CHAPITRE DOUZIÈME
<>n calcule que II dépen ■•■ du Pope, pour a nom i iloi s'élève .1 l fr, 50 par jour. El le aomôoes de catholiques! — le Denier de saint Pierre lui donnent an bu millions pour Bubvenir aux dép de ri
i Après le dîner, ri la chapelle, et, I le tempi le
permet, promenade rapide dans les jardine du Vatican Le Pape s'ini. ,ni\ travaui du jardina [e et le diri •• comme un rentable gentilhomme de campa [ne, amoureui de • U
•» \\;ini et après la promenade, Léon XIII l'entretient avec des voyageurs, à qui l'on a permis de w placer mi chemin. A quatre heures recommencent les audiences atu cardinaux et évoques étrangers. Vers sept heures seulement, le Pape trouve quelque repos. Il récite son office, et travaille, seul, jusqu'à huit heures et demie, heure du souper. Jusqu'à une heure assez avancée de la nuit, l'infatigable Ppntife trouve encore le moyen de se livrer à l'examen des oeuvres de théologie les plus remarquables que les nonces de tous les p lui envoient avec exactitude.
» Quelle dépense de forces! Quelle activité, chei cet auguste vieillard!
» Ce qu'on vient de lire n'est que le résumé des journordinaires.
» Les jours de Consistoire et de réceptions publiques, le Pape est soumis à un cérémonial écrasant.
» Voilà ce que le saint Pontife accomplit depuis cinq ans, sans interruption- sans ralentissement, dans la même demeure, sans qu'il ait pu respirer une seule fois un autre air que celui du Vatican, lui qui est né dans les montagnes, à Carpineto, et qui a passé trente-deux ans de sa vie sur la colline de Pérouse !
» Un membre du clergé de Rome me disait avec l'air narquois qui caractérise souvent les hommes de cette terre historique :
» — Pourriez-vous me dire combien il y a de souverains qui mènent la vie délia Santilà di Nostro Signore? »
J'aurais pu lui répondre que ce n'était ni le roi d'Italie.
ni le vénérable Président de la République française.
El c'est ce grand Pape, dont les épaules portent la sollicitude de toutes le» Églises, qui daignait s'occuper de moi, comme s'il n'avait pas en d'autres préoccupations que de s'entretenir fami-
emenfl avec le plus chétif de ses fils, venn là uniquement pour satisfaire ses meilleurs désirs de foi »'t de dévotion envers le Pape.
Léon XIII le comprit. Pendant vingt-cinq minutes, avec nne bonté ineffable, sans cesser de sourire comme un père, il daigna m'entretenir de Saint-François d'Assise, du Tiers-Oi Franciscain, d'un projet de Bulle qui devait en restreindn en rendre plus faciles les obligations.
— Le salut du monde, dit-il, est dans le retour à l'esprit de saint François, l'Italie l'a compris. Partout les adhésions au Tiers-Ordre se comptent par milliers. La France aussi en a besoin....
Ici le beau regard du Pape se voila.
— Ah! la France!... Je l'aime de prédilection; il y a beaucoup de bien en France, mais quelle lutte!
Il parut refouler une plainte qui venait sur ses lèvres, et api avoir noté d'un mot les deux périls de la France catholique à cette heure, il changea de sujet. Me sachant titulaire d'une chaire de Faculté, il s'informa avec beaucoup d'attention de l'organisation et des méthodes suivies, me parla du projet qui avait amené Mgr Maret à Rome, et se montra disposé à étudier très sérieusement ce qui concerne la situation de nos Facultés de Théologie.
Enhardi par celte noble simplicité, j'osai présenter au Vicaire de Jésus-Christ mes humbles productions littéraires. Il les parcourut, notant, d'un mot juste et profond, chacun des hommes de l'École menaisienne dont j'ai écrit l'histoire.
Puis, il daigna louer, avec une bonté toute faite d'indulgence, la pensée des Revues que je dirige et pour lesquelles je sollicitai une bénédition particulière.
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Lion Mil nue parla ensuite avn- mu- m>iI.n- -:itif.i.i i.»i. mon Évoque, de Mgr l'archevêque de Chambéry, pour qa Sainteté professe, de vieille dat«-, une estime particulière; de M p «h1 la Bouillerie, qu'il a tant regrets
J'itai i sous i«' charme de cette parole lereioi qui résonnai! k mon oreille comme nue musique, il s'arrêta
— Eh bienl Monseigneur, Bt-il avec un lin sourii
C'était me rappeler que j'étais venu li pour remercier le Souverain Pontife de m'avoir a de si | la mai
pontificale en m'accordent la prélature. le l'avoue à ma honte, je in* saisis pas la pensée délicate de cette formule intero loire, el je restai muel sur le but principal de mon voj Rome.
Alors, se tournant vers ma sœur, qui partageait ce jour-là mon bonheur, comme elle partage tous les jours mes tristes le Père commun des fidèles daigna s'enquérir d'elle, l'exhorta à me continuer sa précieuse et fraternelle assistance. Apprenant qu'elle était devenue veuve, après avoir perdu son unique enfant :
— Ah ! lit-il avec un accent dont ma sœur n'oubliera jamais la pénétrante douceur, poverina !
Il l'exhorta à suivre les conseils de saint Paul aux veuves chrétiennes, et, nous réunissant tous deux, le frère et la sœur, sous une large bénédiction, il nous quitta., non sans s'être retourné deux fois encore vers nous et nous avoir envoyé, avec un dernier signe de croix, un dernier sourire.
Rentré au logis, j'éprouvai cet impérieux instinct d'une âme fortement impressionnée : se recueillir et demeurer quelque temps en face de soi-même.
Tandis que je me livrais au charme et à la douceur de mes souvenirs, certaines particularités me frappèrent davantage. J'avais vu passer, sur la physionomie du vicaire de Jésus- Christ, des ombres qui l'avaient voilée à diverses reprises. Je me rappelai les belles pages que M. Emile Ollivier a consa-
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crées à décrire ce phénomène qui Frappe tous les visiteurs attentifs :
■ Combien de fois j'ai entendu souhaiter sur le Siège de Pierre un pontife qui comprit les grandeurs modernes «'t ne décourageât pas nos tentatives «le pi I Toutes les difficultés entre l'Église et l'Etal s'aplaniraient alors, et un pacte fraternel se renouvellerait entre la raison et la foi, séparées depuis le commencement du siècle! Ce Pape est venu, il occupe le Siège de saint Pierre. Evêque de Perrugia, le cardinal Pecci, dans d'admirables mandements, a retracé les bienfaits de notre civilisation.
• La société, a-t-il dit, étant composée d'hommes essentiellement perfectibles, ne peut demeurer immobile, elle progresse et se perfectionne. Un siècle hérite des inventions, des améliorations réalisées par le précédent, et ainsi la somme des bienfaits physiques, moraux, politiques, peut s'accroître merveilleusement. Qui voudrait comparer les misérables cabanes des peuples primitifs, leurs grossiers ustensiles, leurs instruments imparfaits, avec tout ce que nous possédons au xixe siècle ? 11 n'est pas douteux que les vieilles routes mal tracées, les ponts peu sûrs, les voyages longs et incommodes d'autrefois valaient moins que nos chemins de fer qui attachent en quelque sorte des ailes à nos épaules, et qui ont rendu notre planète plus petite, tant les peuples se sont rapprochés. Par la douceur des mœurs publiques et par la convenance des usages , notre époque n'est-elle pas supérieure aux agissements brutaux et grossiers des barbares, et les relations réciproques entre les hommes ne se sont-elles pas améliorées? A certains points de vue, le système politique n'est-il pas devenu meilleur sous l'influence du temps et de l'expérience? On ne voit plus les vengeances particulières tolérées, l'épreuve du feu, la peine du talion, etc. Les petits tyrans féodaux, les communes querelleuses, les bandes errantes de soldats indisciplinés, n'ont-ils pas disparu? C'est donc une vérité de fait que l'homme, vivant
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»MI Société, \.l m' | »■' I !•'< t MM, ||,| Il I ,111 ||||l|.' | i<i|||t && \\\r <lll bÎ60
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0 Le Pape c'a pas oublié les enseignements de l'Evéque. Léoo Mil l'e i bien [ardé de confondre la reli ion avec i an cîen régime et d'unii la fortune terrestre de la Papauté .1 celle d'un parti politique quelconque. Il n'a approuvé ni réproufé aucune Forme de gouvernement el 1! déclaré pn 1 commoder de toutes. Si la République écoute les conseils Funestes de persécution qu'on lui donne, elle n'aura pas pour excuse que i<i Pape l'a condamnée ou maudite. Il l'a admi e comme tout autre gouvernement monarchique au respect de l'Église. Néanmoins, ce Pape éclairé, ami de la civilisation el du progrès, écrivain il»4 premier ordre autant que pontife irréprochable, sera un de ceux dans l'existence duquel de prétendus amis des lumières, <1<> la civilisation «1 du progrès, auront mis le plus de Bell Avec lui on pourrait conclure le Concordat nouveau qui aurait assuré pendant de longues années la paix religieuse et concilié l<is exigences démocratiques des sociétés avec les dogmes immuables. Bien éloignés de saisir cette bonne fortune que leur offrait la Providence, des hommes d'Etat,
irvis à des préjugés surannés, s'occupent à ressusciter les maximes jansénistes de nos vieux gallicans, à jouer aux lois organiques, et ne témoignent pas au Pape modéré plus de déférence qu'ils n'en accorderaient à un Pape réactionnaire.
» On sait que François d'Assise portait gravés sur son corps les stigmates de la passion de Jésus-Christ. Sur toute la personne de Léon XIII sont visibles les angoisses de la passion de la Papauté. Son corps maigre, diaphane, presque pathétique, est comme exténué par l'ardeur des sollicitudes qui le pressent de toutes parts. Son regard, malgré la vivacité et l'éclat qu'il ne perd jamais, semble las de contempler tant de
(I) L'Église et la Civilisation. Instructions pour le Carême de 1877 et de 1878. traduit de l'italien par Paul Lapeyre.
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douloureux spectacles, et la douceur de sa bouche, don! lea coin- se relèfenf a?ec fine -t voilé d'un sourire attristé.
» Être prisonnier, exposé aux périls, n'esl certainemenl | le motif de cette mélancolie, Qu'ont d'effrayant la prison, l'exil, la morl pour un rieiHard, qui, tous les jours, Douille dev;mi un crucifix] Aussi, m lé corps semble fléchissant, la parole est ferme; elle ignore l'emphase redondante et les déclamations obscures (\^> scribes officiels; dédaigneuse des vains ornements aatanl que des lamentations, elle ta droite la pensée, tirant son charme de la imUesse des sentiments qu'elle reflète et sa lumière de la lucidité <1<js idées qu'elle exprime.
» A mon avis, la souffrance de Léon XIII a une cause plus haute que ne le serait le sentiment trop vif d'afflictions purement terrestres. Il a les deux qualités des hommes nés pour l'action, la clarté dans les vues et les décisions dans le caractère : il voit et il veut.
» 11 l'a bien prouvé par la prévision et la vigueur avec lesquelles en sa qualité de camerlingue il a organisé le Conclave. Mais la situation qui pèse sur lui depuis son avènement à la Papauté est si écrasante, toutes les conduites offrent de telles difficultés, soulèvent de telles objections, que lui, l'esprit résolu, est condamné aux immobilités indécises. De là le tourment dont la physionomie expressive ne peut complètement cacher le secret. »
Pour me consoler de ces pensées, je pris en mains le livre de la prière sacerdotale et je me dirigeai vers le Pincio.
Combien le Bréviaire, toujours si consolant et si prêt à répondre aux préoccupations actuelles de celui qui le récite, me parut, ce soir-là, éloquent!
J'avais sous les yeux le plus beau panorama du monde. Rome se déroulait là, surmontée et comme enchâssée par les montagnes bleues de Frascati et de Tivoli. A droite, les majestueuses ruines du Colisée et le Capitole ; à gauche, Saint-Pierre et le Vatican.
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Mon rc • ml ne pouvait m- * ! . t . ii 1 1 . • r de iv poinl dé l'horl EOOj où j'avai i \n tantôt le Pontife captif. i ne peu •'••• ti mon esprit. Pour an peu, linon candalisé, do moini troublé pai «•••lie poignante situation faite in Chef de il li . j irai été tenté d'interroger le Mafti
— Pourquoi traiter ainsi rotre Représentant le ploi imn diat et prolonger ainsi ane tri le e qui | ur louie i i
J'ouvris le Bréviaire ci la sainte liturgie «lu jour me répondit.
< l'était Grégoire, !<■ grand Pape, qui parlait : i S igneur Jésus, disait-il, debout au milieu de lisciples, leur «lit : i La paii soit avec vousl Comme mon Père vous a envoyés, moi qui suis Dieu de même, homme je vous envoie, vous qui êtes des hommes. Le Père a envoyé son Fils, quand il a réglé que 'ce Fils s'incarnerait pour la Rédemption du genre humain. Or, il a voulu que le Fila vint au monde pour endurer sa Passion, <it cependant il aimait le Fils, <|u'il a envoyé souffrir. Ainsi le Seigneur envoie les Apôtres qu'il a choisis, non point vers la joie, mais comme le Père a fait (mur lui, vers les souffrances de ce momie. Dès lors, puisque le Père, qui aime son Fils, renvoie pour souffrir, les discij que le Seigneur envoie souffrir en ce monde, sont aussi aimés de Celui qui les envoie. » C'est donc à bon droit qu'il s'exprime ainsi : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie, t-à-dire, en vous envoyant parmi les scandales de la persécution, je vous aime comme mon Père m'a aimé, en m'envovant souffrir la Passion ! »