CHAPITRE IV
M. Léon Say à l'Assemblée nationale. — Son rapport sur la situation financière de la France. — 11 prend une part active aux discussions sur Turganisation politique de la Ville de Paris. — Il est nommé préfet de la Seine. — Difficultés exceptionnelles de la situation. — Mesures financières. — lletour de la prospérité. — M. Léon Say réorpanise les services de rinslruclion primaire et professionnelle. — Ses luttes avec le conseil municipal pour la création des moyens de transports en commun. — Il est nommé ministre des finances.
Contrairement à ses prévisions, M. Léon Say fut élu membre de l'Assemblée nationale par le département de la Seine et par le département de Seine-el- Oise*. Il dut opter entre ces deux sièges dès son arrivée à Bordeaux. Entre les électeurs parisiens et les électeurs de Seine-et-Oise ({ui lui avaient ouvert la carrière politique, ses préférences ne pouvaient être douteuses. Mais M. Thiers, qui tenait à réduire autant que possible le nombre des élections complémentaires à Paris, lui demanda avec instance d'opter pour cette dernière ville. M. Léon Say se rendit à regret
1. il obtint 24 454 voix en Seine-et-Oise et 75 939 voix à Paris.
à son désir et, tout en ne se faisant guère illusion sur la constance des électeurs parisiens, il abandonna Seine-et-Oise.
Ce dont M. Léon Say avait le plus soufTert pendant le siège, c'était de l'absence de nouvelles de l'extérieur. II était donc impatient de savoir dans quel état il allait retrouver la France. Dos écrivains intéressés à présenter les choses sous un certain jour ont beaucoup exagéré les efTets produits par le blocus sur le moral de la population parisienne, ('e qui est vrai, c'est l'extraordinaire impression que ressentirent ces deux millions et demi d'êtres humains, quand ils apprirent que les privations allaient cesser et que les portes leur étaient ouvertes. Il s'ensuivit une sorte d'ivresse semblable à celle qu'éprouve le prisonnier mis en brusque contact avec le grand air, ou à celle du convalescent à sa première sortie. Tous les esprits, même les plus pondérés, ont subi celte influence indéfinissable. On ét^it tout étonné de voir les gens de la province, qui n'ayant aucune raison d'être grisés par le îrrand air dont ils n'avaient jamais été privés, ne comprenaient rien aux idées et aux paroles d'hommes qui avaient vécu [tendant si lon*^»^temps d'une vie à part. Des deux côtés on se re^^^arduit, sinon avec colère, au moins avec une stupéfaction dans laquelle entrait plus de commisération que de charité. Nous retrouvons un peu de cet état d'esprit dans la première lettre que M. Léon Say adressait de Bordeaux à sa tante, madame Cheuvreux.
« J*ai donc été nommé deux fois député et sans y compter, écrîvait-il le 18 février : Seine-et-Oise, je n'y avais pas été et je n'avais fait ni affiches ni circulaires; Paris, on me disait que je n'avais que 60 000 voix, chiffre inférieur au quantum voulu de 68200. Malgré tout, me voilà deux fois nommé. Cela m'a fourni un prétexte pour prendre un congé et pour revoir ma femme et ma fille...
» Cette séquestration, pendant quatre mois et demi, a produit tant à Paris qu'en province des effets bizarres : nous ne sommes pas, nous autres Parisiens, au ton de la province et la province n'est pas à notre ton. Il me semble que les deux idées dominantes de la majorité provinciale, c'est d'abord une restauration de Henri V en adoptant les d'Orléans, et ensuite la punition de Paris par le retrait de son titre de capitale.
» Les deux choses me semblent aussi impossibles l'une que l'autre, et peut-être que le centre gauche pourra persuader au centre droit qu'il faut rester dans la forme si peu agressive de la République sans les républicains.
» On me dit que vous êtes ici grands admirateurs de Trochu. Trochu avait de bonnes qualités, mais il a des cases de moins dans le cerveau, et à Paris on ne lui aurait pas donné cinq mille voix. 11 s'est très mal conduit au 31 octobre, et il a détruit avec ses discours sur la force morale toute la discipline de l'armée. Il est catholique mystique, ce qui peut être très respectable dans le particulier, mais ce qui ne peut
pas être un système politique. Ainsi sa proclamation à sainte Geneviève Teût fait mettre à Charenton, si Jules Favre n'en avait pas empêche la publication.
» Paris n'a fourni aucun homme. Dorian, dans lequel on a eu confiance, a pactisé avec les gens du 31 octobre. Ducrot, qui a de la valeur dans les deux sens du mot, avait la tôte tellement surexcitée, qu'on pouvait le prendre pour un fou. Yinoy seul n'a pas fait trop de fautes, peut-être parce qu'il n'a pas fait grand'chose. Nous comptions donc, en rentrant en province, que vous nous aviez fait des hommes puisque nous ne vous en apportions pas : il se trouve que vous n'en avez guère, cela est un malheur... »
Quelques jours après il écrivait à son oncle :
lîordcaux, 5 mars 1871.
« ... Ce soir j'ai été chez M. Thiers, et Barthélémy Sainl-Hilairc, auquel j'ai confié mon projet, m'a dissuadé de prendre un congé parce qu'on était préoccupé, et (ju'on pouvait convoquer la Cliambre à tout instant pour lui demander de prendre une résolution grave. Celte résolution grave, c'est évidemment le déplacement de l'Assemblée. Thiers tient à rentrer à Paris aoec ou sans étape, et il veut pouvoir profiter du premier instant favorable pour provoquer une décision. Si une émeute avait été comprimée hier soir ou aujourd'hui, Thiers aurait demandé demain matin le transfert à Paris. Si l'émeute avait pu ôtre, sinon
comprimée, au moins mise dans l'impossibilité de réussir, il aurait demandé le transfert à Versailles.
» Pour moi, je crois qu'on ne pourra pas de si tôt avoir résolu la question de Paris.
» Il y a deux causes d'anarchie à Paris : la constitution des mairies et la constitution de la garde nationale. Le jour où il faudra réorganiser les mairies et la garde nationale, on pourra se heurter contre des volontés arrêtées de s'opposer à cette réorganisation; mais jusque-là il n'y aura pas de coups de fusil, ou, s'il y en a, ce sera pour provoquer un mouvement, qui, étant sans but, avortera comme au 31 octobre ou au 22 janvier... »
Dès sa première réunion, l'Assemblée nationale se trouva en présence de la redoutable question suivante : Les ressources financières du pays permettraient-elles de continuer la guerre? Le 23 février, une commission était nommée avec le mandat d'éclairer l'Assemblée .sur l'état des finances. M. Léon Say fut un des premiers commissaires élus. La commission le choisit pour son rapporteur général et le désigna comme rapporteur pour la sous-commission chargée d'étudier les o[)érations de trésorerie.
C'était une tûche d'autant plus lourde qu'il fallait se hâter, et qu'au milieu du désarroi résultant de la dualité du gouvernement et de l'interruption des communications, il était très difficile de se procurer les éléments d'information les plus indispensables. Le 11 mars, M. Léon Say déposait ses deux rapports sur
le bureau de TAssemblée et s'apprêtait à en donner lecture, lorsque M. Thiers intervint. Tout en rendant hommage au zèle et à la compétence du rapporteur, le chef du pouvoir exécutif s'opposa très vivement à la lecture de ces documents. Il fit valoir qu'il était inopportun, sinon dangereux, de révéler la situation financière du pays alors que le gouvernement était en train de négocier pour se procurer des ressources, et que la divulgation de notre bilan risquait d'affaiblir le crédit national, notre suprême ressource. Ce raisonnement était-il juste? Il est permis d'en douter. Quoi qu'il en soit, l'Assemblée, se rangeant à l'avis de M. Thiers, s'opposa à la lecture et à l'impression des rapports de M. Léon Say. Ces deux rapports n'ont donc jamais été publiés, mais ils ont été retrouvés en manuscrit et c'est fort heureux, car sous leur forme sobre et concise ils constituent une des pages les plus instructives de notre histoire financière.
Combien la France avait-elle dépensé pour soutenir la guerre depuis le mois de juillet? Sur ce premier point, les investigations de M. Léon Say avaient été presque stériles, et il ne pouvait en être autrement puisque rien n'était liquidé. Pour le département de la guerre seul, vingt mille marchés étaient encore en cours, et sur ce chiffre, le gouvernement n'avait en main que la copie de quatre mille. Il était donc impossible de savoir, même à quelques centaines de millions près, le total des engagements. Incertitude égale sur le montant des charges qui pesaient sur les départements
et les communes. On savait seulement que 100 millions étaient entrés dans les prévisions de la comptabilité générale, comme formant le contingent des départements pour la dépense de mobilisation des gardes nationaux , et que 66 millions avaient été versés à valoir dans les caisses du Trésor.
Une seule chose paraît certaine, c'est qu'en dehors et en sus des crédits ouverts dans les budgets ordinaires et extraordinaires de 1810 et 1871, une somme de 2 milliards 300 millions a été absorbée pour les besoins de la guerre. Et encore cette somme ne donne-t-elle qu'une idée incomplète des dépenses totales. Il faudrait y ajouter les pertes résultant de la rentrée défectueuse des impôts, soit 400 millions au moins. Quant aux sacriflces que les villes, les départements et les communes se sont imposés, en dehors de l'armement des milices, pour l'entretien des troupes d'occupation, on n'en connaît pas l'étendue, mais d'après le peu qu'on sait il faut compter de ce chef sur une dépense de quelques centaines de millions. Si on n'est pas fixé sur le montant, môme approximatif, des frais de guerre, on connaît exactement le montant des ressources extraordinaires que le gouvernement s'est procurées. Le total s'élève à 1 milliard 573 millions, dont 418 millions provenant du reliquat de l'emprunt dit de 1870, 182 millions fournis par l'emprunt Morgan et 973 millions avancés par la Banque de
France.
Que reste-t-il en caisse de ces 1573 millions? Rien,
absolument rien. Est-ce à dire que la situation soit désespérée et que le crédit de la France soit frappé à mort? M. Léon Say ne le pense pas.
« Avec la paix, écrit-il, Tordre, la régularité, et sous le contrôle d'une Assemblée élue, la liquidation de ce passé pourra être entreprise et menée à bonne fin. On créera des ressources, on annulera des crédits, on résiliera des marchés. Avec la guerre il faudrait non seulement liquider le passé — et dans quelle^ conditions? — mais avant tout il faudrait pourvoir à la continuation des dépenses. »
Or, défalcation faite des ressources ordinaires, la guerre exigerait une dépense de huit à dix millions par jour. Comment se procurer des ressources équivalentes? Par un emprunt étranger? Mais il est devenu impraticable^ étant donné le taux excessif de revenu qu'il faudrait promettre. Au mois d'octobre, alors que la fortune des armes pouvait encore nous laisser espérer un retour, rem])runt étranger était ressorti à 7 fr. 42 p. 100, comme M. Léon Say le démontrait dans une série de documents soigneusement contrôlés. Pouvait-on recourir encore une fois à la Banque de France? Mais les ressources de cet établissement ne sont pas inépuisables, et une émission indéfinie de billets amènerait fatalement la ruine de son crédit. Quelle combinaison propose-t-on? « Et cette combinaison, si elle est possible, peut-on affirmer qu'elle soit compatible avec Thonneur du pays ou qu'elle n'amène pas sa désorganisation? »
Fidèle à son rôle de rapporteur d'une commission chargée de présenter les faits et non de les discuter, M. Léon Say s'abstient de tout ce qui pourrait ressembler à une critique et même à une appréciation. S'élevant au-dessus des récriminations de parti, il n'a pas un mot d'accusation contre les auteurs et les continuateurs de la guerre. Alors que la paix n'est pas faite et que l'ennemi couvre encore un tiers de notre sol, il lui paraît antipatriotique de le prendre à témoin de nos divisions. Sans doute, certaines opérations financières eussent pu être mieux conduites. Mais avant fout il fallait se procurer de l'argent. « Les opérations militaires entamées, écritil, ne pouvaient, tout le monde le reconnaît, être arrêtées par des considérations financières. Le succès pouvait peut-être se trouver dans la résistance, l'honneur y était à coup sûr. » Et il explique sans passion comment les hommes qui avaient assumé la lourde tâche de continuer la guerre ont été amenés à exiger du pays des sacrifices excessifs.
M. Thiers avait été extrêmement frappé de la lecture de ces mémoires et il s'en était exprimé de la façon la plus flatteuse. Il connaissait depuis longtemps M. Léon Say et, plusieurs fois, lors des luttes électorales de 1863 et de 1869, il lui avait demandé notamment des explications détaillées sur la situation financière de la ville de Paris. Mais il n'avait jamais été aussi bien à même d'apprécier les rares qualités de précision, de clarté et de méthode que
possédait M. Léon Say. De ce jour il le suivit avec une attention particulière, et on peut dire que déjà la place de M. Léon Say était marquée dans son conseil.
La discussion de la loi sur les élections municipales et sur le régime spécial à donner à Paris, qui eut lieu alors que Paris était en proie à Tinsurrection, devait donner l'occasion à M. Léon Say de montrer quelles étaient ses idées sur le rôle et Fimportance de la commune dans la nouvelle organisation politique. Dans le projet présenté par le gouvernement, la formation de la liste électorale était réglée par un dos articles généraux, qui ne faisaient entre la liste municipale et la liste politique d'autre différence que celle du domicile. Tandis qu'il suffisait d'être domicilié depuis six mois dans une commune pour y acquérir la qualité d'électeur politique, il fallait prouver un domicile d'une année pour y être inscrit comme électeur municipal. Les doux listes étaient donc à peu près identiques; c'est cette symétrie que combattit M. Léon Sav.
Pendant sa campagne contre l'administration de M. Ilaussmann, il avait été choqué do l'injustice qu'il y avait à appliquer, à Paris, la liste politique aux élections municipales. Dos dépenses considérables avaient été faites depuis plusieurs années, grâce à des fonds empruntés pour quarante ou cinquante ans, et le poids de ces dépenses avait été par toutes sortes de combinaisons rejeté du présent sur l'avenir. Quelle
garantie pouvait-on trouver contre la continuation de ce système ruineux, si on mettait les finances de la ville de Paris entre les mains d'électeurs de passage, ayant tout intérêt à se décharger dans le présent, au préjudice d'un avenir avec lequel ils n'avaient aucune raison de compter?
M. Léon Say démontra que le gouvernement en proposant cette disposition, et la commission en l'acceptant, avaient fait fausse route. Que fallait-il faire tout d'abord? 11 fallait rechercher quels étaient les véritables membres de l'association communale et, lorsqu'on les aurait trouvés, leur accorder le principe du suffrage universel. C'est ce qui a été fait dans la loi électorale politique. Par cette loi, on a accordé le suffrage aux Français et non aux étrangers; on a donc dû, avant d'accorder le suffrage universel aux Français, décider qui était Français et qui ne l'était pas. Nous savons comment un étranger peut acquérir la qualité de Français et, une fois qu'il Ta acquise, nous savons qu'il rentre dans le droit commun pour l'exercice de ses droits électoraux.
C'est ce qu'on aurait dû faire pour la loi électorale communale; il aurait fallu d'abord déterminer d'une manière précise quels sont les étrangers à la commune qui, parle fait d'une certaine naturalisation, pouvaient être regardés comme membres de celte commune, comme membres de l'association communale. Pour faire partie d'une commune, il faudrait un autre droit que celui qui résulte d'un simple domicile d'une année.
« Quant à moi, disait M. Léon Say, je considère qu'on appartient à l'association communale quand on est né dans la commune. Il est certain que nous avons deux patries : la grande et la petite; et alors même que nous sommes éloignés de la petite, c'est-à-dire de la commune où nous sommes nés, nous conservons toujours des sentiments d'affection pour cette seconde patrie, et un grand intérêt pour sa situation et ses affaires. A ceux qui sont nés dans la commune, je ne discuterais pas leur droit, et quand même ils auraient été absents pendant longtemps, lorsqu'ils reviendraient, je ne leur demanderais que six mois de domicile pour rentrer dans leurs droits électoraux. Mais, quant à ceux qui sont des étrangers, comme j'en vois, par exemple, un grand nombre à Paris, étrangers venus de tous les points de la province et opprimant en réalité les vrais Parisiens, à ceux-là, je demanderais des garanties sérieuses, d'autant plus sérieuses qu'on voit souvent ces étrangers s'établir dans la capitale pour une année ou deux, durant les-! quelles il leur est parfaitement indifférent que lacom-i mune s'obère par des charges résultant d'emprunts trop fréquents, les gros impots ne devant être prélevée pour faire face à cette charge que lorsqu'ils n'y seront plus. »
En conséquence, M. Léon Say était d'avis d'imposer à ces étrangers des conditions très sévères de naturalisation communale : deux ans de domicile, trois ans, voire quatre et même cinq ans. Ces observations.
présentées avec un rare talent d'exposition, firent impression sur TAssemblée, qui renvoya la question à Texamcn de la commission. Mais quelques jours après, à la suite d'un long débat, auquel M. Léon Say prit une part active, Tamendement ne fut pas pris en considération. Enfin, dans la séance du 12 avril, M. Léon Say parvint, au prix d'efforts persévérants, à faire écarter un projet de la commission qui consistait à faire élire le conseil municipal de Paris au scrutin de liste par arrondissement, avec un nombre de représentants proportionnel à sa population. Il proposa de substituer le vote par quartier. « A Paris, disait-il, si vous ne concentrez pas les élections dans des sections, si vous ne trouvez pas des sections naturelles — et je crois que nous les aurons trouvées dans les quartiers, — vous aurez nécessairement pour candidats des notoriétés politiques; la seule manière d'éviter les notoriétés politiques, c'est d'organiser des circonscriptions qui aien un intérêt municipal h part. Ces circonscriptions, je crois que vous les trouverez naturellement dans les quartiers. Si vous faites des élections au point de vue dos quartiers, ce sera l'intérôt municipal du quartier (jue cherchera à représenter le candidat; vous aurez ainsi un conseil municipal composé d'une façon plus sérieuse, plus solide au point de vue de la pratique des affaires. »
La loi fut enfin votée d'ensemble le 14 avril. Elle donnait à Paris un conseil municipal élu par quar-
lier, par le suffrage universel, eldes maires et adjoints choisis par le gouvernement, mais la théorie de la naturalisation municipale avait été malheureusement écartée. Ce fut une lourde faute, comme les événements ne tardèrent pas à le prouver.
Pour mettre en mouvement l'organisation nouvelle, il fallait un homme décidé à accepter les responsabilités, et assez habile pour créer de toutes pièces les rouages d'un organisme compliqué et délicat. La part considérable qu'il venait de prendre dans ce grave débat, la connaissance profonde qu'il avait des ressources financières et des besoins de la capitale, tout désignait M. Léon Say au choix du chef du pouvoir exécutif et du gouvernement. Au conseil des ministres, M. Thiers proposa de nommer M. Léon Say préfet de la Seine, et ce choix fut unanimement approuvé. M. Léon Say, averti par M. Jules Simon, « fit le mort » *. Quelques jours après, le gouvernement revint à la charge. M. Thiers insista particulièrement sur cette considération qu'il avait besoin d'un préfet de la Seine assez fort<' pour se tirer d'affaires tout seul », alors que l'attention du gouvernement était absorbée par mille occupations de la plus haute importance. Il parla d'un grand devoir à accomplir. M. Léon Say céda et le 5 juin 1871, alors que Paris fumait encore sous un amas de décombres, le Journal officiel enregistrait sa nomination à la préfecture de la Seine.