Discours prononcé au Sénat, 21 mars
M. Léon Say avait déposé son projet de loi. D'ailleurs, sans vouloir outrepasser ses droits, le ministre s'était efforcé, suivant l'exemple de ses prédécesseurs, de remédier à la spéculation qui s'opérait sur la conversion des lingots. Gomme aucun texte n'assignait de terme obligatoire à l'échéance des bons de monnaie, il l'avait reculée autant qu'il avait pu, quelquefois même jusqu'à treize mois, de manière à immobiliser le plus longtemps possible les lingots dans les creusets de la Monnaie; de cette façon, leurs propriétaires étaient privés, pendant cette longue période, de l'intérôt de leur argent, et voyaient leur gain diminué d'autant. Mais on ne pouvait d'ailleurs reculer l'échéance indéfiniment, et enfin, comme l'indiquait avec beaucoup de justesse M. Léon Say, il n'était pas exact que cette spéculation si vivement prise à partie fût, elle-même, illégitime :
« Il y a, en effet, disait-il, ici, en France, des commerçants qui exportent au Mexique ou dans d'autres pays producteurs d'argent, certaines marchandises, et qui reçoivent en payement de ces marchandises des lingots d'argent... Et nous irions dire à nos exportateurs : Vous recevrez en payement une valeur dont nous vous empêcherons de tirer parti! Nous mettrons obstacle à ce que M. de Parieu appelle votre spéculation, et qui n'est qu'un retour très naturel pour votre commerce * ! »