‹ Léon Say, sa vie, ses œuvresChapitre 31 sur 73 · PATRIE ET VÉRITÉ · texte numérisé non relu

PATRIE ET VÉRITÉ

r Ce discours, applaudi avec enthousiasme sur tous les bancs de la Chambre, eut dans le pays un retentissement considérable, et le même jour la discussion générale fut clôturée. Un amendement de M. Allain- Targé au chapitre V du budget du ministère des finances fut repoussé. Le succès personnel de M. Léon Say était déjà acquis, lorsqu*iI fut entraîné dans la chute du cabinet de Freycinet, renversé le 29 juillet sur la question d'Egypte.

Dans ce trop court ministère, si bien rempli, M. Léon Say avait tenté un effort suprême pour arrêter nos finances sur la pente fatale où elles commençaient à s'engager, [l s'était multiplié dans une tâche d'autant plus épuisante que les soucis financiers n'étaient pas les seuls à l'assiéger. La politique

extérieure de la France inquiétait également son patriotisme. Il se demandait avec anxiété si Tattitudè passive observée dans la question d'Egypte n'étaijt pas contraire aux intérêts du pays, et si on n'aurait pas plus tard à s'en repentir comme d'une faute. On s'abstenait, d'après lui, au moment où il aurait fallu intervenir. Mais il ne pouvait songer à faire naître à ce sujet, au sein même du cabinet, une crise qui n'eût servi qu'à discréditer le gouvernement aux yeux de l'étranger, et jamais il ne regretta autant d'être privé de sa liberté d'action.

Quelques mois après sa chute, M. Léon Say, revenant sur cette question, écrivait ces mots, hélas! trop vrais : c La France, en abdiquant, n'a pas su faire comprendre les raisons et, l'on pourrait dire, les conditions de son abdication, et elle semble aujourd'hui être en danger de perdre cette inQuence morale qu'elle n'a jamais entendu abandonner, alors qu'elle croyait seulement s'abstraire, au profit de son alliée, d'une action politique dont elle pensait pouvoir laisser l'initiative à l'Angleterre*. »

Les derniers mois que M. Léon Say avait passés au ministère, avaient donc été rudes pour lui. II quittait — pour toujours — le pouvoir, avec le pressentiment que son œuvre était désormais compromise, et que le Parlement s'éloignerait de plus en plus des traditions d'ordre et d'économie qu'il avait introduites dans la

1. Article paru en anglais dans la Forlniqhthj RewietVf reproduit dans le Journal des Économistes d*aoùl 1883.

gestion de nos flnances; mais du moins avec la consolation d'avoir fait plus que son devoir pour conjurer le péril financier, et le ferme propos de poursuivre, envers et contre tous, la lutte qu'il avait entreprise pour sauver et pour accroître le patrimoine de la France.

Page 1