité de plus de quarante ans rompue en un instant! Nous avions supporté ensemble les bonnes

elles mauvaises fortunes; et ces dernières, qui occupent une si grande place dans la vie, avaient été constamment adoucies par ce caractère angélique qui a fait constamment mon bonheur. J'ai de bons enfants, mais ils ont tous des afleclions, des travaux, des vues qui ne sont plus les mêmes que les miennes ; il n'y a plus de cette communauté entière de pensées et d'aflections. La nature est bien cruelle! Soit qu'on rappelle providence ou autrement, elle n'agit que par des lois générales, elle ne pourvoit qu'à la perpétuité des espèces, de notre pauvre espèce comme des autres, et du reste est d'une insensibilité parfaite pour les maux individuels.

» J'ai été d'autant plus frappé de ce coup, que j'avais mis dans mes arrangements que je finirais avant elle. J'ai vu la mort de près; je m'étais familiarisé avec elle ; la seule idée qui me fût pénible était l'idée du chagrin qui en résulterait pour ma femme. Je voulais qu'elle ne mit point d'exagération dans son deuil; point de coiffes de veuve, point de pleureuses; je désirais que ce petit événement fût accompagné d'aussi peu d'idées lugubres que possible. Mais j'ai tant souffert que j'ai senti quelque soulagement de lui avoir épwrgné ce terrible moment. Je ne songe plus qu'à me serrer contre les amis qui me restent. Je suis sensible à toutes les marques d'affection que je reçois d'eux. Les vôtres m'ont été bien précieuses; mais je les prévoyais, vous nous avez vus à tant d'époques différentes depuis trente ans au moins, que

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J.-B. Sav eut au moins Tineffable consolation de penser qu*il laissait derrière lui un Gis, digne héritier de son nom, de ses doctrines scientifiques et de ses idées libérales.

De bonne heure, Horace Say avait pris la vie très au sérieux. A peine âgé de seize ans, il avait résolu d'alléger les chaînes de sa famille, en essayant de se créer une situation indépendante. En 1813, il partit pour les Étals-Unis, en qualité de subrécargue et de là il gagna le Brésil, où il entra dans une maison de commission. Dos deux côtés la séparation avait été cruelle; mais par une délicatesse exquise on s*était attaché à refouler les manifestations de faiblesse. Les lettres d'Horace à na famille pendant cette période d*exil

n'ont pas été conservées ; mais par celles de la mère et du père, qui écrivaient souvent sur la même feuille, nous voyons combien étaient touchants les sentipoents d^affection et de tendresse qui unissaient des êtres si bien faits pour s'aimer. Pendant plusieurs années, J.-B. Say correspond assidûment avec son fils; il le tient au courant de tout ce qui peut Tintéresser au sujet des affaires de famUle et des intérêts commerciaux. Sa sollicitude attentive ne néglige aucun détail, et il prend plaisir à rinitier à tous les événements politiques, aussi bien qu'aux menus incidents de la vie familiale.

A son retour en France, Horace Say fonda à Paris, en 1818, une maison de commission pour TAmérique méridionale, et épousa la fille de M. Cheuvreux, un des négociants les plus considérables de Paris. Afais il n'aurait pas été le petit-fils de Castanet et le fils de Jean-Baptiste, s'il s'était absorbé exclusivement dans l'exercice de sa profession. Juge au tribunal de commerce, membre et ensuite président de la chambre de commerce, conseiller municipal de Paris, conseiller d'État, membre libre de l'Académie des sciences morales et politiques, U sut apporter dans ces diverses fonctions un grand zèle pour le bien public joint i nne remarquable activité. Partout où il passa, il laissa l'empreinte de son esprit toujours en éveil et de sa rare puissance de généralisation. Ainsi ce fut lui qui, en qualité de président de la chambre de commerce, dirigea la grande enquête de 1847 à 1851 sur la

situation économique de la capitale, en tête de laquelle

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