Préfet de police
Conformément au désir de M. Buffet, le Maréchal fit donc appeler, le 8 janvier, M. Léon Say pour rengager à faire disparaître son nom d'un manifeste qui, pas plus que les deux autres candidats dont il portait la signature, ne présentait de garanties suffisantes au point de vue conservateur. M. Léon Say refusa nettement.
Le lendemain, le Maréchal lui donna à entendre qu'il eût à se démettre de ses fonctions. Séance tenante, M. Léon Say déclara qu'il était démissionnaire. Mais M. Dufaure prévint immédiatement le Maréchal qu'il suivrait son ami dans la retraite; on parlait du départ possible du duc Decazes, de M. Wallon et de M. Caillaux. Le Maréchal, effrayé de l'étendue d'un mouvement dont il n'avait pas soupçonné les conséquences, fit appel à la conciliation et demanda à M. Léon Say de retirer sa démission. M. Buffet, luimême, eut sans doute peur d'un coup d'éclat; il céda une seconde fois. Le vendredi 14, on apprit que l'accord était rétabli, et que M. Léon Say reprenait son poste aux finances. « Nous sommes autorisés à affirmer de nouveau, disait le Journal des Débals en donnant cette communication, que M. Léon Say ne changera rien aux conditions dans lesquelles il s'est présenté aux suffrages des électeurs sénatoriaux de Seine-et- Oise, par la circulaire commune qu'il a signée avec MM. Féray et Gilbert Boucher. »
On sait le reste. Aux élections du Sénat, M. Léon Say passa avec 589 voix sur 788 inscrits; M. Buffet
n'était pas élu dans les Vosges. Enfin les élections pour la Chambre portèrent le coup de grâce au cabinet du 10 mars. Les gauches obtinrent une victoire éclatante; M. BuDet n'était élu nulle part. Le 23 février, il résigna ses fonctions. M. Dufaure lui succéda à la tète du ministère, où M. Léon Say continua à diriger les finances.
Peut-être avons-nous insisté bien longuement sur les dissentiments de M. BuDet et de M. Léon Say; il était, croyons-nous, utile de les connaître pour comprendre le mérite que 31. Léon Say eut à tenir, si haut et si ferme, le drapeau de la gauche dans un cabinet ^n majorité réactionnaire. Le gouvernement mit plusieurs fois, dès cette époque, la France à la veille <l'un 16 mai; Taltitude de M. Léon Say et de ses amis «n préserva momentanément le pays.
Par son attitude ferme et modérée, M. Léon Sav assura ainsi le maintien des institutions républicaines, lia crise se terminait d'une manière que M. Buffet Ti'avait pas prévue, et il dut se repentir d'avoir provoqué des incidents qui, dans son esprit, devaient amener l'élimination du centre gauche, tandis qu'au contraire ils avaient hâté et consolidé la victoire des idées libérales.