CHAPITRE SEPTIÈME
A Pérouse.
La grande ville, qui sert d'intermédiaire entre Rome et Ancùne, entre ta vallée du Tibre inférieur et la région Apennins de Toscane et des Marches, est le chef-lieu de l'Ombrie, l'antique Pérouse, l'une des puissantes cités étrusques
des premiers temps de l'histoire, une de celles dont le voisinage, sondé par les travaux de fouille, a livré au regard des tombeaux du plus saisissant intérêt. Après chaque gtfërre, après chaque période de destruction et de ruine, la ville s'est vée, grâce à sa position des plus heureuses au bord d'une plaine très fertile et au point de jonction de plusieurs routes naturelles. A la fois toscane et romaine, elle devint, à l'époque de la Renaissance, le siège de l'une des grandes écoles de peinture: par Vanucci, le Pérugin, sa gloire est une des plus éclatante de l'Italie. Il reste encore à Pérouse de beaux monuments de cette époque célèbre. Actuellement, la ville n'est plus l'une des capitales artistiques de la Péninsule, m; comme siège d'université, elle a toujours son groupe de littérateurs et d'érudits; elle est aussi fort active; important le commerce des soies grèges ; la propreté de ses maisons et de ses rues, qui cependant ont gardé leur aspect original, la pureté df sod atmosphère, le charme de sa population, y attirent chaque été une partie considérable de la colonie
\ l'I I I I III
d'étran [Oi i ii lie qui p • «'ni I " 1 1 1 \ • * i i r
be mcoup di i tancé "M anciei rivali .1 ni
ilout le bassin lai v t changé <-ii «ruti 1
,11,1.' fertililé '•! qui lui jadi le prin< ipal mai 1 hé d •■■ ii de toute T Italie centrale ; e habitants, fort industrieux, ont gardé quelques spécialité 3 de fabrication, entr'autret l<
.1rs ,iim. I
lans ' i 1 1 calme el doui que, de
la mêlée politique, M P > oail exerçai Is (bai
pastorale, après} avoir exercé la charge administrative. Tel le préfet de Milan acclamé par le peuple qui !<• voulait pour évoque, ci qui fui If grand Ambroi
Le souvenir de saint \ i n l » i< >i > « - s'évoquait naturellement dans les esprits, a la venue <in jeune Pontife. Pour lui, grave et bon . il revenait à ce peuple qu'il connaissait «-t aimait, disposé a se dépenser tout entier i><mr l<i bien de son cher troupeau.
Il commença par Assise son premier retour dans au
diocèse. C'était une halte charmante que e<'tte ville d'Assise, si gracieuse à voir dans son doux paysage, célèbre a bon di par son temple de Minerve si parfaitement conservé, el par couvent magnifique où l'on admire les fresques de Cimabi t le dernier des peintres grecs, » et celles de son continuateur GiottO, « le premier des peintres italiens. » Ce n'est plus, aujourd'hui, qu'une bourgade sans activité, maisentoui d'une banlieue agricole, riche et populeuse. Puis. Anin résumait, pour l'âme pieuse du nouveau Pontife, tant desouvenh>' 11 faudrait cette âme elle-même pour redire l'émotion irrésistible qui gagne le voyageur à la vue de la petite ville, suspendue comme un nid d'aigle aux lianes du mont Soubase. Là naquit, là vécut, là pria et pleura, là souiïrit et aima, là mourut le séraphique François. Là vint au monde la famille franciscaine dont il sera l'un des plus ardents amis. Elle était là aussi
il RlCl l s, op. cit., p. 473.
LÉON MM
cette chétive chapelle de la Portioncule, maintenant enrichie de la plus large de tontes les iodulgen relique [n-rriousi* Je
cette pauvreté, dont saint François était, selon le mot énergique de Bossuet, l'amateur désespéré. »
Ce serait méconnaître ce qu'il j a de délicat dans rame «lu jeune êvéque, que de le croire insensible an charme doux, pur et calme de ce paysage ombrien, si bien décrit i».*ir Ozanam.
« Quand on a quitté Rome, en se dirigeanl vers le nord, après avoir traversé l'admirable déserl de la campagne romaine, et passé le Tibre un pen an delà de Cività-Castellana, on s'engage dans un pays montueux qui va s'élevant comme un amphithéâtre, uVs bords du Tibre jusqu'aux crêtes l'Apennin. Cette contrée retirée, pittoresque, salubre, se nomme l'Ombrie. Klle a Les agrestes beautés des Alpes, les cimes sourcilleuses, les forêts, les ravins où se précipitent les cascades retentissantes, mais avec un climat qui ne souiïre point de neiges éternelles, avec toute la richesse d'une v< tation méridionale qui mêle au chêne et au sapin l'olivier et la vigne. La nature y paraît aussi douce qu'elle est grande; elle n'inspire qu'une admiration sans terreur ; et, si tout y fait sentir la puissance du Créateur, tout y parle de sa bonté. La main de l'homme n'a point gâté ces tableaux. De vieilles villes comme Narni, Terni, Amelia, Spoleto, se suspendent aux roches ou se reposent dans les vallons, encore toutes crénelées, toutes pleines de souvenirs classiques et religieux, fières de quelques saints dont elles conservent les restes, de quelque grand artiste chrétien dont elles gardent les ouvrages. Il y a bien peu de sommets, si âpres et si nus, qui n'aient leur ermitage, leur sanctuaire visité des pèlerins. Au cœur du pays, s'ouvre une vallée plus large que les autres : l'horizon y a plus détendue ; les montagnes environnantes dessinent des courbes plus harmonieuses ; des eaux abondantes sillonnent une terre savamment cultivée. Les deux entrées de ce paradis terrestre sont gardées par les deux villes de Pérouse au nord
CHAPITRA i i i n
et de i "ii [do au midi. Du le l'occidenl est la p< l de Mevania, où naquit Properce, le peu te de plai il .1 1 Orient, el sur an coteau qui domine tout le pa ^•,
où devait naître le chantre d'an meilleai atnoai I >. »
h \ i b, apn être i afi alçhi l'âme an i ontai I matei oel de Notre Dana \ , Mgi Pe& i, archevi que - év< que 2
de Pérouse, s'achemina rei a i ille i piscopale, où il B( entrée solennelle le 26 juillet 1846.
La cérémonie d'intronisation fui splendide. Après an den giècle écouléj Léon Mil ne se la rappelle jama inevive
émotion.
Monté, selon l'usage antique el les prescriptions do Pontifical, sur un cheval richemenl carapaçonné de blanc, il a avan • ait lentement, sous un large dais que portaient huit séminaristes. Les trompettes, suivis de massiers, ouvraient la marche, el les petits enfants répandaient des (leurs sur le passage de celui qui venait au nom «lu Seigneur. Tout le clergé, les autorités, le peuple entonnaient l'ovation triomphale, el les ans retentissaient d'acclamations enthousiastes. Les rues, oni de guirlandes et de tentures, donnaient à la ville entière an air de fête.
On remarqua avec quelle complaisance ie jeune Évoque arrêtait ses regards sur les clercs de son séminaire. Il l'avait dit, du reste, dans sa lettre pastorale de prise de possession, en s'adressant directement à eux :
« Nous promettons de prendre un soin particulier de votre éducation. Nous visiterons fréquemment le séminaire, nous demanderons souvent compte de votre éducation et de votre conduite, et nous n'omettrons rien de ce qui pourra contribuer à la prospérité de cette très sage et très utile institution. »
11 tint parole.
(') Ozan'am, les Poètes franciscains en Italie au treizième siècle, p.
Aujourd'hui Archevêché, Pérouse n'était alors qu'Évèché. Mais Mgr Pecci ayant déjà porté un titre archiépiscopal, devait le conserver suivant la règle canonique et l'adjoignit à celui de son nouveau titre épiscopal.
Les séminaires sont l'espoir de l'Église. Rien n'est plus les sollicitudes de l'ôpiscopat. Mgi Pecci, qui l'avait compris, voulut être le premier supérieur du sien.
Après avoir sacrifié nue aile de sa propre résidence peur l'agrandissement de celle de ses jeunes clercs, il pouvait dire ax-ci étaient ••h»'/ lui. Maîtres et élèves se sentaient soutenus, dirigés, surveillés par le maître de la maison. L'émulation j gagnàj comme le zèle et, ce qui vaut mieux encore, la confiai]
Le docte et charmant biographe de la Vita Leii i de Léon XIII. le professeur Jérémie Brunelli, n'a eu qu'à écrire sous la dictée de ses propres souvenirs pour relater une foule de traits probants à cet égard. Combien nous regrettons de ne pouvoir tout traduire! Du moins, nous en donnerons quelque chose. Et d'abord, cette anecdote caractéristique :
« Ni mes élèves, ni moi, dit-il, n'oublierons jamais cet incident. Je ne sais comment la chose se fit; mais, un jour. je manquai d'être a ma place, dans une classe de belles-letti ■a l'heure réglementaire. Je me hâtai, en m'apercevant de mon retard, «le réparer ma faute avec l'appréhension d'un homme qui s'attendait, comme à la chose du monde la plus ordinaire, à trouver l'Évéque dans les corridors, où il avait coutume de veiller à l'ordre et au silence. Mais quel ne fut pas mon étonnement, en entrant dans ma classe, de le voir assis d ma chaise, occupé à traduire pour mes élevés un ; 'de
la MUonienne, Surfaisant admirer et goûter, dans sonlang si élégant, le bon goût et les beautés cachées de la composition fi du style.
» D'abord confus, je me rassurai bientôt, et je m' sur g bancs parmi les écoliers, priant mon auguste suppléant de