‹ Léon XIIIChapitre 9 sur 45 · CHAPITRE l'i I · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'i I

entièrement rétablij et son estomac e l demi ai délicat,

d'autant •i1"1 sa fie D'à cassé d'être lai m • La •• nti< i e

du collégien de Vilerbe devait s'en ressentir.

Ce mal, si donloureai toujours et si attristant dai leur.' qu'il assombrit, l'adolescent de Viterbe le chanterai i quelques années de là, «mi 1830. La pièce est intitulée D invaktudine sua <l). Elle <v>i fort belle et respire de si ! sentiments, que nous oe résistons pas au plaisir de la citer en entier. Humanistes et chrétiens s'y dilecteront.

Pober bia de vos, Joachim, \i\ creacii in ann

Morborum heu quanta vi miser obrueris!

luverit lms fando tristes nuMininiv dolores,

El vitœ &rumnai dicere carmiuibus.

Nocte vigil, tarda componis membra quieti

Viribus effetis csca nec ulla levate Languentem Btomachum ; deprcsso lumine ocelli

Caligant ; ictum sœpe dolorc caput.

Mox gelida arentes misère depascitur actus

Febris edax, mox et torrida discrucial Jam macies vultu apparet, jam pectus anhelum est ;

Deiicis in toto corpore languidulus !

Quid tibi blandinis, longos quid prospicis annos ?

Atropos horrendum mortis adurget iter.

Tune ego : Non trépida frangor formidiam : mortem ,

Fortis, dum properat, hetus et opperiar. Non me labentis pertentant gaudia vit®,

.Ktornis inhians nil peritura moror.

Attingeris patriam , felix ut advena , felix

Si valet ad portum ducere nauta ratem

(1) Au sujet de ma maladie.

(2) A peine, d Joachim, atteins-tu tes douze ans, que la violence du mal t'accable de ses misères. 11 est bon de rappeler ces douleurs et de chanter en vers ces angoisses de la vie. La nuit tu veilles, le sommeil vient tard reposer tes membres. Tes forces épuisées, aucune nourriture ne les relève, parce que ton estomac est languissant. Tes yeux ne supportent pas la lumière. Ta tête endolorie subit de fréquentes lancinations. I fièvre dévorante tantôt glace tes pauvres membres qu'elle consume, tantôt les torture de ses ardeurs brûlantes. Ton visage s'est amaigri. Ta poitrine est haletante. Tout ton corps défaille languissant. Pourquoi te flatter? Pourquoi compter sur une longue carrière? La Parque va l'ouvrir l'horrible sentier de la mort.

Alors je répondis : Je ne tremblerai point et la crainte ne saura m'abattre. La mort, qui arrive, je l'accueillerai courageusement et joyeusement. Les joies de la vie qui s'en va ne me tentent point. Aspirant aux choses éternelles, je ne m'arrête point à celles qui passent. Le voyageur est heureux quand il aborde aux rivages de la patrie, heureux le nautonier quand il peut conduire au port sa nacelle.

Les sentiments que respirenl ces beau rera noua révèlent la forte éducation spirituelle du jeun.' écolier. Cette force, cette foi robuste, il les trouvait dans la vigilance sur luimême, dans son assiduité aux Sacrements, dans sa tendre dévotion à la Vierge très pui

!/•: ■■• des adolescents est souvent la proie <lu démon de l'impureté. La belle vertu est angélique, le rice contraire bestial et démoniaque. loachim, épris d'une vive admiration pour la vertu des anges, ne se contentait pas de lui vouer un culte spécial, il en avait <lrs lors le zèle, et quand un de condisciples, en ls:)l. Roger A. C..., avait vivement repon un de ces suppôts de Satan qui, comme pour Thomas d'Àquin, se sera présenté à lui pour l'entraîner dans sa fange par de trompeurs appas, l'écolier poète en félicitera en beaux vers, la victoire de son jeune ami.

Quid fucata gênas, quid . ?ultu habituque proter\

Mente agitas? procul hine toile, Corinna, pedem. iferum stillas mcretrieio ab ore venenum, Infandum venis, proli ! pudor, uleus alis (1).

Un jeune étudiant, qu'il savait en proie à de violentes tentations impures, recevra de lui, en 1833, cette exhortation a recourir à la Vierge Immaculée. Les vers sont écrits cette fois dans la langue du Dante.

Quando impudico demone , D'ogni nequizia pieno , In te col sozzo anclito Spange il suo rio veleno,

E adombra già dell' animo L'almo natio candore, Alla incorrotta Vergine Leva la mente e il core.

(1) Visage fardé, front imprudent, démarche insolente, que trouves-tu dans ton esprit? Loin d'ici, va-t-en, Corinne. Ah ! honte à toi! tes lèvres de courtisane distillent un venin mortel, tes veines nourrissent un poison infâme.

hi Son . M Po

lu ill lllll 1"

M uiiv, del M i .

In lui \ IrtO m' offl I

ciel . U II .

Del gaudll » ■!' ml

laminai ctw lauaemoi Spergimo ûllo mifl fede,

da air Immonde a Vergine casta e | D'ogni piû 1:<'\"' d Preaervami, Mario 9 '

On comprend dès lors l'affection des maîtres «-t l'estime condisciples cette oorme infaillible de la valeur vraie 'l'un élève qui peut dissimuler devant les maîtres mais que les camarades ont bien jugé ici qu'il est — pour I»1 pieu «'t intelligent élève des Jésuites.

L'un d'eux, publiant ses souvenirs d'ancien condisciple en une étude fort remarquée de la Civittù Catkolica, en a éloquemment témoigné.

« J'ai et/1, dit-il, en relations avec Joachim Pecci pendant les humanités, je puis attester que, dés le temps qu'il a p;

(1) Asmodée est le uom du démou du vice impur.

(2) Lorsque le démou impuni, rempli de malice, répand sur toi, de son souffle méchant, son haleine empoisonnée,

Et obscurcit déjà la belle blancheur native de ton âme, lève ton esprit et ton cœir vers la Vierge très pure.

Que les larmes de la piété filiale baignent tes cils modestes, et a Elle, qui est mère, dis, en suppliant : Marie, je suis ton enfant!

Puis, change ton gémissement en cris éperdus : Mère, ù Mère, abrite-moi, je me confie en ta puissance!

Ne pour le Ciel, héritier des joies éternelles, parmi les anges ; jamais, oh ! non que jamais oublieux, parjure à ma foi,

Je ne cède à l'immonde Asmodée. Vierge chaste et miséricordieuse, préserve-moi de toute souillure, même la plus légère, ô Marie !

Il ni

i Viterbe, il Be fil admirer pour sa vive intelligent plus encore pour son excellente conduite. Pendant Rome, H H»1 connu! ni compagnies, ni divertissements, ni jeux, table de travail était tout son monde, approfondir les sciences son paradis. Dès l'âge de douze à treiz .1 écri-

vait en prose et en vers avec une facilité et uni ance admirables pour son âge. »

Mgr de T'Serclaës 5 ajouta un charmant souvenir p sonnel.

1 Celui qui écrit ces lignes, dit-il, a connu un vieux Père Jésuite, qui fut condisciple de Joachim Pecci, dans une des classes qu'il fréquentait à Viterbe. Les succès des deux jeunes

s se balançaient à peu près et aient tour à tour la

tête de la classe. Lorsque son émule avait le dessus, Pecci en paraissait vivement impressionné et avait quelque difficull cacher la peine qu'il éprouvait de sa défaite.

» Maintenant, ajoutait le vieux Jésuite avec bonhomie, il n'y a plus de rivalité entre nous: c'est lui qui est toujours premier. »

Cette ardeur d'émulation est souvent le signe d'une âme forte et apte au\ grandes choses : elle est un effet de la magnanimité, qui est loin d'être opposée à l'humilité chrétienne.

A tous ces signes, il n'était pas difficile de connaître et de décider que I de Viterbe serait appelé à entrer dans la

milice sainte.

Mgr Camille Lolli s'en étant assuré, n'hésita pas à proposer aux enfants Pecci de faire le premier pas dans la cléricature, et a prononcer, des leur adolescence, la touchante déclaration des jeunes clerc- :

— Domii ' ei ca i" ' l

M. us. il faut lai bi Joachim lui m< me dou r< réli i charmante hésitation 61 on trouble i i i annonce d< bonheur.

i le j.. ;i\i il 1821 , '|n*ii l'A rità i pi< i m<

<« Hier, Moi >ur l«i Délégat nou i Hner av< le

P, l baldini el Bon i \eius, iprès le dîner, il noua a «lit que sentiment était que cous pria rions la tonsui nous ;i un peu surpria, et nous n'ayons pu n< champ pour l'affirmative. Néanmoins, nous n'avons pas négligé de nous recommander au Seigneur el & la Sainte Vierge, afin d'être éclairés sur ce que Dieu reul de d Nous espérons que vous ferez de même de votre côté, et peutêtre avec plus de succès que nous ne pouvons le faire.

La volonté de Dieu se manifesta clairement, el les deui jeunes Pecci revêtirent l'habit sacré, qu'ils devaient tous d honorer et faire aimer dans le monde ou les attend une grande destinée.

(i) Le Seigneur est ma portion d'héritage, il est mon calice et mon soutien.

GHA1MTKI-: TKOISIKMK

Au Collège Romain

La mort, hélas! allait frapper un coup terrible dans cette heureuse famille, où Ton s'aimait tant et si bien. Celle qui était le trait d'union et le centre de tout ce monde en petit, qui vivait au palais Pecci ou rayonnait autour du doux asile., la mère de Joachim mourait, en 1821, tandis que son fils bien-aimé achevait ses premières études d'humanités au collège de Viterbe. Ce fut un coup terrible, répétons-le, et qui devait avoir un contre-coup douloureux dans l'âme sensible et pure du pieux humaniste. Cette mort allait changer le cours de sa vie et peut-être déterminer sa destinée. Ainsi, la Providence, toujours bonne même quand elle semble nous frapper le plus cruellement, sait tirer, des plus douloureuses épreuves de notre existence, un bien inattendu.

Nous laissons le professeur G. Brunelli raconter ce qui s'ensuivit. Notre récit ne sera guère, en effet, qu'une traduction un peu libre des belles pages où il a narré , sur des documents puisés à bonne source, cet épisode de la vie de notre grand Pape.

« Quand il eut perdu sa mère, en 1821, le jeune Joachim fut conduit de Viterbe à Rome, auprès d'un oncle paternel, comme il l'a raconté lui-même dans une note de son autobiographie poétique (1).

(I) Nous rencontreions plus loin cette jolie pièce, adressée à son fière Joseph en 1876.

CHAP1TR1 i h "i m : i.

Cette année là même , i€ rouTrail le cél( I { Ah Romain . appelé au I I oiversiU ( enne. Léon \ il

fonlnl que, l'année suivante, on y rouvi il le con ;iu\ plus beaux temps de Grégoire XIII, Fondateur de cette Univei Plus de quatorze conta étudiante aecoururenl

de tous les pointe de l'Italie, ans coun de c I Ml où

enseignaient les plus célèbre 1 raitei . récemment i après un long silence, de leurs lointaines pérégrination! en Russie.

» Parmi cette nombreuse jeunesse, nous trouvons l'éli Pecci, occupé à terminer les études littéraires, si brillamment commencées à Viterbe. A Rome, au Collège Romain, au milieu d'une telle foule de jeunes hommes ardents et rivaux, Pecci, semblable à un coursier rapide et haletant vers le but, se trouvait évidemment plus à l'aise et respirait plus librement que dans un milieu forcément restreint.

» En fait, nous le trouvons, avec les premiers, dans les épreuves littéraires et les distributions de récompenses.

» Il n'avait que quinze ans, lorsque, dans un discours latin, sur ce thème : Rome païenne et Rome chrétienne, déclamé ilevant ses condisciples à la fin de l'année scolaire, il sut traiter son sujet avec une telle profondeur et l'éclairer de couleurs si vives par les images et le coloris du style, qu'il fut couvert d'applaudissements par les maîtres comme par les

élevés.

» Mais, là où le génie naissant du jeune homme retrouvait son terrain le plus familier, c'était la poésie latine.

» A la fin de sa rhétorique, on avait donné aux écoliers pour sujet de la dernière composition et de l'épreuve suprême, le festin de Balthasar, avec faculté d'y travailler pendant six heures. En cet espace de temps relativement si court, il trouva le secret d'aligner cent vers hexamètres et animés d'un souffle tel qu'il mérita, sans conteste possible, le premier prix de vers latins.

W LÉON Mil

i Sorti des études littéraires avec cette couronne l , il passa au études plus sévères de la philosophie, el des sciences physiques el mathématiques. Mais, son attrait demeurait fidèle aux belles-lettres, qu'il ne délaissa jamais. Il les cultivait même assidûment, avec on succès toujours croissant. Il n'i pas et il n'est point non plus aujourd'hui de ceux qui pensent qu'il n'y a plus à s'occuper de l'art de bien dire, là où l'on traite de scieno

» Cette opinion finisse et cette méthode du sans-souci de la forme ont prévalu dans les renies, depuis le \m' siècle jusqu'à nos jours. A ce moment, comme l'observe Gioberti, les lettres firent divorce avec les sciences, et elle donne enco par malheur cette séparation qui condamne au mépris et l'oubli des écrits par ailleurs remarquables pour le fonds, mais par trop négligés dans la forme. Ce fâcheux caractère, au grand détriment de l'éducation chrétienne, se rencontre, plus qu'ailleurs, chez les auteurs qui ont traité des choses sacrées.

» Joachim Pecci s'est nettement séparé de ceux-là. Dès le début, soit dans ses écrits personnels, soit dans ses lerons et son enseignement, il s'est plu à unir toujours, en écrivant, la bonté de la matière à la beauté de la forme. Tout comme au printemps de sa vie, il a fidèlement tenu cette grande règle jusqu'à l'heure où nous sommes. Il nous la recommandait sans cesse, à nous jeunes écoliers, dans les classes de littérature, comme dans les tournois de philosophie et de théologie, par ses exhortations et son exemple. Il tient à cœur de faire honneur à la maxime vraiment d'or de Cicéron :

« A mes yeux, il philosophe le plus parfaitement, celui » qui peut traiter avec une abondante élégance des ques- » tions les plus élevées (2). »

(1) Les palmarès du Collège Romain constatent qu'il remporta, en outre de ce prix de vers latius, un prix de style latin et un prii de grec.

(î) liane semper perfectam jihUosophiam esse judicavi, quœ de maximis qusestionibus copier posset ornateque dicere.

CHAPITR1 rROl m mi

En fait, on ne trouvera pa une ligna de )oa< him P manuscrite ou imprimée, pendanl ia |eui pendant

épiscopat, ou pendanl son pontificat, lanl en latin qu'en italien, où Pon n'admire la réunion d'une ;i ande pensées el d'une pure élégance de jtyle. Même dan le langage usuel, il reste châtié el gravement mesui l une habitude qu'il a contractée dès ses plus jeun* . Cette i larité, cette élégance naturelle, j'ose dire qu'elle -•• révèle chez lui même dans l'attitude, dans la démarche, dans le port di' la personne qui est noble et majestueux, en public comme en particulier, avec les savants comme avec les [ens du vulgaire. Tous ceux qui ont eu la bonne fortune de traiter ;ivtv lui, même dans les cas les plus ordinaires et dans l< s entretiens 1rs plus Familiers, confirmeront ce que je dis. De lui aussi et surtout, il est vrai de dire que le style l'homme.

» Pour en revenir au lil de mon récit, je trouve, en effet, que, durant la période écoulée entre 1827 et 1830, au moment où il s'adonnait avec le plus d'ardeur aux sciences philosophiques et théologiques, qui, d'ordinaire, on ne saurait en disconvenir, distraient un peu de la beauté du style et de la facilité d'écrire, il continuait à produire, en vers et en prose, des morceaux dont la fraîcheur nous émerveille encore aujourd'hui.

» Chacun sait combien il est malaisé d'écrire le latin épigraphique, qui demande une langue sobre, appropriée, sculpturale, et en même temps facile et concise. Un jour, [tendant les vacances d'automne 1827, le jeune Pecci, alors étudiant du Collège Romain, se reposait, au cours de sa promenade matinale, à l'ombre d'un vieux châtaignier, appelé aujourd'hui le châtaignier du Pape. Il prit une pierre de tuf, et y grava, avec une pointe de fer, l'inscription commémorative d'une chapelle consacrée à la Sainte Vierge sur un terrain appartenant à la famille Pecci, tout près du châtaignier historique.

Voici, dans sa noble simplicité, cette belle inscription :

Page 1