CHAPITRE DOUZIÈME
Chez Léon XIII.
A mesure que ce récit s'avance, et en face <lu monceau de faits qu'il nous faudra toucher à peine d'un geste, nous sentons le besoin de ramener l'esprit de nos lecteurs, surtout parmi les jeunes pour lesquels surtout nous écrivons, sur l'intérieur de l'homme qui a accompli tant de grandes choses.
C'était au mois d'avril 1882, l'auguste Pontife avait daigné nous élever à l'honneur d'appartenir aux prélats de sa maison. La reconnaissance, comme le respect nous amenait à Rome, où le Saint-Père avait la bonté de nous accorder une longue audience.
De cette entrevue, la première avec Léon XIII, le souvenir est demeuré ineffaçable dans notre mémoire, et nous l'emporterons de ce monde dans l'autre, comme l'une des grandes grâces que Dieu a faites à notre humble vie.
Nous venons de relire les pages que nous écrivîmes, au sortir de cette audience. 11 y a là des traits, des impressions vécues, des émotions saisies sur le fait, que rien ne saurait remplacer. A ce titre, on nous permettra de les publier ici, malgré leur caractère intime. C'est peut-être le meilleur moyen d'achever la peinture du héros de ce livre.
C'est le grand jour ! A mon réveil, celte pensée me domine. Jlttc dics quam fccil Dominas, cxuUemus et ïœtemur in cal Elle ne me quitte plus.
Chemin faisant, mon saisissement frappe l'éminent introducteur, à qui je devais la grande faveur dont je vais être
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bODOré. \ plu itMir r«'|»i i <• , il «lui nu' lu i . 60 1 1 IDl , du
mutisme où je ne renfermai de plm en plu* . •• m approchions do Vatican.
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milliers de princes de l'Égli è al de princi peuplait tanl
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Comme eux, j'allais me prosterner aui pieds do Pontife immortel I Encore un peu, et j'allais voir le repn entanl risible de la Divinité, j'allais entendi roix, être béni de .1 main, moi, obscur, perdu dans l'immense troupeau dont H est le berger). .. Undehocmihif... Quenepuis-je partagei ce bonheur avec tous mes amis de France I.., Cette exclamation de Mgr Gaume me revient à la mémoire. Je vais voir et vén le successeur de Pierre l<i Galiléen, dansce même palais bâti sur celui de Néron, aux mêmes lieux où les chrétiens servirent de (lambeaux vivants pour les yeux de César, où le premier des Papes fut crucifié, où Pie VI qui, suivant les prédictions de l'impiété, devait être le dernier Pape, fut saisi et enlevé comme un malfaiteur. Eh! bien, oui, Église catholique, divin»; enclume forgée par le Christ, vous avez usé tous les marteaux : les Nérons anciens et les Nérons modernes ont pa et le Pape seul demeure!
Dans l'antichambre, l'aimable et obligeant Mgr Boccali, échanson du Pape, coppiere, comme on dit au Vatican, nous a accueillis avec un gracieux empressement. Figure ouverte, sympathique, qui respire la franchise et l'esprit, le jeune prélat, que Léon XIII a amené de Pérouse, est serviable et doux. Je recueille là bien des renseignements qui intéressent ma piété filiale. Mais, j'ai beau lutter contre l'émotion, elle me gagne et me domine si fort que, lorsque le garde-noble vint m'avertir que le Souverain Pontife m'attendait, c'est à peine si j'avais la force de franchir le petit corridor qui mène au cabinet du Pape. Je venais de traverser des salles magni-
2l£ LÉON XIII
Qques, Ornées de t»-tjtin ♦•> m dama> iuiil'<\ (]i> t;il)|r;ui\
choisis, de christs en Ivoire; au routes brillantes, aui parquets couverts de riches lapis, «*t je me trouvais .m seuil d'une cellule ,1.' religieux, plus que modestement ;;n\i\r de meubles recouverts il.- serge verte, avec d<i> rideaux de mousseline aui Fenêtres.
J'aperçus un vieillard, vôtu de blanc, debout, adossé à son bureau de travail; j»' tombai à genoux. Ces! l'étiquette. Je n'avais pas besoin qu'elle me i<i commandât. Tous les plus vifs sentiments de mon âme, mon baptême, ma confirmation, mon sacerdoce, toutmejetail prosterné devanl cette apparition «lu passé, 'lu présent et de l'avenir, qui est le Vicaire «lu Christ en terre, la plus haute expression de Dieu «-t l'image la plus sereine de son souverain pouvoir.
Une voix douce, harmonieuse, comme un timbre d'or, me tira de ces pensées.
— Ah! Monseigneur Ricard, venga qui, approchez-vous de
moi'
Et comme je voulais continuer les génuflexions d'usage, le Suint-Père fit un pas vers moi pour m'eu empêcher.
Je tombai à ses pieds, et je baisai avec amour la croix brodée sur la chaussure blanche de notre Père.
Alors seulement, j'osai lever les yeux vers ce visage, qu'où m'avait dit ravagé par la vieillesse et les sollicitudes accablantes de la papauté. Léon Mil est âgé de soixante-quatorze ans, et porte avec aisance. Ses cheveux blancs fort drus forment une sorte de couronne autour du plus beau front qu'on puisse voir: ils sortent sur les tempes de la calotte blanche et viennent se ranger en auréole autour de cett»' tète, qui respire l'intelligence et la grandeur. La bouche est belle, saine et bien meublée. Le visage long est empreint d'une admirable sérénité, traversé par moments comme d'un nuage qui court sur l'azur. Mais, un pli de ses lèvres sourit, tandis que l'œil bleu., un œil splendide. pétille et descend son regard profond jusque dans l'intime de l'être.
Pour rendre mon impi d, j'ai !>»■ «nu «le «app< ■!• > iuhî remarque de M i Dupanloup, qui ne revient préci émei la mémoii
Lorsque je me trouVe dans ane réunion disait l'évéque «r< Irléan . j'interroge les phj lionomie cherche quel est celui à qui je me coo volon
tiers.
C'est l'impression que produit, i première nie, la personne auguste du Souverain Pontife. On se --'lit si bien en la | sence «l'un père, d'un vrai père, héritier de la douceur majes tueuse «lu Christ, que l'âme s'ouvre, comme s'ouvraient les âmes que louchaient les regards de lésus, et on sérail heui île confier à cette oreille préoccupations et ses secrets plus intimes, car d'instinct, on devine qu'on entendrait tomber de cette bouche les paroles qui consolent et «pu fortifient.
Quelque fatigue cependant apparaît dans l'ensemble. L corps n'est ni voûté, ni cassé. Il marche très droit, et ne perd aucun des avantages que lui donne sa taille élevée. Mais, il j a un peu de lassitude dans l'ensemble, moins que n'en ont dit les journaux hostiles, mais assez pour expliquer cette page, juste et bien observée que vient de lui consacrer, aujourd'hui même, M. Marcade.
« Lorsque le Conclave de 1878 eut proclamé le cardinal Pecci Souverain Pontife, un des hommes les plus distingués de l'aristocratie romaine s'écria :
» — Je connais mon monde. Depuis Benoît XIV, il n'y a pas eu de Pape de cette valeur.
» En cinq années cet horoscope a été dépassé.
» Si le Saint-Père mène à son terme quelques affaires conduites jusqu'à présent avec une prodigieuse habileté, il faudra dire :
» Depuis Sixte-Quint, il n'y a pas eu de Pape pareil. Léon XIII est un Pape complet, un prêtre modèle.
» Loi aussi, il peut dire i l'immense armée de prêtres, moines, de religieuses qui obéissent à ses ordre — /.' cemplar dedi vobis,
» Il faut voir a?ec quel recueillement il remplit tontes lea fonction! sacrée
i C'est on èrudit et un littérateur. Personne ne possè les élégances de la langue latine comme le Pape. Ni la France ni l'Allemagne ne peut citer un humaniste de sa force. 11 rédige ses Encycliques lui-même et compose des poésies 'l'un maître garant.
» Homme politique, il est revenu à la tradition véritable des Papes : la diplomatie.
» Patiemment, sûrement, il dénoue les difficultés, et c'est bien avec des hommes tels que lui, que la Papauté continuera à être « une des grandes institutions politiques du monde, » selon la parole de M. Duclerc. L'ancien président du Conseil n'a jamais mieux dit.
» Ces qualités souveraines, si rarement réunies dans un seul homme, Léon XIII les met en œuvre avec une puissance de volonté étonnante.
)> Connaissez-vous dans l'humanité entière quelqu'un qui accepterait un labeur semblable à celui du Pape.
» Sa vie se résume dans ces deux mots : travail et prière.
» Sans récréation, dans un emprisonnement qui a commencé, il y a cinq ans écoulés, et dont on ne prévoit pas la fin. • » Levé aux premières heures du jour, le Saint Pontife se livre à de longues et incessantes prières jusqu'à l'heure de sa messe, célébrée à sept heures. A huit heures, déjeuner qui se compose d'une tasse de chocolat mêlé de café. Lecture des dépèches de la nuit. A neuf heures audience au secrétaire d'État, puis, à tour de rôle, aux préfets et aux secrétaires des congrégations. Vers midi, réception des princes et des ambassadeurs. A une heure, prière et lecture spirituelle, suivies du plus frugal dîner.