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CHAPITRE DIX] ÈME

Premiers Actes.

Placé, comme nous le sommes en ce moment de notre récit devant l'immensité des œuvres accomplies en quelques am de Pontificat, on de nos prédécesseurs dans la tâche que nous avons entreprise s'avouait vaincu d'avance. Comment suffire à cette course, fût-elle de géant, à travers tant d'initiatives, rits, de sollicitudes embrassant le monde entier et remplissant le vaste champ de l'univers, comme si leur auteur 86 jouait dans l'espace, encore trop étroit pour lui.

Mais, écoutons l'historien (1), auquel nous venons de faire allusion.

« Un grand règne avait pris fin, et un grand règne commençait : Léon XIII allait soutenir les droits de la vérité et de la justice, comme Pie IX l'avait fait avec un invincible courage. Et cependant, que voyait-on au commencement de cette année 1878? Le monde entier se coalisait contre le Vatican. En Italie, les funérailles de Pie IX offraient le spectacle de scènes scandaleuses, et la guerre s'annonçait implacable ; la Russie ne répondait pas à la lettre d'avènement de Léon XIII, et l'Allemagne, ce qui est pire, y répondait dans des termes inconvenants; en Orient, le schisme arménien éclatait; en

(1) Xotice biographique sur Léon XIII, placée en tète du Recueil des Lettres apostolique, etc., de Sa Sainteté.

Autriche, en Hongrie, en Galicie, la persécution grandissait; en Espagne, le carlisme et son organe, le Siglo futw laient le brandon de la révolte; Jules Ferry, en France, préparai! l'article 7; la Belgique rompait tout rapport diplomatique avec Home.... El aujourd'hui, que royons-noos? la paix religieuse tend à se rétablir; mais, jusque dans les pays infortunés, tombés aux mains des pues sectaires, une masse considérable de vrais catholiques impose du respect aux révolutionnaires les plus déterminés. A qui rapporter l'honneur de ce revirement d'opinion ' Evidemment. ;'i la e du Pon-

tife qui dirige le monde catholique. Mais, dans un Pontificat où chaque jour est marqué par un acte remarquable, nous ne pouvons en signaler qu'un petit nombre, et, en même temps, le respect aussi bien que l'obéissance à l'avertissement du Saint-Esprit de ne point louer les hommes avant leur mort, nous retiendront dans le rôle de simple narrateur. Les faits, d'ailleurs, parlent d'eux-mêmes.

» Le nouveau Pontife, véritablement assisté de l'Esprit- Saint, a pris de suite son vol dans ce ciel de l'Église, dont il est la lumière. »

C'est le 28 mars 1878 que le nouveau Pape harangua, pour la première fois, le Sacré-Collège, réuni autour de l'élu en consistoire.

D'une voix ferme , quoique sensiblement émue, le successeur de Pie IX disait aux cardinaux, dont hier encore il était le frère :

« Lorsque, le mois dernier, Nous fûmes appelé, par vos suffrages, à prendre le gouvernement de l'Église universelle et à devenir sur la terre le Vicaire de Jésus-Christ, Prince

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des l'^isiiMir.s. n » u 1 ^ .-i\i»ii> M'uti \iitir iii'iii l'mu d'an Irooble ex t ré dm el d'une grande crainte.

n'uni1 part, Bo effet, Nous étioni profondément élira] al par i«i sentiment intime de Notre indignité el par II I blesse de Nos forces rraimenl inégales i no tel fardes i ttc faiblesse, d'ailleurs, paraissait d'autan! plus [rande que la renommée de Notre prédécesseur Pie IX, d'immortelle m< moire, s'était répandue dans le monde a?ec ploi d'éclal el de gloire. Car cet insigne Pasteur du troupeau catholique a, en effet, combattu arec une âme toujours infincible pour la rérité et pour la justice; il a gouverné d'une façon exemplaire el arec de grands labeurs la république chrétienne, el non seulement il a illustré ce Siège apostolique par la splendeur de ses vertus, mais il a encore tellement rempli l'Église uniferseile d'amour et d'admiration pour lui, que, de même qu'il a surpassé tous les Pontifes romains par la durée de son Pontificat, de même aussi il ,-i reçu plus qu'aucun autre peut-être, de très grands témoignages d'une vénération et d'un dérouement publics et constants.

» D'autre part, Nous avions un grand sujet d'angoisse à la vue de la très pénible condition où, de nos jours, et presque sur toute la terre, se trouvent, non seulement la société civile, mais encore l'Église catholique et, en particulier, ce Siège apostolique, qui, dépouillé par la force de sa domination temporelle, se voit réduit à ne plus pouvoir user de sa puissance pleine, libre et indépendante.

» Mais quoique, Vénérables Frères. Nous fussions induit par ces motifs à refuser l'honneur qui Nous était conféré , comment cependant aurions-Nous pu résister à la volonté de Dieu qui Nous était manifestée si clairement par l'union de vos suffrages et par cette très pieuse sollicitude qui , Vous portant à considérer avant tout le bien de l'Église catholique, fit que vous étiez surtout préoccupés d'accomplir le plus tût possible l'élection du Souverain Pontife?

j> C'esl pourquoi N< ns avons cm de Notre devoir d'accepter la charge du suprême Apostolat qui Nous était offerte et d'obéir à la volonté divine, plaçant d'ailleurs toute Notre confiance en Dieu el espérant fermement que celui qui Nous conférait cette dignité, accorderait aussi la force à Notre humilité.

» Et puisqu'il Nous est donné maintenant, Vénérables Frères, d'adresser, de ce lieu et pour la première fois, la paroleà Votre très illustre Collège, Nous déclarons tout d'abord en Votre présence que rien ne Nous sera pins à cœur dans cette charge de Notre servitude apostolique que de diriger, avec l'aide de la grâce divine, tous Nos soins à conserver saintement le dépôt de la foi catholique, à garder fidèlement les droits et les intérêts de l'Église et du Siège apostolique, à veiller enfin au salut de tous, prêt à ne fuir, en toutes circonstances, aucun labeur, à ne refuser aucune épreuve et à ne jamais permettre que Nous semblions faire un plus grand compte de Notre vie que de Nous-mème.... »

Mais la Secte, abusant du renom qui assurera dans l'histoire à Léon XIII le titre de Pape conciliateur, affectait de répandre le bruit que les concessions du nouveau Pontife étonneraient bientôt le monde et consacreraient les envahissements sacrilèges des spoliateurs de l'Église.

On n'attendait donc pas, sans quelque anxiété, le premier enseignement de Léon XIII. Sa première Encyclique répondit à l'attente universelle.

« Dès les premiers instants de notre Pontificat, y disait le sage Pontife, ce qui s'offre à Nos regards, c'est le triste spectacle des maux qui accablent de toutes parts le genre humain : et cette subversion si générale des vérités suprêmes qui sont comme les fondements sur lesquels s'appuie l'état de la société humaine ; et cette audace des esprits qui ne peuvent supporter aucune autorité légitime; et cette cause perpétuelle de dissensions d'où naissent les querelles intestines et les guerres

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cruelles et an [lante . le mépi eui

ci protègent la justice; l'insatiable cupidité dei chose qui eut et l'oubli des cho e éternelles, po l'an et l'autre jusqu'à cette Fureur insensée qui amène partout tant de malheureux à porter, ians trembler, sttr eux mêmes, de mains violentes : l'administration inconsidérée de la fortune publique, la profusion, la malversation, commi i l'impudence de ceux qui, commettant les plus grandes fourberii de se donner l'apparence de défenseurs de la patrie, de la liberté et de tous les droits; enfin, cette sorte de peste d telle qui, s'insinuant dans les membres de la société humaine, m» lui laisse point de repos <it lui prépare de nouvelles i Unions et de funestes catastrophes.... »

Le Vicaire de Jésus-Christ entrait ensuite dans les détails, montrant combien il se rendait un compte exact des péri des remèdes a y opposer.

Il renouvelle solennellement les protestations «I»1 son prédécesseur; car, si ses héritiers se succèdent sur le S immortel, posé par Jésus-Christ au centre de l'unité catholique, Pierre ne meurt jamais.

• C'est pourquoi, dit-il, pour maintenir avant tout, autant qu'il est en Notre pouvoir, les droits de la liberté de ce Saint Siège, Nous ne cesserons jamais de combattre pour conserver à Noire autorité l'obéissance qui lui est due, pour écarter les obstacles qui empêchent la pleine liberté de Notre ministère et de Notre puissance, et pour obtenir le retour à cet état de choses où les desseins de la divine Sagesse avaient autrefois placé les Pontifes romains. Et ce n'est ni par esprit d'ambition, ni par désir de domination, Vénérables Frères, que Nous sommes poussé à demander ce retour; mais bien par les devoirs de Notre charge et par les engagements religieux du serment qui Nous lie : Nous y sommes en outre poussé, non seulement par la considération que ce principat Nous est nécessaire pour défendre et conserver la pleine liberté du pou-

voir spirituel, mais encore parce qu'il a été pleinement constaté que. lorsqu'il s * ; i lt i t <lu Principal temporel da Siège apostolique, c'est la cause même «lu bien public et du salut de tout** la société humaine qui esl en question. Il suit de là qui raison dn devoir de Notre charge, qui Nous oblige à défendre les droits «1»' la Sainte Église, Nous ne pouvons Nous dispenser de renouveler et de confirmer dans cette lettre les déclarations et les protestations que Notre prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, a plusieurs fois émises et renouvelées, tant contre l'occupation du pouvoir temporel que contre la violation des droits de l'Église romaine. Nous tournons en même temps Notre voix vers les princes et les chefs suprêmes des peuples, et Nous les supplions instamment, par l'auguste nom du Dieu très puissant, de ne pas repousser l'aide que L'Église leur offre dans un moment aussi nécessaire d'entourer amicalement, comme de soins unanimes, cette source d'autorité et de salut, et de s'attacher de plus en plus à elle par les liens d'un amour étroit et d'un profond respect.... »

On s'obstina à établir une sorte d'opposition entre les deux grands Papes. Léon XIII, disait-on, ne serait jamais le Pape du $ y II ab u s.

L'année 1878 n'était point finie, que le successeur de Pie IX répondait à cette insinuation, dont la perfidie était transparente, en dénonçant le rationalisme, issu de la grande hérésie du x\ie siècle, comme la source du socialisme, du communisme et du nihilisme.

« Cette audace d'hommes perfides qui menace chaque jour de ruines plus graves la société civile, et qui excite dans tous les esprits l'inquiétude et le trouble, tire sa cause et son origine de ces doctrines empoisonnées qui , répandues en ces derniers temps parmi les peuples comme des semences de vices, ont donné, en leurs temps, des fruits si pernicieux. En eflet, vous savez très bien, que la guerre cruelle qui, depuis le wi° siècle, a été déclarée contre la foi catholique par des

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novateur . fl tait i ce bal d'écarter toute révélation el de 1 1 n rerser tout l'ordre ni naturel, afin que I fûl ouvert am

inventions ou plutôt aux délires de la teule i ai on.

.» Tirant bypoci îtemenl son nom de la rai on, cette erreur qui Datte el excite la passion de grandir, naturelle au cœur de l'homme, el qui lâche les rênes i tous les genre! de pa ion a spontanément étendu sesrs non pas seulement dai esprits d'un grand nombre d'hommes, mais dans I civile elle-même. Alors, parnne impiété toute nouvelle et que les païens eux-mêmes n'ont pas connue, on a vu se constituei des gouvernements, sans qu'on tint nul compte de Dieu et de l'ordre établi par Lui : on a proclamé que l'autorité publique ne prenait pas de Dieu le principe, la majesté, la force de commander, mais de la multitude du peuple, laquelle, se croyant dégagée de toute sanction divine, n'a plus souffert d'être soumise à d'autres lois que celles qu'elle aurait portées elle-même, conformément à son caprice.... »

La conclusion ne pouvait manquer d'impressionner les chefs des peuples. Le Père commun des fidèles le leur disait, ai une tendre mansuétude :

« Nous à qui incombe le gouvernement de toute l'Église, de même qu'au commencement de Notre Pontificat. Nous avons déjà montré aux peuples et aux princes ballottés par une dure tempête le port du salut, ainsi, en ce moment du suprême péril, Nous élevons de nouveau avec émotion Notre voix apostolique pour les prier, au nom de leur propre intérêt et du salut des États, et les conjurer de prendre pour éducatrice l'Église qui a eu une si grande part à la prospérité publique des nations, et de reconnaître que les rapports du gouvernement et de la religion sont si connexes que tout ce qu'on enlève à celle-ci, diminue d'autant la soumission des sujets et la majesté du pouvoir. — Et lorsqu'ils auront reconnu que l'Église de Jésus-Christ possède, pour détourner le fléau du socialisme , une vertu qui ne se trouve ni dans les lois

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humaines, m dans les répressions des magistrat*! m dans les armes des soldats, qu'ils rétablissent enio cette Église dans la condition et la liberté qu'il lui faul pour exercer, dans l'inlôrôl 'I'' toute l.i société, sa très salutaire influence. »

ou.' nouvelle Encyclique produisit une très salutaire impr< sion sur les gouvernements. Presque i'»n- ceui d'Europe, ceux de Russie, d'Allemagne »'t de Suisse, entre autres, nourrissaient contre 1<1 Saint Siège d'injustes préventions et persécutaient les catholiques. Ces deux premières lettres pontificales calmèrent, firent même tomber les vieilles défiances. Le Pape, pardonnanl les injures, leur a ofïerl la paix et son amitié. Il leur a dit :

« Je suis le Père de tous les chrétiens; je veux la bonne harmonie entre tous les pouvoirs, la subordination des sujets à leurs princes, Tordre, la justice et la charité partout.... »>

On n'a pas oublié ce que nous avons dit du goût et du culte de l'Évêque de Pérouse pour la philosophie et la méthode de saint

Thomas d'Aquin.

Restaurer la philosophie chrétienne fut une de ses premières préoccupations sur le Siège apostolique, comme elle l'avait été sur le trône épiscopal de fOmbrie.

Nous l'écrivions, dans nos notes de voyages au retour d'un premier pèlerinage aux pieds de Léon XIII, et, en les relisant.. nous n'avons rien à y changer. Nous les donnons donc, telles que nous les écrivîmes en 1885.

La théologie est la science des affirmations divines. Lorsque l'homme accepte simplement ces affirmations, il est à l'état de foi ; lorsqu'il établit le rapport de ces affirmations entre elles et avec tous les faits extérieurs de l'univers, sa foi est à l'état théologique ou scientifique.

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