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colonel son noble père : ce même petit Pecci, joignant ses blanches mains pour demander à Dieu qu'il conservât son Vicaire à ce siècle que le pape d'alors avait inauguré dans une prison, àSavone; lorsque, quatre-vingt-sept ans plus tard, ce même siècle finirait pour un autre pape dans une autre prison, au Vatican. Et Tœil se mouille à la pensée que ce pape et ce prisonnier, que l'avenir réserverait encore à notre histoire, ne serait autre que ce même enfant priant alors pour son pontife^ en attendant que la Providence de Dieu voulût plus tard que le monde chrétien priât aussi pour lui, — devenu pape, à son heure.
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sur la vision de ces géants, esclaves d'un seulhommey qui s*en allaient mourir pour lui ; et le soupir des relevailles de ces moins malheureuses femmes était passé, en même temps, sur la tombe où s'ensevelissait l'ancienne Europe et sur le berceau où, de quelques années en retard, le présent siècle naissait enfin.
A l'âge où Gioacchino Pecci allait avoir huit ans, le dix-neuvième siècle, qui devrait à cet heureux enfant sa pacification finale, ne venait donc que de naître des restes effrayamment épiques de cette Grande- Armée dont chaque sillon d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne, de Russie, de l'Europe entière, recouvrait à tout jamais les gigantesques et inutiles ossements.
Ce fut l'époque où de si vastes cimetières, d'oùne sortait qu'un triste souvenir de vaine gloire humaine, commencèrent à parler d'autres voix plus éloquentes que toutes les autres pages de l'histoire; l'heure où cet enfant, n'ayant pu lire encore que le nom seul de Napoléon sur les aigles armoriales des armes de son père, demanda à sa mère de lui Caire lire autre chose. Et la mère et l'enfant ouvrirent pacifiquement l'Evangile, que le Balleiin de la Grande-Armée avait jeté dans l'ombre de ses fastueuses proclamations et que le Génie du Chrislianisme remettait tout-à-coup en lumière. C'est à la clarté du soleil d'Italie qui rebrillait enfia sur la terre natale, et aux rayons restaurateurs de ce bon Uvce qu'envoyait à l'Europe abaissée I9
primo cartetio en ce guilleret petit comte it les doigts longs et la main preste poii~ I espérer de charmantes conquêtes, dans le valeresque où l'élégance des formes s'har- ;c la bravoure du fond, déçurent un peu 1 honoraire de la Grande- Armée, quand t remplacer l'épée par le calice entre des pur dsmoiseiiu, et, entre ses jambes futées >quenet, les plis austères de la soutane euses évolutions des bottes molles et de la
goûts caractéristiquement religieux de nsacrésdéjà peut-être parles desseins de ce qui, peut'étre aussi à la longue, saurait ustère décision d'une vocation trop jeune ;nt respectés par le père. Et, l'année scont ses cours avecle mois d'octobre 1818, Pecci partit vers cette époque pour le col- :erbe. Quand l'heureuse comtesse Pecci re, au tournant de Carpineto, le corricolo ^ui emportait à la célèbre maison d'édu- 'ères Jésuites et à la vacation sacerdotale
assurée son plus jeune et son préféré , en compagnie et sous la sauvegarde du îiuseppe, elle dut essuyer avec quelque les larmes qui mouillèrent ses yeux; tanletmant ta fenêtre, elle entendit le comte
ONTEMFORAINS 3/
greur que d'enthou-
ne fera guère qu'un Jétuiie; mais je ne pourrai jamais me faire à l'idée que Jacques nous reviendra curé de son village I
— Mettez que Jacques sera pape et Joseph cardinal, lui répondit -elle, et tenez-vous tranquille sur l'avenir de nos enfants.
La réponse, pour paraître présomptueuse peut-être, n'en était pas moins digne d'une mère chrétienne qui, par ses illusions inconscientes, calmait ainsi de trop réelles et trop vives douleurs. Pouvait-on supposer qu'à soixante ans de distance la comtesse Peâci Tût un si bon prophète et que, de tout point, l'avenir lui donnerait raison '(
Notre jeune étudiant arriva au collège, à l'heure où une pléiade de jeunes gens en sortaient pour employer leurs beaux génies au relèvement des lettres italiennes. J'ai peine & croireque, malgré la différence des idées qui les sépareraient toujours, Pecci n'ait alors entendu les noms de Monti, de Foscolo, de Lcopardi, de Manzoni, de ces hardis preneurs de la lyre de Dante et de Pétrarque, qui venaient de trouver cetle-^ tristement suspendue à des tombeaux et qui cherchaient à l'accorder aux tons supérieurs qu'envoyaient par-deU leurs monts les Goethe, les Schiller, les Byron et les Moore. Mais ces poètes
bon Ângelo Mai levant sur l'Italie, comme une aurore, le De Republicà et le De Oratoribus, sembla tout à coup avoir rendu à la petite Péninsule une parcelle de son soleil classique qui, sous les Césars, avait illuminé le monde et n'avait laissé depuis, aux ruines qu'il ne voulait plus éclairer, autre chose que le regret du plus grandiose et du plus humiliant souvenir.
Vers ces études latines, où la jeunesse de 1820 était sollicitée si impérieusement par de si précieuses trouvailles, notre Gioacchino ne sembla pas avoir été le plus faiblement attiré. Le style, plutôt latin qu'italien, qu'il se façonna vite dans la compagnie des maîtres anciens, le fit aisément remarquer comme un des plus incisifs et des plus éloquents à la fois ; et telles sont les deux qualités maîtresses de ce style qu en grandissant Pecci fortifierait, jusqu'à la perfection de la pensée serrée qui rappellerait celle de Tacite, et jusqu'à l'impeccabilité de la forme abondante dont la richesse égalerait peut-être celle de Cicéron. Mais je ne sais par que}le ressemblance plus identique je comparerais mieux le style, aussi brillant que précis, de Pecci à celui de Salluste : soit qu'on ressemble plus uniformément à un seul homme, soit parce que Cicéron et Tacite avaient emprunté les premiers les qualités diverses qui les distinguent, à Salluste qui les posséda à la fois avant eux et qui les
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jour~là, en visite au collège de Viterbe. Il s'appelait Pavani Vicenzo. Pecci aussi portait ce prénom, en famille. Oh I si de ce Vicenzo Pavani, ce Vin^ cenzo Pecci avait également les vertus. Tout cela, dit en deux distiques :
Nomine Vincenti quo tu. Pavane vocaris, Pannilus atque infans Peccius ipse vocor :
Orales virtutes magnas. Pavane, secutus O! utinam possim Peccius ipse sequi (i).
De si brefs exercices de style n*étaient pas faits précisément pour développer la langue du petit collégien, au détriment de sa pensée ; et Ton incline à penser que ses mattres, contents de ses succès, lui accordèrent, pour écrire dans ses loisirs d'autres vers, le temps que d'autres, hélas I ont passé à conjuguer des pensum.
Mais chaque année scolaire s'étant écoulée dans de si sérieuses études, on se représente Pecci regagnant avec joie, à petites journées, sur le biroccino campagnard qui Ten avait emporté dix mois auparavant, Carpineto où au cours d'une absence si dure,
(i) « Leonis XIII pontiâcis maximi Inscriptiones et Carmina, cum addimentis novissimis, cura sacerdotum Mdïs Teutonicorum Urbanae B. Maria V. de Anima, a sacerdotio beatissimi patris anno quinquagesimo. Potestate facta ab ipso auctore augusto Germanice reddidit Edmundus Behringer. «- Ratisbon»^ F. Pustet, 1887. »
Là étaient restées, au foyer domestique, les immuables douceurs de Tenfance trop tôt finie. Là, dans les tranquilles campagnoles, les pacifiques paysans et les mêmes paysages qu'autrefois. C'étaient aussi les mômes jours de fête et les mêmes chansons rustiques, recélébrant les antiques travaux de la terre avec les fleurs et les fruits tout au plus renouvelés de la saison dernière :
La donjçelletta vien dalla campagna,
In sul calar del sole,
Col suo fascio delV erba ; e reca in mano
Un ma:{jolin di rose e di viole
Onde, siccome suole,
Ornare ella si appresta
Dimaniy al di difesta, il petto e il crine,
Siede con le vicine
Su la scaia afilar la vecchierella^
ïncontro là dove si perde il giorno ;,
E novellando vien del suo buon tempo ^
Quando ai di délia /esta ella si ornava,
Ed, ancor sana e snella,
Solea dan\ar la sera, intra di quei
Ch* ebbe compagni delV etàpiù bella... (i)
sus du jardin paternel, — et raisonner avec vous, des fenêtres — de cet hôtel où j'habitai enfant,... — alors que silencieux, assis sur siilon verdissant, — des soirs, j'avais coutume de passer grande partie — à admirer le ciel, et écouter le chant — de la rainette cachée dans la campagne ;.,, — et, sous le tQit domestique — on entendait les voix mêlées et les tranquilles — besognes des serviteurs... (Leopardi, Le Ricordan:(e,) (i) La donzellette vient de la campagne, — sur la tombée
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enfants gâtés des redoutables Barbares ; — quand il fallait représenter les merveilleuses ogives de San Lorenzo, où Henri de Cornwall dormait depuis que le poignard de Guy de Montfort lavait couché là;, quand il fallait mettre à la fenêtre de la tour Saint- Antoine l'incomparable Giuliana dont les Romains rivaux des trop heureux Viterbiens demandaient à voir seulement une fois le visage et à mourir ensuite à ses pieds. Et le fin buste, et l'expressif visage, et toute la fière personne du narrateur sur qui avait ses vues le Dieu à qui appartient l'avenir se redressait, avec une particulière majesté, pour dire l'épisode du Pape et de l'Empereur.
— C'est devant le portail de cette cathédrale, prononçait fermement Gioacchino, qu'Adrien H fit tenir Tétrier de sa mule par l'empereur Frédéric Barberousse.
— Oh ! toi, lorsque tu seras pape !•.♦ ajoutait sans fioir le malicieux comte.
botte légendaire qui venait cl*écraser l'Europe sous son talon césarien, que des pantoufles légendaires aussi que ce roi fainéant avait rapportées de Texil (i). Rien ne semblait changé dans les Cours et dans leur entourage domestique dont la Sainte-Alliance avait réemménagé les vieux chambellans, à Paris, à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, partout : rien, sinon que les valets de ces Cours y paraissaient plus nombreux. On y avait hébergé ensemble les hommes des anciens partis, les plus divers. C'est à peine si, dans la cohue de ceux qui figuraient au Louvre, on remarquait les deux seules absences de Ney et Soult, fusillés, Tun réellement par l'honneur, l'autre moralement par l'injustice (2]. Mais, sur les dos souples de ces faciles
(i) En quittant Paris à la hâte, on n'avait eu que le temps de faire un portemanteau pour le roi; il fut volé en route. Sa Majesté y fut d'autant plus sensible que ce portemanteau contenait son seul rechange, six chemises, une robe de chambre et des pantoufles auxquelles le roi tenait singulièrement, car, en me racontant la circonstance du vol, il me dit: — <t On ra*a pris mes chemises, je n'en avais pas déjà trop », puis, il ajouta tristement : — ce Ce sont mes pantoufles, que je regrette davantage. Vous saurez un jour, mon cher maréchal, ce que c'est que la perte de pantoufles qui ont pris la forme du pied ! » En ce moment, le roi ne songeait point que, quelques heures plus tard, il allait perdre son royaume. (Voir les Souvenirs du maréchal de Macdonald, p. 374. Paris, Pion et Nourrit, édit. 1892.)
{2) Woir Its Souvenirs lySS-iSjo du feu duc de Brogîie, t. II, chap. 11, p. 34, édit. Calmann-Lévy, 1886.
i. llON XUI DEVANT SES COlfTEMPORAINS JÇ
de l'Indifférence auquel le siècle se passionna en se féfeîUant toat-à-coup, des jours sereins étaient encore réseTTés à la jeunesse studieiase; et notre ardent Carpinétatn pouvait aller poursuivre ses humanités aux écoles Viterbe.
Ehirant cette reprise d*armes sur le champ des Latins, cehii qne nous avons appelé avec quelque fierté le rirai d'Horace — sans qu'il doive, de ce £ait, porter le oom de Curiaoe — tomba malade, et ce fut encore ie mattre qui consola son élève avec les vers suivants que Gioacchino composa sur son lit :
. . . Nocte vigil, tarda componis membra quiète
Viribus ejfetis esca nec alla levât Languentem stomaehum : depresso lumine, ocelli
Caligaut : ictum sœpe dolorecaput, Mox gelida ar entes misère depascitur art us
FebriseiaXy moxettorrida discruciat.
Jam macies vuitu apparet, jam pectus anhelum est
Deficis en toto corpore languidulus (i) /...
Mais les lettres où le jeune exilé de Carpineto trouva le plus de goût furent, sans doute, celles que son adorée mère devait alors lui adresser. Avant d'écrire cette étude, j'ai cherché avec soin quelques écrits de la Comtesse Pecci ; mais, comme les papiers confidentiels ou familiers du fils qui n'en a laissé nulle part et qui, — sauf dans ses lettres
(0 Voyez la suite à rAppendice de ce livre
qu'une parfaite habileté harmonisait sous sa plume élégante, quand un besoin impérieux poussait ce cœur de mère à donner par des paroles, à son fils, une deuxième vie que, par son souffle, elle lui avait communiquée une première fois :
« Du jour où tu naquis, 6 mon fils bien-aimé, toutes mes affections se changèrent, comme par un prodige. Nouvelles pensées, nouveaux soucis, ncfuveaux sentiments, nouvelles passions. Et, de tout cela, tu devenais la fin. Depuis lors, après Dieu, ce fut toi! Les années et tes progrès, répondant à mes espérances, n*ont que fortifié mon amour. Je me sentirais bien heureuse de pouvoir l'exprimer, mais je ne serais pas crue ou l'on m'accuserait de folie.
» Alors, pensant à quelque don digne de mon amour, que j'eusse pu préparer à ta jeunesse, je me rappelai que la mère de Salomon ne fit présent à son fils que de bons avertissements. Je tendis donc à l'imiter. Profitant de ma vive mémoire et des lectures de mes jeunes années, j'amassai des matériaux propres à ton éducation. Il est désormais temps de grouper ces études et de te les offrir. En vain chercherais-je à te faire un don meilleur.
» Cette occupation adoucit la peine dure de ton absence. Ainsi, tous les jours, devant ton image, je pense à toi, je t'ai présent, je te parle : et les larmes coulent de mes yeux, cependant que la plume vole
MMP
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smsi fone qoe celle d'une mère. Ainsi le sonvei de celle-ci Tivra éternellement dans l'àme de s enf&at à tout jtmais harmonisée par elle, pour I concerts trop souvent discordants de la vie. Mais davier demeurant immuable et l'oreille ouverte, «mple souvenir rendra i cet enfant devenu hom] le type d'harmonie dont sa mère lui marqua autrefi les premières mesures et où il ramènera t6t ou tai comme la phrase à son thème, tous les concerts trt blés de la méchante vie.
Ainsi s'exprimait cette mère, semblable à ce dont j'emprunte les paroles, pour marquer da l'Ame de son fils les sentiments de haute religi (ju'il devrait conserver immuables, la vie entière :
t Le sentiment religieux met la plus grande difl rence entre l'homme et la brute. Un homme, renc faut i ce haut sentiment qui l'unit i la divinité [ des êtres d'une nature plus noble et par des créatio phts élevées que tout ce qui existe sur la terre, est monstre qui dégrade l'espèce humaine. Il est indig d'être un homme.
> L'enfance et la vieillesse sont des Ages pendi lesquels la religion est le plus respectée, parce qi ces âges la foi est plus facile. Pendant la jeunes; l'esprit a coutume de s'éloigner de la religion. Da l'Age mftr, il croit à elle sans la suivre. Voltaire o serve qu'à Londres, après la guerre de Crom vell so
camp opposé, bien des grands hommes ont crié coi les abus des religions. Mais où trouver un hora qui ait mérité la réputation d'un grand savoir, maudissant tout sentiment religieux r « Peu de pi: Sophie, dit Bacon, conduit à l'athéisme. Beauc de science conduit à la religion. » Edmond Wat l'Anacréon de l'Angleterre, s'éleva avec fougue, milieu de la cour de Charles II, contre le duc Buckingham qui prânait l'athéisme : <> Milord, dit-il un jour, je suis plus âgé que vous et je c avoir, plus que vous, entendu d'arguments en {a^ de l'athéisme ; mais j'ai assez vécu pour conna qu'ils ne valent rien, et j'espère que la même déc tion vous attend, t Tout homme, qui a cinquante i pourrait répéter ces paroles aux jeunes gens de n< époque.
1 Aimer Dieu, aimertous les hommes, voilàl'esse de la: religion chrétienne. Et quoi de plus grand ?
» C'est asseï de croire que Dieu existe, pour 1 mer. Mais il convient d'en penser et d'en parler s enthousiasme, pour l'aimer avec ardeur. C'est f cela que Voltaire admire ce passage de Sadi, pc persan du douzième siècle : ■ Dieu sait exacten ce qui ne fut jamais. Son oreille est pleine de qu'elle n'entend point. Du burin éternel de sa f vision, il a ciselé nos formes dans le sein de nos mèi De l'aurore au couchant, il porte le soleil ; il sf
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soit pleine de Dieu et qu'elle aspire continuellement à la vertu. Sois le frère de ceux qui ont un esprit immortel, comme le tien. Pleure aivcc les affligés, partage ton pain avec les pauvres, sois celui que tu veux paraître, humilie-toi sans bassesse, élève-toi sans orgueil, suis le vrai et le juste, et que les puissants de la terre ne te fassent pas peur. Sois tolérant, fais le bien, aime.
» Tels sont les saints devoirs de notre religion. » Il faut s'étonner que, Tessence du christianisme restant si pure, si philosophique, si inattaquable, il soit venu une époque à laquelle la philosophie ait osé dire : « Dorénavant, je le remplacerai. — Et comment le remplaceras-tu? En enseignant le vice? — Non certes I — En enseignant la vertu, alors? Eh bîeni ce sera Tamour de Dieu et du prochain : ce sera précisément ce que le christianisme enseigne. > Je me sens indignée contre ceux qui ne savent plus concilier aujourd'hui le savoir et la vertu ; comme si h vraie et immuable religion, ou la vraie et immuable sagesse, fussent maintenant changées. Sottes gens, qui supposez que l'irréligion soit un indice de science, n'oubliez pas deux Italiens, vivants encore. O sublime Alexandre Manzoni, 6 sensible Silvio Pellîco, quelle' grande religion est la vôtre, et quel n'est pas votre talent littéraire I Entre les qualités qui recommandent vos œuvres aux lecteurs, la religion est la première.
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pères. Raisonne pour éclairer )es incrédules, co fonds d'un noble et fier silence ceux qui ne font qi rire d'elle, et ne te permets pas la moindre plaisa lerie à son sujet. Il était de ce sentiment, le lice cieux et humoristique Saint- Evremont lui-mëm 1 puisque, disait-il, ainsi l'exigent la décence et
> respect que l'on doit i ses concitoyens. Et
> motif suffit, tout seul. »
■ Je te recommande surtout de lire souvent Bible, ce livre divin qui inspire à chaque vers l'amour de la vertu, qui sait apaiser dans le cœur i l'homme les passions les plus tumultueuses et qui rei sublime l'esprit d'un lettré ; ce code de la vérité, livre si vieux, lu par tant de peuples, souvent a compris, quelquefois mesquinement critiqué ou c lotnnié, toujours estimé hautement. Toi-même, m'as dit que cette lecture te console de l'injustice d hommes, des abus, de l'oppression. Rappelle-I quelle suavité, quelle exaltation de sentiments pr duisait en nous une page bien méditée de ce livr lorsque nous la lisions aux soirs calmes des jours que, nos pas errant sur les pentes d'irpini, nous b nissions la vie champêtre... »
Une suave odeur de vieux livres où d'ancienn fleurs ont séché sur d'anciennes sentences, un m lange idéal de paganisme consciencieusement hum
LâON xni DBTAKT SES CONTEMPORAIIfS
lèbre et vertueux lui-même, si l'exemple de sesancèti le stimule, si tout ce qui regarde sa famille lui rappe son devoir ; sous cet aspect, la noblesse est une be chose.
» Je ne parle pas de vous, nobles de nom seuleme de vous qui mettez votre bonheur suprême dans ]'< sîvelé, dans l'orgueil et dans l'oppression de vos se blables. Où est votre vertu? Et, pour cela, je dis <; k noblesse ne mérite le respect et la considérât! qoe lorsqu'elle va de pair avec le vertu.
» Je te recommande, mon (ils, de suivre les exe pies vertueux de tes pères. Mets-toi en état de ne | rougir de toi-même, quand tu parleras de tes mérit Bénis leur mémoire et fais-la respecter par autr Agenouille-toi sur leurs sépultures. De ces tomi mie voix s'élève, qui t'appelle à la vertu.
* Ne dégrade pas ta naissance et ta noblesse d'à en te faisant superbe, enflé, vantard de ton origii Nous venons tous d'Adam. Les affectations de la i Messe prêtent à rire, quand elles n'ont pas pour cdl« quefai indiquée plus haut. Lesparchemtns ner drant pas assez, pourte concilier l'estime des home vertueux. Si donc tu ne regardes pas à la vertu, c sont les parentés, les antiques distinctions, les pri léges, les honneurs de ta famille ? O vanité des va téil Que reste-t-il, après tout, de tes ancêtri Qu'ont-ils à faire, avec nous qui vivons, tes aleui
■iiOàitaE^,.
» Et c'est tout.
» Si un homme était capable de perfection, je te Toudrais parfait. Mesure à ce degré Tamour que j'ai pour toi. Je te voudrais heureux. Je te voudrais (mon Dieu, pardonnez-moi cet excès!) je te voudrais immortel sur cette terre. Je sais bien que cette immortalité te ferait malheureux. Mais, que veux-tu ? Telle est la confession de ma faiblesse : je ne peux pas m'accoutumer à l'idée de ta mortalité. Pour moi, ce n'est pas assez de désirer mourir avant toi ; mais je m'imagine que, si un jour, tu finissais de vivre, je m'en agiterais de douleur dans la poussière de mon sépulcre, et que mes ossements en frémiraient.
» Et maintenant, il ne me reste plus qu'à fatiguer le ciel avec les prières que je lui adresse pour toi, et qu'à désirer de vivre en ta compagnie le reste de mes jours, jusqu'à ce que tu fermes mes yeux pour l'éternel sommeil. »
Ainsi, à travers le manuscrit de madame Riola Mancini, transparent comme le plus pur diamant d'un bel écrin, pouvons-nous deviner les pages éloquentes que, dans ce genre, la comtesse Pecci écrivit probablement aussi pour l'éducation, morale de son fils. Car combien de semblables trésors ont été renfermés dans les précieux secrétaires de nos mères, sur lesquels la religion jalouse de leurs fils a fait tomber un voile
DETANT SES CONTSMPORiUNS
lis combien d'hommes aussi, formés ents supérieurs de telles mères, que pas produits aux vocations les plus se seraient pas comportés en proviseurs, si seulement ce cahier de ices lettres de quelques feuilles, — leur vade-mecum, — n'avaient pas
miration filiale Joachim ne dut-il pas ss bonnes lettres qui lui Tenaient du t où sa mère lui parlait une langue et a sublimité évangélique desquelles pour lui la tangue et les pensées les s plus héroïques des Romaines du ut-ètre était-ce le frère aîné, qui sages; mais Gioacchino les lisait de bonheur, en même temps que ^couvrait peut-être des trésors plus ne heureusement rivale des deux à chercher, entre ces lignes amou- ■iiigente et sainte mère.
ine chose que la comtesse Pecci 3 enfants, qu'ils ne la découvrirent es lettres ; ce fut le pressentiment et irrémédiable lui donnait de sa
frères apprirent l'état réel de leur
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LÉON TiUl DEVANT SES CONTEMPORAINS
mère, celle-ci avait été déjà transportée sans espoti guérison à Rome. Les deux orphelins, appelés dernière heure, n'y embrassèrent que la froide pouille d'une mone. Ne leur avait-elle pas souh l'inmiortalité, pour eux seuls? Et qu'importait mi tenant de vivre encore à cette mère heureus< consolée par l'espérance qu'elle se survivrait par amour et par sa religion, dans l'âme souvenants tels fils ?
jamais décapité ; ils ignoraient encore ce quMls retrouveraient, avec le libéralisme individuel du Régime nouveau qui entrait, en même temps et avec les mêmes honneurs, au palais des rois constitutionnels et au foyer des citoyens électeurs. Les uns comme les autres, à ces honneurs difficiles qui n*étaient plus que des charges pénibles, sauraient, sans doute, faire de profitable besogne pour la prospérité du siècle qui se proposait de renouveler l'histoire. Sans doute, les parcs de Trianon, où de vrais rois avaient aimé de vraies bergères, avaient poussé leurs claires-voies sur des pastorales qui ne recommenceraient plus ; et les vaisseaux dorés, qui avaient embarqué pour Cythère les derniers gentilshommes et leurs dernières dames, n'avaient pas besoin de recouper leurs amarres de soie pour revenir dé si loin. Le lourd radeau de la Méduse ferait peutêtre mieux TafTaire des tristes naufragés de Tan mort, essayant d'aborder à Tan neuf. Et, durant cette passe encore ténébreuse, les âmes incertaines se consolaient de leurs illusions perdues avec les espoirs anxieux de Jacopo Ortis; tandis que les plus désolées d'entre elles, par l'infortune de leurs rêves anciens que l'Europe positiviste et bourgeoise d'alors ne réaliserait plus, partaient avec René ensevelir dans les solitudes majestueuses d'Amérique l'inutile grandeur de leur noblesse que les monarchies vieilles avaient
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cadet au Collège Romain^ où ils continueraient leurs études.
Dans cette Rome où rien ne change, de ce qui est installé une fois pour en partager à tout jamais, avec ses antiques palais etses ruines restaurées, les années éternelles, le Collège Romain est un des legs des siècles passés que les siècles à venir changeront le moins peut-être. Aujourd'hui, comme au jour où Gioacchino Pecci y entra et comme aux âges antérieurs où y furent admis les ' premiers étudiants que Paul III appela d'Allemagne pour y apprendre les Insiiiuiiones iheobgicœ qui serviraient de réfutation aux Briefe et aux Tischreden de Luther, — c'est encore, sous ces cloîtres de l'école germanique, la grossière et géniale mémoire du moine défroqué d'Ëisenach qui circule, semblant donner toujours aux vieux piliers de ce collège la force inébranlable de leur masse contre laquelle trois siècles écoulés n'ont pu rien. Luther est loin déjà, dans la poussière de son tombeau déshonoré; et, comme un souvenir de la légion d'étudiants que les pays du Nord embrigadèrent ici, pour les lancer contre ces chanteurs de choral et ces buveurs de bière dont Mélanchton et Jean Bockold rabattaient la poussière que les manuscrits et les prêches leur faisaient avaler, — la robe rouge de ces mêm^es Allemands circule aujourd'hui sous ce cloître. Hôtes premiers d'une école qui ne
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La liberté, captive sous les plombs de Venise, n'allait sortir de son cachot que pour raconter ses Prisons avec l'âme attendrie et brisée de Pellico. Et plus loin que Thorizon • italien dont TAutriche, la geôlière, bornait le triste espace avec ses effrayantes chaînes, là-bas, au pays de 1789 où la liberté attendue avait promis sa renaissance et son secours à tous les peuples opprimés de l'Europe, que voyait-on ? Le parapluie de Talleyrand, usé cette fois jusqu'à la trame et impuissant à protéger la fuite de son royal et inutile Maître. Le parapluie de Talleyrand et la clabauderie des badauds : et, durant ces Journées de Juillet si grosses d'un enfantement qu'elles n'opéreraient pas, un bourgeois, — maître de Paris, — y faisait couronner en sa bonhommière personne le premier des bourgeois de France. Son arme ou sceptre serait encore le parapluie de Talleyrand, tout au plus recouvert, sous lequel s*abaisserait dix-huit ans encore le fusil à pierre des gloires nationales où brûler, avec des airs de conquérants sans rivaux, par-ci par-là, un peu de poudre d'escampette. La Royauté, constitutionnelle et bourgeoise, n'avait plus qu'à cultiver ses poires; mission à laquelle allait bien se garder de faillir Louis-Philippe nommé roi des Français, à l'unanimité des maréchaux et des maraîchers du royaume. Ainsi la Monarchie subissait sa dernière transformation, en date d'histoire et en période d'atavisme ; et
Ô2 LÉON XIU DEYAilT SES CONTEBllFORAllIS
ceux qui pourraient voir plus loin que les poiriers de. leur jardin, se demandaient déjà anxieusement quelle chose grande ou petite ce peuple, appelé à cultiver cette terre, allait faire germer de ses espaliers minuscules : à moins qu'un souiifle réYolutionnaire, ploB ;^>. salutaire ou plus dévastateur que les précédents, ne
se chargeât de préparer à la régnante bourgeoisie tout autre chose que des poires pour ses dernières et néfastes récoltes.
Le jeune étudiant regardait mélancoliquement encore vers le jardin du cardioal Sala, quand celui-ci lui dit :
— Mon jeune comte, si toute l'aristocratie romaine était indécise com.me vous, le Saint- Père n'aurait plus qu'à fermer son Collège des Nobles.
Trois jours après cette conversation, Gioaccfaino Pecci entrait comme pensionnaire dans ce même collèg-e.
Cinq ans plus tard il en sortit, ayant appris à cette école diplomatique, — la première du monde peutêtre, — la science des Cours^ d'autant plus diiiûcile qu'on y voudra réussir avec plus d'habileté que de ruse, plus de finesse que de rouerie^ plus de noblesse que de titres, de qualités que de qualité ; 14 ^ifin oà il est plus aisé d'arriver que d'aiboutir, et de rappor-
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ter d'une négociation heureuse un caractère sans partage qu'on y arait engagé sans retenue. La Cour romaine est, entre toutes, la plus périlleuse ; parce que ses chargés d'affaires, envoyés dans les Cours étrangères pour y défendre ses prérogatives plut^ morales que matérielles, risquent d'autant mieux de perdre pied sur le terrain où ils marchent que ce terrain ne compte pas, comme bien-fonds. Aux attaqaes de leurs adversaires sur champ ferme, ils ne pevrent répondre que sur champ invisible. Si les armes des plénipotentiaires de la terre sont de fer, celles des envoyés du ciel sont de souffle ; à la maté* rialité des unes, il n'y a à opposer que Timmatérialité des autres. Les uns luttent toujours couverts, tandis que c'est à découvert que combattent les autres. Mais c'est par cet exercice même de la diplomatie romaine dans )e vague des formes imperceptibles et daos Tinsaisissabie de ses mandats spiritods, que ses délégués y apportent cette souplesse de la pensée et y développent cette légèreté des évolutions, qui en font des hommes supérieurs quand ils n*y sont que remarquables, et des maîtres de la science politique quand ik y sont seiriement écoutés. C'est rétemel triomphe des âmes sur les corps et des esprits sur les matières, qui sera réservé de tout temps à cette p<^ tiqae romame, quand les maîtres de celle-ci sauront Ifimposer, à force d'adresse et de constance, à telle
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brillaient déjà des yeux si doux. Comme un nouveau César de cette aristocratie romaine, Gioacchino vint voir la grande dame en ses salons; mais, à Tinverse de son aïeul victorieux et en dépit de son père désappointé, il n'y triompha pas même du bâillement d'en* nui qu'il étouffa pourtant avec délicatesse, dans son mouchoir brodé. Au milieu de cette société neuve de 1830, il cherchait Rome dans ses propres foyers et n'y trouvait qu'un faubourg de Paris. Par la porte où lord Byron venait de sortir en demi-dieu, pour s'en aller mourir à Missolonghi avec les derniers Grecs et leurs dernières libertés, M. de Chateaubriand était entré en dieu complet cette fois, au char ou à la conque duquel madame de Staël et madame Récamier, — nymphes retardataires d'un paganisme qui ne voulait pas renaître de ses cendres, — s'étaient élégamment attelées pour promener « au milieu des royaumes vides, inania régna (i) » de la classique Péninsule le grand vieillard, l'astre tombant qui, lui aussi, allait mourir. Dans ces salons parisiennant ou anglicisant avec un bout d'accent romain, seule vivait Tâme inutile d'un Manfred, d'un Lara, d'un Child Harold, d'un René, d'un Âtala, d'un Natchez : autant de Scandinaves héroïques, qui se seraient avantageusement battus contre les brouillards de la Walhalla; au-
(i) Voyez les Lettres de Chateaubriand à Fontanes,
.LtJiitt^
Ses CORTEMPCRAlttS
;s, dont ia tic roratircsque rts d'Amérique ; — aa>ts à :etle liberté moribonde qui :oins de l'Europe assenrie, bourgeoise, que non pas !
întant étouffer, sortit bien Ico-romains où, pour faire etit qui commençait à vou- ; grand — l'âme rcMnaine — e des grands morts et des 1 l'expression de Mgr Gerrps monte et descend ces ! des points de vue moraux ent du même genre. Reipressions si contrastantes tt, elle aussi ne fait, po«r et monter (i). n Ce furent aine, j>dis eI grande et an- René — autrement exilé et lez ses Pères que dans les interrogea durant ses tacig du forum désolé, le ioog dans ce vieux monde dont se avait promis pourtsot roici que, las d'espérer ia
LÉON xm DEVANT SES CONTEMPORAINS
résurrection italienne sur ces tombeaux toujoi nuets, le malheareux Leepardî a quitté Rome suspendu sa lyre fatiguée sous le cratère du Vésun i une branche de genèi, content, lui anssi, i désert, et, comme lui, prêt à mourir sans gloire sa les layes révoltées de cette terre qui ne permet pi à ses glorieux fils d'y vi're arec honneur (i), Ama pius fiévreux encore de ces sépulcres où l'Sme il lienne semble pour toujours descendue, l'éloqut Foscolo jette un dernier cri de désespoir sous 1 mûtes funèbres et s'y couche, défendant à Pinc monte d'y apporter tm regret inutile ou d'y chercf encore une vaine espérance (2). Dans ce silence la nécropole romaine où, ni la voix pieuse deSyl' Petlico, ni les douces exhortations du Manz<
II) <jai aull' «rida icbiena
OeI formidabil monte Slerminator Vesevo La quai Duir attro allcgra arbor ne lîore, Toai cei|ù Eolitiri iniorno apargî Odorala gîaesln,
Cooienla dei deserti
(Léopardi, La Ginatra.) W Ail ombra dei dpreasi edentro fornc Confortate di piaoto, e forse, il soaDO ùïlla morte menduro
Non che U apeme, il desideiio e sp^nto.
(Ugo Foscolo, I Sepolcri.)
WMÊimiji,
LÉON XIIJ DEVANT SES CONTEMPORAINS 6q
l'àme romaine vit encore. Proscrite, elle s'attache aux masures restées debout; elle flotte dans Tair qu'on respire; elle coule dans Teau qu*on boit ; elle s'abrite aux plis des vêtements surannés. C'est elle qui donne leur grâce à ces petits enfants, endormis à l'ombre d'un vieux mur, demi-nus, les cheveux embroussaillés, qui tordent un haillon en manteau triomphal ; elle, qui cambre ces corps de femmes aux hanches robustes, aux poitrines pleines, qui marchent d'une allure souveraine sur les dalles brisées ; elle qui, aux jours de chaleur, sonne en notes claires, de toutes les fontaines dispersées par la ville où, à défaut de sculptures grandioses, un nom de pape, une inscription, des armoiries sommées de la tiare, mettent, avec un peu d'art, un souvenir du passé : des eaux dont, à la première goutte, les vrais Romains nomment la source comme on ferait d'un vin renommé; des eaux qu'Agrippa conduisit à ses Thermes, des eaux qui parlent de Sixte-Quint et de Q. Marcius Rex, de Claude et de Curius Dentatus, des eaux qu'ont payées les dépouilles de Pyrrhus et qui, dans la Rome papale, s'épandent en cascades comme à Trevi, jaillissent comme devant Saint-Pierre, s'ébrouent comme à la place Navone, mettent un arcen-ciel dans toutes les rues, une lumière dans tous les horizons, lancent à tous les coins des coulées blanches d'argent en fusion, sèment à tous les vents
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LÉON XUI DCFâNT ses CONTEM FORAINS Jl
quelques pédants d'Allemagne, ces ruines qui vivaient ne seront plus que des ruines. Mais pour leur donner, à chacune un square et un jardin, elles sont trop : Tannée italienne n'y suffirait point. Encore un temps, au désespoir des Tudesques, il faudra laisser les mioches indiscrets conserver, coaune ils font depuis deux mille ans, l'héritage des grands Romains, patiner de l'usure de leurs haillons les bronzes antiques, mèJer à leurs jeux l'ombre souriante des ancêtres et faire, à leurs chansons, vivre et palpiter encore l'âme romaine.
» C'est elle, Tàme romaine, qui jette à genoux ces foules au passage du Viatique, emplit d'êtres prosternés la maison où Ton porte le corps sacré, éveille les ferveurs endormies, et dans le peuple, auquel les gouvernements prêchent l'athéisme, fait passer encore un rêve d'immortalité. Quand, aux façades, devant les Madones-Mères, les lampes s'allument, déjà plus rares, déjà plus ternes, n'est-ce pas elle encore qui brûle en elles, dansante au vent qui souffle des grandes rues droit percées? Combien de lampes éteintes, brisées, combien que n'allument plus les vierges folles? Mais, que vienne la mort, qu'elle entre dans la maison, à la suite du Viatique, qu^dle amène avec elle son cortège de douleurs et de cris : KÂci que, devant le Saint-Sacrement, l'on se prosterne comme jadis; qu'avec une terreur pareille,
I Et ce ne sont point seulement les petites gc Que la cloche de l'église prochaine annonce la n» ïoici que les confrères revêtent leurs longues goules et, tous confondus, riches ou pauvi nobles ou vilains, repris par l'invincible pouvoir surveillances anciennes, ils vont aux églises et charniers, masqués et inconnus, communiant en mânie foi, tenant tous en main ce cierge où bi l'âme romaine. Des confréries, des archîconfrér combien? On userait son temps à les compter. Toi semblables, par la forme du costume, par le sac, le cordon, par la pèlerine armoriée, par le ca chon qui, rabattu sur la tète, couvre la figure ei laisse voir que les yeux; tomes semblables, pai capuchon étrange qui laisse sans nom les orgueil abat les vanités au niveau de l'humilité chrétien diiiinguées seulement par des couleurs qui, sym liques, marquent et attestent une spéciale et c( mune dévotion, elles tiennent Rome tout entier quiconque est de vieux sang romain. En leurs rai sous la bure pareille, le fils du mendiant catholiq et,— singulière hardiesse des vainqueurs, — le fils roi excommunié, vont côte à cAte récitant les mëi prières : toujours le De Pro/undis et le Miserere cri du chrétien à la mort, le grand appel au Ch inattre des sépultures. Certes, le ciei^e éteint cagoule dépouillée, ils croient bien, eux aussi,
■ -". . J'ItHiP ■ 1
EVAîlT SES CONTEMïaRAJKS
I mauvais rêve, une superstition ^e qu'il faut abolir et dont, si -on raient au besoin des risées. Mus , en leur moelle ; et, quoi qu'ils :loche tintera, ils iront; et, s'ils jareils à ces prêtres défroqués qui, sses, errent autour des églises, ils ore voir et regarder, infidèles à par elle.
i fassent ici ceux qui détiennent j'jls la détruisent, jamais ils n'y Dorame jadis, il semble qu'ils y ité pesant sur eux, sur leur dynasr. Rien ici n'est à eux, rien n'est entrent ni un souvenir qui justifie ne gloire qui la légalise. Hautains 1 leurs démonstrations de populaujours en garni dans ces palais des ent, ils sortent, ils passent, ils ne eu vent s'approprier, au Palatin, it payées Napoléon ; mais c'est 'ils devraient arracher des pierres ; ;mps barbares, ce n'est qu'après ■bres pour en faire de la chaux, ce r passé la charrue sur les églises et s pourraient dire : « Rome nous int qu'une pierre sera debout, elle
LÉON Kia DEVANT SES COHTEHKRftlMS
criera. Voici un palais, qa'on a pris et où l'on cai En face, des église gênaient; on les a délru Mus, au-dessus de ce balcon où l'on s'accoude ] répondre aux vivats, ce balcon d'où l'on procla les papes, une Vierge tenant l'Enfant-Dîeu bén foirie. Cet obélisque, c'est Pie IV qui l'a dressé, palais, tout près, où travaille un ministre civil, i ment XII l'a bâti. Et, 14-bas, fermant l'hori comme la borae gigantesque où se brisera la row char, ce .dame, c'est Saint- Pierre, avec, dans ombre, le Vatican. »
Telç durent être, en 1857, les éloquents loqoes de Gioacchino Pecci, quand le noble ji homme, arrivé à sa vingt-huitième année, demant silence des rues et de la campagne de Rome le st d'une vocation encore incertaine ; et le spectacl sa patrie humiliée dans sa politique débile ne co: bua pas peu à lut montrer plus magnifique en cette Eglise catholique, d'où l'Italie chrétienne vait encore tirer une incomparable grandeur, e1 hommes pieuit d'inappréciables privilèges. De ( comparaison avec le règne du ciel séculairet supérieur au règne de la terre, la foi du néop tira des avantages au bénéfice même de sa pa Déjà, devant des tombeaux si vieux et si sacrés sortaient rassurantes des images riches de religic d'avenir, les petites sonates étouffées des rom
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DE BéNÉVBHT A BRUXELLES BT A PËKOUSS
En France, cependant, la culture de la poire ( tinuait à avoir les honneurs. Un historiographe Louis-Philippe raconte qu' « un jour, se promena » Neuilly, le roi aperçut un gamin d'une diz n d'années, qui s'efforçait de dessiner sur une pi > du parc, avec un morceau de craie, la figure ■ monarque, caricaturée sous la forme d'une pc B Louis- Philippe s'approcha doucement de l'en » et, lui prenant la craie, lui dit: «Tu t'y pr« Q mal ; c'est comme cela qu'il faut faire. > Et il ad » la caricature» (i).
— Parbleu I eût pu riposter le gamin, n'a^ vous pas été professeur de dessin à Reicheneaui
Il est vrai que cet enfant, plus vieux de quek
II) Le roi Louis-Philippe, ijj3-i85o, par le marqu Fiers, c ix, p. i33; Paiis, Dentu, itigi.
;ill DEVANT SES CONTEMPORAINS
1 faire lire au même Toi Louis-Philippe, iin, une faute d'orthographe sur sa forion, dont on aurait rougi à l'école prisaient sur les espaliers de France les
d'une si proAtable paix. Ce n'est pas ; celte paix grasse, ne profitassent les ur augmenter par d'autres milliards les ses, sans honneur mais sans honte, sur le Waterloo. L'action du banquier juif le pas être si noire, puisque personne e s'en était aperçu. Horace V^net la rappeler, comme un motif amusant, di la Smalah doct le peintre lit les uits au juif pillard qui lui posa, comme ppant^le modèle. Etudes lors, surtout es u^ïpéennes s'abattit ce vol de corbeau»
or, qui ne le trouvaient plus sur les aille dont l'Europe n'avait déjà eu que :hercheraient dorénavant sur les champs lie n'avait pas encore a^ezi. En sorte
tout spéculé, tout grugé, tout volé, — 1 d'une paii protectrice et à l'ombre oq Gaulois qui, dans cette occurrence, is la plus sotte oie du Capitole, — i'outre-Rhin, d'outre- M anche et d'ailaient abattus sur l'Europe sans bruit,.
,^-:A:ji^^LÉÊ
seraient, du jour au lendemain, prêts à repi ¥oI vers l'étranger, laissant aux pays ravagés p cette chose horrible: —la Misère, — et celte diose navrante et inutile : — l'Insurrection. E ce qu'on aur^t gagné, en 1848 et en France, tÎTCr la poire pendant dix-huit ans. Car les r lions ne sont que les effets réels de causes trê taines; et il n'eût suffi à la bourgeoisie régna ce temps-là que de voir un peu plus loin que I de ses lunettes d'or, pour deviner l'orage q corbeaux de la finance, survenant après les de la conquête dans le ciel rasséréné de l'Ei y annonçaient sinistreraent.
On savait certes ce qu'avait été la première lution des Droits contre les Privilèges, et l'or quelque raison de s'applaudir de ses coûteu légitimes conquêtes. Mais la deuxième Révc delà Misère sur la Finance, dont les orages de sanglants encore qu'anodins ne faisaient pr rien de bon, que serait-elle .> Que résulterait-il, ■ plus pour un pays, mais pour l'Europe entiè quée par l'âpre faim, — d'un autre blocus conti qoe quelques portefeuilles juifsexécuteraient, c plein gré, à l'heure qu'ils jugeraient la plus p pour tordre d'angoisse, dans ce cirque gigant des foules entières d'hommes, de femmes et fimlSf saa& un 9ou, sans ua pain. Les sou
LÉON XIII DEVANT SES CONTEMPORAINS 8l
comme pour une simple chasse à. la camorre, il ne restera que trois ans : le temps de prendre le plus de brigands qu'il pourra, — y compris les seigneurs qui, dans ces repaires reculés de la Basilicate, ne sont que des bandits de marque plus aristocrate que les autres :
— Mais je suis comte, monsieur le légat, et de ce chef je vais me plaindre au papel
— Allez donc, monsieur le comte ; mais n'oubliez pas que, pour vous rendre au Vatican, il vous faudra d'abord passer par la forteresse de Saint-Ânge I
Mais à Bénévent, où il ne prit qu'une soleillée sous Tadorable ciel napolitain, comme à Spolète où il ne fit qu'une brillante passade de vingt jours — et, en si peu de temps, y traça la plus belle route que le pays eût possédé jusque-là ; — la grande question qui captiva ce grand esprit fut celle qui ne faisait pas assez réfléchir les hommes d'État cette époque, aux affaires desquels il allait être heureusement appelé à participer.
Comme il y a la politique d'action, qui exécute dans le tumulte de la vie civile et militaire les plans conçus et les résolutions arrêtées dans le silence des cabinets et des casernes ; il y a la politique de pensée, antérieure à l'autre et conséquemment supérieure par les génies puissants qu'elle y emploie et les humbles vertus qu'elle y use. Celle-ci a, sur celle-là, toute l'élévation qu'une mère a sur son enfant^ toute la dis* tance de la chaîne dont un chasseur conduit sa meute
mVAMT SES COWTEMl
int un tireur stnt soi : reste cachée, la po )le et ne laisse appi bases qu'elle dirtgej :
Hi de cuîwe donteli porte de ne pas Toir ctoire elle atteint t'eni stoirelsnom des mini
Alexandre et les C^ Machiavel ne fur (
humble paysan de Sa : plume allaient pourte èrae des victoires an ;èderait le système de î. Et si Pecci va dé' tudes les plus reniai )ur arriver aux fruct révélera seulement e ; — puisque le but
ileur et de sa patien
pies de demarn, auq' l'avec les cheveux bla Latiqueà l'heure où sa j liante eût dû le iain lis la main de Dieu, me^s'étsit diargéedi
téOK ZIII BEVANT SES CONTEMPORAINS 8)
même son élu à U suprême récnropense que la fortune disputerait jusque-là, mais en vain, à ce pacifiqoe TBinqueur.
Notre sympathique ambassadeur n'a'vaîtque trentetrois ans, quand le Saint-Siège l'envoya en Belgique. En allant, comme d'autres collègues plus heureux, dans quelque Cour plus imponante, il eût pu se dire: « Je vais à la pourpre ! » et n'eût ressemblé qu'à un «udinal. Mais en partant pour la modeste Bruxelles, où, plus la Cour était petite, de plus près il en verrait ^oluer les sujets, il aima mieux se répéter : « Je vais à l'école ! » se souvenant que la meilleure de ces écoles politiques où se formèrent les diplomates les plus grands de l'histoire, ce fut la plus petite et la plus parfaite de toutes : — la république de Florence.
La situation délicate où se trouvait alors la Belgique, dans ses rapports tendus avec le Vatican, demandait d'ailleurs une main aussi souple que ferme, dont le jeu, s'il parvenait à démêler les fils sans les rompre, suffirait à illustrer le négociateur qui y réussirait. « Au début de l'année i8j2, dit le rapporteur Mïonymeet officiel que nous consultons ( l ) , la Belgique est, au point de vue international, régulièrement côn-
(1) Voir les DacumtnU et travaux Irgislatî/s, concernanl la rupture des reliions diplomatiques entre le Gouvernement belge el le Saint-Siège, Bruxelles, Bruylant-Cristophe,
LÉO» mu DBTANT SE9 CONTEHFORAII
M. Vilain XIV arriva à Rome, au mois lembre 1832; ses instructions, conçues termes les plus sympathitjues, témoignaier éésir du Roi de cultiver avec le Saint-Siège lions amicales. La réception officielle du bdge pour ia remise de ses lettres de cié lien le 2 ^. Cette première entrevue avec Grôgi fut des plus cordiales et ne faisait guère près nuages qui allaient bientôt surgir. « Je vou dh Sa Sainteté, d'exprimer au Roi toute m nûssance de la loyauté avec laquelle 11 i l'article de la Constitution qui a rendu à l'E indépendance du pouvoir civil et au Saint-E droits sur le gouvernement de l'Eglise. La est parfaitement libre en Belgique... Depui nulgation de la Constitution, le concordat tt'existe plus pour la Belgique. » Le Pape occasion, loua fort le clergé belge qu'il trou fôeux et âdèle, tout en regrettant qu'il inan< fois de sagesse et de prudence (i).
Ces dispositions, si amicales pour la comme pour son représentant, furent de cour BLentàt après, le Pape., circonvenu par ses co se prit à douter de l'abrogation du concordat c'est-à-dire de la validité même de l'acte p
(0 Dépiche du vkomie Vilain XW, 23 aoyem
LÉON Xlll DEVANT SES CONTEMPORAINS
laissa personne pour représenter la Belgique, Pape ne montra guère plus d'empressement d'eni un agent à Bruxelles.
Cette situation exceptionnelle se prolongea dant trois ans. Le Gouvernement belge, au sein quel les Affaires étrangères furent successive dirigées à cette époque par M. de Muelenaere M. le général Goblet et le comte de Mérode, encore par M. de Muelenaere, ne fit aucun < pour y mettre un terme. Au sein des deux Cham personne ne réclama contre cet état de choses. C le Saint-Siège qui prit l'initiative de le faire cess< envoyant à Bruxelles , en qualité d'interne Mgr Gizzi qui présenta ses lettres de créance ai le ; juillet iSj^.
C'est alors seulement, au mois de septembre, le Gouvernement demanda un crédit pour envi à titre de courtoisie et de réciprocité, un mir plénipotentiaire qui devait être accrédité à la foi près du Saint-Siège et des autres Cours italiei Cette proposition rencontra une assez vive oppo! des deux c6tés de la Chambre ; elle y fut disi deux fois dans le même esprit, en septembre iB en janvier i8}6. Oh faisait valoir contre la mi projetée la séparation constitutionnelle de l'Egli de l'Etat et le caractère plutôt religieux que tique des envoyés du Saint-Siège ; on dénia 1
DETANT SES CONTEMPORAINS
merciale aux Etats pontificaux, cprima même la crainte que le droit iliques de correspondre directement ùt mis en péril parla création d'une elgique ou d'une mission dîplamxfallut que M. Lebeau fit observer it pas seulement le chef de l'Eglise, verain d'un Etat, investi comme tel ion. Le ministre des Affaires tranlelenaere, protesta que le Gouverneque par des motifs politiques, et. à ice politique que la Cour de Rome 3pe. « On a manifesté, ajoutait-il, elatives à l'existence d'une légation lint que par là oh ne portât Atteinte garanties par la Constitution en marnais je ne puis répéter assez que ces itièrement chimériques ; que c'est re but que la légation est établie, et ésence d'un internonce à Bruxelles, ont pas privés du droit de corresent avec le Saint-Siège pour les :s. Voilà un fait qui répond à touteS'
ins ne calmaient guère les appré-
. Chambre des Représentants, 29 jui.
LÉOH XItt DBYANT ffîS COîfTEM FORAINS Çf
hensions des représentants qui se préoccupaient surtout des intérêts catholiques. M. Dubus demanda une forte réduction du crédit. M. Doignon était d*avis que» par son influence officieuse ou indirecte, une légation auprès du Saint-Siège « serait plutôt nuisible qu'utile à nos libertés religieuses. » Il voulait qu'en tout cas, on n'envoyât à Rome qu'un simple chargé d a&ires. M. Dumortier soutenait cette proposition et critiquait vivement la mesure projetée par le Gour versement. Cette mesure fut néanmoins votée, mats ropposition qu'elle avait soulevée persista au sein de la Législature et ne cessa de se renouveler, presque à chaque session, jusqu'en 1848.
Le 4 décembre 1835, le vicomte Vilain XIV fut nommé, à titre permanent, ministre plénipotentiaire de Belgique auprès du Saint-Siège et des autres Cours d'Italie ; sa résidence était fixée à Rome. A^ussitôt se reproduisirent les mêmes difficultés qui s'étaient fait jour lors de sa mission extraordinaire. On manifesta contre lui, à Rome, de telles répugnances, que son départ fut retardé de plus d'un an. C'est un simple chargé d'affaires, M. Blondeel, secrétaire de légation, qui ouvre, en janvier 1836, Ifis rdations diplomatiques avec Rome. Grégoire XVI, comme le cardinal Lambruschini, ne laissent passer auctme occasion de lui témoigner qu'ils ne- désirent pas de changement à cette situation,
nullement pressés de recevoir le mispendant, vers la fin de 1836, M. de bord, et bientôt après son successeur i Affaires étrangères, M. de Theux, rches pressantes pour obtenir l'agréalain XIV; une double négociation 3me par notre chargé d'affaires, à rintermédiaire de l'internonce, Mgr lors que le principal grief du Couverai contre notre Ministre ne consistait )n adhésion antérieure aux doctrines iont on pouvait le croire revenu puispas insurgé contre l'encyclique de ient surtout les jugements rigoureux l'époque de sa première mission, sur temporelle des Etats romains, qu'on pardonner. Le Gouvernement refusa i transaction intervint; il fut convenu in Pontife recevrait M. le vicomte iir la remise de ses lettres de créance, iprès, celui-ci quitterait Rome. Ce [t son exécution, avec cette circonse que la réception, d'après un billet nbruschini du i; juin 18^7, eut lieu vée. Jusqu'en août 1839, époque où lîn, notre Ministre résida tour à tour Florence, mais il ne reparut plus à
Rome où la Belgique continua d'être représen'téi un chargé d'affaires: ce fut M. Blondeel d'at M. Vermersch ensuite.
Cette situation équivoque devait réagir sur l présentation du Saint-Siège à Bruxelles. Apre séjour de deux ans, l'iniernonce Giui présent: i; juin 1B37, ses lettres de rappel et laissa 1' Spinelli comme chargé d'affaires. L'intérim se longea pendant plus d'un an et demi ; il ne c réellement que lorsque Mgr Fornari, arrivé l'intervalle en Belgique avec le même grade, fut en qualité d'internonce (1; février 1879).
Ce refus d'agréation du premier ministre 1 envoyé à Rome par un gouvernement dont les syi thies envers le chef de l'Église n'étaient pas suspe bien que ce refus n'ait été qu'imparfaitement a et connu, ne pouvait manquer de réveiller au Pi ment l'opposition qui s'était manifestée dès l'ai: au sujet de l'établissement de rapports diplomati avec le Saint-Siège. M. H. de Brouckere sigi en 1837, la bizarrerie d'une situation qui retenail cour de Naples, que nu] agent ne représente Bruxelles, notre ministre auprès du Saint- S M. Dumortier contesta de nouveau la néce d'envoyer un ministre à Rome, et réclama son placement par un simple chargé d'affaires. E ^ns après, en 1839, M. Fleussu disait à laCham
LëON Zni DETANT SES CONTEMPORAINS
ne |>ouYaient donner au Saint-Siège le Qloindr brage, fut accrédité au mois de mars 1840 et ac arec empressement i Rome. Sa aiission ne rem de ce côté aucun obsctacle, mais elle ne cessa c un caractère essentiellement intermittent. Pe lesquatres années qu'il garda sesfimctions, M. < tremont ne passaità Rome que quelques mois C et revenait ensuite en Belgique, en se faisan placer par des chargés d'affaires, qui furent 1 tour M. Vermersch et M. P. Noyer. Ces irr rites attirèrent l'attention de la Chambre. P< les quatre sessions de 1840 a 1844, roppositi< aouvela ses attaques. MM.Delehaye, Osy, Dei de Tornaco et Lys reviennent à la charge, soi combattre l'existence de la Légation, soit pour 1er les absences continuelles du titulaire. L'o qui demandait la suppression mSme des ra| diplomatiques avait cependant perdu du terra résultat était dû en grande partie i l'internoncE nari, qui représenta, jusqu'à la fin de 1842, le Siège A Bruxelles. Par son intelligence des ir tions nationales, par la modération de son es) l'améaité de son caractère, ce prélat s'était ce dans les hautes sphères belges des sympathies vives qu'universelles ; le Roi professait pour lui 1 haute estime et usa de toute son influence, à F pour lui faire décerner le titre d'archevêque et
LÉON XIU DEVANT SBS CONTEMPORAINS CJ
Utilement avec lui; mais le procédé était d'autar plus blessant, qu'on savait au Vatican oombie Mgr Fornari était estimé parmi les Belges, et comble sanout le Roi attachait d'importance à son malnlie à Bruxelles. Aucun avis préalable n'y fut envoyé, a sujet de la double mesure projetée à Rome. C'est 1 même jour que le Ministre de Belgique y apprit d cardinal Lambruschini les intentions du Saint-Sièg et leur accomplissement. Sans attendre des instruc lions, prévoyant l' effet que cet acte allait produire, 1 comte d'Oultremont écrivit, le i6 novembre 1842, a Secrétaire d'État: « La précipitation avec laquelle I résolution m'est notifiée passe toute attente. J'aurai osé compter que le Gouvernement pontifical aura donnéunemarquedeconfîancequi m'eût été précieuse en me consultant du moins, ou en me permettant d prendre les ordres de mon Souverain. Dans la posi tion où je me trouve, je ne puis que recevoir la nou Telle que Votre Eminence me communique, dans u esprit de conviction que, puisque la Légation du Rc n'a pas été consultée dans cette affaire, les chose auront sans doute été directement proposées à S Majesté, mon auguste Souverain.
n Le gouvernement pontifical connaît trop bie l'estime particulière que le Roi porte à Mgr Forna: et la part toute personnelle que Sa Majesté a prise son élévation au grade de Nonce, pour n'avoir pa
d'une part, le regret de perdre un Nonce dont oa désirait vivement le maintien à Bruxelles; c^était, ensuite, Tirritation causée par lattitude du Saint-- Siège qui, méconnaissant les justes susceptibilités du Gouvernement belge, se Catsait l'instrument docile d'une combinaison en quelque sorte imposée par le Cabinet des Tuileries. Mais ce ne furent pas là les seuls motifs de ce refus d*agréatian. Mgr Garibaldi avait semblé en France au-dessous de sa mission; il manquait de savoir et de fermeté, et ses habitudes privées, en nuisant à son prestige, firent craindre qu'il fût incapable id^acquérîr Tascendant, d'exercer sur TEpiscopat l'autorité qu'on jugeait indispensable au succès de sa mission. D'un autre c6té, il semble que le clergé belge, appréhendant que le nouveau Nonce ne fût un instrument trop souple entre les mains du Gouvernement, en ait secondé secrètement la résistance.
La nomination du prélat, grÂce à la prompte int^-» ventiondu Ministre belge, n'avait pas été consommée. Le projet resta sans suite, mais la Cour de Rome en garda un assez vif ressentiment. Aux instances du comte d'Oultremont, qui le pressait* de faire un nouveau choix, le cabinet Lambruschinî répondait que le Saint-^Siège ne voulait pas s'exposer à un 5£* cond affront. On finit toutefois par s'entendre pour la désignation de Mgr Pecci, qui présenta ses lettres
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LÉON XIII DEVANT SES CONTEMPORAINS lOI
ferait savoir s'il lui convenait de retourner à Rome en qualité de ministre plénipotentiaire. Cette solution semblait admise quand, à la fin de septembre, le Nonce, alléguant qu'il avait mal interprété ses instructions, vint déclarer que le prince de Chimay ne serait pas admis avec lé titre d'ambassadeur, même en mission temporaire.
Le motif invoqué par le Saint-Siège dans le but d'amoindrir le rang du représentant de la Belgique était évidemment peu fondé (i). Le droit d'ambassade qu'exercent à Rome les quatre puissances catholiques, en vertu d'anciennes traditions, ne saurait être exclusif à l'égard des agents diplomatiques des autres puissances ; tout au plus pourrait-on prétendre qu'il l'est au point de vue des prérogatives attribuées spécialement à ces puissances, notamment en cas de vacance du Saint-Siège (2). Mais le Gouvernement belge ne revendiquait aucune situation privilégiée ; le titre d'ambassadeur dont il avait revêtu son agent était plutôt un hommage au Souverain Pontife. Néanmoins, la Cour de Rome y mit tant d'obstination,
(i) Il convient de laisser au rapporteur de cette note la responsabilité de sa rédaction.
{2) Le prince de Ligne fut reçu en 1848 comme ambassadeur, et resta avec ce titre en mission permanente, moyennant quelques réserves relatives à ces prérogatives, ainsi qu'à la préséance.
an belge restt eacore pendant deux mois
ce ne fut que le 7 décembre 1846 qoe 1k hioiay fut reçu comme ambassadeur pour sr Pie IX, et, à la an de cette mëine auemit des lettres de créance de ministre aire. Le jour même de sa réception, tl
du Vatican dépouillé du caractère qu1l rté. Ce compromis bizarre et assurément 1 fut signalé à la Chambre dâs Représenfévrier 1847, par M. Verhaegen, coraïae ible avec la dignité nationale, d'autant : nonce apostolique en Belgique jouit
des prérogatives de l'ambassadeur. Le es Affaires étrangères, M. Dechamps,
devoir entrer dans les détails de rînci> x>rna à affirmer que la mission du prince avait été et restait essentiellement ternpoésence de la condition qui lui était faite,
effel, ne prolongea guère son séjour 4
rendit à. Napleset revinten Belgique, au , Un charge d'affaires, M. de Meester,
gérer la légation.
difficultés d'une nature personnelle, de si mutations et interruptions réciproques s, ne permettaient guère d'attendre de itages de ces relations officielles avec le . Au point de vue des intérêts politiques
liON XUI DEVANT SES CONTEMPORAINS lOf
de notre pays, le résultat en fut, en effet, à peu près nul. On ne saurait envisager comme un succès de cette nature Télévation de Mgr Sterckx au cardina* lat, bien qu'on la représentât à Rome comme un hommage rendu à notre nationalité. Dans le règlement définitif, en 1839, du différend bollando-belge, la Cour de Rome s'imposa une abstention absolue ; son intervention, disait-elle, n'aurait pu qu'être préjudiciable à la Belgique, en indisposant davantage la Prusse, qui se trouvait en ce moment en lutte avec TEpiscopat et soupçonnait le Saint-Siège et le clergé beige d'en encourager la résistance. Dès cette époque, même sous les ministères de M. de Muele^ naere et de M. de Theux, les actes et la langage du clergé sont signalés à Rome comme pleins de périls et deviennent Tune des préoccupations dominantes des agents belges. Un mois après la remise de ses lettres de créance, le 26 février 18 36, le premier chargé d'affaires était amené à attirer l'attention du cardinal Lambruschini sur la grande liberté dont jouissait en Belgique l'Eglise catholique et la haute protection qu'elle devait au Gouvernement de Sa Majesté, a J'ai cherché également, ajoutait-il, à faire comprendre à Son Eminence que le clergé belge, pour ne pas compromettre cette belle position, el cela dans son intérêt à lui, devait user sagement de son indépendance et ne pas compromettre son avenir
sur-le-champ faire usage de tout son crédit amener, par ses insinuations et son exemple ëvëques encore récalcitrants à se prêter au vo du Saint-Père». « Il s'agit, disait le cardina sauvegarder les intérêts de l'Eglise, menacés p progrès constant de ses adversaires. Il faut atte des circonstances plus favorables pour reprodui; projet, quand il aura des chances de succès, sai soucier des réclamations de personnes « d'un » douteuse ou dont le zèle n'a pas toute la prud » nécessaire ». Le Saint-Père ne saurait douter Son Eminence ne comprenne qu'il faille tout i chose qu'une simple iruiViunf ion en face de l'énerf excitation dont Sa Sainteté est l'auteur direct, qu'EUe se serve de mon intermédiaire. Elle at de recevoir de Votre Eminence une réponse vivei attendue et conforme aux justes désirs de Sa i teté. » Le Saint-Siège fut obéi, non, paralt-ÎI, Quelques hésitations. Le i; février 1S42, la pro] tion Brabant-Dubus était retirée, à la demande évèques, et le Cabinet de 1841 considérait cet comme une importante victoire diplomatique.
C'est au cours de cette négociation et en prév: de conflits ultérieurs avec le clergé que les mini; de cette époque conçurent le dessein de renfc l'appui qu'ils rencontraient chez Mgr Fornari, ternonce du Saint-Siège, en lui faisant obtenir, i
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prendre jusqu'ici » (i). Afin de mieux assurer ks effets de cette intervention conciliatrice, « il est i désirer plus que jamais que le représentant de Tautorité pontificale reçoive une position qui le rende supérieur^ et de fait et de droite aux chefs de notre cUrgé^ en lui conférant le caractère de Nonce. »
La Cour de Rome cydescendit à ce vœu, qui servait, au surplus, sa propre influence: Au mots d'avril 1842, M. d'Oultremont, ministre belge auprès du Saint-Siège, apporta lui-même à Bruxelles les lettres pontificales qui instituaient la nouvelle nonciature. Le Pape et son secrétaire d'État soutenaient énergique ment, à ce moment, Tadministration formée en 1841 et que dirigeait M. Nothomb. Aux élections du mois de juin 1841, ils lui avaient prêté, sans que cet homme d'État Teût réclamé, un appui efficace, et c'est par leurs ordres que l'Épiscopat descendit dans Tarène électorale. Ce résultat était dû à l'influence personnelle qu'avait acquise au Vatican le ministre belge, M. le comte d'Oultremont, qui ne recula pas dans cette circonstance devant une initiative hardie. Mais là s'arrêtent, dans cette voie, les
(i) M. Noyer anticipait ici quelque peu sur les événements. L'Épiscopat ne se rallia pas si promptement aux avis de la Cour de Rome, témoin la lettre que le cardinal Lam.brusclîini écrivait le 17 décembre à l'archevêque de Malines, et qui est mentionnée ci-dessus.
ficace et n'a laissé aucune trace, o Ce n'est pas une pensée de sujétion envers TÉpiscopat belge et le Saint-Siège », disait plus tard le chef du cabinet, c qui animait le ministère de 184) : s'il a cherché à donner une haute importance à la nonciature de Bruxelles et ^ la légation belge à Rome, c'est qu'il croyait trouver et qu'il a, en effet, trouvé à Rome même, sous le pape Grégoire XVI, une haute intelligence des questions politiques. Le dépari de Mgr Fornari a été un grand malheur; son successeur m'a surtout fait regretter le non-envoi de Mgr Garibaldi » (i).
M. Nothomb quitta le pouvoir le 19 juin 1845; quelques moisplustard,laCour de Rome notifiait, pour motifs de santé, disait-elle, le rappel de Mgr Pecci. Les froissements avaient dû être graves; il fut question un moment de ne plus envoyer à Bruxelles qu'un internonce. M. Dechamps, qui, dans l'administration de 1845 , avait pris le portefeuille des affaires étrangères, protesta contre ce dessein; il demanda non seulement qu'on continuât d'accréditer un nonce, mais que ce nonce fût un homme d^Ètat. « En effet », écrivait-il à Rome, « la nonciature, en Belgique, a une importance particulière. A l'intérieur , la difficulté pour le gouvernement se trouve dans les relations avec
(0 M. Nothomb à M. d'Hoffschmidt, 14 novembre 1847.
les mains de ministres qui faisaient de l'entente avec le clergé un des points essentiels de leur programme politique. Il restait à faire Texpérience du système contraire et à s'assurer si un gouvernement, se plaçant au point de vue de la séparation de TÉgllse et de rÉtat et revendiquant l'indépendance absolue du pouvoir civil, rencontrerait à Rome un terrain plus propice de négociation.
D'après ce rapport, écrit en 1879, pendant la pé- • riode d'irritation de Bruxelles contre Rome et de Frère-Orban contre ce même Pecci devenu Léon XIII, — rapport virulent qui concluait comme solution dernière à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, — les premières relations du Saint- Siège avec la Belgique n'avaient pas, on le voit, été des plus faciles; et le nonce qui, après trois ans d'essais infructueux, n'y avait pas ruiné tout son crédit, avait bien gagné son rappel et un repos intérimaire de quelques mois où, dans un rapide voyage à travers l'Angleterre et la France, Mgr Pecci retrouverait sa tète.
Ce fut seulement son chapeau que le futur cardinal allait risquer de perdre en route.
Le roi Léopold, appréciant les hautes qualités du jeune nonce, n'avait pas hésité à demander pour celui-ci la pourpre au Pape qui, en principe et contre
ti^é.
Windsor, lui fit cadeau de POrdre de la Jarretière. Qu'une femme donnât ainsi publiquement sa jarretière à un homme, Pecci était trop prêtre pour oser s'en apercevoir. Quant au couteau banal du roi, si Tinternonce fut du cortège et vit offrir la lame inoffensive à la reine, ce fut en plein dans son cœur qu'il dut la recevoir.
Ainsi, depuis queThistorique parapluie était rentré dans la malle du roi en attendant d'en sortir avec empressement à la première bourrasque (i), c'était avec un couteau de trois sous que le bon roi allait défendre sa bonne France contre la nuée des corbeaux voleurs qui venaient de s'abattre sur elle, sur ses villes de modestes rentiers, sur ses villages de braves laboureurs, partout où il y avait un peu d'or à prendre^ et beaucoup de misère à laisser à la place : et ce vol national et légal, au taux courant des banques qui ne sont faites que pour les ban-
(i) c Pour terminer ce tableau de la vie ordinaire du roi, nous dirons que souvent, en sortant de ses visites aux artistes, Louis-Philippe jetait un regard mélancolique sur la place du Louvre, se rappelant avec regret le temps où il parcourait seul les rues de Paris, son parapluie sous le bras, — parapluie qu'on a tellement et si injurieusement tourné en ridicule. Un soir, ayant entendu un de ses aides de camp reprocher à un capitaine de la garde nationale de s'asseoir crotté à la table royale : a Ne lui faites » donc pas de reproches. Il est bien heureux de pouvoir se crotter ainsi. » O/7. c/f., c. ix, p. '126.
DB PËROUSE A ROUB 1846-1878
Faut-il maintenant relever dans un tableau po tique, — que représenterait bien mieux un table gradué des Bourses et des Banques à fond de fon( — la situation européenne, telle que l'ébaucha Révolution de 1848 et telle que l'achèvera sans dou la Révolution qui la suivra, la complétera, et do plaise à Dieu de reculer au plus lointain de not histoire la date épouvantable ? Pas plus que Lace daire, trompé par les douceurs d'une paix fainéar dont l'éloquent et peu judicieux orateur félici l'inepte bourgeoisie, comme de sa conquête (1
(1) <La bourgeoisie n'est pas une classe à part, inabi d»ble, enfermée dans ses privilèges et ses préjugis; la boi geoiiit, c'est nous tous. Par un bout, elle touche au peuj où cUe se recrute incessamment, et, par l'autre bout, à noblesse el au trdne dont ses membres d'élite tendent à rapprocher par l'inévitable attrait de
IkHT SES COK
ré par ce gra
foule suit «po oro », se hâta)
lé. Celte classe i
pas de se créer Se qui vient des française : Tu 1 en coûte pour ; possible de les
enflons du bri irs, quand celui trrompre luï-mi
être Vironie de la couronne de -geoisie. Quant < •mmeni î^apolé x'à le regarder ieuse variante à
:uil, entouré de M-il( il entre,
faire, lui, l'en
■urber sa téie ir anfesser à tous - pour sacrer u 1 Nation franc,:!
çbar la bête populaire qui ne demandait qu'à proclamer pour son monarque celui qui lui rendrait son pain. Mais les trésors étaient vides, la bonne volonté et les bons mots dont le pauvre Pontife encourageait son peuple au sacrifice ne pouvaient tenir lieu de pâtée; et quand le pape referma ses fenêtres pour ne plus laisser déchirer son âme par les cris de la foule qui demandait, non plus des libertés, mais des vivres^ le poignard étendant roide mort Pellegrino Rossi à ses pieds ne lui permit plus aucun doute sur la pensée de ses sujets. Â une popularité que la bourse vide du souverain pourrait seule entretenir, l'impopularité succéda vite ; et Pie IX, n'ayant à faire mieux, se contenta de l'inertie en attendant qu'un roi plus riche, et partant plus heureux, trouvât dans ses trésors i retarder quelques années encore la solution de l'effrayant problème.
C'est de France que la Révolution se lève pour courir battre, chaque fois, l'Europe entière ; et c'est en France que la sanglante voyageuse revient aussi chercher à ses folles blessures le remède qui peut encore la sauver. En même temps que celle-ci, un nouvel empereur venait d'entrer à qui elle demanda du travail, sinon pour vivre, du moins pour ne pas mourir. — « J'y pensais I » lui répondit celui-ci, en lui ouvrant les grilles de Paris toutes grandes. Ce fut alors que Napoléon III, pour maintenir aussi long-
r^wiïpsppww^
LÉON Xltl DEVANT SES CONTEMPORAINS 1 19
hauteurs de Pérouse où la Providence lui allait fixer pour trente ans de paix indérîdable et comme d'oubli total son poste d'observation, vous l'avez reconnu, à la finesse du visage qui vous a indiqué un patricien, et à la distinction de sa très longue et très maigre personne qui, telle qu'une aiguille du plus brillant acier, pouvait, mais sans piquer, glisser partout. Tandis qu'il monte vers ces sommets où trouva son berceau l'art calme du Pérugîn et du Giotto, et où Alexandre III était venu chercher dans une tombe le silence étemel que les troubles de son siècle lui avaient refusé, entendez-vous Pecci, — car c'est lui, — bénir cette retraite alpestre, tantôt avec un texte de la Bible que lui rappelle son bréviaire acclamant les montagnes de Gelboé ou d'Hébron sur lesquelles Géhovah se platt à résider, tantôt avec ces vers de Poscolo chantant soudain dans sa mémoire:
Te beata gridai, per U/clici
A we piene di vita, e pei lavacri
Cite da' suoi gioghi a te versa Appennino.
lÀeta deW aer tua veste la terra
L)i luce Umpidissima i tuoi colli
Per vendemmiafeitanti
Ce fut dans cette adorable Pérouse, dominant VOmbrie sereine jusqu'au plus loin que l'œil peut découvrir d'horizon radieux, jusqu'à Assise et Foligno ouvertes à ses pieds comme les pages enluminées
LÉON XllI DEVANT SES CONTEMPORAINS
l'évèque, heureusement en exil, dans son palais comme un observatoire sur ces hauteurs alpest ouvrit, trente ans, dans le silence des passions et c le recueillement des études pratiques, U petite îe tre où Dieu lui-même l'avait assis.
Ce fut d'abord l'ascension de cet astre dont te la chrétienté avait béni l'apparition brillante sur plateaux de Villafranca ; le même, que les sommets | rieuxde Magenta semblèrent grandir; celui-là enc qui, loin de Rome maintenant, s'abîme déjà d une pluie de sang et dans une tempête de malédictic sous les fondrières irréparables de Sedan. On de> la sentence que l'évèque de Pérouse en porta» vance, dans leslermes qu'une plume savante en à éc plus tard: « Louis-Napoléon qu'on a cru, pend vingt ans, le plus malin des hommes d'Etal, était des hommes les plus naïfs qui aient jamais exi; Toute sa vie îe prouve, depuis la tentative de Str bourg jusqu'à la déclaration de guerre à la Prus Ses amitiés dénotent une naïveté d'enfant. Sa se malice — et encore lui venait-elle de son temp^ ment — était de ne rien dire, dans un pays où tou inonde parle. Naïf! Il n'était pas seulement naï était sentimental. Il n'a jamais pu se dégager comp tement des romances maternelles, et ses velléi
ÉOH XIII DEVANT SES COHTEMPORAENS
îs n'étaient que musicales. Ce n'est pas qu'il de courage. Il opposait au danger plus que ige, il lui opposait l'indifférence : il n'y croyait ait convaincu qu'il avait une étoile, unedesticulière et qu'il ne mourrait pas sans l'avoir ie jusqu'au bout. Il ne se trompait pas, comme , Il avait horreur de verser le sang, malgré nt du Deux-Décembre qu'il avait voulu absolacifique et qui ne pouvait pas l'être, avec un omrae le nôtre. C'était un homme qui croyait : que toutes choses pouvaient s'arranger à :, du moment qu'elles avaient passé par son Test cette horreur du sang qui lui a fait faire e Villafranca et la reddition de Sedan. Vous rez le même procédé dans la défaite et ictoire. C'est le même homme partout. Sedan : Villafranca retourné.
lui a prêté les combinaisons et les prémédi- :s plus machiavéliques. Autre erreur. Malïment, il ne prévoyait et ne combinait pas I n'avait de Machiavel, qu'il n'a peut-être I (les hommes comme lui ne peuvent pas lire:
ient qu'en dedans ; le dehors ne leur apprend loins que le dehors ne se traduise par des des couleurs, une action excessive), 'il n'a- ^achiavel que le masque, et s'il était envemutisme, c'est qu'en réalité il n'avait près-
IWWWP^
qne jamais rien A dire. Il tremblait toujours qu'oa i s'en aperçût, dans ce pa^s où la parole a tant i charmes. C'était un sphinx, qui n'avait pas d'énigme aussi les gens qui le connaissaient bien faisaientde lui tout ce qu'ils voulaient, à moins qu'il n'eût < un pressentiment, une double vue, un songe; auqu cas il ne démordait plus de son idée, qu'il preni pour une Inspiration du cîel et qu'il ne communiqui à personne. Il l'emportait avec lui, la couvait, lad veloppait, mystérieusement, dans l'ombre ; il la c chait dans tous les coins, venait la reprendre quai il était bien sûr de n'être pas vu, et à l'heure qu avait fixée (il choisissait de préférence un annivi saire), il la faisait éclater au grand étonnement de ! plus intimes et de ses plus proches. Fataliste au pi mier chef, il se croyait en commerce secret avec u puissance supérieure dont il relevait directement n'admettait pas qu'il cùl des comptes à rendr^ a hommes de sa mission sur la terre. Il avait à acco plir cette mission, voilà tout. Venir trop tard ou tr tbl, il était non seulement le souverain le plus inco patîble avec le temps présent, mais le type le p antipathique au caractère français, en vertu de < axiome d'alchimie : « Les essences ne se mêlent j auxphlegmes. » Aussi, malgré les huit millions voix du premier plébicile et les sept millions de vi du second, n'y a-t-U jamais eu communion inti
dans l'éternité, de se donner et de se reprendre, de se livrer toujours sans s'épuiser jamais, et par ce vaet-vient perpétuel d*éclairer, d'étouffer et de féconder ce qu'ils touchent et ce qu'ils traversent. L'empereur n'avait pas cette faculté. Aussi, il n'a pas donné ce qu'on attendait de lui. Pas un de ceux qui auraient voulu voir le progrès de la France par le développement continu et régulier des institutions libérales, qui ne se dît : « Qu'est-ce que l'Empereur attend donc, pour être un grand homme? » Les circonstances, les intérêts, les esprits, tout était prêt pour sa gloire. Jamais souverain — et deux plébiscites sont là pour le prouver, — n'a eu pareille occasion de s'immortaliser. Il avait sur la France une lettre de crédit illimité. Il s'est défié des autres et de lui-même. Il ne se répandait jamais, — cela ne lui est arrivé qu'une fois, avec M. de Bismarck. — Il en est mort politiquement. Homme de transition, chargé de faire passer la France d'un état à un autre état, complètement opposé, il aura été à la fois cette ombre douteuse, et ce jour incertain qu'on appelle le crépuscule, devant lequel les objets prennent les formes les plus étranges et les plus diverses, selon qu ils sont éclairés par les dernières étoiles de la nuit ou les premières clartés de l'aube. Puis, tout à coup, le soleil éclate à l'horizon, fait évanouir toutes les vapeurs, disperse tous les fantômes. Na-
1 vîe hésitant entre ce lait naître, ne voulant n'osant pas s'élancer s théories du moyen e incarnation, aveuglé, it il n'a pas su, être le ien qu'il en eût de vae foyer propre. C'est mière éteint. Le vrai : dans le ciei {i). »
à la souplesse de ces iseraient plus vivement portrait, j'oserais rapdéjà consigné dans une nés de mon temps (ï).
Tîl 1865, l'Empereur, ;e et treize de règne, ! lui Soiférinc et qu'on Mexique, manda au paître dont la renommée rise, et qu'il lui com-
e I ou debout, dans vos
e de Junius.
M, t. Il, p. 127. Savine,
LéON Xm DEYANT SES CONTEMPORAINS 12/
— En famille! répondit rimpératrice, parlant pour l'Empereur.
Et elle disposa elle-même la pièce. Elle choisit Torée du pavillon, qui ne laisserait voir la cheminée que par un coin du chambranle, où l'aigle impérial essorerait. Derrière le personnage, qui poserait debout, près d'une table où 'la couronne trônerait sur des coussins, les salles suivantes s'éloigneraient, à l'enfilade, avec leur flamboiement de dorures mourantes comme en un crépuscule. Autour du personnage et en pied, à son profit, toutes les couleurs dorées, bleues et rouges, deslambris, des tapis et des meubles, s'éteindraient. L'ordonnance, que prescrivait l'Impératrice en artiste parfaite, était parfaite ; et le peintre attendait, dans un coin, d*y ajouter seulement ses couleurs.
On en vint au manteau impérial, dont les plis fastueusement amples et criardement rouges pourraient détonner dans cet ensemble familial, selon la
place qu'ils y occuperaient.
Le manteau I 11 le fallait pourtant à la décoration impériale,
mais sans qu'il la décorât avec intention.
Où placer le manteau ?
Cabanel eut une idée de peintre, qui illumina
aussitôt son regard; mais il craignit que l'audace n'en
heurtât son souverain modèle.
'JM
versaires politiques appelaient la « nature hollandaise » , et que des ennemis plus libres de langage se plurent à confondre avec la nature même de l'amiral Verhuell.
Que la reine Hortense en fût cause, ou qu'elle en doive être absoute, son fils problématique n'en fut pas moins Harlémois d'humeur et de type. — a Doux entêté!... » disait sa mère, pour résumer en ces deux mots son indolence et son opiniâtreté...
Les yeux de l'Empereur étaient surtout caractéristiques, précisément par ce manque de caractère qui ne permettait pas de les fixer et qui les rendait par là si politiques. Des yeux bleus, qu'estompait la grisaille. Des yeux petits, qui semblaient somnoler sous leurs paupières retombantes, telles que deux rideaux. Des yeux qui ne luisaient, comme des diamants dans le plein jour, qu'à leurs beaux jours ou à leurs jours néfastes. Ainsi, le i" décembre 185 1, quand l'homme du coup d'Etat disait à un simple honnête homme : M. Ferdinand Fabre :
— Vous ne croyez pas cela, j'espère ? Vous me croyez un honnête homme ?
Ainsi, le 24 juin 1856, sur le champ de bataille où bénévolement il se couvrit de gloire, et que Villemain célébra par cette fine répartie :
— La confiance?... C'est comme la bataille de Soiférino : ça se gagne ; ça ne se commande pas I
Les yeux bleus de Napoléon III, que celui-ci
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IJO LÉON XIIÏ DEVANT SES CONTEMPORAINS
dissimula le plus habilement, selon la recommandation de sa mère : « Un prince doit savoir se taire ou parler pour ne rien dire », ces yeux, rapprochés de ceiix du fils naturel du général Flahaut et de la reine Hortense, et semblables entre eux comme deux gouttes bleues entre elles, furent le critérium le plus certain de l'incertitude de cet homme qui, de Paris à New- York, vagabonda quarante-six ans autour du trône, sans savoir si, neveu réel du premier empereur, il serait empereur à son tour; Mais, lui, du moins, comme son frère utérin, pour laisser croire à sa réelle'mère, il ne porta pas dans son blason la fleur barrée d'hortensia,
La fortune, tôt ou tard, devait fixer le sort de cet audacieux et de cet opiniâtre^ bien légitime fils des Bonaparte par ce côté commun de son aventureux caractère.
Elle le fit empereur, pour dix-sept ans. Les uns trouvèrent que ce fut trop; et d'autres, pas assez. L'histoire n'a pas moins enregistré le nom de cet homme à qui nul ne reprochera d'avoir été, du moins d'aspect, un condottiere italien, ainsi que M. Taine Ta écrit de son oncle; et, si c'est une injure, d'être italien et condottiere en France, cet empereur hollandais n'en sera pas atteint...
Ainsi, surgissant d'un orage révolutionnaire et se maintenante son zénith avec, pour équilibre, la fausse
LÉON XIII DBVAHT SES CONTEHPORAINI
paix d'un travail mal assuré à son peuple et li dangereusement oiTerte à ses soldats qui ne vi que le repos, cet astre de mesquine grandeu tomber fatalement dans l'abtme d'où il étal Déjà même, cet astre dont l'auréole rouge annoncé que la paix et apporté que la gue[ passé. Une autre étoile, plus salutaire pe venait de se lever sur le ciel assombri de l'I EtIesyeuxdePecci se tournèrent vers l'Ail où avait lui celte étoile nouvelle. Mais, de < on ne connaîtrait bien les influences néfas' lorsque, plus tard, sur son déclin, on résume partialement la vie et l'œuvre du provtdenti marck qu'elle faisait présager.
La vie de Bismarck?... De celle-là, j'i écril(i) :
Sa laborieuse longue vie infatigable de ce qui exécute et d'exécuteur qui ne comman' elle tient toute dans ce mot de minislres, pa jes Gouvernements modernes désignent officie ces hommes politiques que l'Empire latin :
autrefois ses esclaves. El pouvait-on faire autr qu'uQ ministre — et un ministre à perpétuité
(0 Voir Da Hcmmei, t. I, p. lo. Pnrii, Savin
LÉON XIII DEVANT SES CONTEMPORAINS l}}
fc- I ■ Il I ■ ■ I ■ I ^
Sans doute ce paysan, sorti de Varzin sans diplômes, — par la faute des Universités allemandes qui ne couronnent pas que les étudiants buveurs, <— arrive aux Chambres, après vingt- trois duels dont un seul lui laissa cicatrice, après mille ribauderies où les femmes peuvent perdre leur vertu mais où il est entendu que les hommes conserveront leur honneur, après une tentative d^assassinat en pleine brasserie sur la personne d'un buveur partenaire qui parlait mal du roi, et dont Bismarck cassa le crâne d'un coup de sa chope vidé.e. Mais est-ce, dites-nous, avec des diplômes, de la vertu ou des délicatesses, qu'on maçonne un Etat ?
Et quel Etat à construire, cette Prusse manchote, sans jambes vers TAutriche, sans tête vers le Danemark, et (dont le ventre obèse aurait certes. assez d'appétit pour absorber la Belgique à sa droite, et à sa gauche la Pologne ! Guillaume a deviné son homme, en ce ministre sans manières qui laisse aux diplomates leurs façons et qui, de ses deux fortes mains d'ouvrier, prend le marteau et la truelle et s'attaque au vieil empire d'Allemagne qu'en quarante ans il va falloir radouber^ de toutes ses pièces meubles et disjointes, en un ensemble unifié et stable. Avant d'inviter votre cour dans vos salons dorés où l'habile diplomatie fera plus tard miracles, faut-il du moins que votre palais soit debout ? C'est à quoi va travailler
Et maintenant l'ouvre entreprise, que dit-elle?
L'œuvre entreprise dit qu'elle est maintenant achevée. Elle dit qu'en trois étages, Tun toujours plus haut que l'autre, elle a touché au faite qu'elle voulait atteindre et d'où, à l'heure présente, elle domine l'Europe.
Elle dit d'abord que, lorsque Bismarck, obscur député de Varzin, apporta ses services à Guillaume, modeste roitelet de la Prusse, aucun Etat du Sud ne voulait reconnaître la suzeraineté de ces Hohenzollern. Les Hapsbourg surtout se prévalaient de TAutriche, et, si l'ancienne Confédération avait à élire de nouveaux maîtres, il était bien à croire qu'elle irait les chrercher à Vienne. Que pouvait, contre la fastueuse cité où le Danube bleu est grand et beau comme une mer, ce Berlin gros comme deux bourgades réunies et où la Sprée boueuse ne passe que pour ajouter sa fange à la crotte des rues? Mais laissons, à leur rivalité de lieux communs, ces villes et ces fleuves* Des hommes aux casques ciselés de dissemblables aigles, sont debout : suivez-les. Ils passent fleuves et montagnes. Le terrain que perd l'un, l'autre le gagne; jusqu'à ce que, les ennemis se renfermant dans Sadowa, Ton sache lequel des deux gagnera définitivement le territoire de l'autre. Celui qui a gagné, c'est le Prussien. Celui qui a perdu, c'est l'Autrichien. Cette fois, pour de bon, le porteur de la cou-
I 'iliiiii ttm
salle des Glaces du palais de Versailles. Le vrai vainqueur de cette guerre et le véritable empereur de cette Allemagne nouvelle, c*est ce même homme qui, n'étant que ministre, a revêtu le casque et conduit les armées, ici donnant des ordres pour fusiller ou pour brûler, là dictant aux presses étrangères cent articles de journaux qui termineront avec philosophie une guerre de sauvages et prépareront avec religion une paix de voleurs, repus et pardonnes. Reste la cou. renne d'empereur, à placer sur la tête de son vieux maître; et celle de prince, à ajouter à son armoriai de comte. C'est fait. La France est vaincue. La Prusse est la nation première. L'Allemagne elle-même ne vient qu'après. Le rêve de Bismarck est aux deux tiers de sa réalisation ; et les Hohenzollern, premiers souverains d'Europe parles droits de la guerre, n'ont plus qu'à conserver cette place par les biens de la paix.
Cette paix, voilà dix-huit années qu'elle dure; et le rêve de Bismarck est réalisé, dans tout son plein.
Tous les rouages ont été mis en jeu ; tous les miracles, faits : le maçon lourd de l'empire allemand en est devenu l'insaisissable diplomate. Il a uni et désuni, marié et démarié même, mené les grands et les petits à son idée et à son but personnels. Il a assemblé des Congrès prévoyants, consolidé des Alliances instables, armé l'Europe jusqu'aux dents et, préparant tout le
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Richeiteu. Si quelque place publique de Berlin v jamais s'élever celle de Bismarck, elle ne la cons verapas ie temps d'une révolution politique OU d'u génération renouvelée. Comme l'Homme-Rouge France, le Chancelier-de-Fer de l'Allemagne ai fait pleurer trop de visages, pour que trop de poir ne se dressent logiquement un jour contre s effrayante mémoire.
Du saog donc, encore du sang.à cette terre assoiâ de rosée bienfaisante. Toujours du sang, pour auréi à celte énorme étoile qui choit aussi pénibleme dans les anathëmes des peuples, que leurs acclan >ions en avaient autrefois salué l'ascension.
Du sang et des guerres partout. De quel côté si gira enfin l'étoile de la paix? Et l'observateur la! déjà par de si désolants spectacles, faut-il qi tourne encore ses regards vers la France et qi présage Tavetiir dont l'Europe a besoin, par ce a léore nouveau que la menteuse renommée lui gnale?
Ce que, de sa fenêtre, l'évèque de Pérouse a? encore vu, le voici ;
Un jour de l'année 1S51, un gamin, las du ci lège de sa ville natale d'où ses parents ne voulaie pas Le retirer, prit énergiquement son grattoir ■
bitionna d'abord rien moins que renverser les Bonaparte et occuper le trône vide.
Cette utopie avait mangé déjà plusieurs années de rente au brave père, sans que cette « ganache » d'étudiant encroûté eût fait un pas valable dans la basoche de Paris. On se fâcha décidément. La dernière concession du père fut d'offrir à son avocat raté le tabouret et le comptoir, dans Tépicerie de famille où il rédigerait la main courante.
Le tribun aima mieux siéger sur les banquettes de Procope, où il culotterait des pipes.
Du jour où Gambetta eut faim date la première période véritablement oratoire dont il troubla le quartier des Ecoles. C'était Tépoque où la jeunesse des quatre Facultés désertait l'Odéon, alors que Philoxène Boyer vit de ses yeux (chose horrible J) le parterre de ce théâtre où la Bohème de Mûrger faisait four se couvrir de cette herbe particulière dont se reput l'informe Onocentaure. Par contre, le café Procope ne désemplissait plus. De l'avis des petits basochiens qui en composaient le cénacle, le plus grand parmi ces éloquents messieurs que le garçon de café nommait tout court, Floquet, Brisson. Laurier, Clamageran, Bert, Ferry, Glais-Bizoin, Crémieux, Rochefort, c'était sans conteste, ce Gambetta, ce Démosthène moderne qui dépasserait certainement l'ancien.
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il, dans sa retentissante plaidoirie ? Que hurla-t-il plutôt, de sa voix de lion, non plus chez Procope entre des bocks et la fumée des pipes, mais sur ce terrain neutre du Palais, devant des juges plus rouges que leur toge, auxquels un jeune homme amenait leur Maître souverain, mains liées, prêt comme un citoyen quelconque à subir la sentence qui, pour se faire encore attendre, n*en serait pas moins implacable :
a Messieurs, j ai écouté hier avec des sentiments bien variés, sentiments que, par moments, j'avais bien de la peine à refouler et à contenir, le réquisitoire du ministère public. J'ai pensé toute la soirée à ce réquisitoire ; j'ai eu le plaisir amer de le relire ce matin ; et c'est à peine si, après m'ètre bien consulté, j'ai repris possession de moi-môme, démon âme et de ma parole. Mais je me suis prêté serment de ne rien trahir ici, ni mes convictions, ni le droit, sans manquer cependant à cette sobriété de langage qui convient aux grandes causes, et, en me tenant éloigné des excès de paroles qui pourraient, en faisant interrompre ma plaidoirie, vous autoriser à ne pas me laisser achever la tâche que j'ai entreprise... Ah I ce n'est donc pas assez, que d'avoir chassé les républicains de la République! Vous voudriez encore les chasser de la nature humaine 1 Non ! la vérité vraie, c'est que vous connaissez les sentiments des hommes qui sont ici ; vous savez ce qu'il y a derrière leurs dou-
si injustement aux prises dans cet éternel drame dont se compose l'humanité.
» Je ne sais si je me fais ilhision, mais il me semble que le dernier endroit pour soutenir de telles thèses, pour glorifier de tels attentats, c'est le prétoire du juge ; car ici» la loi seule doit parler et être entendue... Rappelez-vous ce que c*est que le 2 Décembre! Rappelez-vous ce qui s*est passé... Vous savez ce qu'il y a de sang, de douleurs et de larmes dans cette date ; mais ce qu'il faut dire ici, ce qu'il faut toucher du doigt, c'est la machination, c'est la conséquence, c'est le mal causé à la France, c'est le trouble apporté dans les consciences par cet attentat : c'est là ce qui constitue la responsabilité, c'est cela seulement qui pourra vous faire apprécier jusqu'à quel point vous nous devez aide et protection, quand nous venons honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour avoir défendu la Loi et la Constitution qu'on égorgeait.
» Oui I le Deux Décembre, autour d'un prétendant se sont groupés des hommes que la France ne con* naissait pas jusque-là, qui n'avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation ; de ces gens qui, à toutes les époques, sont les complices des coups de la force, de ces gens dont on peut répéter ce que Salluste a dit de la tourbe qui entourait Catilina, ce que César dit lui-même en traçant le portrait de ses com-
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plices, éternel rebut des sociétés régulières ; ^re alieno obrutt, et vitus onusti!.,. »
Ainsi, le gant avait été jeté, et Napoléon l'avait reçu en pleine face. L'opposition des proscrits de [8ji, de leurs fils ou de leurs partisans, avait enfin trouvé sa voix, sa mâle voix, sa voix tonnante, qui fulminait l'anathème au César de Décembre, avec des éclats de foudre sur les monts supérieurs, et des orages d'éloquence qui rappelaient les plus magnifiques tempêtes de l'antique Forum. Autour de la trompette tribunale, les républicains vaincus de seize ' années d'Empire aristocratique pouvaient reformer groupeet marcherais bataille. Cette trompette, cette foudre, cette voix, ferait-elle jamais autre chose qu'un grand bruit î Qu'importe, puisqu'il fallait d'abord se joindre, des quatre coins de la France, autour des urnes d'abord, autour du trône ensuite, pour emplir celles-ci, pour saper celui-là.
Les élections de 1869 surviennent. Marseille renie Thiers, dédaigne de Lesseps et nomme Gambetta. Paris aussi, et par Gambetta fait passer Rochefort. Le groupe de chez Procope arrive, & peu près tout entier, à la Chambre où il attend que l'homme u au cœur léger», un des siens, Ollivier, envoie les Bonaparte à Sedan d'où ils ne reviendront jamais, et confie au courageux tribun du 4 Septembre la rude tâche de réparer cette faute — la guerre, —
comntise autant par le patriotisme des uns que par la couardise des autres : cet incertain 4 Septembre, où devait seul organiser la Défense nationale ce hardi Gambetta, derrière l'ombre duquel tant de lâches «nbitteux marchèrent à la curée d'une République BOUYelle.
Depuis un mois, l'Impératrice avait donc ce qu'elle appelait si cavalièrement <c sa guerre », pour la fortune de laquelle il eût fallu un autre chevalier que le bourgeois Empereur, son mari. Depuis un mois, M. Emile de Girardin devait être bien content, puisque ce noble cri « A Berlin! » qu'en un moment de patriotique enthousiasme il avait poussé, commodément assis dans un fauteuil de l'Opéra, deux cent mille hommes le criaient maintenant, à pied, sac aa dos, sur les routes de France qui vont vers l'Est. Un beau chemin-de-croix, oui, cette route où, de Thîonville au Rhin, sur une ligne effrayante de soixante-dix kilomètres, l'ignorance des chefs ou la fatalité du sort a^ait dispersé nos huit corps, tandis que, par trois colonnes massives, les Allemands marchaient, pressés, le coude au flanc, vers Wissembourg, Frœsçhvilier, Reischoffen, Gravelotte, etque, laissant Metz isolé derrière eux, ils entraient en vainqueurs par la vallée de la Meuse et par la porte de France grande ouverte à Verdun.
Sedan^ où, pac on diemier effort désespéré, Mac-
considérer du moins que « la mariée était encore trop belle ». L'indignation que ces paroles soulevaient dans les âmes françaises, si abaissées, devenait inu« tile ; à quelques pas de la salle des séances, une commission signait leur congé définitif à Palikao et à son Maître ; mais il fallait endiguer quelques instants encore le flot montant, qui débordait par les tribunes et inondait déjà la salle même. Dans cette houle de vagues annonçant la tempête, un nom, un seul, fut prononcé : ce fut celui de Gambetta, de qui on voulut seulement entendre que « l'émancipation d'un grand peuple ne se fait que par Tordre et par la régularité». ^
Voudraient -ils accepter ce contrat et en tenir rengagement sacré, jusqu'à la constitution d'un nouvel et régulier gouvernement ? Et alors ils pouvaient s'en venir hors de cette Chambre démontée, jusqu'à THôtel-de-Ville qui attendait son organisation immédiate et jusqu'au bout de la révolution rénovatrice que lui, Gambetta, aurait bien le courage de proclamer, Tintelligence de conduire, la fortune de mener à bon terme. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que Gambetta, sortant du Corps Législatif à trois heures et demie, et entrant vers quatre heures à l'Hôtei-de- Ville, ne savait pas où il allait.
— Eh! que t'importe? lui répondait le troupeau qui marchait dans son ombre et qui, bien caché là,
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er les curées historiques de i8jo et de Ita, ne regardant que devant lui ces lie et ces taches de sang dont, du cAté el était rougi, est peut-être excusé de s garde derrière à -cette foule aTJde qai îs mois plus tard, allonger sur Paris le de Sedan, et faire de la Commune une lamentable que ia guerre. Mais cette is voulaient un décidé, et Gambetta sptembre, quatre heures sonnant, dans ïne que Napoléon laissait vide.
:ore de l'Empereur déchu un portrait : par le troisième des Vernet, et placé -dessus d'une des deux cheminées de remier des survenants, qui l'a aperçu, e chaise, enjambe le chambranle, fiait teau dans la toile et ne laisse de celletrou où le jour passe, à k place du ; Vandale, excusons-le. Mais sera-t-D, j de le nommer de son vrai nom ?
int, devant cette table où le baron ait étalé tant de plans, qui étendrait ui d'où la France redressée apparatite ? De tant de bouches éloquentes, }is platoniques des Chambres, quelle allait oser dicter des paroles de sagesse
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eide gouvernement, que l'histoire était prête regîstrer et à perpétuer, pour l'honneur ou p honte irréparable de celui qui les prononcerait
Pourquoâ citer des noms et essayer de p cette scène des silencieux, par crainte de la dé et des provocateurs, par convoitise du pouvoir; scène de haute et vile politique, dont Tacite p( se faire narrateur ?
Ils étaient vingt et plus, autour de cette tabi
Tousse lurent 1
Seul, Gambetta parla entin et proposa ce que vous avez connu, l'instant d'après : « La blique est proclamée... u II le dicta de cette voix que, pour son éloquence suprême, vous a| riez latine si elle ne méritait bien mieux d'ètn lifiée française ; celte voix forte du beau lion, au flanc, qui se recueillera au lendemain de M qui dira, dans une proclamation que le granit a depuis, mot à mot, pour la redire aux généi étonnées par tant d'indignation sagement conle de résignation philosophiquement calme, en fa dsnger :
K Français I élevez vos âmes et vos résolut la hauteur des effroyables périls qui fondent ! patrie. Il dépend encore de nous de lasser la vsise fortune, et de montrer à l'univers ce ■ un grand peuple qui ne veut pas périr et d(