‹ Léon XIIIChapitre 8 sur 45 · CHAPITRE DEUXI fcME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXI fcME

A Vit

Pie \ II. revenu de captivité! travaillait, comme Néhémi

à rebâtir les mura de Jérusalem el à réparer les brèches

ouvertes de toutes parts mparts d'Israël. Il lit

appel au zèle des Jésuites, : ajoura les premiers quand il

cevoir les blessures glorii dans les combaU

oeur, comme quand il s'agit de relever les ruii

La Compagnie, enfin rétablie par le Pape restaurateur, proposait de rouvrir le collège «le Perentino, à une faible distance de Carpineto. Les Pecci s'en réjouirent. Leurs enfants allaient Jonc recevoir, presque sons leurs yeux, la mâle et douce éducation que les Jésuites savent donner à leurs heureux élèves. Mais, hélas 1 les temps étaient difficiles et les œuvres lentes à se reconstituer. Un bon Père de la Compagnie, qui résidait à Perentino, prévoyant bien ce qui arriva, conseilla aux Pecci de ne pas attendre une ouverture devenue problématique el de confier leurs iils au collège de Viterbe. A Viterbe d'ailleurs, il y avait un gouverneur ou délégué apostolique, Mgr Carnoux Lolli, fort ami de la famille et qui veillerait, lui aussi, avec une tendre sollicitude, sur les enfants.

On se détermina pour Viterbe.

Pour habituer les pauvres exilés à vivre loin du cher foyer familial et avant de les confier aux Pères chargés de les élever,

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le comte et la comtesse Pecci, è l'automne de 1817, m rendirent k Rome avec Joseph el Joachim. C'esl i cette date que celui-ci, i peint de sep! ans, vit, pour la première fois, l'immortelle fille où Dieu lui réservai! une place si éminente dans l'avenir. Saint-Pierre avait revu son Pontife, portant en tête la tiare que les Lyonnais loi avaient ofl durant Bes pérégrinations en France, et, an sortir de captivité en cette même France, Pie VII, revenq dans basilique, j apparaissait, couronné des dons de la nation l chrétienne, un instant égarée hors de ses voies providentielles.

L'œil lumineux dn petit montagnard «les monts Lepic s'arrêta sur la grande Confession du Pécheur, auquel il succédera avec tant de gloire, il plongea dans les hauteurs de lôme qui chante dans les airs l'impérissable durée de l'Ëglise bâtie sur Pierre. Sur la place de l'immortelle basilique, l'obélisque de Sixte-Quint chanta, lui aussi, à ses oreilles d'enfant précoce et réfléchi, l'hymne des victoires du Christ, de ce même Christ qui, à cette heure, reposait complaisamment. dn haut du ciel, ses regards sur le petit voyageur, appelé dans ses desseins miséricordieux à devenir son vicaire.

Les pèlerins étaient descendus au palais Monti, chez l'oncle Antoine Pecci. C'était à deux pas del'Ara-Cœli, l'église où les enfants, conduits par leur pieuse mère, s'en vinrent dès lors souvent prier le sacro Bambino et, avec le divin Enfant, la divine Mère qu'ils aimaient tant.

Les grands yeux pensifs de Joachim, ces yeux qui demeureront jusque dans sa vieillesse si vivants, si interrogateurs, si intimidants pour qui voudrait lui dérober la vérité, reflétaient, avec l'image des monuments de la ville des Papes, l'impression profonde qu'ils faisaient dans son âme candide, et l'on remarquait sans peine combien cette âme pure et ouverte aspirait avec délices le parfum de Rome.

Joseph et Joachim demeurèrent à Rome, auprès de leur oncle, pendant environ un an.

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hv qne tontes les villes Au Latium - «m iim .-- -m deux routes historiques, doni l'une mnnntt' au nord v»*i Florence, tandis que l'autre pénètre au ud e I dai illée

du Succo et descend dans les cam| du Napolitain,

uord . la cité principale est \ iterbe, la rille des belles fontaines.

< es! .1 \ iterbe que, au Bortir de Rome, les deux enfanti rendirent vers la fin de l'année 1818. Joseph avait douze Joachim huit. Mais l'attitude déjà grave du plus jeune attira tout de suite les regards et l'affection des bons maîtres, que la Providence plaçait sur son chemin, à l'entrée dans la rie.

i 11 est toujours très sage, '«rivait le recteur «lu collège, et il me comble de consolation : je le tiens réellement pour un petit ange.

Sur quoi Mgr de T'Serclaës fait observer : « Cet enfant était réellement un ange par sa piété souriante et vraie; il l'était aussi par l'air de son visage et tout son extérieur. On ne possède pas malheureusement le portrait de Léon XIII enfant. mais les traditions de la famille nous le représentent le teint délicat et vermeil, le regard doux, gardant d'ordinaire cette attitude recueillie que l'iconographie chrétienne attribue aux Louis de Gonzague et aux Berchmans. Le jeune Pecci avait du reste pour Jean Berchmans, qui à cette époque n'avait encore que le titre de Vénérable, une dévotion particulière, inspirée à son jeune cœur par les paroles d'un de ses maîtres de Viterbe. Cette dévotion, qu'il conserva pendant toute sa vie, ne fut pas sans contribuer à la canonisation du jeune scolastique flamand par le pape Léon XIII. Le maintien modeste du petit Pecci n'avait pas échappé à ses condisciples, qui lui trouvaient une certaine ressemblance avec une image de la Madone fort

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vénérée dans les collèges de la Compagnie el appelée M Pietatis. On dit même qui eunes étourdis ne le faisaient pas faute de lai en donner parfois le surnom l i. «

Avec cela, appliqué, studieux, l'esprit ouvert aux beaul de la littérature, fort épris de la culture intellectuelle.

Le professeur <•. Brunelli, dans la Vie littéraire de » Mil qu'il a placée en tête de la charmante édition œuvres poétiques du Saint-Père tirée à cent exemplair! l'a 'lit. avec autant d'esprit que de justesse : • Assurément, Gioberti mentait, el il le savait bien, quand il accusait les Pères de la Compagnie de Jésus de tenir systématiquement la jeunesse de leurs écoles à l'écart «lu Dante et de la littérature italienne. Le grand triumvirat littéraire, qui, depuis le XVI* siècle, tient si haut en Italie le drapeau des bel lettres, Palluvicini, Bartoli, Segneri, n'a pu permettre à ses héritiers de méconnaître une langue où ils furent des maîtres si brillants. Et, s'il n'y avait pas d'autres preuves pour démontrer combien on cultive la langue de Dante dans les écoles de Jésuites, il suffirait de rappeler le P. Taparelli d'Axeglio, frère de Maxime, pour les écrits philosophiques; le i*. Bresiani, pour la prose nonative et le roman ; le P. Zocchi, le critique sagace et élégant, le l\ S. Franco, rival pour l'éloquence de la chaire de notre grand orateur sacré Segneri. Néanmoins, on ne saurait nier que l'étude du latin, dans renseignement littéraire de la Compagnie, l'emporte et demeure le préféré. Je ne saurais le lui reprocher, quand je songe que les langues romanes sont des filles du latin, et qu'elles tirent du latin leur force et leur beauté. Parini préconisait, comme étant la meilleure manière «l'apprendre la langue des maîtres du monde, l'usage de préférer les p< • aux prosateurs, comme étant les modèles qui obligent les

Mi Mgr de TSerclaes, Le p'ipe Léon XIII, t. I, p. 33.

(2) L'autt- ur de ce livre a eu la joie de recevoir un de ses exemplaires, bijou tt rareté bibliographique, des mains de Mgr Angeli, l'aimable et bienveillant secrétaire de Père le Pape Léon Xlli, le 10 janvier 1895.

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• •us plus loin, il roulai! toutefois que, d< de

notre séminaire, Virgile p ivanl l'Alighieri, | r que le

chantre d'Énée fûl le maître de ce beau style qui a fait tant d'honneur au divin poète.

On comprend dès lors comment, favorisé il est vrai par un don naturel, il ;i pu, à l'âge de douze ans, com| premiers vers si ingénieux el si élég ints, qu'il adressai! au IV Vincent Pavani, alors que, dans les premiers jours de l'année 1822, ce Père, en sa qualité de Provincial d< I lites, vint visiter le collège il<i Viterbe :

Nomine, Vincenti , quo tu . Pavane . \ Parvolua atque infans Pecciua ipse (1] vocor. Quaa ea virtutea nagnus, P fuitua,

0 utinam possem Peccina ipse lequi [2 !

On ne s'étonnera pas que chaque année, aux distributions de prix (Mi usage dans les collèges <l<i la Compagnie, le jeune Pecci ait moissonné de nombreux lauriers.

Monseigneur le Délégat, qui aimait à présider ces magnifiques tournois, l'écrivait à la comtesse Pecci, au sortir d'une distribution, où il venait de couronner ses deux fils :

(l) « Pour bien comprendre ces deux distiques, il faut savoir que. s'il avait reçu au btptëme pour premier prénom celui de Joachim, son second prénom était Vincent. Sa bonne mère, sous l'impulsion d'une dévotion spéciale à saint Vincent Ferrie l'appeler de ce nom de Vincent, et elle garda cette habitude tant qu'elley^ecût. Caf^e fut qu'après sa mort que le jeune homme reprit son premier préuojH de Joaclim.. (ii. Brinelu. Vita Letteraria di Leone XIII, p. XUI et XH

(1) Le nom de Vincent que vous portez, ô Pavani. le petit enfant Pefci'qui vous parle le porte aussi. Ah ! fisse le Ciel que les grandes vertus que vous\av<&z pratiques, ô Pavani, Pecci les puisse suivre à son tour!

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« Ces deux enfants, si Dieu leur conserve la santé, feront honneur à eux-mêmes, à leur Famille el à leur pays. »

La bonne mère, tout heureuse <lc ces témoigi i Datteui el si constants, venait souvent, malgré les Fatigues «l'un ti alors si difficultueux, s'assurer par elle-même des progrès de Joseph et de Joachim. On conserve, à Carpineto, une lettre qu'elle écrivait à son mari, durant l'un de ses séjoui Viterbe.

« Le P. Recteur et le I\ Giannolio, y disait-elle, m'ont parle'1 des garçons. Vous ne pouvez imaginer quelles louanges ils m'ont faites de l'un et de l'autre. Mon cœur s'en réjouit, au delà de l'inexprimable. »

Le Délégat, on l'aura peut-être remarqué, formulait le souhait que Dieu conservât la santé à ces enfants de bénédiction. Avait-il remarqué une première atteinte du mal dont Joachim devait souffrir toute sa vie, une de ces maladies qui n'empêchent pas de parvenir à une extrême vieillesse, mais qui fournissent à ceux qui en sont atteints l'occasion d'exercer la vertu de patience et d'acquérir des mérites souvent dissimulés aux compagnons même les plus intimes de notre existence ?

En effet, Joachim avait apporté au collège un tempérament vigoureux, fortifié par le bon air des montagnes volsques, par les exercices du corps que sa mère savait si bien entremêler à ses premières études, et par une nourriture simple et substantielle proportionnée à son âge. Mais, soit que son application au travail fût excessive, soit qu'il ne trouvât plus à Viterbe la vie active de Carpineto, Joachim tomba gravement malade d'une maladie gastrique, en 1821. Les soins empressés des bons Pères et la force naturelle de l'excellente constitution de l'enfant le remirent de cette maladie. Mais il ne s'est jamais

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